‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 25 sur 60 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

A ADVINT ung soir, luy et ses compaignons Pour leur soupper n'avoient pas deux ongnons, Et tous estoient sans denier et sans maille, Et n'eussent sccu trouver qui leur en baille, Tant Hz estoient bien par la ville acreuz. Et de grant faim estoient quasi recreuz. Pour en avoir, il se va adviser Qu'il se fauldroit par bendes diviser, Faisant le guect par toute la Cité, Quant chascun est aller soupper cité {Les Chanoines ungs o aultres, en somme, Se font porter leur soupper par leur homme), Avoir des gens qui portassent corbeilles, Barrit, flascons, pincernes ou bouteilles, Faire semblant de voulloir tout tuer.

Sans rien frapper, mais les destituer Tant seullement des bribbes et lorreaux, Pour le soupper des compaignons lureaux. Chascun a dict : « C'est tresbien advisé ! Ainsy soit faict comme il est divisé. »

Lors Hz s'en vont par bendes et monceaulx : Amassèrent, Dieu saiche, quelz morceaulx, Et de bons vins tant qu'en beurent assez A suffisance, et pour l'heure passer.

Mais les seigneurs, qui leur soupper attendent, Qu'il soit ainsy entr'eulx pas ne l'entendent. Tant que leurs gens leur dirent la fortune, Qui pour le temps leur fut grant infortune : Car tel cuidoit manger d'un bon pasté.

Ou d'ung chappon, qui n'en a onc tasté; Mais il fallut que maisîres et servans, Pour ce soir-là, tant fussent-ilz sçavans, Fussent tout un g, et prinsent en patience. Ou aultrement n'eussent pas eu science.

Comment Pierre Faifeu fist le basteleur à Baugé.

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