‹ La Légende de Saint Ursule Princesse Britannique et de ses Onze Mille Vierges d’apres les Anciens Tableaux de l’ Église de Sainte-Ursule a Cologne Reproduits en Chromolithographie PubliéeChapitre 1 sur 179 · HONORE DE LA SOUSCRIPTION · texte numérisé non relu

HONORE DE LA SOUSCRIPTION

LEURS EMINENCES LES CARDINAUX ARSHEVESGUES DE COLOGNE, DE PARIS, DE BORDEAUX, ETC.

BES PRINGIPFALES COURS DE L'EUROPE UU MIRISTERE DETAT MES BISLIOTHEQUES BE LA COURONNE, ETC., ETC.

INTRODLETION

Les numéros insérés dans I’ Introduction et la Légende renvoient aux Citations et explications

contenues dans |’ Appendice.

INTRODUCTION

ous souvient-il d’avoir lu dans les annales:

de nos voyageurs célébres quelques-unes de ces pages mémorables qui font époque dans nos études classiques ?

C’est sous le ciel d’Orient que s’ache-

mine la petite caravane. Partout le désert et son sable brilant; sur la téte frappe un soleil de feu. Pas la moindre brise pour tempérer la soif qui dévore. If semble | que cette terre soit maudite de toute éternité et que jamais l'homme n’y doive planter sa tente.

Et cependant nous sommes en pleine terre d’Egypte, au centre du fameux empire des Pharaons, prés de ces villes célébres dont

Vhistoire nous a transmis la splendeur.

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INTRODUCTION

Le voyageur demande en vain a lhorizon quelques-unes de ces capitales; le regard se perd-dans limmensité; le bruit seul du simoun, comme la voix sinistre d’ames en peine, répond pour ceux qui furent.

La chaleur tombe avec le jour; quelques palmiers aux troncs calcinés par le sable et le soleil élévent en se tordant leurs fronts séculaires vers le ciel. On apercoit méme quelques colonnades qui se découpent sur le fond rouge du désert. La joie renait, le courage redouble; une cité semble se révéler: on pourra done interroger ces belles ruines, déchiffrer leur age, reconstruire les temples, ressusciter les sages et faire parler Voracle.

On approche: les mémes colonnes subsistent comme des spectres , mais sans que rien de vivant se relie a leur majestueuse solitude. A peine ca et la quelques corniches usées par le temps et qui semblent demander au sable un dernier linceul.

Alors, le voyageur s’assied tristement, reproduit respectueusement ces dernicres ruines, puis, déroulant rapidement dans sa pensée ce que la tradition a conservé a la mémoire de ces

grandeurs du passé, écrit au bas de son dessin : LA FUT MEMPHIS!

Ainsi nous apparaissent aujourd’hui la belle et grande Ursule,

INTRODUCTION

cette vierge du Nord, fille de rois, et ses illustres compagnes,

filles de princes jadis terribles dans les combats! Aprés plus de quinze siécles, cette royale figure brille avec

tout Péclat de Pauréole des saints, La Grande-Bretagne s’honore de lui avoir donné le jour, Allemagne se glorifie de posséder ce précieux trésor. Au moyen age, pas de téte couronnée qui | ne lui ait voué un culte glorieux. Pour vénérer sa mémoire, Rome a ouvert le trésor de ses graces, les villes impériales ont | élevé a sa popularité des temples splendides; les grands de la terre sont allés déposer sur sa tombe leurs plus beaux joyaux | pour élever un trophée digne dune reine et d'une vierge martyre; les artistes ont demandé a sa vie Vinspiration de leurs | plus belles toiles; le ciel enfin a consacré la gloire de la bien- | heureuse en renouvelant sur son tombeau les miracles les plus éclatants !

Et cependant, pour celui qui, comme nous humble légendaire, essaye de recueillir les notes éparses a Vaide desquelles il cherche 4 renouer la chaine du passé, 4 reconstruire, pour ainsi dire, la vie de Ja sainte, quel nest pas son étonnement de voir histoire presque muette, les ruines absentes ou bien indéchif-

frables, la vérité en lutte avec les réves de imagination, le bon

sens sacrifié 4 une crédulité naive et parfois absurde, la légende,

écho affaibli de la tradition, mutilée ou contradictoire! Et puis,

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INTRODUCTION

plus on sonde, voir surgir le doute glacé qui fait naitre Vindilférence pour vous conduire bient6t dans les vides régions de la fable !

Qn se sent pris de découragement, les matériaux amassés s’écroulent au soleil de la raison, et Yon se surprend dans Visolement armé du seul fouet de la critique.

Malheur 4 celui qui perd de vue le phare lumineux de la fort Malheur 4 celui qui n’entend plus la grande voix de 'Eglise! A celui qui ne sait pas reconnaitre cetle méme voix a travers une tradition qui traverse les siécles et nous répéte les mémes choses!

Mais honte au profane qui ¢léve le eri du sarcasme et de Vimpiété contre la grande proclamation des ages; qui jette un rire ironique sur les précieuses reliques dun age de foi, insulte a ces chroniqueurs, naifs sans doute, mais qui ignoraient au moins la science de distiller des poisons subtils dans des feuilles immorales ; qui traite avec autant de mépris que d’ignorance ces volets vermoulus sur lesquels Vartiste naissant cherchait, 4 force d’enluminures , 4 plaire A sa madone, dont il redisait a ses contemporains les actes fidélement transmis par ses aieux !

ncore une fois, respect “aux derniers vestiges du temps!

Il est vrai que le dix-huitiéme siecle n’est. plus et. que notre

epoque se réhabilite. Une philosophie matérialiste avait cherché

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INTRODUCTION

a tout ruiner; aujourd’hui, les savants de toutes branches ont porté Ja lumiére a travers un passé inconnu et outragé. Les biblioth¢ques monacales ont laissé entrevoir des trésors précieux d’érudition ; les musées se sont enrichis de tableaux laissés dans Yombre; les abbayes et les cathédrales ont révélé le sens mystique de leur alphabet de pierre; a travers les dentelles de marbre et les mystéres des vitraux, artistes et poétes ont découvert des poémes ; le moyen Age a triomphé de Vignorance; le moyen age, en sortant du tombeau, a proclamé les bienfaits de

la foi!

Revenons a notre sainte.

Loin de nous la pensée de vouloir publier Vhistoire d’Ursule avec toute la sévérité d'un savant et d'un bénédictin. Ce travail est au-dessus de nos faibles forces. D’ailleurs, nous osons déclarer le fait irréalisable, 4 moins qu’on ne veuille réduire cette belle vie a quelques lignes froides et presque ‘sans intérét. Nous avons essayé de reconstituer cette belle figure des premiers siécles, de faire refleurir cette tendre fleur qui croit au berceau de I’Eglise, avec une parlie du prestige qui l’environne, et telle que nous la révele le moyen age.

On comprendra mieux notre but et notre plan quand on saura

dans quelles circonstances nous avons entrepris ce travail.

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INTRODUCTION

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ise remarquable au point de: vue de

l’architecture , sous le vocable de Sainte-Ursule. Le touriste, en

visitant cette vieille basilique, ne saurait aujourd hui en sortir sans

admirer vingt-sept volets dus au pinceau d’un artiste dont le nom

malheureusement ne nous est point parvenu. Ces peintures nous

représentent les principaux épisodes de la vie d’Ursule et de ses

onze mille vierges. Nous dirons plus tard notre pensée au sujet

de ces tableaux du quinziéme siécle.

Un homme aussi amateur des choses rares que juge éclairé

el consciencieux des beaux-arts, M. Weyer, ex-architecte de Co-

logne, étudia longtemps ces volets délaissés et reconnut |’ceuvre

sinon d'un maitre, du moins d’un artiste distingué, et résolut de

sauver de loubli ces richesses d’une école alors florissante. C’est

i ses frais el sous ses yeux, guidée par de sages conseils, qu’eut

lieu la restauration de ces précieuses peintures.

Avant qu'une main habile touchat 4 ces tableaux, M. Weyer

eul soin de les faire reproduire par la photographie. Puis, lorsque

la restauration fut faite avec autant de patience que de talent, le

savant architecte fit appliquer avec une exactitude scrupuleuse

aux planches photographiées le coloris des peintures.

Chargé d'un aussi précieux dépot, M. Weyer vint 4 Paris sou-

mettre cette édition des tableaux de Véglise de Cologne aux

maitres de Part. On admira, 4 juste titre, ces pieux souvenirs de

INTRODUCTION

Vart religieux au moyen age; on comprit Vimportance dune telle publication, surtout au point de vue historique de la peinture, et chacun. pria Phabile conservateur d’éditer cette série de travaux pleins d@intérét pour lhistoire.

II fallait trouver un artiste habile et consciencieux qui sit reproduire avec talent ces pages si rares de l’école colonaise.

On ne pouvait mieux s’adresser qu’a M. Kellerhoven, artiste colonais, qui a su développer et faire apprécier en France ses belles connaissances. |

M. Kellerhoven est un des premiers artistes qui aient su appliquer la chromo-lithographie aux beaux-arts. Les plus belles années de sa vie ont été consacrées, a Paris, au progres de cel art nouveau.

Nous tenons a honneur de citer quelques travaux remarquables de ce puissant novateur, dussent des éloges meérités blesser sa modestie :

L’ Architecture polychrome des Grecs, par M. Hirrorrr, membre de l'Institut, premier ouvrage paru dans ce genre;

Le Moyen Age en partie ;

Les Arts et ' Industrie, publiés par Give et Bavnry ;

La Wilhemma de S. M. le roi de Wurtemberg ;

Le Palais d’Hiver de S. M. 1Empereur de Russie ;

Les Mystéres de la Vierge Marie, publiés par Cuanpentier ;

Le Livre d’Heures d’ Anne de Bretagne, publié par Curmer ,

Les Arts |somptuaires, publiés par Hanesrp-Maueé. En partie.

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INTRODUCTION

Les Copies lithochromiques de la Vierge, d apres Péruew ; Le Couronnement de la Vierge, dapres AnceLico Freso.e ;

La Vierge de Srrensacn, de Dusseldorf.

On le voit, personne nm était plus apte a exécuter ce beau travail que (homme qui a voué toutes ses études a la propagation Wun art appelé, avant peu, a rendre les plus grands services. Les amateurs trouveront dans cet ouvrage des pages rares et indispensables 4 une collection de choix.

Restait a rétablir le texte.

Lorsqu’on daigna jeter les yeux sur nous pour ce travail important, nous ne nous sommes pas dissimulé les difficultés. Nous V’ayouerons néanmoins, il nous parut glorieux d’associer notre nom a des talents aussi dislingués.

Quel plan devions-nous suivre?

Kétablir histoire de la sainte par une monographie stricte et sévére? Renverser les données acceplées par les croyants, a Vaide dune critique scientifique et froide? Nous avons déja dit, c’ett elé présenter un sujet bien aride, sans grand intérét pour la plupart des lecteurs.

Reproduirions-nous simplement l’explication des tableaux avec quelques commentaires sur Tart au moyen age, l’influence de ’école colonaise sur Vécole flamande, enfin une appréciation sur

ces vieilles peintures? Nous eussions entrepris une ceuvre au-

INTRODUCTION. 11

dessus de nos forces personnelles, sans intérét aucun pour le lecteur qui veut avant tout bien connaitre la vie et les mccurs de son héros.

Le dernier plan qui restait, el que nous avons suivi, nous a semblé plus naturel.

Etudier notre sainte dans tous les écrits que nous a transmis le temps jJusqu’a nos jours. Ne faire dédain d’aucune légende, grouper autour de nos tableaux tous les principaux faits qui servent A Vexpliquer, suivre la pensée du peintre qui a du, a cetle époque, s'inspirer des traditions les plus vraisemblables et les plus touchantes, nous faire l’écho fidéle de son ceuvre, relier les faits entre eux et développer saintement, avec notre guide, toute cette belle épopée des premiers ages, dit souvent la vérité historique étre involontairement blessée.

Telle a été notre régle de conduite en écrivant cette légende.

Nous avons voulu, de cette maniére, présenler a ceux qui voudront découvrir les secrets de la vie d’Ursule quelques matériaux dont tout le mérite remontera au vieil artiste colonals.

-Maintenant, nous ne fatiguerons pas le lecteur en lui étalant toutes les sources oll nous avons puisé.

Nous renvoyons ceux qui voudraient se livrer 4 une étude

plus approfondie sur Ursule a l Appendice de notre ouvrage.

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INTRODUCTION

Il est cependant de notre devoir de déclarer que nous navancons aucun fait sans lappuyer sur dés autorités que nous faisons connaitre. Les développements seuls nous appartiennent. Qu’on pardonne 4 notre témérité de n’avoir pas su les mettre au niveau. du travail d'art qui constitue tout le mérite de cet ouvrage.

Une question que l’esprit d’hostilité cherche a écarter, ou que des préoccupations étrangéres laissent a tort dans ’ombre, c est celle de influence de Vesprit religieux sur la peinture au moyen age. L’histoire 4 Ja main, il nous semble facile de démontrer qu’abandonnée aux seules forces de Vhomme, elle etit attendu des siécles encore pour marquer son entrée dans le domaine des arts.

« L’art germanique, fait observer trés-judicieusement l’auteur du Moyen Age et de la Renaissance, a pris naissance et déployé surtout sa force dans les villes épiscopales, dans les domaines des princes ecclésiastiques. L’oppression y était moins grande, les lumiéres plus répandues, les esprits plus tournés vers le negoce et les occupations tranquilles, la distance du maitre au sujet plus petite, et les rangs moins marqués.

« Le dogme évangélique rapprochait les différentes classes, établissait entre elles une égalité morale. La peinture n’y donnait done point 4 ses personnages l’expression d’une tristesse inquiéte

et dun humble repentir, mais celle d’un calme naif, dune sage

INTRODUCTION. 5

dévotion et d'une heureuse sécurité. Dans les villes, dans les Etats que gouvernaient des princes laiques, la force régnait sans partage, on ne se souvenail de la fraternité humaine que sur le lit de mort; el, en présence du sombre avenir, deux mots réunissaient la vie des citoyens: tyrannie et misére. Les tétes .fictives ou réelles des tableaux portent, en conséquence, les traces dune lutte douloureuse, annoncent la vigueur du caractére, ou une piété pleine de trouble. qui demande au ciel des consolations trop rares ici-bas. Pendant le moyen age, les beaux-arts ne furent guére protégés au dela du Rhin que par des ecclésiastiques (1). »

Un simple coup d’ceil sur les productions de cette époque : peintures murales, vilraux gothiques, manuscrits enluminés . volets a triples battants, toiles spacieuses, miniatures choisies, justifient pleinement notre assertion. Nous espérons ‘qu il nous sera donné de ia présenter un jour dans un plus vif éclat.

Si nous youlons remonter a la véritable source qui donna naissance plus tard a la célébre école flamande et hollandaise, nous devons nous fixer 4 Cologne. C’est dans cette antique cilé que semblaient s’étre donné rendez-vous tous ceux qui désiraient sinitier a Tart de la peinture.

Des le douziéme siecle fonctionnaient ces belles contréries qui.

sous le patronage de saint Luc, enrégimentaient les maitres

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