‹ La légende de Pierre Faifeu. PubliéeChapitre 60 sur 60 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

EN peu de temps, mesgnage le surprint Bien aspremenî, dessus et dessoubs print. Car tout soubdain, par bien frapper en coche. Dedans ung an il eut sa femme en cousclie. Or la coustume a la femme souvent A son mary faire boyre son vent.

Que gaudisseurs, sans en faire autre mise.

Nomment et dyent le vent de la chemise; Le povre homme n^en fui pas exempté.

Car de tel vent tost fust bien esventé, Voyre et si bien que jusque s à berser Il fut contraint, sans en rien traverser. De ce cas là je ne ni^esbahys point, Car es escripiz on trouve, et en maint poinct, Que les plus grands ayans sçavoir et famé Se sont trouvez trompez, et par la femme. Ce nonobstant que vueille maintenir Qu'il fust trompé par son mal contenir. Mais on disoit, tant en glose qu'en texte, Que elle avoit la plus mauvaise teste Qui fust Angers, dont son joly esprit Quasi estoit tout perdu et perscript.

Davantage eut avecque elle sa meri, Qiii à Faifeu faisait douleur amere.

Car ce qu'en bruyt la fille ne faisait, La mère estoit, qui le tout parfaisait. De ses douleurs je n'en dys pas la dysme : Mieulx luy vaulsist tumbé estre en abysme. Où il avoit tousjours joyeux esté, Bruyt et tanson a pour joyeusetté.

Bref, il cuyda, ung jour, estre le maistre, Et bien tanser se voullut entremettre; Mais, s'il eust eu trois testes en monceau. Davantage il n'eust eu ung morceau.

Mais, pour monsîrer qu'il tenseroit plus haulî [Qu'ilz ne fer oient], il s'encrucha en hault Sur ung buffet, ou sur ung dressoucr.

Mais rien ne sert ung tel adressouer : C estait nyent. Pour faire fin de conte, Contrainct estait s'en en aller de honte. Quant eut régné ainsi ung bien longtemps, En telz debatz, riottes, et contemps, Remply de dueil, soucy, mcrencolye (Q u/ des joyeux souvent cœur et corps lye), Luy qui avoit sur tous esté joyeux, Frisque et gaillard, et de tous jeux joueux, Pourtant qu'il eut femme à sa vie contraire. Dieu le voullut par devers luy retraire. Et trespassa de ce siècle, en ce point. L'heure et le jour, pour vray, je ne sçay point.

L'ACTEUR

QUANT j'eus fine coppier ce volume.

Incontinent mon conducteur ralume La lucerne de mon petit esprit.

Lequel esîoit quasi demy perscript.

Lors m'advisai à son maistre le rendre. Qui doulcement Va bien voulu reprendre, Me merciant de mes peine et labeur.

Sans en nul point de moy estre gabbeur ; Mais me pria derechef m'addonner Le coppier, et le double en donner Au dessusdit abbé tresvenerable, Remply d'honneur et bien innumerable ; Ce que promis faire, sans abuser.

Lors, tout soubdain, de luy me voys ruser. Prenant congé; Éoncœur tousjours me gnyde, Hors ce parquet fault'soUbdain que je vuyde, Puis me conduyt par où j'estois venu, Dont je ne sçay prés que suis devenu, Vcu que je sort d'un lieu tant délectable, Et suis rentré en ung tant lamentable.

Or toutesfois pensais sortir tout droit,

Mais Boncœiir m'a arresté, à rehdroit Où glst Faifeii, soubz une pierre dure ; Me contraignant, dist qu'il faulî que j'endure Lyre et gouster l'epitaphe et dicté Qui est sur luy. Tout soubdain méditai Obtempérer au vueil de tant bon maistre. Incontinent je me voys entremettre La regarder, selon mon povre esprit; Puis peine ay mis la mettre par escript, Comme voyez que cy elle est escripte, Sans qu'il y ayt nulle faulte ou redicte : Car en telz motz, comme icy sont posez, J'ay toust escript, pour m'aller reposer.

Epytaphe de Maistre Pierre Faifeu,

trouvée au cymitiere où gysent les corps

dont les esperitz sont aux Champs Elisées.

APRÈS avoir régné soubz la tutelle^ Gouvernement, régime et curatelle Des elemens, dieux, planettes et signes, Pierre Faifeu, des gaudisseurs insignes Le parangon et le superlatif, D'Angers nourry, engendré et natif, Par d'Atropos le dart merencolicque Féru on l'a d'un coup trop collericque, Sans y penser y comme on fait'chascun jour, Dont est contrainct faire icy son séjour. Soubz le fardeau de ceste dure pierre.

Voyez gésir le plaisant maistre Pierre, Qui en ses faitz par tout passa Villon, Et Pathelin. Pourtant, à réveillon.

Tout bon compaing De profundis luy donne, Priant à Dieu que ses maulx luy pardonne.

L'ACTEUR

J'eus bientost fait, car pas n'a grant longueur; Boncœur m'ouvrit j sans me mettre en langueur, Et me conduyt jusque dehors la porte.

Avecques moy mon cscripture emporte; Si ne l'eusse eu, monfrain eusse rongé. Pensant avoir ce qu'est dessus songé.

Quand fus chez moy, je me mis à repos De mon labeur, mais sans changer propos; Le lendemain, en coppie le rédige.

Pour vous donner, mon trescher seigneur lige^ Comme Faifeu m'a dit et commandé.

Vous suppliant que soys recommandé Vers la haultenr, grandeur et magnitude De vostre estât, auquel mets mon estude, A mon povoir, obtempérer et faire.

Si je le fais, c'est ce que je doibs faire : Car, si povois en cent me transformer.

Et Dieu du Ciel m'eust voulu informer De tous sçavoirs que jamais sceut Pallas, En mon vivant estre ne doibs pas las Vous honnorer et tousjours vous servir :

A VOS biensfaitz ne sçaurois desservir.

Car vous m'avez si bien entretenu Que fort à vous me treuve estre tenu.

On me devroit de grant ingratitude Redarguer, si, vostre gratitude A mon povoir, j'estois desbilité.

Le recongnoistre à possibilité.

Pourtant, Monsieur, ce petit cas vous donne, Vous suppliant qu'aux fautes on pardonne. N'ayant esgard à mon \ji\ rude stille, Car m.ieuxfluani de moy il ne distille ; Mais je congnois tant vostre noble cœur Qu'il ne vouldroit de moy estre mocqueur. Mais bien prendra la peine corriger Tous les defaulx qui y sont érigez. Si son plaisir à ce faire veult mettre, En ce sçavoir je ne sçai meilleur maistre. De peur d'ennuy, à Pespitre faiz fin, Priant mon Dieu qu'il vous doint, à la fin, Trescher seigneur, les grans joyesperdurables Qu'ont les heureux, qui tousjours sont durables; Et, vous vivant, louer Dieu, en paix vivre. Hors de soucy, de tout ennuy délivre.

Par vostre serf [dont n'estes engigné) Tresobeyssanî Charles de Bordigné,

Envoy en manière de ballade du compilateur aux lecteurs.

RENGEz-vo;/^ tous à milliers et à tas, Gentilz en/ans aux espritz angeliquei; Desduyscz-vous en chambres, galletas, Parez de soye, ou laine, ou taffetas.

Lyre cî gouster les lois evangeliqiies ; Après, de peur estre mcrencoliqaes, Esbattez-vouSj auprès de rostre feu, A regarder les faitz Pierre Faifeu.

Si faute y a de raison ou compas, Je vous supply, n'en soyez colleriques, Mais corrigez, car je ne l'entends pas ; A besongner voys plustost que le pas, Parquoy ne peult quil n'y ayt des répliques, Pour les deffaulx qui sont plus que dupliques ^ Or, îoustesfois, passez temps peu à peu A regarder les faitz Pierre Faifeu.

Ce qu'il y a n'est qu'ung trop petit cas, Pour en parler entre les rhétoriques,

Entre sçavans, procureurs, advocatz,

Et gens letîrez : tosî seroys mis accatz

De me vanter devant les theoricques

Et gens parfaitz, en carmes héroïques;

Donc je m'en tays, mais ayfait mieulx qu'ay sceu

A regarder les faitz Pierre Faifeu.

Prince, est bien veu : voz vouloirs tous uniques M'excuseront, sans en rien m'estre iniques, Vous suppliant que chascun face vœu A regarder les faitz Pierre Faifeu.

Fin des faitz et dictz joyeux de Maistre Pierre Faifeu, mis et rédigez par messire Charles Bordigné, prebstre , le premier jour de mars | l'an mil ccccc xxxi, et imprimez à Angers | l'an M. D. XXXII.

Page 6, vers 26. Dans examine, il y a une transposition de lettres pour le besoin de la rime. Le mot est exanime (du verbe latin exanimare, ôter la vie).

7, 29. Mesgresse, pour maigresse, maigreur. — Escouruës, battues, du verbe escourre.

8, 2. Vous gencez, pour gencez-vous, préparez-vous, disposez-vous. — Nous avons encore le composé agencer.

— 6. Interir, du verbe latin interne, tuer. Malgré cette étymologie, interir paraît avoir ici le sens d'exclure.

— 10. Celicque, pour céleste, du bas latin cœlicus.

— 14. Riblée, volée, dispersée.

— 28, Amené, du latin amœnus, agréable. 13, 13. Orbelle, ombre, obscurité.

— 14. Luyttons, pour lutins, petits démons,

18, 4. S'esgacer, s'aviser, s'aventurer.

19, 8. Rametz, pour rameaux.

20, 6. Sainct Trotter, pour saint Trottet ou Trotez, saint imaginaire dont le pèlerinage était souvent cité au moyen âge par les bonnes femmes, qui croyaient y gagner des pardons ou indulgences extraordinaires.

21, 17. Fayerye, pour féerie, pays des fées.

24, 3. In métro, en rythme, en vers, du latin metrum.

25, 4. Aestre, pour estre, lieu, enclos, résidence.

— 20. Barat, tromperie, fraude, dol.

26, 25. Pnscript, anéanti, accablé, du latin prescriptus, pris dans son sens de basse latinité.

^0, 20. A poys d'escu, expression proverbiale, signifiant en échange.

32, 18. A la grimaulde, à la façon des grimauds, des mauvais écoliers.

34, 5. Avoir ce creii, c'est-à-dire pour avoir crû ce qu'on ui rapportait.

37, 20. Gaultier, paysan, lourdaud.

38, 6. Luneau, niais, fou, crédule.

41, 13. Lorpidum ou lorpidon, vieille femme, terme de mépris : du latin loripes, boiteux, cul-de-jatte.

43, 12. Essoine, empêchement, occupation.

46, II. En emprunter son credo estait tendre, expression proverbiale, signifiant qu'il n'avait pas foi dans le succès d'un emprunt d'argent.

48, \j. Au petit saing, ou plutôt seing, c'est-à-dire au coup de cloche de l'horloge publique, ou du jaquemart de cette horloge.

— 18. Mettre nays au sain, mettre le nez au sein, une expression proverbiale signifiant perdre son temps, s'amuser à la bagatelle, comme l'enfant qui met son nez sur le sein de sa nourrice au lieu d'y mettre la bouche.

50, 12. Landier, chenet, trépied de cuisine.

51, 14. Pincerne. Ce mot étant synonyme de bouteille, il faudrait peut-être lire pinterne, dans le sens d'une grosse bouteille contenant une pinte. On a dit aussi pinter, pour boire à tire-larigot.

65, 17. Repuces, au propre, sorte de collet à prendre les oiseaux; au figuré, ruses de chasseur.

é6, 22. Esponce, quittance, àtg\xtr'Çi\ssç.mtnX; faire esponce, c'est quitter la place.

72, 16. Bade, sottise, badinerie ou badinage.

73, 15. Secours, pour secourus.

74, 19. Coppieur, ou coppieux, moqueur, railleur, imitateur, bouffon.

80, 4. Raillon, Irait d'arbalète.

86, 10. Propine, droit de passe ou de transfert, expression de droit ecclésiastique. On a aussi employé ce mot dans le sens de buvette ou buverie, du latin propinare.

87, 8. En nouant, en nageant, en naviguant.

97, 17. Cottektte, petite cotte.

102, 6. Le régent : ce ne peut être que la liuche, où l'on ferait le pain.

104, I. Le mal saint François, expression proverbiale. Avoir le mal saint François, c'était manquer d'argent.

109, 12. Groce ou grousse, du verbe grocer ou grousser, murmurer, gronder.

110, 24. Estorce, pour entorse, mauvais pas, embarras.

114, 5. Greigneur, plus grand, du latin grandior.

115, 8. Ruffage, peut-être dans le sens de renfrogné, grognon, du mot languedocien ruffa. Peut-être faut-il lire rustage, grossier, rustique.

119, 18. S'en resva n'a rien à voir avec l'acception du verbe resver, rêver. C'est un autre vieux verbe resver, qui signifiait rôder, errer, battre l'estrade.

120; 16. Hardeau, vaurien, digne de la hart.

121,4 Emboucher, nourrir, pitancer. Peut-être faut-il lire embaucher.

123, 9, Ouvre ses vires, emploie ses forces, proverbialement fait flèche de tout bois. La vire était une petite flèche.

124, 20. Affin, allié, du latin a/finis.

125, 4. Pour voir, pour vrai.

127, 2. Aultiers, pour autels.

128, 8. S'esgacer. Voir page 18, vers 4.

— 12. Glands de fain. C'est le fruit du hêtre, qu'on appelle vulgairement de la faîne.

129, 15. Le goustier, pour le goûter, y prendre goût, y mordre.

129, 19-20, et 130, 1-2. On remarquera qu'il y a en cet

endroit quatre vers à rimes masculines qui se suivent ce qui semblerait indiquer l'omission de deux vers à rimes féminines; mais l'édition originale ne laisse pas supposer une lacune.

130, j. Quariûges ou cariages, pour charriages; au figuré, menées, affaires.

^131, I . Morêe, sorte de plante. Vestu de morce , c'est vêtu de vert. Le i^v mai, il ne fallait pas être pris sans vert, c'est-à-dire que quiconque avait sur lui une feuille verte pouvait exiger un gage ou une discrétion de celui ou de celle qu'il rencontrait sans vert.

131, 27. Tracquetz, pour claquets de moulin.

132, 21. Estappeau est peut-être un diminutif dV.f/(j/?/;f; en ce cas, tenir ferme son estappeau voudrait dire avoir bon feu et bon gîte, comme à l'étape.

134, 3 (au sommaire). Veze, cornemuse.

137, 10. Estre en Savoye, expression proverbiale; on a dit, dans le même sens : être à tous les diables.

— 21. Faè, onféé, enchanté.

140, 26. Ber^e, ou barge, oiseau de chasse fort recherché autrefois.

142, II. Mancquet, manchot, du latin mancus.

143, 18. Faire boyre son vent, expression proverbiale signifiant rendre esclave, soumettre à sa volonté, à ses caprices.

145, 2. S'encrucher en haut, expression proverbiale signifiant prendre, tenir le haut bout, comme une cruche ou un pot sur un buffet.

150, 21. Délivre, adjectif qui équivaut à délivré, libre.

152, 2. Accatz. Selon Sainte-Palaye, mis accatz équivaudrait à l'expression familière mis à quia, mis en demeure.

— 4. Carmes, vers, du latin carmen.

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