‹ La légende de MetzChapitre 44 sur 65 · COMTE E. DE KÉRATRY · texte numérisé non relu

COMTE E. DE KÉRATRY

Le lecteur sait maintenant, grâce à la curieuse et si émouvante lettre de M. le comte de Kératry, ce qu'il faut penser de toutes les calomnies que l'on fît courir sur le maréchal Bazaine, à propos du Mexique.

Ce qu'il ne sait peut-être pas encore, c'est que toutes les attaques dirigées contre le maréchal prirent naissance aux Tuileries, dans le cabinet de l'impératrice Eugénie.

Bazaine était bon chrétien, bon catholique, mais ne voulait pas faire la guerre comme un général de l'Inquisition, ce qu'aurait désiré l'Impératrice.

Aussi ne pouvait-elle pardonner une résistance, qui était en désaccord avec les sentiments qui l'avaient déterminée à imposer la guerre du Mexique à son trop bon et trop faible époux.

Le lecteur peut également se rendre compte de la valeur des assertions, contre lesquelles protesta Jules Favre, de ceux qui accusaient Bazaine d'avoir conclu secrètement un traité d'alliance avec la gaucbe républicaine.

Il comprend pourquoi le maréchal y^esta sombre et silencieux sur la question des drapeaux, — ne voulant ni nommer ni accuser les chefs qui avaient désobéi à ses ordres.

Il comprend enfin pourquoi le maréchal ne voulut pas plaider lui-même sa cause, pourquoi il choisit un avocat civil.

Bazaine — M. de Bismarck l'a reconnu — n'a pu franchir les lignes d'investissement de Metz que pendanttrois heures. Ilatentél'effort, l'armée n'a pas suivi.

M. de Kératry a écrit : « Bazaine a prétendu ne relever que de l'Empereur, dont il tenait ses pouvoirs, tandis qu'il ne relevait que de la France. Ce fut là son crime durement expié. »

J'ai dit plus haut, à propos d'une phrase prononcée par M. le duc d'Aumale au Conseil de guerre, qu'il me semble difficile, si désireux qu'on puisse être de servir la France, d'y parvenir sans un gouvernement, ou avec un gouvernement que l'on ne croit pas que la

France veuille accepter. Je me permets donc sur ce point d'ôtrc en désaccord avec M. le comte de Kératry.

Je ne puis admettre que ce fût un crime de rester fidèle à des serments faits au souverain qui représentait légitimement la France, et de ne pas avoir deviné que, si les alliés nous ont imposé la Restauration en 1814, les Prussiens, en 1870, nous imposeraient la République.

M. de Bismarck n'a traité avec Jules Favre que parce qu'il n'avait pu le faire, d'une façon avantageuse, avec l'Empereur d'abord, puis avec la Régence. Faute de mieux, il s'est rabattu sur le vice-président du gouvernement de la Défense Nationale. Il fallait bien que quelqu'un se chargeât d'expédier les milliards en Allemagne, et de régulariser la cession du territoire que réclamaient nos vainqueurs.

De son côté, Jules Favre a ouvert largement les mains pour que le chancelier consentît à traiter avec la République française, et, par ce traité, sanctionnât les faits accomplis.

J'étais là, j'ai assisté aux négociations, et j'ai écrit dans un de mes précédents ouvrages ^ des pages, devenues historiques grâce à la visite officielle que me fit, sur l'ordre de M, de Bismarck, l'ambassadeur d'Allemagne, — pages dont le chancelier a reconnu luimême l'absolue véracité ^.

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