‹ La légende de Rahu, chez les Bramanes et les Buddhistes par m. FeerChapitre 1 sur 7 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

La légende brahmanique chez les Buddhistes. — Exagération d'une part, amoindrissement de l'autre. — La légende db Rahu chez les Brahmanes. — Origine de Rahu. — Guerre des dieux et des Asuras. — Baraliement de la mer. — Râhu boit l'amrita. — Il est décapité par Vishnu.

— Le soleil veut incendier les mondes. — Comment le soleil et la lune échappent à la destruction. — Le nom de Râhu (le dieu Alako et le mythe des Bohémiens). — Légende de Rahu chez les Buddhistes. — * w période. Les deux ChandraSûtra cl le Sûrya-Sûtra du Kanjur.— Le Buddha fait lâcher prise à Râhu. — Traduction des deux Chandra-Sûtra. — Le Chanda et le Sûrya-Pirit des Buddhistes du sud. — 2* période. Demeure et dimensions de Râhu. — Le Buddha plus grand que Râhu. — Râhu disciple du Buddha. — 3 e période. Légende tibétaine. — Vajrapâni gardien de l'amrita. — Sa lutte avec Râhu. — Vajrapâni protecteur du soleil et de la lune contre Râhu. — Cause de sa vigilance. — Légende siamoise.

— Râhu frère du soleil et de la lune. — N*a pas rendu assez d'honneur aux moines. — Déclaration des astronomes buddhistes. — Notes explicatives.

Les Buddhistes * ont retenu et fait entrer dans leur système religieux toutes les légendes du brahmanisme. Sur ce point, comme sur bien d'autres, ils se sont montrés d'une largeur extrême. Il n'est peut-être pas une de ces légendes qu'ils aient repoussée ; mais aussi il n'en est peut-être pas une qu'ils aient

* Dans les noms que je cite, j'écris u pour ou, — ai pour aï, — au pour aou, — ; pour dj, — ch pour tch, — sh pour ch, — x pour kch. — Ainsi Ràku se prononce Râhou; Virochana, Virotchana; Vishnu, Vichnou; Ajaikapàd, Adjaikapâd; Daxa, Dakcha, etc.

conservée intacte: ils les ont toutes plus ou moins profondément modifiées, et paraissent souvent avoir été dirigés, dans ces altérations volontaires, par le seul désir d'innover, de donner aux vieilles légendes des Aryens l'empreinte de la nouvelle école. Leur adhésion à la mythologie brahmanique est d'autant plus remarquable qu'une mythologie quelconque n'était nullement nécessaire au buddhisme. Cette religion, qui a fini par devenir très-complexe, a dû être fort simple à l'origine : certains principes métaphysiques, une morale sévère qui était la partie essentielle de la religion, un genre de vie spécial imposé aux membres de l'association ; voilà à quoi elle se réduisait. Mais il est à croire qu'une religion si simple n'eût jamais pu faire fortune, ni conserver sa pureté chez un peuple d'une imagination aussi vive et aussi enivré de merveilleux que les Aryens; aussi est-ce probablement malgré eux, à leur insu, par un entraînement irrésistible, par la force naturelle d'une tendance d'esprit commune à toute leur race, — autant au moins que par calcul et par désir de gagner la foule, — que les successeurs de Çàkyamuni ont créé un merveilleux buddhique et l'ont étrangement associé au merveilleux brahmanique.

Deux traits essentiels, jusqu'à un certain point opposés l'un à l'autre, distinguent ce merveilleux. D'un côté, c'est l'exagération et l'extravagance ; les buddhistes se sont pour ainsi dire appliqués à enchérir sur leurs prédécesseurs, à accroître, de propos délibéré, la part déjà si forte d'imagination déréglée, qui se trouve dans les récits primitifs; — de l'autre côté, c'est ' l'amoindrissement, l'effacement des divinités et des êtres supérieurs du brahmanisme en présence de ceux que le buddhisme a créés. Les dieux les plus élevés sont représentés comme inférieurs au Buddha; ils le questionnent, reçoivent son enseignement, deviennent ses disciples, reconnaissent et proclament hautement sa supériorité. Il suffit de parcourir le Lalita-vistara dont nous devons la traduction à M. Foucaux pour y voir le panthéon brahmanique asservi au Buddha. Les dieux des Aryens n'y sont occupés qu'à le louer, à

l'adorer, à l'encourager, à lui faciliter les voies pour l'accomplissement de sa mission, à renverser les obstacles que les hommes et les démons élèvent contre lui.

La présente étude a pour objet de mettre en évidence ce double caractère, par un exemple, celui du mythe de Râhu, monstre qui est censé dévorer le soleil ou la lune au moment des éclipses. Nous allons suivre le développement de ce mythe chez les Brâhmanes, puis chez les Buddhistes.

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