La légende de l'Ile de Fogo
LA : é PAR * . FÉLICIE LANCEREAU di | e Lit. Castro-T,. das Pedras Neocras, 1 .. FR : + Fr ü es
| FÉLICIE LANCEREAU de | | . . nes LA LÉGENDE L'ILE DE FOGO eds ; ue
RE T. Pedras Negras, 1 15 Lisboa —926 |
UNIVERSITY LIBRARY INIVERSITY OF NORTH nus Fa AT CHAPEL HILL RAR
SeSeSoSas os o69696gt
La légende de l'Jle de Fogo
Et j'avais devant moi, s'élançant dans les cieux, L'île que je cherchais dans un rêve audacieux. C'était de hauts récifs, grimaçants sous l'écume, Avec des trous profonds remplis dèjâ de brume, Après, cela montait... formant des dépressions, Qui de loin ressemblaient à des ondulations.
Puis là haute, vers le ciel, se redressant, superbe, La géante muraille avait l'air d'une gérbe Se couvrant de pourpre à l'adieu du soleil,
Et j'ancrais mon voilier dans ce couchant vermeil.
fe voulus, sans retard, même dans les ténèbres, Gravir l’étroit sentier dont se servent les zébres, Pour arriver bientot vers un faîte éclairé
Et qui me semblait être un hameau délabré.
Accroupie sur les cendres, moitié cachée par l'ombre, Une vieille était 14, seule dans la pénombre.
4 La en à de pre de Fogo
jet suis véfnu ji age) dé tax are sur la mer Pour savoir de ta bouche le destin bien amer Qu'’'a subi en ces lieux une Île survivante,
Des immenses régions que l’on nommait Atlante.
Je veux bien, dit la femme, à vous seul dévoiler L'histoire de cette île dont je n'ose parler!...
Puis elle chercha longtemps dans sa vieille mémoire, Le long récit lointain qu'à peine on ne peut croire. J'étais assis près d’elle, montrant au feu vivant
Mes mains qui froidissaient sous la force du vent,
Et là noire 'parla, de ses lèvres ridées,
Par phrases timides qui sortaient saccadées.
“Un soir, quand il fut nuit, que 1à haut dans les cieux La lune commençait son parcours silencieux,
Aux pieds du grand volcan qui sommeillait toujours, Un êtré surhumain prononçait um discours
À d’autres qui venaient en formidable nombre, ‘
Et s’asseyaient autour, tout doucement dans l'ombre.
Vous n'avez, disait-il, gardé fidèlement
Nos grottes ét nos monts après l'éboulement, Car des êtres nouveaux, avec toute une escorte, Sont venus paï ici éscalader la porte
De notre doïaine- jusqu'alors inviolé
Par ces homes étranges dont je suis isolé: :
Tous, îis sont'arfivés, d’un pas ferme et stoïque Au sommet de notre montagne azoïque,
Sans soucis des fumées de nos soufres brûlants, Des poussières chaudes et dés pâvés croulants. His ont pu découvrir la porte protégée : | De notre Atlantide pour toujours submergée, Dévoilant au monde ce royaume inconnu Avant qué moi, l'ancien, pus être prévenu,
Puis aux bas ‘des rochers, au retour de teur course, Eux et leurs animaux ont bu à notre sourel »
Félicie Lancereau
Alors, ce survivant d'un monde disparu Reprit plus âprement son prêche fort bourru,
“Je veux les foudroyer maintenant de ma rage, Et les voir périr tous au milieu de l’orage.
Partagez entre-vous ces travaux fulminants
De faire ensevelir ces infâmes manants.
Vous, fille des Algues, vous et votre compagne, Partez dès à présent au pied de la montagne, Et de vos doigts crochus, descellez le corail Qui ferme à l'écéan l’entrée du soupirail
Par où va s’élancer sa vague téméraire,
Au sein du grand Volcan, notre infernal repaire. La terre tremblera sous ce jet froidissant
Et la lave brûlante au ciel en rugissant, S'épandra lentement, meurtrière et perfide, Ensevelissant tout de son linceul rigide.
Allez vite, partez, soyez sans émotion
Au travail infernal d'immense destruction.
Montrez à tous nos Dieux cette œuvre épouvantable Qui fera de cette île um mont inhabitable.
Quand le soleil de feu, après la triste nuit,
Vint dorer le flot bleu sous l'horizon qui luit;
Un voile diaphane entourait le rivage,
De l'île qui dormait sous l'éternel mirage.
De sourds crépitements, des grondements lointains Emplissaient l'atmosphère en rumeurs incertains; Sur le cratère béant, un jet de fumée blanche, Faisait l'oiseau chanteur s'arrêter sur la branche, Pressentant la terreur qui bientôt sortirait,
De ce boyau terrestre qu'un brasier éclairait.
Un silence profond dans la forêt inerte.
Et le léger cheval qui gambadait alerte,
6 La légende de lle de Fogo
Prêta l'oreille au vent, aux vagues de la mer Se ruant écumeuses aux roches gris de fer ..
Semblable à des fauves qui cherchent leur pâture
Un long rugissement fit trembler fa nature...
Puis la terre s’ouvrit en des trous stupéfiants.
D'où s’exalait, très noirs, des vapeurs asphyxiants. L'eau claire du torrent qui coulait si neigeuse Changea sa blanche écume en boue chaude et fangeuse Un nuage de cendres et de roches brisées
Tomba sur les gazons couverts de narcisées. -... Calcinant l'arbre en fleurs, le vautour dans son vol..- Cet horrible Chaûs boulversa tout le sol.
Ïl y avait là-bas un noble et beau village
Qui étalait joyeux ses maisons sur la plage.
Ses habitants étaient des pêcheurs très hardis, Qui dormaient fatigués, dans ce matin maudit. Îls reposaient confiants à l'ombre de leurs barques Remplies de beaux poissons que les femmes débarquent Ubu ils sentirent les longues convttisions
Du sol qui frémissait, et tés habitations S'éfondrèrent à leurs yeux, comme un chateau de cartes Qu'un souffle diabolique à son plaisir écarte.
Ce Cataclisme affreux, de Courroux forcené
Ne laissa rien debout au hameau condamné.
De leurs yeux terrifiés il virent, bouillonnantes, Les laves qui coulaient par ondes flamboyantes. Dans la barque rapide ils fuirent sur les flots, Mais dèja, traîtresse, formant de grands flots, L'infâme tourbe chaude emportait au passage, Des enfants qui restèrent dans ce cruel moulage
Félicie Lancereau 7
| IV Ainsi parla longtemps, sous les cieux étoilés, La vieille centenaire aux traits inconsolés:
Puis, fixant ses yeux noirs dans la nuit calme et pure, Elle me montre aux rochers une large coupure. “L4, voyez-vous, fit-elle, la grotte du Ghôn-‘ïhôn, C'est par ici le trou que sont sortis, dit-on, Ces fantômes géants venus de l’autre monde Afin de présider a leur besogne immonde.
Puis, avant de rentrer dans Île long souterrain Où règne plein de fiel {eur hideux souverain, Avec un rire infâme ils bravèrent tout en rage, Les quelques survivants captifs en ce parage. QOui!.:. reprit la vieille en une visible éffroi, Notre île était belle,-., {a reine de ces trois Qui bordent l'horizon. Ses forêts murmurantes Etaient pleines de fleurs aux senteurs enivrantes, Et des millier d'oiseaux, couleur de l'arc-en-ciel, Suspendaient leurs doux nids aux troncs remplis de miel. La source jaillissait, iimpide et vaporeuse, Abreuvant vers le soir la gazelle amoureuse,
Et maintenant plus rien... Ces torrents désséchés Où semble encore crouler de lourds blocs ébréchés Font frissonner d'horreur ceux qu'à la nuit venue, Conduisent leurs troupeaux sur la montagne nue. Pas un de ces palmiers au feuillage éclatant,
Pas un petit oiseau qui voltige en chantant!..,»
Puis, remuant le feu, la négresse conteuse
Reprit toujours plus bas et toujours plus peureuse Serrant une amulette avec crédulité
«Il y a bien des ans..... un esclave a conté...
Que, sortant du volcan sous forme d'aigle brune,
Ces démons vont errer pendant les nuits sans lune...
L'’abandon
L’oiseau pleure, entends-tu?..: Sa mélodie plaintive Résonne comme un glas dans las forêt captive
Î1 vole dans les rameaux, fouillant de sont oeil noir . Les alentours suspects visités par le loir,
Car son doux compagnon, parti depuis l'aurore N'est pas encor venu vers le grand sycomore
Où tous deux au printemps, pressés par le bonheur Firent en grand tapage un nid parmis les fleurs.
Il vole dans les rameaux, et sa voix lamentable Murmure avec le vent sa douleur indomptable, Ïl ne voit rien autour, intact est le gazon,
Rien ñe vient révéler la mort de quelque oison. Et malgré la beauté de ce soir de mirage
Il se sent défaillir, et son âme naufrage
En un doute cruel, puis, près du nid ouaté
Ïl se blotit tout seul parmi l'obscurité...
Soudain, comme une aurore au bointain se révelle Un chant glorieux monta vers l'étoile nouvelle. Ce chant du rossignol quand commence la nuit!
Félicie Lancereau 9
Ce chant du rossignol que l'amour a séduit !... La reconnais-tu donc, abandonnée qui pleure, La voix infidèle qui fuyait la demeure?
Ï a tout oublié, ta caresse et le nid
À des amours nouveaux maintenant il s’unit. :
Et ce chant pénétrant, au velouté de rose S'éfeuille dans la nuit comme une apothéose, On dirait une coupe en délicat cristal
Qu'un zéphir emplirait de mystérieux métal... Par instants, la voix meure en supplique éperdue Pour s’élancer après vers l’étreinte attendue,
Et leurs ailes unies sur les bruissants palmiers S'attardent en rythmes de langoureux ramiers.
Et toi!... l’abandonnée qui gémit en détresse, Fuis dans l'éternité ce tableau qui t'oppresse. Fuis donc droit devant toi, vers le ciel rutilant, Et vas brisser là-bas ton corps si palpitant.
- Ne mets pas une entrave au bonheur de ton frère Ne dis pas un seul mot qui puisse le soustraire. Aime ton sacrifice, c'est peu de chose, à toi, L'amante accoutumée d’obéir à ton roi
Au nopal carminé, quand le joyeux matin Redonnera de l’or aux limbes de satin,
Ton sang, comme un rubis mélangé de rosée Mettra sa pourpre aussi sur la feuille irisée.
Septembre de 1924.
esse ess ssl
Po rtra it de Marin
J'aime, sur son visage une ironie farouche
Qui brille quelque-fois dans sons regard serein, Et puis. . . ce plis discret d'un sourire chagrin Qui se dessine à peine au coin pur de la bouche,
J'aime la mélodie de sa voix qui me touche
Et fait vibrer mon cœur tout comme un vieux refrain, Voix qui sait commander d'un acent souverain
Sur l'onde si mouvante où son voilier se couche.
Mais, loin sur les flots bleus, s'il oublie la paresse De l'heure interminable en la joyeuse ivresse Ses grands yeux doux d'enfant qui comptent les étoiles.
Redeviement brillants et remplis de tendresse Car des yeux de marin que la brise caresse C'est tout un Océan, l'amour qui s'y dévoile!...
16 Novembre 1924.
+: Lat. 30° :O1"N.
Long. 17° 00 N.
Retour
à la brousse
Fidèle à ma promesse, Ô Naïr!... me voici.
Me voici de nouveau dans tons pays, gazelle J'y reconnais la brousse à l'herbage roussi
Et les grands baobabs qu’un firmament cisèle.
J'y reconais toujours le fleuve nonchalent.
Qui roule sur sa rive une écume jaunie
Et là-bas dans la bourbe, encor tout ruisselant Un lézard monstrueux qui semble en agonie.
Je vais sous le soleil, cherchant dans le lointain
Le manguier toujours vert qui montre le village Où je t'avais laissé, beau mâle dont l'instinct Faisait courrir, la nuit, en randonnée volage,
Je crois, qu'à mon départ, je vis dans tes grands yeux Un frisson de regret pour ma cruelle absence
Car ta prunelle alors, refléta tout les cieux
En laissant voir, au fond, ton âme sans défense.
Me voici, j'appelle! . . . si d'un bond tu allais Venir comme autrefois recevoir ma caresse?
Mais un seul vieillard, parlant comme un prophès Fit tomber de mes yeux des larmes de tendresse,
sens. Naïr avait longtemps erré seul dans les bois. Puis était revenu se coucher sur ma natte,
Pour dormir doucement ainsi comme autrefois
En repliant sous Jui sa jambe délicate,
Ïl n'avais plus voulu jamais se relever,
Alors, il était mort, en laissant sa paupière.
Ouverte vers la porte où je devais entrer,
Semblant toujours m'attendre au seuil de la chaumière.
Une femme vers moi venai curieusement Rattachant sur son dos une fille assouvie, Tandis qu’à son sein noir, brillait comme un diamant La goutte de fait pur d'où rayonne la vie.