JEAN
Cum idem orbis princeps in expedilionem circuiuvallatus militum cuneis pergeret, ibidem obviam habuii vetustis^am viduam, simalqiie dolore ac paupertate coiifectam, cujas iacrymis atque vocibus sic compeliatur : Princeps piissime Trajane, ecce ii sunt bomines qui modo mibi unicum filium , senectutis mese scilicet baculum et solalium, occiderunt, meque cum eo volentes occidere, dedignantur mibi pro eo etiam aliquam rationem reddere.
Gui ille, festinato, ut res exigebat, pertransiens : Cum rediero, inquit, dicito mibi, et faciam tibi
Trajano ad imminentem belii procinctum vehementissime festinanti
vidua quaedam
processit flebiKter :
Fi]ius meus inuocens te régnante peremptus est.
Obsecro ut quia eum mibi reddere non vales sanguinem ejus digneris legaliter vindicare.
Cumque Trajanus,
si saaus reverleretur a praelio , hune se vitidicaturum per ora-
omnem juslitiam. Tune illa : Domine, inquit, et si lu non redieris, ego quid faciam?
nia respoTideret, vidua dixit : Si tu in prœlio raorluus ftieris, quis mihi praîstnbit? Trajanus respondit : Ille qui jpost m6 imperabit.
Vidua dixit : Et quid tibi proderit si aller mihi justitiam fecerit? Trajanus respondit : Utique nihil. Et vidua : Nonne, inquit, melius tibi est ut tu mihi justitiam facias et pro hoc mercedem luam accipias, quam alteri banc Iransmittas? Tum Trajanus ratione pariter et pielale commotus equo descendit, nec ante discessit quam judicium viduœ per semet inmiinens profligarel *.
Ad quam vocem
substilit, et reos coram se adduci fecit, neque, cum suggereretur a cunctis accelerare negotium, gressum a loco movit, quousque (el?) viduae fisco quod juridicis sanclîonibus decretum est persoivi praîcepil; denique suppUcalionum precibus et fletibus super facto suo pœnitentes, viscerali clementia fixus, non tantum potestale quam precatu et lenitale vinctos pi'œtorialibus catenis absolvit \
11 est clair que ces deux récits ne dérivent pas l'un de l'autre; mais lequel a le plus fidèlement suivi loriginal commun? Il est difficile de le dire. Je suis porté à croire que prèsque tout ce qui se trouve dans un seul des deux textes est ajouté par le rédacteur respteclif. Les additions semblent en effet s'expliquer des .deux parts par le désii% suivi d'ailleurs d'un médiocre succès, d'embellir le récit. C'est ainsi que Paul ajoute à la douleur de la veuve, pour la rendre plus intéressante, une extrême vieillesse et une cruelle pauvreté, ce qui amène plus tard la mention des dommages-intérêts que lui paye le fisc. Le même auteur, voulant mettre en lumière la clémence de Trajan autant que sa justice, a ajouté le dénouement inutile et même ridicule de la grâce faite aux meurtriers. — Jean, de son côté, paraît avoir fait au dialogue entre la
* A A, SS. MarL t. II, p. i35. Cette dernière phrase est visiblement altérée.
^ A A. SS. MarL l. H, p. i53.
veuve et Trajaa l'addition malheureuse où il est question du mérite et de la récompense de l'action du prince. Outre que les pensées de ce genre sont toutes chrétiennes , et que la considération qui décide ici Trajan affaiblit beaucoup la portée de son action , il est sensible que cette addition diminue l'effet du court et énergique dialogue qui précède. Un seul trait me semble authentique, bien qu'il ne figure que dans Jean, c'est la mention du cheval sur lequel l'empereur est monté et duquel il descend pour rendre justice à la veuve. — On peut donc croire que l'anecdote, telle qu'on la racontait à Rome au VI* siècle, était bornée aux traits suivant* : ^^ Trajan partait pour une expédition militaire , quand une veuve l'arrêta et lui demanda justice du meurtre de son fils. Je te ferai justice, dit-il, quand je reviendrai. — Et si tu ne reviens pas? — Frappé de ces paroles, il descendit de cheval et jugea luimême l'affaire, v
La version de Jean a passé dans plusieurs écrivains postérieurs; nous la retrouvons, par exemple, avec de simples variations de style, dans les Annales Magdeburgenses (fin du xii* siècle) \ dans la Summa prœdicantium ^ de l'Anglais John Bromyard (f idig), et dans plusieurs autres ouvrages d'histoire et de piété ^. La version de Paul, bien que la Vita Gregorii oh elle se trouve ait été fort répandue, n'a pas eu le même succès. Mais une troisième version, qui paraît composée à l'aide de l'une et de l'autre, a obtenu au contraire une vogue durable et glorieuse. La voici telle qu'elle se lit dans le Policraticm de Jean de Salisbury, écrit en i iSg ^ :
Quum [Trajanus] jam eqaum adscendisset ad bellum profeclurus, vidua, apprehenso pede illtus , miserabiliterlugenssibijustitiani tîeri petiit
^ Mon. Germ. SS,, t. XVI, p. 119.
^ J, xiij, 8. La veuve, pour décider Trajan, lui cite Ézéchiel.
' Entre autres en abrégé dans Théodore Engelhusen (i/i93), cité par Massmann [Kaiserchronik , lll, 75 1). — Le récit versifié de Godefroi de Viterbe(éd. Pistorius, p. 869) paraît avoir la même source, mais Tauteur, suivant son usage, y a fait quelques modifications. Il indique le lieu de la scène : Pontis apud Tibertm properans dura tramiit arcus, Obvia sial vidua. Ces paroles offrent un remarquable rapport avec celles de Hugo d'Eteria (voy. ci-dessous, p. 990, note).
* Voy. Schaarschmidt , Johannes Saresberiensis , p. 1*4 3.
ti
264 GASTON PAKIS.
de bis qiii iilium ejus, oplimura et innocentissimum juvenem , injuste occiderant. Tu, înquit, Auguste, imperas, et ego tara atrocem injuriam patior? — Ego, ait iile, satisfaciam tibi quum rediero. — Quid, inquit illa, si non redieris? — Successor meus, ait Trajanus, satisfaciet tibi. — Et illa : Quid tibi proderit si alius bene fecerit?Tu mihi debitor es, secundum opéra tua mercedem recepturus. Fraus utique est noHe reddere quod debetur. Successor tuus injuriam patientibus pro se tenebitur. Te non liberabit justitia aliéna. Bene agetur cum successore tuo si liberaverit se ipsum. His verbis motus iraperator descendit de equo et causam prœsentialiter examinavit et condigna satisfactione viduam consokitus est ^
Je pense que Jean de Salisbury est l'auteur de cette version, qui se retrouve textuellement dans Hélinand (I1227), reproduit par Vincent de Beauvais^; il n'y a rien d'étonnant à ce qu'Hélinand , simple compilateur, ait inséré dans sa mosaïque l'extrait qu'il avait fait du PoUcraiicus, tandis qu'il serait tout à fait contraire aux habitudes de Jean de Salisbury d'avoir copié un écrivain plus ancien sans modifier son style. L'auteur du PoUcraiicus paraît, comme je l'ai dit, avoir eu sous les yeux les deux versions anciennes : il a emprunté à Paul le nombre pluriel des meurtriers, les expressions quum rediero (dans Jean si sanus reverteretur^ et si non redieris (dans Jean si tu in prœlio mortuus fueris)'^ il a pris à Jean l'épithète Hl innocent donnée au fils, l'amplification du dialogue (qu'il a lui-même varié et allongé en partie, bien qu'en supprimant la i-^plique de Tra-* jan : uiiqv£ nïhiï)^ et enfin la mention du cheval. Il a ajouté de son chef, outre les réflexions insérées dans le dialogue, un détail pittoresque : la veuve arrête l'empereur à cheval en le saisissant par le pied.
L'auteur du poème français sur Girart de Roussillon, écrit entre* i33o et i348, qui a pris pour base la légende latine composée au xi^ siècle et a consulté aussi l'ancienne chanson de geste provençale, a inséré dans son œuvre, plus ou moins à propos, un certain nombre de récits, à^exemples, qui ont été étudiés et ramenés à leur source par M. Reinhold Kôhler^ :
^ PolicraU, V, 8.
^ Et par bien d'autres , notamment par l'auteur du Dialogua crealurarum (n" 68), par Arnold Geilboven de Rotterdam (f 1/4/12) dans son GnotosoHlos (Bruxelles, 1^76, I, xvi, 2).
^ Jahrhuchfâr romanische Liieratur, XIV, i53.
LA LKGENDE DE THAJAN. âf)5
l'un de ces exemples est celui de la justice de Trajan, traduit fidèlement sur le texte d'Hélinand , c'est-à-dire de Jean de Salisbury, que l'auteur avait lu dans Vincent de Beauvais.
C'est sans doute directement du Policraticus que notre récit avait passé dans une compilation latine qui ne s'est pas encore retrouvée, mais dont nous possédons une traduction italienne, intitulée Fiori difilosofi, et attribuée sans motifs suffisants à Brunetto Latino ^ L'auteur, qui écrivait certainement au xiii® siècle , a traduit exactement son original , ajoutant seulement quelques mots à la seconde réplique de la veuve. Trajan lui dit : «E s' io non reggio, e ti soddisfarà il successore mio. n Elle répond : f^Eio corne il so? E pognamo cli elli lofaccia, a te che fia se quell' altro farà beneîw A la fin aussi, le traducteur italien (ou peut-être déjà le compilateur latin qu'il traduisait) a cru devoir ajouter : ^E poscia salio a cavallo, e ando alla battaglia e sconfisse li nimici^. » Le récit des Fiori difilosofi a servi de base à la 69® des Cmio Novelle antiche^^ où le style seul a été changé, rendu plus populaire et plus vif. Comme dans le premier récit, on lit à la fin de celui-ci : t^E poi cavalco e sconfisse i suoi nemici,» ce qui met hors de àout^ la dépendance de ces deux textes l'un de l'autre^ : le texte des Cento Novelle s'éloignant sensiblement plus du latin, il est sûr, ce qui était d'ailleurs probable a priori, que le rapport est tel que je l'ai indiqué, et non inverse ^.
^ Voy. sur ce point Th. Sundby, Bmnetto Latines Levnet og SJanfler (Copenh., 1869), p. 5/i, et A. d'Ancona, Bomania, II, /»o3.
^ La même addition se remarque dans le récit la lin qui sert d'inscription à la tapisserie de Berne, dont il sera parlé plus loin; mais cette inscription comprend en outre la mention de la Perse comme lieu de Texpédition projetée, et des détails sur la mort et la sépulture de Trajan qui
()rouvent qu elle a emprunté sa conclusion à une des nombreuses compiations historiques qui, au moyen âge, reproduisent ces renseignements sur Trajan.
^ Voyez le texte dans Nannucci, Manuale délia letteratura del primo secolo (2* edizione, i858),p. 3i5.Le même recueil contient, p. 76, la version du Novellino, — Voy. A. d'Ancona, dans la Bomania, 111, 179.
* Cette ressemblance a déjà été remarquée , et M. Bartoli [Iprimi due secoli délia letteratura italiana, Milano, i873,p. 293)a reconnu que c'était le Novellino qui avait imité les Fiori et non l'inverse : la comparaison du latin met le fait hors de doute.
* M. A. d'Ancona {Bomania ,/./.) a établi que le Novellino a été écrit.
Mais le récit des Fiori di jilosofi mérite surtout Tattention parce qu ii a certainement inspiré les vers célèbres où Dante à son tour a raconté l'histoire de Trajan et de la veuve. Tout le monde les connaît, et cependant je ne puis les omettre. On y retrouve textuellement une phrase des Fiori que j'ai citée plus haut : «A te che fia se quell' altro farà bene?», ce qui ne laisse aucun doute sur la source où Dante a puisée On sait que c'est dans le Purgatoire, sur un mur d'enceinte , que le poète voit, sculptée d'une main divine, cette histoire avec d'autres 2. L'ouvrier céleste avait employé un art plus merveilleux encore que celui d'Hephaistos : les figures sculptées parlaient, et on comprenait leurs paroles. C'est ce qui explique comment le poète put voir et entendre le dialogue entre Trajan et la femme qui l'implorait:
Quivi era storiata V alla gloria Del roman prince
lo dico di Traiano imperatore :
Ed una vedovella gli era al fpeno \
Di lagrime atteggiata e di dolore *.
Dintomo a lui parea calcato e pieno
Di cavalieri , e 1' aquile nell' oro
Sovr' essi in vista al vente si raovieno.
La miserella intra tutli costoro
Parea dicer : Signor, fammi vendetta
Del mio figliuol ch' è raorto, ond'io m' accoro.
sans doute par un seul auteur qui puisait à des sources diverses, dans les dernières années du xni* siècle.
* Cette remarque a déjà été faite par Nannucci : elle est décisive. Un autre trait aurait pu porter à croire que Dante avait suivi le Novel-
lino : tandis que les Fiori portent crquando io reddirô e se tu non
riedi,T» le Novellino dit, comme Dante, crquando io tornerô se tu
non torni;îî mais il n'y a là quune coïncidence facilement explicable, tandis que celle qui existe entre les Fiori et la Commedia ne peut guère ôtre due au hasard.
* Toutes ces histoires sont données comme des exemples d'humilité. En effet, Taction de Trajan, surtout dans sa forme primitive, était moins remarquable comme trait de justice que de simplicité et de bonté famihère : l'empereur se laissait faire la leçon par une femme du peuple.
^ Dante a substitué cette attitude, plus noble, au geste qu'avait imaginé Jean de Salisbury.
* ffPiangendo molto teneramente,'' disent les Fiori. Ce trait est supprimé dans les Cento Novelle.
Ëd egli a lei rispondere : Ora aspetta
Tanto ch' io torni. E quetia : Signor mio
(Come persona in cui dolor s auretta), Se lu non torni? Ed el : Chi fia dov' io
La ti farà. Ed elta : L* altrai bene
A te che fia, se il tuo metti in obblio?
Ond' egli : Or ti conforta , che conviene
Ch' io solva il naio dovere anzi ch' io muova :
Giustizia vuoîe, e pietà mi ritiene \
Dante n'a rien ajouté au récit qu'il avait lu : il l'a au contraire abrégé et l'a d'ailleurs reproduit fidèlement et simplement; mais par la seule force du style , par le choix des mots , par la sévère allure des vers, il Ta transformé et idéalisé. Ce qu'il a fait de plus heureux a été de changer le récit en tableau : le lecteur voit, par les yeux du poète, Trajan à cheval, la vedovella le saisissant par le frein, et cet incomparable ondoiement de chevaux, d'armes et d'or qu'il a fait, en trois vers, resplendir dans le vent qui l'agite. Un grand peintre moderne a voulu rendre à son tour ce qu'il avait ainsi vu, et dans le beau tableau qui fait l'honneur du musée de Rouen, le génie de Delacroix a osé se mesurer avec celui de Dante. Au reste, c'est ici le cas de parler de ces «malentendus féconds w dont un éminent critique a si finement indiqué l'importance dans l'histoire de la pensée humaine. Dante se représentait les aigles romaines comme des figures brodées sur des étendards d'or^, ainsi que celles de l'empire ramain de son temps^. De là le beau vers qui nous les montre t^se mouvant au vent?r. C'est cet or mobile et étincelant qui a fasciné, comme un éclair, l'imagination du peintre français; mais ce qu'il a dû mettre sur son tableau est tout autre chose que ce qu'avaiè pensé le poète florentin : ses
' Ces dernières paroles ont une ressemblance qui semble difficilement pouvoir être fortuite avec celles du diacre- Jean : raitone partter et pietate 'commotus. Il est donc probable qjue Dante a eu sous les yeux le texte latin de Jean avec le texte italien des Fiori.
* C'est ainsi qu'elles sont représentées sur la tapisserie de Berne, dont je vais parier : on porte derrière Trajan de grandes bannières où sont brodées des aigles à deux têtes. Les anciens commentateurs de Dante expliquent ses paroles de même; il s'agit, dit par exemple Fr. da Buti, dVaquile nere nel campo ad oro, come è la insegna del romano imperio. y^ Aussi la leçon neW oro est-elle preTérable à la correclion maladroite delVoro,
aigles d'or se dressent hautaines et immobiles, et les bannières qu'agite le souflEle du vent ne sont là que par souvenir et ne répondent à rien de précis ^
Delacroix n est pas le premier qui ait représenté avec le pinceau le sujet des vers de Dante, mais ses prédécesseurs avaient puisé directement aux sources latines. On conserve à Berne, parmi les dépouilles de Charles le Téméraire, une grande tapisserie représentant deux exemples de justice sévère , visiblement approuvés par Dieu ; Tun d'eux ^ est emprunté à notre histoire, que l'artiste, pour atteindre son but, a complétée par une seconde scène, représentant l'exécution du meurtrier. M. Pinchart^ et, plus récemment, M. Kinkel * ont démontré que cette tapisserie , dont Jubinal a donné une gravure, est la reproduction des célèbres peintures dont Roger de le Pasture (que nous avons tort d'appeler avec les Flamands Van der Weyden, puisqu'il était de langue wallone) avait décoré la salle des jugements de l'hôtel de ville de Bruxelles. Au bas de la peinture on lisait et on lit au bas de la tapisserie l'exposition en latin du sujet représenté. Cette version, dont j'ai parlé plus haut en note, se rattache à celle de Jean de Salisbury. — M. Kinkel a suivi, dans un travail fort intéressant, toute la série de ces tableaux
* Le tableau de Delacroix est d'ailleurs bien différent de celui que se représentait Dante : il est aussi mouvementé que l'autre était serein. La veuve a jeté Je cadavre de son petit enfant (la tradition en faisait un jeune homme) devant les pieds du cheval de l'empereur, qui se cabre : Trajan regarde la mère, plus emportée qu'éplorée, avec une sorte d'effroi.
^ L'autre est une histoire tirée de Césaire d'Heisterbach et dont le héros, comme l'a fort bien reconnu M. Kinkel, est un Archambaud de Bourbon. Césaire, qui écrivait vers 1226, dit l'événement arrivé deux ans avant : il ne peut donc s'appliquer ni à Archambaud Vil, mort a la troisième croisade, ni à Archambaud VHI, mort vers 12/19. Au reste, l'authenticité en est plus que contestable; aucun historien français n'en dit mot. Je remarque eu passant que la Moralité d'un empereur qui tua son nepveu qui avott prins une fille à force {Ane, Théâtre fr., 1. 111, n° 53) n'est autre chose que cette histoire rapportée à un empereur romain.
^ Bull, de rAcad. royt, de Belgique, a" série, t. XVll (186/i), n° 1. — Le mémoire de M. Pinchart, qui soutient, à l'aide des mêmes arguments, la thèse qu'a défendue depuis M. Kinkel, est resté inconnu à celui-ci. J'en dois la connaissance à l'obligeante érudition de M. Elugène Miintz.
* Mosaik zur Kunslgeschichtc , Berlin. 1876, p. 3 02 ss.
de justice, dont il fut de mode, dans TAUemagne occidentale et les Pays-Bas, vers la fin du xv° et le commencement du xvi** siècle, de décorer les salles où Ton rendait les jugements. Il faut ajouter à sa liste la peinture qui, d'après la Clironique de Cologne, ornait l'hôtel de ville de Cologne et représentait, comme celle de Bruxelles, la justice de Trajan et la récompense qu'il en reçut. Cette chronique a été rédigée dans la seconde moitié du xv® siècle ; il n'y a donc aucune raison pour attribuer aux peintures de Cologne Tantériorité sur celles de Bruxelles et pour contester l'opinion de M. Kinkel, qui regarde le travail de Roger de le Pasture conmae ayant été le point de départ de tout ce mouvement : Roger l'exécuta sans doute entre i/i3o et i44o.
En se transmettant de proche en proche, souvent oralement, la légende ne se maintint pas toujours dans sa simplicité primitive. Dans un poème allemand qui remonte environ au milieu du xu* siècle, la Chronique des Empereurs, nous trouvons le récit augmenté d'un dénouement : l'auteur de cette version, comme jadis Paul, a trouvé que le jugement rendu par l'empereur devait être raconté en détail, mais il a suivi une idée toute différente, et plus raisonnable. On recherche et on trouve le meurtrier du jeune homme; il se défend : un procès compliqué s'engage; mais finalement justice est faite, le meurtrier est décapité ^ et l'empereur fait envoyer sa tête à la veuve, qui le comble de louanges et de bénédictions 2.
Mais, à une époque qu'il ne m'est pas possible de préciser, l'anecdote qui nous occupe reçut une modification bien autrement importante, qui la fit passer tout à fait dans le domaine du roman. On supposa que le meurtrier du fils de la veuve était le fils même de l'empereur, et que cela n'arrêtait pas sa justice. Il a dû exister une forme 011 il le faisait réellement périr, forme qui se greffait naturellement sur celle dont la
^ La Chronique de Repgow, citée par Massmann, Kaiserchr. III, 753, n'a guère fait, ici comme ailleurs, que suivre et abrégfer la Kaiserchronik.
^ La source de la Katserchronik devait beaucoup ressembler à la légende de la tapisserie de Berne. Elle se terminait, comme elle, par des renseignements empruntés aux compilations historiques authentiques. Seulement le poète allemand, suivant son usage de tout ramener au style coiilemporain, appelle Normandsles ennemis que Trajan allait combattre.
Kaiserchronik représente une version sans doute ampliflée; maïs elle ne nous est pas parvenue; nous en trouvons seulement la trace en Espagne, dans ces vers de la romance n° ii sur Valdovinos ^ :
Acuerdate de ïrajano En la justicia guaidare, Que no dejd sin castigo Su linico hijo carnale :
Aunque perdond la parle, El no quiso perdonare *.
Ainsi la veuve elle-même demandait à l'empereur, dans cette version, de ne pas punir son fils de mort, et il refusait d'adoucir la peine, pour ne pas manquer à la justice.
Dans une variante de ce récit qui est certainement fort ancienne, et que nous trouvons d'abord dans diverses chroniques allemandes^, l'empereur se rend, au contraire, aux prières de la veuve : celle-ci, en effet, quand il a condamné son fils à mort, déclare que ce n'est pas pour elle une réparation, et demande qu'au lieu de le tuer on le lui donne en échange de celui dont il l'a privée. L'empereur hésite, ne trouvant pas la peine assez forte, mais ses conseillers l'engagent à céder : il donne alors son fils à la veuve, à condition qu'il remplisse envers elle tous les devoirs d'un fils et d'un serviteur^. Encore ici, on a cru embellir leTécit, en mêlant dans la sentence de l'empereur la justice, le sens pratique (compensation pour la veuve) et la tendresse paternelle. C'est la même histoire que rapportent en général les anciens commentateurs de Dante,
^ Sur ces romances et ce personnage, voy. Hist. poét, âe Charlemagne ,
^ Duran, Romancero gênerai, t. I, p. ai 3.
^ La chronique riraée du Viennois Jansen Enenkel (vers iq5o), la chronique en prose du Strasbourgeois Jacob Twinger de Kônigshofen (fin du xiv' siècle), et la traduction allemande (xiv" siècle) des Annales Cobnienses maximi ( vers 12/10). Pour les citations , je renvoie à Massmann , Kaiserchronik, t. 111. Hermann de Fritzlar, dans sa Vie des Saints (vers i35o), rapporte aussi, mais très-brièvement, les mêmes faits (voy. Massmann, /. /.).
* Kônigshofen et la chronique de Cologne disent que lempereur le lui donna pour mari; mais c est sans doute une confusion causée par les deux sens du mot man.
qui semblent, en la racontant^ croire que Dante aussi la connaissait sous cette forme ^. Un résumé de cette version, qui est caractérisée dès le début par la circonstance que le fils de l'empereur a tué l'autre non méchamment, mais par imprudence, en lançant trop inconsidérément son cheval, qui l'a écrasé, se trouve dans la Legenda aurea, compilée, comme on sait , par l'archevêque de Gênes , Jacques de Varaggio ( f 1 2 g 8 ). Jacques donne d'abord la forme ancienne, dans un texte qui reproduit à peu près celui de Jean, puis il ajoute notre variante comme une aventure distincte :
Fertur quoque quod cum quidam fiiius Trajani per urbem equitando nimis lascive discurreret, filium cujusdam viduae interemit; quod cum vidua Trajano lacrimabiliter exponeret, ipse fîiium suum qui hoc fecerat viduae loco filiisui defuncti tradidit, et magnifiée ipsam dota vit*.
Le même double emploi se retrouve dans John Bromyard, que nous avons cité plus haut parmi ceux qui reproduisent le récit de Jean; seulement, au lieu de placer la variante après le récit primitif, comme la Légende dorée, il la donne avant :
Scribitur quod [Trajanus] tantam in suis justitiam exercuit, quod filium proprium ad serviendum cuidam viduœ tradidit, quia fiHus suus indiscrète equitando viduae filium impotentem pro matris servitio fecerat*.
Cette version, qui a fourni le sujet d'un conte de Hans Sachs \ a sûrement aussi existé en français: il y est fait allu-
^ Voy. le texte de Jacopo della Lana dans Fédition de son Commentaire publiée k Bologne en 1866, et dans Zambrini, Libro di NoveJle antiche (Bologna, 1868), n" xlix. La même histoire se Ht dans le Commentaire anonyme du xiy" siècle qu'a publié M. Fanfani (Bologna, Romagnoli, 1869, 1. 11 1 p» i?^)- Voyez aussi Fr. da Buti, éd. Giannini, Pisa, t. U, p. 28/1.
* Leg, mir., éd. Grasse, Leipzig, i8/i6, p. 196. On est étonné, en présence de ces deux versions et des réflexions théologiques qui les accompagnent, de lire dans V Histoire de la ville de J^ome de M. Gregorovius (s!" éd. p. 87) : «cLe livre de Jacques de Voragine, chose remarquable, n'a pas admis cette légende, n — Une forme également trèsabrégéede ce récit se trouve dans Gritsch, Quadragesimale , xxxii, S.
^ On pourrait croire que Bromyard fait allusion à un récit oii le jeune homme était seulement blessé; mais ce n'jest sans doute là qu'une négligence d'expression.
* Hans Sachs, Herausgegeben von Ad. von Kellei- (Stuttgart, 1870),
sion dans les vers suivants de la Moralité ou histoire romaine d'une femme qui avoit voulu trahir la eité de Rome; l'un des juges dit à l'autre :
Valeirus, chose piteuse
Si peult en pitié modérer.
N'avez vous pas ouy compter
Que Trajan jugea son enfaut
A mort, puis le voult repiter {éd. repeter)?
C'estoit empereur triomphant.
Ha ! ce Ait ung cas suffisant
Et qui estoit de noble arroy.
Il eu acquist renom bruyant
Et si tint justice en son ploy \
Cette version, qui figure à la fois, comme nous l'avons vu, dans ' des chroniques allemandes ^ de la première moitié du ( xni' siècle, dans la Légende dorée, et dans des textes italiens du XIV* siècle, s'est en outre introduite, sans doute par transmission orale, dans la rédaction interpolée, faite au xiv' siècle, du livre curieux, certainement antérieur au xii* siècle dans sa forme primitive, qui, sous le nom de Mirahilia Rom^, a servi, pendant tout le moyen âge, de guide aux pèlerins et aux touristes qui visitaient Rome. L'altération du récit est sensible dès les premières lignes, où l'empereur (le nom de Trajan a disparu) est représenté sur son char et non à cheval; on la remarque aussi dans l'abréviation du dialogue, qui se trouve fortuitement réduit ici, à peu près, à ce qu'il était dans le récit primitif. Voici ce texte :
Cum esset imperator paratus in curru ad eundum extra pugnaturus, qusedam paupercula vidua procidit ante pedes ejus, plorans et damans: Domine, antequam vadas mihi facias rationem. Cui cum promisisset in reditu facere plenissimum jus , dixit illa ; Forsitan morieris prius. Imperator hoc considerans praesiiiit de curru ibique posuit consistorium.
t. II, p. 878. Le récit de Hans Sachs est fort maladroit ; la veuve demande dès l'abord justice à l'empereur contre son fils, ce qui rend absurde le dialogue qui suit. 11 le lui donne en gage, jusqu'à ce qu'il revienne; la veuve l'accepte volontiers, et on ne raconte pas ensuite que Trajan soit revenu ni qu'il ait fait justice. Hans Sachs a écrit cette faible pièce le i3 septembre i553. li ne dit rien de la libération de l'âme de Trajan. ^ Ancien Théâtre français , p. p. Viollet-le-Duc , t. III, p. 178.
Mulier inquit: Habebam unicum fiiium, qui interfectus est a quodam juvene. Ad hanc vocem sententiavit imperalor: Moriatur, iDquit, homicida et non vivat. — Morietur ergo filius tiius, qui ludens cum filio occidit ipsum\ Qui cum duceretur ad raortem, mulier ingemuit voce magna: Reddatur mihi iste moriturus in Joco filii mei, et sic erit mihi recompensatio ; alioquin nunquam me fatear plénum jus accepisse. Quod et factum est, et ditata nimium ab imperatore recessit '.
C'est sans doute aussi par la tradition orale, mais propagée bien entendu dans la langue des clercs, que notre histoire, toujours sous cette forme particulière, est venue à la connaissance de Jean, moine de Haute-Seille en Lorraine, qui écrivait dans les dernières années du xn* siècle son curieux roman de Dolepaihos. Le nom de Trajan manque dans son récit; mais, comme la scène du Dolopaihos est placée au temps d'Auguste, il était obligé de le supprimer, même s'il le trouvait dans sa source : il s'agit simplement de rex quidam Romanorum. Le dialogue est à peu près exactement pareil, sauf les termes, à celui que danne le diacre Jean^, d'où il suit que notre groupe de versions se rattache directement au texte de cet auteur et n'a point passé par ]a rédaction de Jean de Salisbury. Nous ne nous tromperons sans doute pas de beaucoup en en plaçant la rédaction vers le milieu du xii* siècle. — Jean de Haute-S«ille, suivant son usage*, a cru devoir remanier le conte qu'il voulait insérer dans son œuvre : il a puérilement ajouté pour la veuve, à la perte de son fils unique, la perte de son unique poule ^ ; il a transporté la scène hors de Rome, pour rendre l'action de l'empereur plus étonnante, en le faisant non-seulement s'arrêter, mais revenir à la ville pour rendre
^ Dans toutes les autres dérivations de la source commune de ces récils, lé fils de l'empereur écrase celui de la veuve : c'est encore ici une altération.
* Voy. Urlichs, Codeœ topographtcus urbis Romœ , p. lag.
^ Comme dans ce texte, la veuve demande à Trajan quelle récompense il recevra du bien accompli par son successeur, et il répond : «r Aucune, ri Celte réplique, comme nous l'avons vu plus haut, a été supprimée par Jean de Salisbury.
* Sur l'œuvre et les procédés littéraires de Jean de Haule-Seille, voy. Romania, II, 48i ss.
' Sur une addition du même genre, mais encore plus ridicule, faite par Jean à un autre conte, voy. Romania, l. /.
justice; enfin il a donné à la mort du jeune homme un motif nouveau, qui prête au récit, à Tinsu de l'auteur, un caractère tout à fait moyen âge. Voici ce conte , traduit sur le texte latin * : ^Un roi des Romains marchait un jour avec son armée contre les ennemis, qui avaient envahi la plus grande partie de son royaume. 11 traversa un village où hahitait, avec son fils unique, dans une maisonnette , une pauvre veuve , qui de tous les biens de la terre ne possédait qu'une poule. Comme l'armée passait devant sa porte, le fils du roi, qui, suivant l'usage des jeunes nobles de son âge, portait sur son poing un épervier, le jeta sur la poule de la veuve , et l'épervier l'eut bientôt broyée sous ses ongles recourbés ; le fils de la veuve , accourant au secours, frappa l'oiseau de proie de son bâton et le tua raide. Le fils du roi entra dans une violente fureur, et, pour venger son épervier, il perça de son épée le fils de la veuve. La voilà donc privée de son fils unique et dépouillée du seul bien qu'elle possédait. Que faire? Elle courut après le roi, l'atteignit, et avec force larmes et sanglots, elle lui demanda de venger son fils injustement tué. Le roi, dont le cœur était bon et pitoyable, s'arrêta un instant, et dit doucement à la vieille d'attendre qu'il fut revenu de la guerre : Alors, dit-il, je vengerai volontiers ton fils. Mais la veuve : Et si tu es tué dans cette guerre, qui le vengera? — Je te renvoie, dit-il,* à celui qui me succédera. — - Et quelle récompense en recevras-tu, dit-elle, si un autre venge celui qui a été tué sous ton règne? — Aucune. — Fais donc toi-même ce que tu aurais laissé à un autre, pour mériter la reconnaissance des hommes et la récompense des dieux. Le roi, touché de ce discours, différa son départ et revint a la ville. Mais quand il sut que c'était son fils qui était le meurtrier: Je pense, dit-il à la mère, que ta poule est suffisamment payée par l'épervier. Quant à ton fils, pour te
' Il faut remarquer que cette histoire est racontée pour engager le roi à ne pas faire périr son fils accusé, mais à tenir compte h la fois, comme le fit Trajan , de la justice et de Famour paternel. C'est dans une intention semblable qu'elle est rapportée (ainsi que celle de Zaleucus) dans ia Moralité dont j'ai donné les vers plus haut. Ainsi l'esprit qui avait inspiré cette forme particulière de l'histoire s'en était presque tout à fait éloigné, depuis qu'on avait représenté l'empereur cédant aux prières de la veuve et faisant grâce à son fils de la peine capitale.
donner satisfaction, je te laisse le choix entre deux choses : ou je mettrai mon fils à mort, ou, si tu préfères qu'il vive, je te le donnerai au lieu du mort ^pourt'honorer comme mère, t'adorer comme reine, te craindre comme maîtresse et te servir jusqu'à la fin de tes jours. Tu décideras. Elle, considérant qu'il lui valait mieux prendre le second parti , reçut le jeune homme comme fils ; elle quitta sa cabane pour un palais; elle changea ses pauvres habits pour des robes de pouq^re. Quant au roi, après avoir fait justice, il marcha contre ses ennemis ^.w
Cette version a subi en Allemagne une nouvelle et curieuse déviation. Déjà dans les contes que nous venons de parcourir, l'esprit du récit primitif était singulièrement changé : le jugement, qui, à l'origine, était seulement indiqué, avait pris l'importance prépondérante: le merveilleux n'était plus qu'un empereur, pour rendre justice à une pauvre femme, s'arrêtât avec toute son armée déjà en marche, mais bien qu'un souverain condamnât à mort son propre fils coupable de meurtre. Dès lors, la première partie pouvait et devait tomber; la seconde était exposée à se confondre avec des récits analogues. Ce fut ce qui arriva : d'après Enenkel, le fils de Trajan avait, non pas tué le fils de la veuve, mais déshonoré sa fille; l'empereur le condamna à mort; en vain la veuve demanda sa grâce, en vain les conseillers du prince se joignirent à elle : «Rien ne doit porter atteinte, dit- il, à ma réputation de justice. Mais un homme aveuglé ne peut être mis à mort; je consens à ce que mon fils soit seulement privé de la vue. » Il ajouta ensuite : «Mon fils et moi ne faisons qu'une chair; puisque le coupable doit perdre deux yeux, il est permis de partager la peine entre nous.» Et, ayant fait crever un œil à son fils, il s'infligea le même supplice. — On a depuis longtemps^ reconnu la confusion qui s'est introduite dans ce récit i Enenkel a mêlé avec l'histoire de Trajan et de la veuve celle de Zaleucus »le législateur des Locriens, qui, ayant porté contre l'adultère la peine de l'aveuglement, ne voulut pas, malgré les prières du peuple, y sous-
' Dolopathos, éd. Oeslerley , p. 62. — La traduction de Herbert {Li Romans de Dolopathos, éd. Brunet et de Monlaiglon, v. 7682-7850) n'ajoute ni ne change rien d'essentiel au récit original.
^ Massmann, Kaiserchronik , 111, 755.
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traire son fils, mais consentit à la diminuer en la partageant avec lui'. Un compilateur qui avait sous les yeux le récit d'Enenkel et le texte de la Kaiserchronik ^ a résumé le premier avant de rapporter le second '.
Parmi les traits plus ou moins semblables à celui qu'on attribue à Trajan qui se retrouvent dans différentes littératures*, il en est plus d'un sans doute qui a pour source l'histoire même qui nous occupe; mais l'étude de ce point nous entraînerait trop loin de notre sujet , sans nous fournir de résultats vraiment dignes d'attention ^.
* Voyez, sur les différents auteurs qui ont rapporté cette histoire, la note de M. Oesteriey sur le n"* 5o des Gesta Romanorum,
* C'est Tauteur du ms. de Golha (xiv' s.) de la dironique de Repgow : ffTrajânus was en sô reht rihtére dat he durch dat reht eme selven eu ôge ùt brac, und sineme sone ênn (Massmann, Kaiser chr. III, 755).
^ Le rapprochement des histoires de Trajan et de Zaleucus s'est fait plus d'une rois : la Moralité citée plus haut mentionne le second inunédiatement après le premier. On représentait volontiers, dans les salles de jugement, l'action du législateur locrien comme celle de l'empereur romain; de là la singulière confusion de Van Mander, qui, décrivant les peintures de Roger de le Pasture à Bruxelles, substitue l'une à l'autre, et prétend qu'on voit rrun père et son fils, auxquels on crève un œiU (Pinchart, p. 10; Kinkel, p. 3^6).
* Massmann cite une anecdote rapportée par Nicéphore à Héraclius, une autre attribuée au comte Lédéric ae Flandre, une autre dont on fait honneur à un grand vizir. Sur l'anecdote relative à Saladin, indiquée par Nannucci, Mamiaky t. l, p. 76, voy. ci-dessous, p. 988, note 3. — L'histoire de Basanus et de son fils , racontée par Trithème dans le faux Hunibald, est certainement une simple imitation de celles de Trajan et de Zaleucus.
* Massmann comprend (et M. Oesteriey après lui) parmi les variantes de notre histoire celle qui fait le sujet du n" 809 du Lihro de los Enœemplos; mais il y a là une confusion manifeste : celte histoire est celle que Godefi'oi de Viterbe et d'auti*es auteurs cités par Massmann lui-même [Kaiserchr., t. III, p. 108A) attribuent à Otton III, et qui n'a que trèspeu de rapport avec la nôtre. Cette histoire a aussi été peinte dans des salles de justice (voy. Kinkel, p. 339). — Une autre anecdote dont Otton III est le héix)s (Grimm, Deutsche Sagen, n** ^78) commence comme la nôtre, mais a un développement tout différent.