Doiiniv, le nom dr Clirv.iliiT il Voix
ivile lie la bienfaisance que j'ai défendue. Il est vrai, al il ajciulr en iiic regardant, qu'elle n'avait Jamais été plus outtat;ée et plus injustement. "
Une fois de plus on nous offre le contraste du désintéressement héroïque de Voix el de Fégoisme et de la vanité de René.
Voici maintenant le récit donné par le cahier 115 des Archives et le manusci'it de Bruncl (vul. VI, p. 2't).
Huit ou dix jours après le comiiat de M. Voix, il parut dans le public une espèce de petit roman, aussi agréablement que fortement écrit, sur les bruits publics et sur l'injustice des mauvaises réputations. L'auteur de ce livre était inconnu; cependant il ne pouvait être attaché qu'à peu de gens. Cet ouvrage fit une très grande sensation. Soit que le roman eût converti bien des gens, soit qu'on se lassât de parler de .Mme do MonlbriUant, dès que ce livre parut on ne parla plus d'elle que pour la plaindre, et ensuite pour faiie son éloge. Uesbarres crut avoir fait une combinaison indubitable eu attribuant ce roman à Voix. Il s'était battu pour Urne de Montbrillant : il devait avoir écrit pour elh;. 11 eut beau protester qu'il n'y avait aucune part. Desbarres, enchanté de sa découverte,' la débita partout. .Mais, bientôt, lieni se déclara le crriluhli' diilvur; et l'amilié ipi'il professa jJo»r Jlfwc (<c il7o)i(lirilliiiil rruilit linil à coup ses vu, s et son oiicraije sustjects, et ileliiii^il pur là une grande piirlic de saii l'/fct da»s le public'. Mme de Montbrillant lui léiiioigna la plus grande sensibilité sur le uiolif qui l'avait porté ;'i écrire indirectement dans sa laveur. Mais je ne pus m'empéchcr de dire à Hené que j'étais étonné qu'ayant si bien réussi dans ses vues, il se filt tant pressé de se déclarer. // me rcpandil qu'il ne pouvait souffrir, ni qu'on lui douuùt un ouvnKje qui ne lui appartenait jiiis, ni <iu'on altribuàl les siens aux nutrcs. Je ne me souricrais pus d'adopter la plupart de ccu.r qu'on nie donne, et je ne ci'Oi's /i/(s' li's miens diijues île parler un luilrc nom. Je uie souriens que je dis alors à .)hne de Mouthrilhinl que je u'étais pus la dupe de
I. \uU i.ii llciiéV Murs eesl llené .;»/ se numnie : l,mt est <UHmit, etc.
//■' modestie, et ijiie je soupçonimis plutôt qu'avec beaucuiiii de il- !>l . il n'en pouniit son/fi ii- aux nuirez '.
\.r témoigiinge négatif du sUlmicc de Mme d'Epiiiay sur
■ ilncl de Grimm dans son récit jjrimitif nest pas la 'Il II' raison qu'on ait de rejeter. ce combat improbable,
'iiiine étant de pure fantaisie. L'examen des dates nous
:i iilre que la sensation qu'il dût produire se serait mani-
I !■ Jeux ans seulement après les faits. La liaison de
■ 1 III lin avec Mmed'É|)inoy ne commence en effet qu'après
; rt du comte de Friesen, en mars IT.'io. En 17.j3, les
1 iiliinents de Grimm et de Mme d'Epinay avaient chacun lin iilijet. Mme d'Epinay était à la veille de donner à \[. le Francueil le fils qui, bien qu'illégitime, allait devenir le dignitaire ecclésiastique, (( oncle par bâtardise» de George Sand. (irimm, de son côté, intéressant le public h son sort d'amant désespéré de Mlle Fel, ne vivait que grâce aux soins dévoués de l'abbé Raynaf et de Jean Jacques. La foi puliliquc dans ce roman eût été troublée si l'on eût appris le duel de cet amant tragique, comme défenseur d'une autre dame : et cette idée seule eût suffit à empêcher Grimm de se proclamer le riiampion de Mme d'Epinay.
Il n'y a donc aucune raison de supposer (|ue le bon usage (|u'il fit de son épée contre le médisant baron d'Elva valut à Grimm le litre de « ciievalicr » décerne par Mme d'Epinay; et que ce chevalier dut à la supériorité de son caractère à son austère intégrité, h; privilège de devenir le réformateur moral de sa maîtresse et son libérateur des funestes inihiences exercées sur elle par les jjrécédcnts amis, et particulièrement i)ar J.-J. HoiLsseau. — Tout cela est encore une légende transmise [)ar les Mémoires. Le I)ersonnage de \'olx, si scrupuleux, si rigide île [irincipes,
I. \'iiir Muli' : Avec bmucoiiii dr talriil il ii'nt (leiit souffrir ù ]ier- SOftllr, elr.
est tout aussi légendaire que celui de René et il est accepté, sans restriction, par les admirateurs de cet ouvrage.
Une autre assertion qu'on admet sans en éprouver l'exactitude c'est ([ue le souci de la conduite et de la réputation de Mme d'Épinay justifiait la « fermeté «de Grimraj obligeant son amie à renvoyer Jean-Jacques, en plein hiver,! de l'Ermitage qu'elle lui avait construit; et à mettre uni brusque terme à leur longue et afïectueuse amitié. l
Reportons-nous aux faits. Nous verrons que ni la conduite, ni la réputation de Mme d'Epinay n'eut à souffrir de son amitié pour Rousseau. Cette amitié. Lien au contraire, était son plus beau titre au respect que lui témoignaient ses contemporains. Nous avons d'elle une lettre à Grimm écrite de Genève, en novembre 17o7, avant que l'histoire de la querelle se fût répandue, et alors que Jean-Jacques habitait toujours l'Ermitage :
J'ai eu de la Hépubli(iue, écrit-elle, les remerciements de mes procédés envers Rousseau : et une dépulalion en forme des horlogers sur le même sujet. l.t> peuple ma en vénération à cause de lui. {ilcinoircs, 111, p. 17'.i.)
Lorsqu'en 1763 M. d'Epinay et M. de la l'opelinière furent révoqués de leurs fonctions ilc fermiers généraux à j cause de leurs |)rodigaIités, Racliaumont, qui rapporte lej fait, invO(|ue dans ses Màiioircx la sympathie pour l'Infor- 1' tuiiée Mme d'Epinay, en disant (|u'elle était honorablement connue « pour avoir été durant i)lusieurs années l'hôtesse du Citoyen de (îenève ».
On ne voit pas très clairement, d'aiilre pari, comment (irimm assura la conduite et la réputation ile.Mmetl'Epinuy en la prenant [lour maîtresse, et en publiant ce fait par une attitude arrogante à l'égard des amis intimes (entre autres Desniahis et Duclos), (|ui conslituaient raimal)le' société de n la Ghevrelle )) à l'époque décrite par l'iii'i-
r--r comme ses Moments heureux, c'est-à-dire moments iiilirieursau règne tyrannique de Grimm.
<iu ne peut nier qu'avant l'entrée en faveur de Grimm l'i'st à-dire pendant toute la durée de la liaison avec M. lie Francueil) Rousseau n'ait été pour Mme d'Épinay le conseiller, et l'ami favori, à qui l'on était enchanté de f.iirc honneur. Peut-être Grimm n'avail-il pas tort en Miiiiiçonnant la dame de se complaire à l'idée que Roussiiii eut pu être auprès d'elle ce qu'il laissa Grimm devenir? Et voici que ce paresseux de Jean-Jacques allait se nicher aux portes mêmes de la Chevrette? Et que la bonne Mme d'Epinay, qui « aimait fort ses amis et ne regardait point à la peine pour eux », allait s'occuper personnellement de son « ours », et le soigner, le caresser, le cajoler? El il allait devenir le centre d'attraction du cercle? En d'autres termes, il allait s'emparer de la position de premier favori, réservée à Grimm, en dépit du droit de priorité de Jean-Jacques? — Non, non, il ne pouvait en être ainsi! Il ne fallait pas que la retraite de Rousseau pût lui être agréable. La solitude allait lui déranger la cervelle; les bois devaient échauffer son imagination : il soupçonnerait ses amis. 11 se montrerait brutal et querelleur envers Mme d'E- [linay. R s'oiïenserait de bagatelles : et transformerait en insultes préméditées quelques insignifiantes plaisanteries.
iJ'oii ce résultai : qu'au lioul de quelques mois il devrait quitter V Ermitage brouillé sans espoir avec Mme d'Epinay, et en guen-e avec tous ses amis.
Tels sont les motifs de Grimm, et les origines de ses
pronostics.
Maintenant au tour de iJiderot : quels griefs avait-il,
en avril 17a(), contre son ami de treize ans, et pour (pielles
raisons ces griefs furent-ils exaspérés par la retraite de
liousseau à Montmorency?
Pour comprendre les molifs de Diderot il faiil leriir
com|)le du iier[)éluel étal d'irritation où il élail coiilie
126 LA LKGENDE DES " SEPT SCELERATESSES "•
Rousseau depuis l'époque que Tauteur des Confi'sximis appelle sa (i réforme morale » : c'est-à-dire l'époque où il s'efForçait de mettre sa vie d'accord avec ses principes. | Et ce courroux contre un nouveau venu, qui se permettait d'être philosophe plus que sou maître (Diderot s'arrogea • toujours celte qualité), cette exaspération tourna en haine, à force d'entendre donner sans cesse à Jean-Jacques le titre de « vertueux ». j
Ce titre, Diderot se le réservait de préférence, biein qu'il soit assez difficile de voir en quoi ses prétentions étaient justifiées. Et nul autre que Grimm ne le lui a jamais attribué. On connaît la tentative faite pour obliger Rousseau d'abandonner la vertu, telle qu'il la concevait, et d'adopter la façon de voir de Diderot. Elle avait entraîné l'Encyclopédiste (ainsi que Grimm et d'Holbach) à des méthodes douteuses d'intervention secrète et de coercition ébauchée, (ju'ils nommaient entre eux une conspiration amicdlc, amicale d'autant plus qu'elle avait pour but de forcer un être déraisonnable à renoncer à ses extravagances, et à prendre conscience de ses propres inté rets et de ceux des personnes qui comptaient sur lui pour vivre. .Mais la décision irrévocalile de quitter Paris pour vivre a la campaa;ne mit fin à toutes ces manœuvres où les Levasseur prenaient leur part. Elle prouvait aussi que l'obstination de Rousseau était invincible : si bien que ^ ces (( anciens amis ' » exaspérés durent se résigner à entendre le chceur des admirateurs du » vertueux Jean- Jacques » (]iii se dérobait aux louanges des hommes alors (|ue la prospérité lui souriait, [lour mener à Montmorency une existence modeste et retirée. En ce qui coiiceiMie Diderot, ce moment fut décisif. Son inimitié [lour Rousseau n'essaya même [)lus de se mas(|ucrd'un autre sentiment. Il s'engagea avec Grimm dans un complut
I. - .\misiruiic sliifrulièri' i-spccc ■■, lomiiU' dit (!iii{.'ii('lU'.
ili'iil le dessein n'était plus de taire dévier Rousseau, m ii> de le traiter en homme sans principes, en quête de Il ri'lébrité; et surtout de convaincre la foule que son I lil.iije d'indépendance et de désintéressement n'était iiu'iino habile imposture.
Il est tem()s maintenant de constituer Ic premier acte i(ui unit Grimm à Diderot dans cette conspiration. La ililc est du mois de juillet 17.")6.
lictraçons les événements. Une lettre de Voltaire, (Il lie du 4 juin ITolJ, annonçait a, Thiriot l'envoi d'une >r> Hiide édition de la Lni Naturelle, augmentée du poème sur li^ Désastre de lÀshonne. V'ollaire écrivait :
.le vous envoie une nouvelle édilion de mes sermons, et vous prie de vouloir bien en distribuer ;'i MM. d'Alenibert, Diderot et Kousseau. Ils m'entendront assez. Ils verront que je n'ai pu m'expriraer autrement, ils seront édifiés de quel ques notes. Ils ne dénonceront pas ces sermons.
Thiriol, ami des Encyclopédistes, n'a pu montrer à Rousseau une lettre contenant ces derniers mois.
Diderot était sans doute déjà exaspéré de voir Jean- Jacques classé parmi les éditeurs de V/'77icyrlopédie^ En tout cas, Rousseau dit, dans ses Confessions, que peu a[Hi's son installation ii l'Ermitage, il reçut les poèmes de Voltaire, et supposa que l'auteur les lui avait fait envoyer. Soyons certains que s'il avait connu la remarque de Voltaire : (( ils ne dénonceront pas mes sermons », Rousseau n'aurait pas i)ris la peine de répondre au Désastre de Lisbonne. Dans ces circonstances, Voltaire put, et dut, croire qu'il avait lieu do se plaindn; de la très élo(|uente lettre où Rousseau ih'frndait l'optimisme altai^ué dans son poème.
Rousseau, de son côté, ignorant la note de N'oltaire, fut blessé lie voir sa lettre demeurer sans réponsi; : et les premiers g(>rmes d'irritaliiui conimencèi'cnt de croilrc entre
ces deux grands directeurs d'esprits qui n'eussent jamais dû se quereller ensemble.
Mais à la faute qu'on avait commise en supprimant le message de Voltaire, il s'ajouta un tort plus grave, un crime, une méchanceté calculée et adroite qui révèle le' complot déjà formé et agissant, le plan destiné à créer à' Rousseau une réputation mensongère.
Le 1"' juillet IT.'it), Grimm, dans sa secrète Corres~,\ pondance Litl''raire, communiquait à ses abonnés une lettre de Diderot, datée du 30 juin, adressée (disait-on) à certain littérateur famélique qui venait de quitter Paris pour se réfugier à la campagne, bien loin de toute société. La réponse de Diderot implique que le quémandeur avait insisté pour obtenir quekiue secours pécU' niaire, et une introduction auprès de Voltaire, afin de lui soumettre l'un de ses ouvrages. Voici la lettre donnée dans la Correspotidance IjUri'nirc (Première partie, t. II,' p. 5fi et suiv.).
11 y ;i, mon cher, tant de griefs dans votre lettre qu'un gios] volume, tel que je suis condamné d'en l'aire, m'acquitterait i peine si je donnais à chaque chose ]ilus des quatre mots de réponse que vous me demandez. Si vous êtes toujours aussij pressé de secours que vous le dites, pourquoi attendez-vous J la dernière extrémité pour les appeler? Vos amis ont asseJ d'honnêteté et de délicatesse pour les prévenir; mais, erranl comme vous l'êtes, ils ne savent jamais où vous prendre.... Qua^ je me mipposc le patient si je peux. Et depuis trois ou qii.ilre ans que je ne reçois que des injures en retour de mon nUichement pour vous, ne le suis-je (las? Et ne faut-il pas ipn' je me mette à tout moment à votre place pour les ouMi'i ou n'y voir ipie ■< les effets naturels d'un tenqiérament .ii^i i |)ai- les disgrAces et devenu féroce ». Je ne vous n'poiidif point, je 71 envoyai point Ir mol île reconinuiminlion pour M. de V... ; c'est (lue j'avais résolu de vous servir et de ne plus vous écrire. Je ne connais point V...; je l'aurais connu, que je ne vous aurais point adressé à lui. Cet homme est dangereux, et vous eussiez frtit à frais communs di\s iinprudeiu'es, dont vous
AVANT LE SÉJOUR A l'eRMITAGE. 129
i~-iiz porli- toute la peine. Voilà les raisons de mon silence. ;//f' soucie peu, dites-vous, de la manière dont vous voyez mes ■,i< riirs? Il est vrai que je me soucie beaucoup plus qu'ils 1' lit bons : tant que je n'aurai point de reproches à me 1 1 •■, je serai peu touclié des vôtres. Le point important, mon III. c'est que l'injustice ne soit pas de mon côté. Je passe I -dessus les cinq ou .six lignes qui suivent, parce qu'elles ■ iii point le sens commun. Si un homme a cent bonnes i-i>ns, il peut en avoir une mauvaise; c'est toujours à celle- • \\i'- vous vous en tenez.
Mais venons à l'affaire de votre manuscrit; c'est un ouvrage
i| ilile de me perdre, et c'est après m'avoir chargé à deux
[irises des outrages les plus atroces et les plus réfléchis, que
)iis m'en proposez la revision et l'impression. Vous n'ignorez
i~ .|ue j'avais femme et enfant; que j'étais noté; que vous
!• mettrez dans le cas des récidives. N'importe : vous ne
iti' s aucune de ces considérations, ou vous les négligez. Vous
M |ircnez pour ,un imbécile, ou vous en êtes un. — Mais vous
l's point un imbécile, Landors. N'exigez jamais d'un
iir ■ ce que vous ne feriez pas pour lui ou soumettez-vous
4' -; soupçons de (inesse et d'injustice. Je vois les projets des
Hiiies, et je m'y prèle souvent, sans daigner les désabuser
Il stupidité qu'ils me supposent. Il suffit que j'aperçoive