Herodot
369. Diod,. Sic., 2., 20; Ælian., Var. hist., 7.,1; cf. Plin., Hist. nat., 35., 36, 9. 370. Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bèrose, pp. 167-174.
Revenons maintenant à la donnée du récit de Justin sur la passion incestueuse qui saisit Sémiramis pour son fils Ninyas. Ce récit introduit dans la légende de Sémiramis un dernier élément, qui joue un rôle capital dans les conceptions essentielles de toutes les religions antiques et peut être considéré comme un de leurs dogmes fondamentaux, la notion de l'inceste divin. %7' Il nous faudrait de trop longs développements pour suivre cette idée, sous les formes infiniment variées qu’elle revêt, à travers tous les systèmes religieux du paganisme. Bornons-nous à rappeler que nous l'avons constatée 777 dans un des couples les plus élevés du panthéon babylonien, dans celui dont l’union produit l’univers visible, puisque Bel-Dagan, le démiurge ichthyomorphe, né de Belit-Tihavti et d’Apsu, 775 l'eau primordiale et l’abime, devient à son tour l'époux de Belit-Tihavtri. De même, dans le culte local de la ville de Nipur dont le sanctuaire était un des plus antiques de la Babylonie, Belit est à la fois mère et épouse du dieu Adar-Samdan.*’* Et sir Henry Rawlinson n’a pas manqué de faire ressortir la relation entre cette donnée fournie par les textes cunéiformes eux-mêmes et les rapports incestueux que l’on prête à Sémiramis avec son fils Ninyas.
La conception de l’inceste divin est une monstrueuse aberration de l'esprit de symbolisme, enfantée par l'identification du dieu père et du dieu fils ou de la déesse mère et de la déesse fille, et résultant d’une tentative d'exprimer, sous une forme sensible, la notion du dieu qui s engendre lui-même. La monade divine fondamentale, telle que la concevait le panthéisme des religions antiques, né dans les sanctuaires savants de l’Asie, était à la fois active et passive, et réunissait dans son hermaphroditisme fécond tous les attributs et toutes les forces de la nature. Par sa propre puissance, s'engendrant elle-même, elle produisait sa première manifestation, son logos, 7 identique à elle-même, et se divisait ainsi dans la dyade, que les Pythagoriciens, dans leurs spéculations empruntées à des doctrines plus anciennes, #0 appelaient en même temps l’#xson et la diversité, Vharmonie et la discorde, 377 la mort et la naissance, la mère, la nourrice, le mouvement, 7% le passage de l'unité immobile et stérile au nombre actif et fécond. 7° Ainsi se formait la dualité fondamentale du système de théologie naturaliste attribué par toute l'antiquité aux Chaldéens,
371. Voy. Ch. Lenormant, Nouvelle galerie mythologique, p. 36; et notre Monographie de la Voie Sacrée Éleusinienne, t. L., pp. 490 et suiv.
372. Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose, pp. 87 et suiv.