SUITE DE LA DÉFENSE DE BAZAINE PAR ARCHIBALD FORBES
La victoire est aux gros bataillons. — Tout bâton est bon pour battre un chien. — Siège de Metz. — L'inaction. — La nuit n'est pas toujours le signal du repos. — Une victoire à la Pyrrhus. — Deux Français pour un Allemand. — Metz hôpital. — Vaincus par la faim.
Bazaine avait été habile dans le choix de la position de Gravelotte '. Dans cette sanglante journée, la conduite de son armée justifia pleinement sa préfé-
1. Ce n'est pas le village de Gravelotte seul, mais la ligne de
crête, de ce village à Saint-Privat, que j'ai désignée pour défenses
des lignes d'Amanvillers. Mais les partisans du maréchal Canrobert
l'ont appelée la bataille de Saint-Privat, et cela pour qu'il en fut
le héros!
C'est ainsi que les partis écrivent l'histoire !
Le résultat eût été autre si le commandant du 6» corps avait suivi mes instructions : l» de ne pas s'étendre comme il l'a fait; 2° de se fortifier comme il ne l'a pas fait.
Il a été exprimé, au conseil d'enquête, que je m'étais désintéressé à& la bataille du 18!
C'est plus qu'absurde, c'est odieux! J'étais à ma place, comme toujours.
frence pour la défensive. On peut avouer que les Allenands furent battus sur leur droite et au centre. Si la ipituation de Bazaine lui avait permis de prendre l'ofj'ensive avec sa gauche, le résultat aurait été très ;Uiirérent. Mais c'est une grande vérité que la victoire ,i3st du côté des gros bataillons.
:; Les bataillons de Bazaine n'étaient pas assez gros pour s'étendre au nord jusqu'à l'Orne, sur les rives de ilaquelle sa droite aurait dû rester. Il fut obligé, au icontraire, de l'établir à Saint-Privat, position d'une grande force naturelle, dont Canrobert, quoiqu'il s'y tînt avec une valeur opiniâtre, n'avait pas tiré le meileur parti, négligeant de la fortifier au moyen de retranchements. Les Allemands avaient assez d'hommes pour tenir Bazaine en respect tout le long de leurs lignes, et pour faire effectuer en même temps à un corps d'armée un grand mouvement tournant. ■ Déplus, après une rude journée de combat, le prince royal de Saxe, ayant emporté l'avant-poste de Sainte- Marie-aux-Chênes, atteignit Canrobert sur sa droite découverte, tandis que. Von Pape, avec la garde prussienne, le harcelait avec acharnement sur son front de bataille. Canrobert dut abandonner sa position, et la nuit tomba sur une défaite pour Bazaine, provenant d'un manque de tactique.
Elle trancha en même temps la question des douteuses possibilités de son éloignement de Metz.
Sa lettre du 19 à l'Empereur prouve cependant qu'il
nourrissait encore l'espoir, quand deux ou trois jours de repos auraient rendu la vigueur à son armée, de s'en aller vers Châlons, soit par Sainte-Menehould, soit par la roule de Sedan, sur laquelle Mac-Mahon entreprit, d'une manière si désastreuse, de se rapprocher de lui. ^
Le reproche adressé à Bazaine relativement à Gravelotte, suivant le proverbe que tout bâton est bon pour battre un chien, a été qu'il n'envoya pas sa réserve, la garde impériale, au secours de Ganrobert, dans sa position sur l'extrême droite. Bazaine donna à Ganrobert tout ce qu'il osa donner comme réserve d'artillerie, appuyée d'une colonne d'infanterie, conduite par Bourbaki; mais il devait, pour ne pas tout risquer, conserver quelque réserve en main. Les Allemands le harcelaient violemment sur tout son front ; s'ils l'eussent entamé sur quelque point, entre la Mo- \ selle et Amanvillers, Ganrobert eût été tout à fait isolé.
Plus loin, le corps d'armée de Manteuffel, qui, lui, n'avait pas traversé la rivière, menaçait de l'attaquer par derrière, éventualité pour laquelle il devait être entièrement prêt.
Bazaine avait l'infériorité du nombre, ce qui est en- J core une plus mauvaise condition dans l'offensive que dans la défensive. Il avait à faire face à un grand nombre de dangers, et quand, dans l'avenir, on jugera sa conduite à un point de vue élevé et impartial, j'ose avancer que la critique militaire dira que Bazaine, à
Gravelolte, a livré un bon combat clans de très mauvaises conditions '.
Dès le matin, après la bataille de Gravelotte, commença le siège de Metz.
Je fus témoin de ce commencement, quand, du petit plateau, au-dessus du Point-du-Jour, j'observais les fantassins allemands démolissant tranquillement les ouvrages et les parapets en terre des tranchéesabris, d'où les balles de chassepot les atteignaient la veille encore, longtemps après le coucher du soleil.
Les troupes de Bazaine, à quelques exceptions près, n'étaient pas en mauvais état moral, mais elles étaient fatiguées, désorganisées, et avaient besoin de repos. Le mauvais temps exerçait son influence.
Bazaine aurait pu de nouveau, au bout de quelques jours, tenter de faire une sortie, avant que les Allemands l'eussent encore enfermé dans un cercle aussi infranchissable qu'il le fut plus tard. La période dans laquelle il avait quelque chance de briser ce cercle s'étendit du 22 août jusqu'à la journée de Sedan.