‹ La légende de MetzChapitre 27 sur 65 · Je n'ai pas eu l'initiative des mouvements · texte numérisé non relu

Je n'ai pas eu l'initiative des mouvements

On m'a imposé la solution d'un problème avec des données qui ne pouvaient, à moins d'un miracle, le résoudre en faveur de Qos armes.

figuration physique du théâtre des opérations. Le maréchal Niel l'avait imprégné d'une grande confiance dans les avantages de la défensive". Or la défensive n'a principalement d'importance que comme prélude, pour ainsi dire, de l'offensive ; et Bazaine n'avait pas l'éclair qui inspire à un chef d'échanger la défensive contre l'offensive, avec l'impétuosité et le rapide courant de forces vives qui emportent le succès. Il avait l'œil du soldat pour le choix d'une position, comme Gravelotte l'a prouvé; mais, toutefois, une position est un moyen et non une fin. Et, comme beaucoup d'hommes capables avant lui, depuis Daun jusqu'à Maclellan, il était insuffisant pour le prompt coup de main d'une entreprise. Il néghgeait un devoir, il avait le défaut tout français de ne pas faire de reconnaissances, et perdait du temps en délais et en détails. Il a perdu en délais, il faut l'avouer, l'occasion d'atteindre Verdun. Il s'inquiéta de faire sortir de la vallée de la Moselle les traînards, au lieu de pousser ardemment en avant ^ Il donna à sa principale divi-

1. Oa est réduit au rôle de la défensive quand les moyens dont on dispose sont inférieurs à ceux de l'ennemi.

Or, dans les guerres modernes, avec l'égalité des armes, de l'instruction et de l'expérience, le nombre fait beaucoup, et la victoire appartient généralement aux gros bataillons.

2. Ce service, tout au long tracé dans«le règlement sur le service en campagne, doit être fait par ordre des généraux, des chefs d'état-major, etc., et ils ne doivent pas attendre pour l'exécution, soit de jour, soit de nuit, que l'initiative vienne du général en chef. Cela ne prouve qu'un fait, c'est qu'il existait une maie-

Ision de cavalerie Mars-Ia-Tour comme point de réunion pour la nuit du 15; il arriva, au contraire, qu'une il lignée de uhlans allemands arrêta cette division à N'ionville.

Le lendemain matin, il aurait dû être en route de bonne heure, mais les tentes étaient encore debout à .nidi, et ses ordres étaient de commencer la marcha a une heure après midi. Il avait médité encore sur le projet Frossard jusqu'à ce que l'Empereur, en le quittant définitivement, lui donnât Verdun pour objectif.

Pendant ce temps, Alvensleben lui avait enlevé l'initiative.

Bazaine avoue franchement que l'attaque impétueuse des Allemands, le matin du 16, fut une surprise. Alvensleben lui donna une terrible leçon sur l'avantage de l'offensive.

Bazaine livra un rude et opmiâtre combat, mais, en réalité, il ne put jamais se dégager suffisamment pour prendre son élan hors de la défensive; et le mieux qu'il fut capable de faire, et cela tout juste, fut de garder ses positions. Qu'il eût dû agir autrement, c'est incontestable!

Jusqu'à trois heures de l'après-midi, la force qui l'attaquait, le tenait aux abois et gagnait positivement

chance très préjudiciable au service dans les degrés de la hiérarchie.

Il n'y avait pas que des traînards, mais des divisions entières restées dans la vallée, qui ne sont arrivées en ligne que le soir du 16 août.

du terrain sur lui, ne consistait que dans le corps d'Alvensleben à peine fort de 30 000 hommes, tandis que Bazaine en avait, lui, 100 000 à sa disposition. Avec une vigoureuse offensive, il aurait balayé le plateau et rejeté' l'ennemi dans les ravins de Gorze^^

Bazaine est, dans tous les cas, assez candide et de bonne foi! « La bataille de Rezonville a été appréciée par l'opinion comme une victoire, écrit-il , mais on n'est victorieux que quand on reste maître complètement du champ de bataille et que l'on peut ensuite continiier ses opérations dans la direction voulue. Était-ce notre situation? Bien s'en faut : l'ennemi avait souffert, mais il restait maître des positions, d'où il menaçait notre flanc gauche à chaque pas que l'armée aurait voulu faire dans la direction de Verdun. Gomment entreprendre une marche dans de pareilles conditions de tactique? C'eût été conduire l'armée à une défaite certaine. »

Il a le droit d'avoir son opinion , surtout quand on considère les responsabilités qui pesaient sur lui. J'ai entendu le prince Frédéric-Charles manifester son étonnement de ce que Bazaine ne se soit pas frayé un passage le 17 août. Mais il me semblait que le Prince

1. C'est bien ce que je voulais faire, mais la non-réussite de la charge des cuirassiers de la garde, la dispersion de l'état-major i-'énéral, qui en a été la conséquence, le peu de solidité des 2^ et 6e corps, l'éloignement du 4e sur la droite, la fatigue des troupes, me firent renoncer à mon projet. J'en avais parlé le matin du 16 à l'intendant général Wolff.

Rouge parlait en goguenardant. Personne ne savait mieux que lui que si, le 16, Bazaine n'avait pu se débarrasser d'Alvensleben qui était à la tôte d'un seul corps d'armée, sa situation était infiniment moins favorable le 17, quand, non pas un mais trois corps d'armée allemands, se montraient sur son flanc'.

Bazaine appréciait ses difficultés. On peut s'apercevoir, en lisant son livre, qu'il a eu également quelque idée de ses défauts.

La bataille du 1 6 avait été un avertissement : Bazaine avait pu constater un manque d'entente cordiale entre ses généraux, l'indiscipline et l'indécision parmi ses hommes.

L'armée avait quitté Metz dans la confusion et la désorganisation générale, insuffisamment pourvue de munitions et de vivres. Rezonville avait presque entièrement épuisé les cartouches, les caissons de munitions des deux corps qui avaient été le plus fortement engagés; les autres en avaient fait également une grande dépense. Quant aux rations, le corps de Frossard, d'après son propre rapport, n'avait plus de biscuit et de riz que pour un seul jour. Une partie de la cavalerie avait manqué de grain, pendant quarante-huit heures.

1. Le prince Frédéric-Charles exprime dans son rapport officiel, inséré dans la Gazette officielle de Berlin, le soin qu'il prit de s'opposer à la marche présumée du 17 et d'en profiter pour faire une attaque de flanc.

J'ai donc bien lait de ne pas l'entreprendre.

Les hommes de Canrobert, de son propre aveu, n'avaient eux non plus « ni biscuit, ni viande, ni café,. / ni sucre, ni sel, ni riz », en un mot, ils étaient complètement dépourvus. Dans cette situation, Bazaine, qui n'avait assumé le commandement nominal de l'armée que depuis quatre jours, et qui, la veille encore, avait les mains liées par des ordres précis, ne peut être considéré comme responsable, quoiqu'on lui ait fait subir rudement toutes les conséquences de la res- 1 ponsabilité. '

Il était nécessaire, pour l'armée, de se refaire de j ses fatigues et de se ravitailler; dans ce but, une retraite, à portée d'une libre communication avec Metz, était la seule ressource. On a dit, contre Bazaine, qu'il n'avait eu aucunement l'intention de s'éloigner de Metz, mais que, dès les premiers moments de son commandement, son réel projet était de s'y retranchera La preuve du contraire est dans ce fait, qu'il livra la bataille de Gravelotte le 18.

C'était sacrifier, de gaieté de cœur, des forces qu'il avait intérêt à conserver, si son but était réellement

1. La calomnie provoque de la part de l'opinion toujours de fnusses suppositions de tendances à agir de telle ou telle façon.

Si c'eût été ma pensée, j'aurais agi autrement.

Je me serais établi à Metz, me créant des partisans, et me substituant au commandant titulnire ainsi qu'aux autorités civiles; tandis que, jusqu'au dernier jour, ']&i maintenu le quartier général à l'extérieur, et chaque autorité dans ses attributions concernant la ville, dont je n'ai jamais été le commandant supérieur.

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( lilui qu'on lui prêtait. Il regardait comme impossible do rester le 17 dans sa position; il se replia pour se refaire, et s'arrêta à Gravelotte pour offrir bataille à l'ennemi, dans l'espoir justifié que celui-ci viendrait se briser de lui-même contre cette position. Si l'ennemi refusait la bataille, il espérait, comme il l'écrivit à l'empereur dès le 17, être capable de se jeter au nord de la Meuse le 19. Si l'ennemi acceptait, il était battu. Inutile de dire alors ce qui pourrait arriver.

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