‹ La légende des ateliersChapitre 3 sur 11 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

persiste, plus tard, intacte et parallèle à côté de la réalité. Je décrirais couramment et très en détail, aujourd’hui encore, une certaine ville d’Avignon, un certain Paris, un champ de bataille de Waterloo, un visage de parent, une tournure d’homme célèbre, le tout évoqué a priori par le fait pur de l’esprit, et dont la vue et la plus grande familiarité réelles n’ont pas détruit le fantastique souvenir. La puissance essentielle de ce phénomène se manifeste consomment, du reste, dans les rêves de chaque nuit, qui nous montrent, nous parlent, nous impressionnent avec un réalisme dont nos organes physiques, que je crois d’ailleurs en absolu communisme avec le fluide moral, reçoivent, se transmettent, le jour, et gardent, des années, une si forte empreinte.

Pourquoi et parce que. — Socrate aurait dit « J’aime les arbres, mais je préfère les hommes parce qu’ils parlent » Gela m’a fait reconnaître sur moi-même qu’il m’arrive assez souvent de préférer les arbres aux hommes justement parce qu’ils ne parlent pas.. , tout en exprimant pourtant de plus charmantes ou sublimes choses que ne le peuvent les plus éloquentes lèvres humaines.

Lorsque j’ose parlera un rocher, à une vague, à un arbre, à un nuage, je croirais manquer de convenances et de respect à leur majesté, divinités qu’ils sont, en ne pas les tutoyant.

Toujours, dans ses vastes tableaux, la Nature, en grande artiste et grande coquette qu’elle est, sacrifie ou plutôt oppose, de la même manière dont

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