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nouvelle : je vis un honnête homme qui perdait la vie peut- ' être pour avoir pris la défense d'une femme à qui il ne j devait rien : et cette femme, c'est moi. M. Voix était à dinerj chez le comte de Guerrai chez qui il loge. Il y avait beaucoup |i de monde, mais pas de femme ; vers le milieu du repas on conta | mon aventure, et elle fut présentée comme un tour de pa.sse- •. passe d'autant plus adroit que j'avais, dis.iit-on, couvert mon escamotage du voile de l'amitié; et qu'ensuite je m'étais fait donner cent louis par mon mari pour récompense du service que je lui avais rendu. M. Voix avait voulu me défendre par la réputation de probité et de désintéressement que je m'étais acquise universellement. « J'ai peu l'honneur de connaitre, Mme de Monbrillant, disait-il ', elle passe pour avoir une fortuné' honnête, elle a de l'esprit, on dit qu'elle fait beaucoup de bien,j qu'elle est noble et généreuse. On ne me persuadera jamais qu'en vingt-quatre heures on change de mœurs et de principes et qu'on sacrifie tous les avantages dont jouit une personne honnête à un intérêt aussi vil. >> Malgré cela cette inculpation parut plaisante, les mauvais propos vinrent ensuite et l'on i onclut, à deux ou trois voix près, que j'avais très bien su cr .iiu' je faisais en brûlant les papiers de Mme de Ménil, et qu'étant d'ailleurs de moitié dans ses intrigues, j'avais eu plus d'une raison pour agir ainsi. Tout en disputant, ces messieurs buvaient et s'échaulïaient d'autant plus.... A la fin M. Voix, impatienté, se leva et dit : « Messieurs, je ne me presse pas de juger des faits que je ne connais pas. Mais à quoi vous sert j donc d'avoir été honnête toute votre vie si votre probité nej peut vous prémunir contre les soupçons et la médisance"?' J'ignore quel parti vous prendrez à mon égard en pareille cir-3 constance, mais je vous déclare à tous, messieurs, que si deuiain l'on vous accuse d'un fait qui vous déshonore, je n'en croirai rien. — Parbleu, je le crois bien, reprit l'un d'eux. Mais des gens perdus 1 — Qui dit cela? reprit M. Voix. Messieurs, je le ré|u''te, je ne connais particulièrement ni M. ni .Mme de Montbrillant, je ne sais s'ils .sont coupables ou non, mais, ma foi, cela me donne un souverain mépris pour ceux qui sont pressés de le croire '-'. » I,e baron d'Elva, qui était le seul qui
i. Viiir niilc : ./"m /u-ii l'Iinmifiir de la connaître, etc. 2. /( faut uvuir piu de iiururs, etc.
eût parlé affirmativement, se levaet l'épondit qu'il fallait avoir une furieuse opinion de soi-même pour oser menacer les autres fie son mépris. M. Voix répliqua qu'il fallait avoir bien peu d'honneur pour avoir besoin de déshonorer Irs autres si vite.
On prétend que le reproche était fondé dans tous les points; aussi le baron d'Elva ne l'endura point. Ils se tinrent encore quelques propos : le conite.de Tiuerrai voulut d'abord changer la conversation, mais le Baron se crut offensé personnellement et ces messieurs ne se mêlèrent plus de la querelle. Les deux antagonistes descendirent dans le jardin pour se battre. M. Voix porta à son adversaire un coup qui lui effleura légèrement les côtes et il en reçut un en même temps ilans le bras. Le Baron, qui se crut fortement blessé, dit qu'il était content.... Alors M. Voix. jeta son épée et aida son adversaire à étancher son sang avant de songera lui-même.... Mais on craint que M. Voix n'ait le bras estropié, la pointe de l'épée ayant offensé un nerf. La quantité de sang qu'il a perdue l'a fort affaibli. 0 mon ami, pourrai-je jamais me consoler de celte aventure, s'il faut qu'un honnête homme soit toute sa vie la victime?... Quant à Desbarres, il fait ce qu'il peut pour atti'uuer cette action de M. Voix et pour me persuader qu'elle me fait grand tort '. « Toutle monde, dit-il, conclutde ce combat que Voix est votre amant : je vous dis que vous êtes folle si vous le revoyez. Et moi je lui réponds que je suis déterminée au contraire à le voir beaucoup (ilus souvent que je ne le voyais....