CHAPITRE PREMIER
passionnément au cœur et à l’esprit, car il est plein et saturé de cette humanisation dont. est dépourvu pour nous le nouveau.
Le jour où les grands fauves et les grands voiliers auraient disparu de notre globe, la plastique et l’esthétique de son être en seraient singulièrement amoindries, réduites au pauvre humain roitelet de la Création.
J’aime toute la nature, et je la crains aussi. Elle, nous aime-t-elle ?... Ses plus vives caresses sont, à son profit définitif, une absorption d’autant plus rapide de notre vie humaine. Les animaux dont les mœurs s’y confondent le plus intimement sont les plus ennemis, ou tout au moins les plus méfiants de, notre espèce. Métaphysique à part, si l’homme s’appelle « le Roi, dé la Création, » le rocher, l’arbre, le rayon, le flot n’en sont-ils pas les Dieux ? Tel est du moins l’esprit, plus ou moins fataliste du Panthéisme, personnifié dans les mythologies primitives ; et ces mythologies, que nous les définissions symbolismes, visions, révélations, imaginations, superstitions ou poésies, ne restent-elles pas encore un idéal du réel au berceau des peuples, le vrai Beau, parce qu’elles seraient peut-être le beau vrai ?
Je me suis toujours étonné qu’un aussi grand nombre de gens naissent et passent leur vie entière en face, à deux pas de certaines grandes choses, — des Parisiens devant l’église Notre-Dame, des Clermontois devant le Puy-de-Dôme, un Carpentrassien au pied du Mont-Ventoux, — si inti-