‹ La légende de MetzChapitre 26 sur 65 · ANNOTÉ PAR LE MARECHAL BAZAINE · texte numérisé non relu

ANNOTÉ PAR LE MARECHAL BAZAINE

« Trop tard » sera le refrain du Requiem chanté sur la carrière de François-Achille Bazaine.

Trop tard il fat nommé au commandement de l'armée du Rhin.

Trop tard l'Empereur délivra cette armée et son commandant des embarras de sa présence et de son influence.

1 . Nous avons cru devoir, afin de laisser à M. Archibald Forbea toute son originalité, traduire ses appréciations en conservant certaintjs toiu'uures et expressions très anglaises.

Trop tard Bazaine eut sa liberté d'initiative, l'indépendance de ses mouvements.

Trop tard lui arrivèrent les injonctions enflammées de Gambetta de prolonger la défense de Metz; et aujourd'hui, trop tard, dix ans après sa condamnation, il réfute les accusations qui ont couvert son nom d'ignominie.

«Trop tard, » dans la maligne série des faits petits et grands qui touchent à cet homme infortuné, viendra, je le crains, le jugement de l'article, qu'il m'a été permis d'écrire sur les événements qui amenèrent sa ] ruine, et que les révélations contenues dans sa défense ont éclairés.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis la publication de cet ouvrage ^ J'ai confiance que je puis sans présomption prétendre avoir quelques titres à le commenter, même aussi tardivement. C'est l'autre jour ' seulement que je suis revenu des antipodes ^. J'ai été témoin de chaque combat auquel Bazaine fut mêlé, depuis le baptême du feu du pauvre Prince Impérial jusqu'au violent effort tenté le7octobreàMézières-lès-Metz.

1. La publication de ce livre n'avait pas pour but ma défense, parce queye ?ip me suis Jamais senti coupable; mais la production des documents pouvant servir à écrire l'histoire de cette époque néfaste.

Pour arriver à ce résultat il n'est jamais trop tard; et si je ne l'ai pas publié plus tôt, c'est sur l'invitation amicale de M. Rouher, qui ne jugeait pas le moment venu.

2. M. Archibald Forbes revenait d'Australie. {Note de la traduction.)

J'ai connu, comme je connais la paume de ma pro- I r main, les lignes de l'armée allemande et les ouii-^esqui entouraient Metz'. J'étais parmi les preli rs qui entrèrent dans la ville après la capitulation, t je fus témoin du désarmement des soldats de la/aine. J'assistais à son procès devant le Conseil de lierre. J'ai entendu le président du Conseil répondre lar le solennel Oui, à l'unanimité, à la question de sa u'pabilité. C'est à cause de cette connaissance intime ue j'ai personnellement du sujet, que je demanderai l'excuser mon empressement à parler de sa toute derlière phase, bien qu'elle ait perdu l'éclat de la nouveauté.

Il m'a semblé reconnaître une nature virile dans Jazaine, en observant la calme et courageuse immo- )ilité de son visage, tandis qu'une populace insensée ,'acbarnait autour de sa voiture en poussant les cris ùrieux de : Lâche! Cochon! Polisson! au moment où il juittait son quartier général pour se constituer prisonnier, quand la reddition fut consommée ^ Il m'a

i. Il y a cependant des gens militaires et civils qui, désignés pomme témoins à charge, témoignèrent que ces travaux n'exis- \aie7itpas. Et ce qu'il y a de plus fort, c'est que nombre de pièces armant les ouvrages étaient en bois peint. On ne peut être plus idiotement crédule et méchant. Tous les racontars recueillis par l'instruction ont eu ce caractère mensonger.

2. C'est à cheval que j'ai quitté mon quartier général pour me rendre à Corny, et c'est à mon passage à Ars-sur- Moselle que les insultes ont été proférées, de loin, par les ouvriers des usines de ce centre industriel.

M. André, maire républicain d'Ars, qui fut plus tard député, puis préfet, ne fit rien pour la garnison de Metz.

no LA LÉGENDE DE METZ.

semblé reconnaître encore cette virilité quand il fit face à ses juges, avant qu'ils se retirassent pour le condamner. Sa réponse à l'appel du duc d'Aumale, articulée tête haute, comme il convenait à un soldat français, une rougeur colorant ses joues blêmes, un éclair superbe de fierté sévère dans ses yeux bleus, mais sans le moindre tremblement dans cette vaillante voix, avec laquelle il avait si souvent commandé la marche en avant à plus d'un de ceux qui se trouvaient parmi ses auditeurs ; sa réponse, dis-je, pleine de dignité, fut prononcée d'une voix ferme :

« J'ai sur la poitrine deux mots : « Honneur et Pairie », qui ont été la devise de ma vie. Je ny ai jamais manqué, nia Metz, ni pendant mes quarante-deux ans de service. Je le Jure par le Christ! »

Ce vieux soldat^ qui avait littéralement trouvé son bâton de maréchal dans son sac, s'était toute sa vie conformé à cette noble devise. La simple et mâle dignité de son caractère se révèle à chaque page de cette défense, diffuse, sans art et singulièrement candide. Quand le général Rivières % l'auteur du rapport

1. Cet officier général, appartenant à l'arme du génie, avait été employé à Metz pendant mon commandement du 3e corps d'ai"mée à Nancy.

D'un caractère porté à la critique, il blâmait les projets du •comité de son arme sur les travaux à exécuter. Il put changer de résidence^ et c'est à Lyon que la révolte du 4 septembre le trouva disposé à la servir.

M. le général de Cissey a affirmé que M. Tliiers l'avait accepté

qui formulait l'accusation — un homme qui avait servi sous son commandement, — vint instruire son procès, il couvrit d'indignes railleries son ancien chef à l'heure de l'affliction. « Akl vous songiez, n'est-ce pas, à épai'gner votre aimée pour ^imposer à la France loi'sque Paris aurait succombé? »

« Faites votre devoir! » fut la ferme réponse militaire de Bazaine.

Son sentiment inné de la discipline se trouve révélé dans sa résignation à endurer sa captivité dans l'île de Sainte-Marguerite, jusqu'à ce que l'ordre lui vînt de revêtir le costume gris du condamné.

« Le costume de l'infamie! » s'écrie le vieux soldat, dans un beau mouvement de désolation et de courroux.

« Cet outrage dépassait les bornes de la patience, ajouta-t-il, et je me décidai à m'évader, coûte que coûte. »

La vérité est que, de toutes les folies du temps, mêlé

parce qu'il s'était offert, mettant à l'appui de sa demande son désir de m'étre utile.

Ce qu'avance M. Forbes est très vrai, quant à son attitude visà-vis de moi. C'était une lâcheté qui se reproduisait tous les jours.

J'ai bien souffert.

M. Challemel-Lacour, alors préfet de Lyon, voulut bien lui donner un commandement, qu'il déclina, disant qu'il s'en tirerait mal, mais qu'il ferait de bonnes fortifications.

A ce propos, je lui disais : « Pourquoi alors voulez-vous apprécier mes opérations? » Il me répondit d'un ton rogue : « AL ! voilà !... »

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d'héroïsme et de bassesse, qui suivit la déchéance de l'Empire, de toutes les fausses pistes de vengeance sur lesquelles la nation française s'est ameutée en poussant des clameurs et des aboiements, avec d'autant plus de force qu'elle cherchait à se tromper elle-même, de toutes les injustices que commit jamais un peuple enragé de honte, torturé par un orgueil humilié, possédé du désir furieux d'avoir un bouc émissaire, de toutes les folies, dis-je, la persécution de Bazaine fut la plus folle, la plus perfide et la plus cruelle. Elle fut l'épisode le plus indigne et le plus vil d'une époque qui, si elle a été féconde en patriotisme, l'a été plus encore en indignité et en bassesse.

Bazaine fut sa victime.

L'honnête homme, le serviteur militaire de l'Empire fut abandonné, chargé de responsabilités, quand l'Empereur partait pour Châlons.

Le vieux soldat était l'objet de la jalousie et de l'antipathie des commandants de corps, ses subordonnés, qui étaient, eux, sortis des Écoles et représentaient l'aristocratie militaire.

La corruption de l'armée française, qui commença chez les chefs par une indiscipline affectée et une complaisance commode pour eux-mêmes S gagna les grades inférieurs et se traduisit par le désordre, la

1. Ce que j'entends par indiscipline n'est pas le refus absolu d'obéissance, mais la plus blâmable insouciance dans l'exécution rapide des ordres donnés, des instruction reçues.

désaffeclion et la désobéissance flagrante du soldat.

i Voilà ce qui fit échouer tous les efforts du maréchal pour prendre une offensive effective; et cela presque

I autant que la confusion et l'absence de préparatifs,

I résultant de l'insouciance d'un Empire qui mettait son

' sort en jeu avec sa fortune I

Quand Bazaine fit des remontrances au sujet des illégalités criantes commises dans la constitution et la procédure du Conseil d'enquête, qui précéda son Conseil de guerre, on lui répondit brièvement : « Nous sommes en révolution ^ » Ce n'était pas une mauvaise raison en elle-même, mais celui qui la donnait ne se doutait peut-être pas qu'il formulait incidemment, de cette manière, la vraie défense de Bazaine.

Lorsque ce commandant cherchait à tâtons quelque lueur d'autorité légitime pour éclairer son devoir, lorsque la capitulation approchait, les incertitudes pleines de trouble de l'honnête soldat devenaient de de l'angoisse.

« Nous sommes en révolution. »

Bazaine était, avec ses bonnes intentions, victime de cet état de chaos, où la France allait à la dérive.

1. Dans la composition du conseil d'enquête, qui fut la même pour tous les commandants de place, quel qu'ait été leur grade, on a, en ce qui me concerne, foulé aux pieds le règlement, en faisant figurer dans le conseil le général d'Aurelles, qui avait commandé la 5® division, dont Metz faisait partie, pendant que je commandais le 3^ corps d'armée, et en appelant en témoignage des individualités qui ne pouvaient témoigner à aucun titre.

Plus tard, lorsque son nom fut conspué en France, il devint une victime toute trouvée pour une foule de gens qui virent ainsi le moyen, en concentrant l'attention publique sur les accusations portées contre lui, de la détourner de leur propre conduite pendant la guerre.

C'est ainsi qu'on en fit un bouc émissaire, emportant avec lui, à Sainte-Marguerite, les péchés de toute cette ignoble époque'. Lui parti, de Gissey pouvait tenir la tête haute jusqu'à ce qu'une nouvelle honte l'écrasât. Frossard pouvait se réjouir dans l'assurance que la France ne le questionnerait plus sur sa mauvaise direction de l'affaire de Spickeren. De Pailly n'avait plus à craindre d'enquête sur ce déjeuner au Champagne qu'interrompit le canon bavarois. Le Bœuf n'avait plus à frissonner au souvenir de son assurance vaniteuse que l'armée était prête « jusqu'au dernier bouton de guêtre ». Forton pouvait maintenant légèrement sourire quand il se rappelait qu'avec trois divisions de cavalerie il se laissa arrêter le 15 août, dans

1, On mit à ma charge toutes les responsabilités qui ne pouvaient m'incomber. Les généraux qui avaient été sous mes ordres me traduisirent en conseil de guerre, dont les membres furent désignés par le gouverneur de Paris, qui avait été également sous mes ordres.

Il en fut de même du général rapporteur qui avait été deux fois sous mon commandement.

Quelle époque peut être citée comme ayant autant méprisé toutes les règles de la justice humaine?

Aucune.

son mouvement, par une poignée de uhlans, et fut ainsi la cause première du blocus de Metz.

En effet, la condamnation de Bazaine blanchit toute l'armée française. La France accepta la ruine de sa réputation, et se donna en retour pleine décharge des défauts de son armée... On fit ainsi de Bazaine le Jonas de la réputation militaire de la France.

D'un bout à l'autre de cette tragi-comédie, le vieux soldat dévoué accepta tout, avec un cœur vaillant et une conscience pure. Chargé, au début de la guerre, de l'intérim du commandement de toute l'armée du Rhin, en attendant l'arrivée de l'Empereur, il s'y employa avec une mâle persévérance, bien qu'il fût embarrassé par des ordres contraires de Paris et entravé par la négligence et la désobéissance des généraux de corps d'armée. En homme prudent, il favorisa la défensive, quand il vit le profond désordre qui l'entourait. Au bout de dix jours, l'Empereur arriva à Metz. Bazaine fut relégué au second plan, au commandement d'un simple corps d'armée, et le fanfaron Le Bœuf déclara : « Il est temps maintenant de prendre l'offensive. »

L'offensive, en ^'érité, quand déjà les troupes, sur la défensive, étaient affamées faute de provisions 1 Le projet d'invasion était mort-né dans l'occupation avortée de Sarrebriick le 2 août; et, sous l'impression d'un contre-coup imminent, Bazaine, le soldat prêt à toute corvée, fut nommé au commandement de trois

corps d'armée, avec la restriction injurieuse « pour les opérations militaires seulement ».

On a vu des généraux s'offenser d'un pareil traitement, mais Bazaine était un honnête sujet et un soldat désintéressé.

C'est alors que Frossard, désobéissant aux ordres, livra une aveugle et infructueuse bataille sur les hauteurs de Spickeren. Prenant une ligne de retraite qu'il choisit, malgré des instructions positives, et sans voir que la route qui lui était indiquée était ouverte, il abandonna les secours que Bazaine s'était hâté de lui envoyer *. A partir de ce moment jusqu'au 12 août, Bazaine, sous les ordres de l'Empereur, continua sa retraite sur Metz. Dans cet intervalle, avec la véritable appréciation stratégique de la situation, il avait pressé Napoléon de réunir l'armée eu retraite de Mac-Mahon et le corps de Canrobert, dans la position où était alors le camp retranché de Frossard, dans un angle dominant près de Nancy. Mais l'Empereur était absorbé

1. A cet égard, il serait utile de prendre connaissance des lettres publiées par les généraux Castagny, Montaudon, Metman et Juniac, pour se disculper des reproches du général Frossard, à qui seul devait incomber la responsabilité du désastre de Spickeren dont les conséquences morales furent si funestes au 2^ corps, et par suite à l'armée.

M. le général Rivières me reprocha de ne pas avoir été de ma personne au secours de Frossard, s^^n chef (président du comité du génie).

C'est ainsi qu'il comprenait ma situation à Saint-Avold, dépendant directement de l'Empereur 1

Pauvre génie I

par sa crainte, non militaire, de découvrir, môme en apparence, la ligne directe de marche sur Paris.

Le 12 août, l'Empereur insista pour que Bazaine prît le commandement en chef de l'armée du Rhin, et Bazaine obéit à son maître en ceci comme en toute chose. De l'aveu de tous, l'objet de cette nomination était de décharger l'Empereur de la responsabilité des événements malheureux qui pourraient survenir, comme cela paraissait probable, et d'en charger les épaules d'un autre.

Bazaine prit le fardeau avec répugnance, mais avec obéissance; il fut tout simplement un homme de paille. Nous sommes habitués au spectacle d'un chef d'armée, dont le chef d'état-major inspire les ordres et les actes. Mais pour Bazaine c'était le contraire; il devenait un chef d'état-major responsable, obéissant en réalité aux ordres d'un souverain qui ne s'était dépouillé que du titre nominal de commandant en chef. Les instructions de Napoléon à Bazaine, entre les 13 et 15 août, mettent amplement en évidence cette situation. Prenons un exemple daté du 14 :

1. Lorsque l'Empereur me remit verbalement le 12, dans la soirée, le commandement de l'armée, cette remise ne fut pas accompagnée de renseignements sur la situation de l'ennemi. La preuve, c'est que Sa Majesté elle-même ignorait sa présence si près du quartier impérial , quand elle se décida à quitter J'armée, le 16 au matin. L'état-major général n'en savait pas plus.

On opérait en aveugles, en véritables étourneaux.

« Donnez des ordres pour laisser la division Laveaucoupet à Metz, oh elle relèvera la division Lafont de Villie7's.

« NAPOLÉON

On peut avancer que c'était là une position indigne de Bazaine, — si sa première pensée eût été sa réputation militaire ; mais il avait mis de côté tout amourpropre. Son abnégation était absolue; il ne songea qu'à servir loyalement son maître. S'il eût été un homme énergique, très énergique, il aurait pu insister, dans l'intérêt de la France, pour faire à sa volonté. Mais rares sont les hommes qui ont le courage moral de faire une pareille résistance K

Il livra la bataille de Borny le 14, parce qu'il ne pouvait faire autrement, bien qu'il en dût résulter, de quelque façon que cela tournât, des retards à sa marche sur Verdun. La vérité est simplement que, dans l'épouvantable désordre delà situation militaire française, la stratégie allemande s'était imposée avec audace.

i. Vis-à-vis d'un souverain dont on est habitué à recevoir des instructions, des ordres depuis dix ans, et auquel on a toujours obéi, je regarde cette résistance comme impossible et frisant de bien près l'indiscipline.

Que n'a-t-on pas dit à propos de mon commandement au Mexique! Il en a été de même à l'armée du Rhin, puisque à l'enquête parlementaire on m'a demandé s'il était vrai que je m'étais séparé de l'Empereur?

Toujours les questions de tendance I

Le \o fut continuée la marche sur Gruvclottc. et le 16 au matin, l'Empereur se décida, à la surprise de lîazaine, à quitter l'armée. Il l'avait envoyé chercher, et Bazaine, venant au galop, trouva l'Empereur déjà en voiture, qui lui dit :

« Je me décide à partir pour Verdun et Châlons; mettez-vous en route pour Verdun dès que vous le pourrez. »

Il partit, et Bazaine se trouva pour la première fois, de fait, commandant de l'armée.

Sa situation, jusqu'à ce moment, n'avait eu aucun élément de réelle indépendance. Il avait fait pour le mieux. Il avait suggéré le projet de Frossard. Plus tard, il avait insisté pour une modification de ce projet en vue d'un mouvement offensif dans la direction du sud-est, mouvement qu'il avait proposé pour le 14 août. Il est certain, comme il l'avait jugé, qu'un tel mouvement aurait atteint les Allemands sur leur flanc droit, quand ils débouchaient vers la Moselle, au-dessus de Metz, et aurait pu avoir d'importants résultats.

Mais l'Empereur, alarmé d'apprendre, par une dépêche télégraphique de l'impératrice Eugénie, que le prince Frédéric-Charles marchait sur Verdun, en traversant le pays entre Thionville et la frontière du Luxembourg, insista, au contraire, pour une offensive dans cette direction. Le plan de Bazaine fut ainsi écarté, celui de l'Empereur ne fut pas exécuté, et,

le iA, les Allemands prirent l'offensive en attaquant Bazaine à Borny. Il avait donc accepté ce combat, puis ^ il avait traversé la Moselle et était arrivé sur le plateau de Gravelotte, en dépit de difficultés et d'obstacles qui l'avaient presque rendu fou*.

Bazaine a été accusé d'avoir montré une coupable ambition en acceptant le commandement et en désirant ardemment l'éloignement de l'Empereur de l'armée, afin de pouvoir librement exécuter ses desseins. La vérité est qu'il pria l'Empereur de le dispenser de ce commandement et de le conférer plutôt à Ganrobert ou à Mac-Mahon, faisant observer qu'ils étaient tous deux ses aînés et ses supérieurs. La réponse de l'Empereur fut l'ordre formel de prendre le commandement.

Etait-ce là de l'ambition ? Je ne pense pas qu'il y ait aujourd'hui beaucoup de gens sérieux qui, de sangfroid, veuillent l'affirmer.

On ne pouvait pas non plus l'accuser de lâcheté : il était, à Borny, presque sous les yeux de l'Empereur, contusionné par un éclat d'obus.

Il se trouva au plus fort de la bataille de Mars-la- Tour, corps à corps, dans une situation des plus périlleuses.

Dans la marche sur Verdun, il y eut une mêlée avec

1. J'avais accepté ce combat malgré moi, et il n'aurait pas eu lieu si mes instructions pour la manœuvre du passage de la Moselle avaient été exactement suivies, sans perte de distance entre les échelons, et. par conséquent perte de temps, dont profita l'ennemi.

Iles hussards de Brunswick. Autant la bravoure de Bazaine était celle d'un soldat, autant son courage

moral était peu celui d'un chef d'armée responsable.

Sa responsabilité indépendante, avec le seul embarlasdes instructions impériales," — qu'il eût à atteindre Verdun, — » commença dès que la voiture de l'Empereur s'éloigna de l'auberge de Gravelotte. Le moment est donc opportun pour juger de sa capacité dans cette position nouvelle et des plus ardues *.

Gomme soldat, Bazaine avait un double caractère :

Dans les positions subordonnées, c'était un homme des plus capables. Sorti des rangs, il s'était élevé au sommet, uniquement par son mérite militaire. Sa bravoure personnelle était proverbiale. C'était un brillant officier, commandant également bien un peloton ou un corps d'armée, quand il agissait sous les ordres d'un supérieur. Comme commandant suprême, son caractère spécial ne permettait pas à ses qualités d'être aussi en relief. Il avait l'instinct de la guerre, mais non le génie du commandement. Toujours prêt pour le combat, il n'avait pas le don de tenir ce combat dans le creux de sa main.

Comme stratégiste, il était de la vieille école formaliste, et attachait par trop d'importance à la con-

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