PREFACE
lERRE Faifeu fut Lin écolicr de TUnii versité d'Angers , comme François Vililon était un écolier de l'Université de Paris, et le litre de maître que lui donne son historien Charles Bourdigné permet de supposer qu'il avait été reçu maître es arts à Angers, de même que maître François Villon à Paris. C'étaient, au reste, deux mauvais garnements l'un et l'autre; mais, quoique Faifeu ait une fois couru grand risque d'être pendu à Saumur pour avoir fait une folie qui n'est pas spécifiée dans sa Légende, il faut reconnaître que la plupart de ses Passctcmps, qui témoignaient de la gentillesse et subtilité de son esprit, n'avaient rien à démêler avec la justice criminelle : il volait sa mère, il est vrai, autant qu'il le pouvait; il n'était pas d'une probité exemplaire; au jeu, il se permettait des
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fourberies et même des tromperies, qui, si plaisantes qu'elles fussent en général, n'en étaient pas moins assez malhonnêtes. Cependant on mettait tout cela sur le compte de sa malice et de sa bonne humeur; on riait de ses tours de passepassCj et on lui pardonnait beaucoup de choses qui méritaient d'être qualifiées d'abus de confiance et de filouteries.
Il n'eut donc jamais affaire aux tribunaux, excepté dans la malheureuse aventure dont il se tira par un coup d'adresse ; il se bornait ordinairement au rôle de mystificateur ou de bouffon : les victimes qu'il avait choisies pour amuser le public à leurs dépens ne lui gardaient pas même rancune. Ce qui le prouve, c'est qu'il ne comptait que des amis et même des admirateurs dans sa ville natale, où il avait fait sans doute bien des dupes, mais où ses facéties divertissantes lui avaient gagné tant de sympathies. Ainsi que les compagnons des Repues franches, parmi lesquels il avait peut-être appris son métier de picoreur et de ripailleur, il était toujours en éveil pour se procurer gratis les moyens de faire chcre lie; son but principal, dans la vie, était de bien boire et de bien manger aux frais du prochain, en payant son écot par des farces joyeuses et par des bons mots.