LA GIRONDE, ROBESPIERRE ET DAXTOX
La Gironde et Robespierre. — Leur séparation n'a point eu pour cause les massacres de Septembre et l'horreur que les Girondins en auraient ressentie. Elle remonte à la fin de 179i et n'a eu d'autre motif qu'une rivalité d'influence. — Brissot et Louvet. Robespierre et Camille Desmoulins. — Jean-Pierre Brissot démasqué. — Les Girondins et la Providence. —* Le Défenseur de la Constitution. — Brissot, Camille Desmoulins et la procession de la Fête-Dieu. — MM. Thiers, de Lamartine, Lanfrey, Tissot, Louis Blanc, Michelet, de Barante, Mortimer-Ternaux. — Une scène de Charlotte-Corday. — Une fête tlans les salons de Julie Talma. — Vergniaud et Mlle Candeille. — Fausseté de la légende qui représente les Girondins refusant de faire alliance avec Danton, parce qu'il a sur les mains le sang de Septembre.
Du 1" octobre 1791 au 10 août 1792, du jour de leur entrée dans la vie politique à la chute du trône et au renversement de la constitution, les Girondins n'ont cessé de flatter la populace et d'encourager la sédition ; du 10 août au 21 septembre, ils ont multiplié les lois de proscription et les décrets de mort ; pendant les massacres de Septembre, ils ont laissé faire, sans même paraître se douter que, de leur part, maîtres comme ils l'étaient de l'Assemblée nationale, du Conseil exécutif et de la Mairie de Paris, le silence était de la complicité ; à la Convention, alors que le sort de Louis XVI était entre leurs mains, ils se sont prononcés pour la mort, et l'échafaud du 21 janvier a été dressé par eux. Tant de fautes, tant
de lâchetés, tant de crimes, ne troublent point leurs défenseurs, qui, refusant de s'arrêter à ces misères, ne veulent voir que la lutte de la Gironde contre la Montagne, de Louvet contre Robespierre, de Vergniaud contre Marat, et ne veulent pas que cette lutte ait eu une autre cause que l'indignation des Girondins contre les massacres de Septembre, un autre mobile que « leur haine du crime, leur dégoût de l'anarchie, leur amour de l'ordre, de la justice et de la liberté l. » Ce système, adopté par tous les avocats de la Gironde, a été développé en particulier par M, P. Lanfrey avec le talent qui lui est propre.
Les Girondins, dit-il, dans son Essai sur la Révolution française, pages 284 et suivantes, s'étaient endormis rêvant d'Athènes et de Platon ; ils se réveillèrent contemporains de la Saint-Barthélémy. Ils furent d'abord comme anéantis. Mais les massacres de Septembre étaient une mise en demeure devant laquelle l'illusion ni l'hésitation n'étaient plus permises.. . Ce sera leur éternel honneur d'avoir sacrifié sans balancer leur popularité et leur vie plutôt que de transiger avec le crime. C'est là ce qui les élève si fort au-dessus du vulgaire des tribuns et des lâches courtisans des caprices populaires, et c'est ce qu'ont surtout méconnu avec une extrême injustice les écrivains qui ont raconté cette histoire au point de vue constitutionnel. Ils les peignent, jusqu'au 2 septembre, comme d'effrontés coureurs de popularité, des adulateurs à outrance, et arrivés là, lorsqu'ils voient ces hommes intrépides se retourner tout à coup, élever la voix au milieu du silence et de la consternation universelle, et faire face à ce courant terrible, à ce fleuve de sang qui emportait la révolution, ils ne comprennent plus et sont réduits à balbutier je ne sais quelle misérable explication que rien ne justifie. — « C'était par intérêt, disent-ils, parce qu'ils se sentaient menacés à leur tour.— Mais pourquoi étaient-ils menacés, sinon parce qu'ils refusaient d'obéir ? Est-ce donc l'intérêt qui les poussait à se pr'écipiter avec une si noble ardeur dans le gouffre ouvert devant eux ?... Qui ne voit qu'ils mirent leur intérêt sous leurs pieds pour ne songer qu'à celui de l'humanité et de la ju-^tice ? Il leur eùl été facile de satisfaire aux considérations d'intérêt.