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mais si vous tenez à moi, vous reviendrez demain à la même heure.
Et il disparut dans la tombe qui se referma sur lui.
Grida s'en retourna chez elle, en compagnie du recteur. Pendant le trajet, celui-ci demanda :
— N'avez-vous rien remarqué de particulier ?
— Si, dit-elle. Il m'a semblé que le corps de Noëlik devenait plus blanc, à mesure que je le battais davantage.
— C'est bien cela, dit le recteur.
Il ajouta :
— Maintenant que je vous ai mise en rapport avec votre fils, vous pouvez vous passer de mon ministère. Tâchez seulement d'avoir la force d'aller jusqu'au bout.
Donc, le lendemain, Grida Lenn se rendit seule au tombeau du clerc. Les choses se passèrent exactement comme la veille, sauf que la mère ne se fit plus prier pour fouetter son enfant, et qu'elle fouetta, fouetta, jusqu'à n'en pouvoir plus.
— Ce n'est pas encore assez, lui dit Noëlik, lorsque le douzième coup sonna. Il faudra que vous reveniez une troisième fois.
Elle revint.
— Surtout, ma mère, supplia le jeune homme, allez-y cette fois de tout votre cœur et de toutes vos forces !
Elle se mit à le battre avec tant d'acharnement que la sueur tombait d'elle comme une
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pluie d'orage et que le sang jaillissait du corps de Noëlik comme l'eau jaillit d'une pomme d'arrosoir.
A la fin, sentant son bras se raidir et l'haleine lui manquer, elle cria :
— Je n'en puis plus, mon pauvre enfant ! Je n'en puis plus !
— Si ! Si ! Encore ! Mère, je vous en conjure ! disait la voix de son enfant, et cela avec un tel accent d'angoisse que Grida retrouva une seconde d'énergie.
Malgré ses tempes qui bourdonnaient, malgré ses jambes qui fléchissaient sous elle, elle fit un efîort suprême.
Mais, aussitôt, elle tomba à la renverse.
Grâce à Dieu, son dernier effort avait sufïi.
Couchée sur le dos, dans l'herbe du cimetière, elle vit le corps de son fils, devenu blanc comme neige, s'élever doucement dans le ciel, comme une colombe qui prend son vol.
Quand il fut à quelque hauteur au-dessus d'elle, il lui dit :
— Ma mère, en m'aimant trop pendant ma vie, en me pleurant trop après ma mort, vous aviez retardé ma béatitude éternelle. Il fallait, pour que je fusse sauvé, que vous fissiez, sortir de moi autant de gouttes de sang (1) que vous
(1) Cf. ci-dessus, t. I, p. 389.
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aviez versé sur moi de larmes. Désormais, nous sommes quittes. Merci !
Sur ce mot, il s'évanouit dans l'air.
A partir de cette nuit, Grida Lenn ne pleura plus. Elle avait compris que son fils était mieux là où il était qu'il ne l'aurait jamais été sur terre.
(Conté par un vieux sonneur de biniou (Ar zoner coz) Dinéault, 1887.)