MES
Con portrait
Solitude angoissante où s'écoulent mes jours!... [1 semble que la vie autour de moi s'arrête
Êt que le monde entier, ayant atteint son faîte Alors s'est endormi, peût-être pour toujours.
Seuls des arbres géants, qui, sous le vent qui court Parfois murmurent encor des paroles de fête, E quelque oiseaux meurtri, fuyant sous 1a tempête, Jette son cri plaintif, un cri de tendre amour.
Mais seule, abandonnée dans ma triste chaumière J'ai pu mettre, pourtant, près de fleurs printanière La splendeur féerique d’un rayon lumineux. -.-
C'est ton portrait, vois-tu, qui sans cesse convie À s'exaler vers lui mes soupirs amoureux, Ce sont tes yeux, surtout, qui regardent ma vie!..:.
Pelôba, 15-3-925.
Mes ANmours
Mes amours sont nombreux, mon cœur est tel arbre Où la sève toujours en sa forte vigueur,
Fait naître les pousses au doux brillant de marbre Et des bouquets radieux comme un drapeau vainqueur.
Îl y a tant pour moi, moi qui suis amoureuse Que chaque jour nouveau ne me laisse entrevoir Ce que je dois choisir, de l'offre généreuse
Des immenses beautés qui sont en mon pouvoir.
C'est, dès le grand matin, rapide et frémissante, L'aigrette au ras des eaux reflétant sa blancheur, Pendant tout un long jour hors du nid elle s'absente Et retourne le soir, quand monte la fraicheur.
C'est, quand l’ardent midi fait tomber sur le monde Des flots d'or et d'argent pesants comme l'étain, Voir là-bas dans les cieux, à peine une seconde,
Les arbres mystérieux d’un mirage lointain.
Félicie Lancereau 25
C'est, au creux des rochers, quand la brise est plus folle Et fait monter la vague en un bruit frémissant,
Etre l4, regarder la voile qui s’affole
Pendant que les marins la hissent en chantant.
l'aime jusqu’au délire, un nouveau né tout rose Qui regarde étonné, de ses yeux sans couleur, L'étrange Babylone où sa métamorphose
Vient de le replacer avec un lot de pleurs.
J'aime la plaine immense où le soleil d'Afrique Fait passer sur la tête un doux frisson de mort: Puis quand viendra la nuit, splendide et féerique Les lucioles toujours la changent en ciel d’or.
Si dans l'exil lointain je rêve de la France
Mon âme jouis alors d'un instant sans pareil
Car je vois des coteaux, où, come une attirance Les grappes font songer au vieux vin tout vermeil.
La chanson des oiseaux qu’immobile j'écoute,
Le ruisseau qui murmure avec le peuplier,
C'est toujours de l'amour qu'à mes amours j'ajoute Mais encor tout cela ne peut me rassasier.
Je demande bien plus à cette âme du monde,
A ce Dieu si multiple en qui j'ai tant d'espoir
Je veux les deux joyaux que sans cesse je sonde
Je veux tes yeux brillants faits de beau diamant noir.
Novembré de 1924.
EEE
Lointaïin
Si le mensonge, un jour, de tes lèvres tomba
Pour parler d'un amour qui pour moi fut un leurre, Je sais donc, maïntenant, qu’une pensée meilleure T'a fait bien regretter ce mal que tu fit 14....
Oui, j'eus mal, oh! très mal, car dans mon cœur déjä Je sentais augmenter plus intense à chaque heure, Un sentiment étrange, unique... et que je pleure, Comme un fanon blessé juyant dans la sierra.
Mais que m'importe à moi le décradant mensonge, S'il m'a donné des fleurs d'ivresse et de doux songe ?... Et si je sais q'un jour, quand ton front fatigué
; e Reposera songeur sur ta paume brunie, Tu revivras anxieux ce rêve abandonné!..:
L'embrun... tous nos baiser.-. et la mer infinie ..
Pelôba
#e Nouveau départ
Tu vas partir, de nouveaux les flots bleus Te reprendront par leur folle magie,
Et chaque heure de constante vigie
Te sera douce, même aux soirs houleux.
C’est ton élément pur cet horizon
D'où nait, les nuits sereines, des étoiles, Blanches ainsi que la si blanche voile Qui monte aussi de cette floraison.
Dans les ondes mouvantes, le soleil Fusera des ors qu’à toi seul il donne,
Êt tu verras l’algue qui tourbillonne Tendre ses longs bras aux reflets vermeils.
Mais dans ces bleus profonds et verdissants, Dans le sillage, où, bruissante l’ècume
Met à la lèvre un parfum d'amertume,
Îl y aura, près de toi, se glissant
Même à ton chevet quand tu dormiras, Même dans le vent qui touche aux antennes Êt se fait l'écho des belles sirènes...
Ma pensée... qui toujours te poursuivra.
IEEE
Automne
J'aime, sur les gazons d'un vert glauque et mourant, Les jonchées de feuilles aux ors tout fulgurant.... Puis, dans un tourbillon entendre les murmures
De leurs sœurs plus jeunes bruissant dans les ramures.
Oh!... bientot vous aussi, sous la brise et le froid Vous tourbillonnerez dans un fou désarroi:
Et dans les beaux jardins, Îles branches désertées, Regarderont s'enfuir leurs feuilles désolées.
Fuyez!... [e vent vous pousse, et le rêve audacieux D'eternelle jeunesse était bien prodigieux |
I faut!... il faut toujours, ô, mes feuilles jaunies L'automne après l'été... et plus tard... l'agonie!
‘Lisbonne, 6-10-925.
Repos
Mon printemps fut bien court... et comme un. vent pt a Fait fuire les feuilles trouvées sur passage,
Mes quelques jours heureux furent emportés seuil
Et je suis restée seule au milieu du chemin.
Aux pavés, j'ai laissé quelques traces sanglantes : Et resté bien des fois meurtrie et chancelante
Aux épines, aux ronces, j'ai laissé très souvent
Des lambeaux de mon âme qui fuyaient sous le vent.
J'ai trouvé des louves qui hurlaient affamées,
Me suivant pas à pas et croyant qu’opprimée
Je leur serai peut-être un festin délicieux,
Abandonnant enfin ma dépouille aux envieux.
Les loups, eux, se cachaient, m’attendant au détour,
La geule toute ouverte et promettant l’amour.
Puis arrivée bien loin je me suis reposée Êt regardé de haut ma jeunesse épuisée.
La brise était si doucel..- et, cherchant leur butin, Tant de jolis oiseaux chantaient dans le matin,
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Mais voici maintenant le chemin.de descente
Qui s'ouvre devant moi, me convie et me tente. Qu'il est doux à présent le sentier de mes ans,
Tout bordé de jasmins et de camélias blancs!... Tiens... vois sous ces sapins, eette maison dans l'ombre C'es 1à que maintenant, de mes travaux sans nombre Je pourrai oublier les tourments monstrueux,
Et préparer pour toi le “homer affectueux.
Entre!... aux cieux une étoile ouvre son oeil tremblant Et bientôt c'est la nuit qui s’avance à pas lents: Alors, dans la maison pour toi seul embellie,
Îl y aura des chants et des fleurs bien jolies,
Le grand divant profond, tout remplis de coussins Que j'ai brodé de soies en de savants dessins.
Et le thé tout fumant dans la tasse de sèvre Mélangé du lait pur de ma plus jolie chèvre.
Puis le parfum qui brûle au vieux réchaud d'étain, Le livre que tu aimes ouvert près de ta main... Et la lampe allumée sous l'abat-jour changeant, Qui met des reflets roses à mes cheveux d'argent.