VIII PRÉFACE
de rieurs sympathiques, car il ne songeait qu'à faire rire les gens et à leur donner du plaisir, même à ses dépens. C'est ainsi que par un grand froid il se vêtit d'une chemise glacée tout entrelacée de glaçons^ et s'en alla danser dans toute la ville, « la teste nue, en chemise et piedz nus )^, aux sons d'un instrument de musique,
Dont fut bien rys : c'est tout ce qu'acquesta Pour celuy fait, rien plus ne conquesta; Nulz biens ne veult, mais qu'il puisse complaire, One ne voulut à personne desplaire.
Voilà comment il se faisait aimer de tout le monde, quoiqu'il ne se privât pas de faire tort à quelques-uns, lorsqu'il n'avait pas d'argent et qu'il inventait un moyen de s'en procurer en le tirant de la bourse d'autrui, sans le robber ou prendre. En un mot, Faifeu n'était pas un voleur dans toute l'acception du mot : c'était, avant tout, un mystificateur et un habile faiseur de dupes.
La Légende de maître Pierre Faifeu fut compilée et mise en rimes peu de temps après sa mort, puisque la première édition est de 1526. L'auteur de cette Légende est un poète nommé Charles de Bourdigné, qui était frère ou parent de Jean de Bourdigné, Angevin, docteur en droit, lequel composa l'Histoire aggregative des annalles et cronicques