CHAPITRE II
Kléber. — Ua corps de garde. — L'enterrement d'un uhlan. — Un régiment qui passe. — Le prestige de l'épaulette. — L'Eglise et l'armée. — L'équipée de Strasbourg. — Une lettre à la reine Hortense. — Les instructions de Y Andromède. — Louis Bonaparte explique sa conduite.
Les Allemands ont prohibé les noms français avec tant de rigueur en Alsace-Lorraine, qu'il faut, dans certains cas, se livrer à une étude spéciale, afin de pouvoir les comprendre : Thionville est devenu: Didenhofen; Sairite- Marie-aux-Mines, Markirch ; Montreux- Vieux, Alt-Munsteroll ; Saint- Hippoly te , St-Pilt ; Rite auvillé, Rappoltsweiler, et ainsi de suite.
L'on n'a pas toutefois débaptisé à Strasbourg la place Kléber. Faut-il admettre que c'est en raison du jugement que Las Cases portait sur ce général dans le Mémorial de Sainte- Hélène?
« En effet, a-t-il écrit, Kléber était un homme superbe, mais de manières brutales; il avait passé ses premières années dans l'armée prussienne; on pouvait le prendre pour un pur Allemand. »
LA LÉCfENDE DE METZ. 21
Il ajoute : « L'Empereur répétait jusqu'à satiété que l'Egypte devait demeurer à la France, et qu'elle y fût infailliblement demeurée, si elle eût été défendue par KléberouDesaix. G'étaientsesdeux lieutenants les plus distingués, disait-il; tous deux d'un grand et rare mérite, quoique d'un caractère et de dispositions bien différentes. On en trouvera les portraits dans les Mémoires de la campagne d'Egypte.
« Kléber était le talent de la nature : celui de Desaix était entièrement celui de l'éducation et du travail. Le génie de Kléber ne jaillissait que par moments,, quand il était réveillé par l'importance de l'occasion, et il se rendormait aussitôt après au sein de la mollesse et des plaisirs. Le talent de Desaix était de tous les instants ; il ne vivait, ne respirait que l'ambition noble et la véritable gloire : c'était un caractère tout à fait antique. L'Empereur dit que sa mort a été la plus grande perte qu'il ait pu faire ; leur conformité d'éducation et de principes eussent fait qu'ils se seraient toujours entendus, Desaix se serait contenté du second rang, etfût toujours demeuré dévoué et fidèle. S'il n'eût pas été tué à Marengo,le Premier Consul lui eût donné l'armée d'Allemagne, au lieu de la continuer à Moreau.
M Dureste, une circonstance bien extraordinaire dans la destinée de ces deux lieutenants de Napoléon, c'est que le même jour et à la même heure oti Kléber périssait assassiné au Caire, Desaix tombait à Marengo d'un coup de canon. »
Kléber, ce vaillant général, qui eut, dit-on, — malgré ce qu'en dit Las Cases, — Thonneur d'inspirer de la jalousie à Bonaparte, est né à Strasbourg, le 6 mars 1753.
Sa dépouille mortelle, rapportée du Caire, repose sous le monument élevé à sa mémoire sur la place qui porte encore son nom.
On lit sur le piédestal de sa statue :