C'est exact
Le commandant du 6^ corps a laissé dire, — pour dégager sa réputation et devenir le légendaire héros de Saint-Privat-la-Montagne. — Ah ! le maréchal connaissait bien le caractère national, et il en a usé en Crimée comme à l'armée du Rhin !
Le commandant du 6° coi-ps avait vécu à Paris, oii il avait des amis; quant à moi, j'avais passé ma vie en campagne et je n'en avais pas.
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OÙ devait-il aller, en supposant qu'il fût une fois dehors ?
Évidemment dans la direction nord-ouest, en marchant le long de la Meuse inférieure, essayant de rejoindre Mac-Mahon. Mais les Allemands pouvaient aussi deviner naturellement que tel était son objectif; et, pour y mettre obstacle, ils avaient^ en dehors de l'arc de cercle d'investissement qui s'étendait d'Amanvillers à la route de Thionville, dans la vallée de la Moselle, quatre corps d'armée de 120 000 hommes.
Le pays, au sud et au sud-est de Metz, était peu garni d'Allemands; je crois que Bazaine aurait pu, à ce moment, gagner la route de Strasbourg; mais alors il aurait abandonné Mac-Mahon, qui se dirigeait sur Metz pour opérer sa jonction avec lui.
Qu'il soit resté trop inactif pendant dix jours après Gravelotte, on peut l'admettre. Ce fut cette inaction qui permit à trois corps d'armée allemands, détachés sous le commandement du prince royal de Saxe, de suivre la Meuse, pour se porter à la rencontre de Mac- Mahon, n'ayant point d'inquiétude sur la situation de l'armée du prince Frédéric-Charles derrière eux^
On peut dire, pour justifier l'inaction de Bazaine dans cet intervalle, que les commandants des corps
1. Ce temps fut mis à profit pour reconstituer l'armée, qui^ xi'avait pour ainsi dire que des cadres très incomplets, par suite des pertes éprouvées.
Qui pouvait prévoir le 4 Septembre?
[l'armée, sous ses ordres, étaient tous d'avis de ne ,ien faire. Bien que, pour un général énergique, dans les conditions normales, un tel argument soit de peu le poids, on ne doit pas oublier cependant que deux le ces commandants de corps d'armée étaient maréchaux comme lui, et qu'il avait lui-même servi sous eurs ordres.
Il se mit pourtant de lui-même en mouvement, immédiatement après qu'il eut connaissance, d'une manière.défmitive, de la route que suivait Mac-Mahon. Il établit son armée dans un camp retranché sur la rive droite de la rivière. De ce camp, le 31 août, il dirigea trois corps sur la ligne d'investissement des Allemands, dans la direction nord-ouest, avec Sainte- Barbe comme objectif immédiat.
Nous avions toujours regardé cette sortie simplement comme une diversion en faveur de Mac-Mahon que l'on attendait ; mais Bazaine rappelle son intention d'atteindre Thionville par un demi-circuit, avec ces trois corps, comptant ouvrir aux deux autres la route directe de la vallée de la Moselle.
C'est une fatale erreur que de ne pas activer une sortie sérieusement projetée.
Bazaine reproche à ses subordonnés leur lenteur; mais, de son propre aveu, le premier coup de canon de signal ne fut pas tiré avant deux heures après midi.
Deux heures, c'est bien pour le commencement
d'une sortie, seulement cela devrait être deux heures du mâtiné A la nuit tombante, la tête de sa colonne d'attaque avait percé tout près de Sainte-Barbe, et alors, pour employer une phrase favorite de Bazaine, « la nuit suspendit le mouvement offensif ».
Mais pour les Allemands, la nuit ne suspendit rien, au contraire; ils profitèrent de ce que l'obscurité est le signal du repos pour se lancer, au pas redoublé, sur la droite, sur la gauche et sur le front de l'armée de Bazaine, et ils poussèrent l'insolence jusqu'à inter- jj rompre, avant l'aurore, le sommeil de Le Bœuf, — qui avait cédé aux suggestions de la nuit en allant coucher dans le village de Servigny — par la plus vigoureuse et décisive contre-offensive.
Une panique s'ensuivit. Tout ce qui advint le jour suivant fut honteux pour les officiers et soldats français. Il y eut des querelles — des retraites précipitées — et chaque corps d'armée, ne pensant qu'à lui, découvrait les flancs de ses voisins de la façon la plus coupable. Les Allemands poussèrent en avant, toujours fermes, suivant leur habitude; et la tombée de la nuit du 1" septembre vit les troupes françaises se retirer dans leurs retranchements, avec une perte de 3 500 hommes.
1. Pas toujours, surtout quand on a une rivière à franchir. Mon intention, dès que j'aurais eu des nouvelles certaines de l'approche de l'armée de Châlons, était de marcher sur Château-Salins et Phalsbourg; en un mot, de reprendre l'offensive vers le Rhin.
Dieu ne l'a pas voulu!
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i Bazaine espérait encore voir arriver Mac-Mahon. i^ans le tonnerre de son propre canon le 31 août, il lirait pu entendre dans l'éloignement un faible son, ;las funèbre de l'armée de Mac-Mahon, en ce jour de lésastre pour la France. Ce faible son, porté par la jrise, venant du champ de bataille de Beaumont, disant de 65 railles, le prince Frédéric-Charles l'entendit le la colline d'Horimont, d'où il observait et souteaait le combat qui avait lieu sur les pentes de Serviçny et Noisseville; mais ce triste et sourd grondement ne parvint pas aux oreilles de l'assiégé.
Après la capitulation de Sedan, les chances de faire une trouée se changèrent bientôt, pour Bazaine, en certitude d'échec. Supposons qu'il ait réussi; quel eût été son objectif? quel eût été son sort immédiat? Il eût été écrasé infailliblement dans la plaine par les Allemands, qui lui eussent ménagé un passage sur un point choisi, s'ils n'avaient préféré le réduire, en l'affamant dans sa forteresse.
Ce n'est pas douteux : ils étaient plus forts que lui, — dans la proportion de deux contre un, — mieux établis, meilleurs marcheurs et plus entrain*.
Il est, sans aucun doute, permis à un témoin oculaire, qui se trouvait du côté des Allemands pendant