ORDRE
Il faut toujours supposer à ses entiemis le projet le plus raisonnable. Or, d'après ce qu'on lit dans les journaux anglais, le général Steinmetz occuperait une position centrale
entre Sarrebriick et Deux-Ponts, et serait appuyé par derrière par un corps du prince Frédéric-Charles, et la gauche se relierait à l'armée du Prince Royal qui se trouve dans la Bavière rhénane. Leur but serait de marcher droit sur Nancy. En conséquence, je désire que les troupes prennent les positions suivantes :
Le général de Ladmirault aura son quartier général à Boulay.une division à Bou(:heporn,la troisième à Teterchen.
Le maréchal Bazaine aura son quartier général à Saint- Avold, une division à Marienthal, une troisième à Puttelange. La quatrième sera placée suivant ses convenances, soit en avant, soit en arrière de ses positions.
Le général Frossard restera dans la position où il est. Le j^ijnéral de Failly ira rejoindre à Bitche la division qui y e-t déjà: ces deux divisions seront sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon. Celle qui restera à Sarreguemines se mettra en relation avec la division qui est à Puttelange, et sera sous le commandement du maréchal Bazaine.
La division de cavalerie qui est à Pont-à-Mousson se portera à Faulquemont.
Le maréchal Canrobert sera à Nancy avec trois divisions.
NAPOLÉON
Metz, le 4 août 1870.
P.-S. — Il est bien entendu que celle de ses divisions que le général de Ladmirault enverra à Boucheporn ne se rendra sur ce point que dans la journée du 6 de ce mois.
D'après les journaux anglais !
C'était un reporter qui déterminait les mouvements militaires de la France, et l'Empereur avait la naïve bonne foi de l'avouer.
Du reste, dans cet ordre on ne sent ni l'énergie ni la volonté que doit avoir tout commandant en chef, ni la confiance en lui-même qui impose la confiance aux autres.
L'Empereur désii^e que les troupes prennent telle position; il amoindrit son commandement jusque dans la forme.
Dans tout ce désordre, la division du général Decaen avait marché trois jours sans pouvoir faire la soupe. Cette division était épuisée de fatigue et complètement démoralisée avant d'avoir tiré un coup de fusil.
Tout à coup apparaît une tête de colonne prussienne. Le général Frossard en est prévenu le premier. Non seulement il ne tient pas compte de l'avis qu'on lui donne, mais, chose inouïe, incroyable, il est surpris par l'attaque de l'ennemi pendant son déjeuner.
Si nos ennemis avaient eu le talent qu'ils s'attribuent, et qu'on leur a laissé si largement s'attribuer en France pour justifier nos désastres, le 2^ corps était perdu. Il pouvait, il devait être isolé et avoir là son Sedan.
Le 7 commençait la retraite sur Metz ; ce même jour l'armée apprenait le désastre de Reichshofl"en!
Les maréchaux donnaient des ordres. L'Empereur en donnait également sans les prévenir; le ministre de la Guerre, l'Impératrice envoyaient des instructions de Paris.
Quelle eflroyable confusion !
Voici par exemple, ce que répondait, le 7, le général (le Ladmirault à un ordre du maréchal Bazaine :
ARMÉE DU RHIN Boulay, le 7 août 1870.
4* Corps.