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LES GIRONDINS AVANT LE 10 AOUT

s partis à l'Assemblée législative : les constitutionnels, les jacobins et les indépendants. — Le parti Brissot. — A quel moment prend naissance la dénomination de Girondins. — J.-P. Brissot. — Mme Roland. — Du rôle de la Gironde avant le 10 août. — Les Girondins jugés par François de Pange et par André Chénier.

Lorsque, le 1" octobre 1791, l'Assemblée législative succéda à rAssemblée coustituante, qui venait de se séparer aux cris de : Vice le roi ! la nouvelle législature, par suite du décret du 16 mai 1791, qui avait interdit la réélection des constituants, était entièrement composée d'hommes nouveaux. Sur les bancs du côté droit prirent place les partisans de la constitution, ceux qui voulaient s'arrêter à la monarcliie héréditaire et aux réformes de 89 ; ils avaient presque tous donné des gages à la révolution, mais ils considéraient la promulgation de l'acte constitutionnel du 3 septembre 1791 comme une suffisante nctoire, et ils tenaient qu'il serait téméraire de la pousser plus loin : ils reçurent le nom de comtitutionaels. Malheureusement ce parti, dans le sein duquel allaient se révéler des orateurs dont le courage égalait le talent, les Jaucourt, les Beugnot, les Vaublanc, les Ramond, les Hua, les Becquey, les Mathieu Dumas, les Daverhoult, les Girardin, ne comptait guère que 160 membres sur 745 qui formaient la législature i. Les jacobins, qui

1. Siouvenirs ^u lieutenant général comte Mathieu Dumas, de 1T70 à 1836, t. II, livre VI, p. 5.

siégeaient sur les gradins du côté gauche, étaient au nombre de 330 environ l. Au centre se groupèrent les vidépendants, c'est-à-dire les députés qui avaient la prétention de n'appartenir à aucun parti, et dont plus d'un appartenait, peut-être sans en avoir conscience, à ce grand parti qui avait déjà joué et qui devait jouer encore un si grand rôle dans la Révolution, le parti de la peur 2. Les indépendants étaient à peu près 250 3, Pour que le côté gauche eût la majorité, il lui suffisait de détacher 43 de ces députés du centre, tandis que les constitutionnels avaient besoin, pour l'empcrrter, d'en rallier à eux plus de 200. Dans ces conditions, et les tribunes aidant, le triomphe du côté gauche ne pouvait être douteux, et moins de onze mois allaient suffire pour détruire cette constitution que ses auteurs avaient mis plus de deux ans à édifier. Quel a été pendant ces onze mois, du 1" octobre 1791 au 10 août 1792, le rôle des Girondins ?

1. Histoire de la Révolution de 1789, par deux amis de la liberté, t. VIII, p. 1-27.

. 2. Un des membres les plus distingués et les plus honnêtes de l'Assemblée législative, E.-A. Hua, apprécie en ces termes, dans ses Mémoires, les députés du centre, qui se décoraient des noms àHndépendants ou .ù.' impartiaux : « Phalange immobile pour le bien, et qui ne se remue que par la peur ; c'est elle qui donnera la majorité, et elle la donnera constamment, non au côté droit qu'elle estime, mais au côté gauche qu'elle craint » (Mémoires d'un avocat au parlement de Paris, député à l'Assemblée législative {E.-A. Hua), publiés par son petit-fils, E.-M. François Saint-Maur, p. 74 ; 1872. Ces Mémoires, tirés à très petit nombre, sont malheureusement peu connus. Nous en devons la communication à le bienveillance de l'arrière-petit-fils de l'auteur, M. Charles La Cour-Grandmaison, sénateur de la Loire-Inférieure.

3. Mémoires et Correspondance de Mallet du Pan, t. II, p. 429.

Une remarque préliminaire nous parait avoir ici sa place. Avant le 10 août, on cherche vainement, dans les documents contemporains, trace de cette appellation de Giromlim, sous laquelle tous les historiens désignent les membres du côté gauche de l'Assemblée législative, marchant sous la direction de Brissot, de Vergniaud et de Condorcet. La dénomination de Girondins n'a eu cours que plus tard et seulement sous la Convention. Les journaux et les pamphlets, si prodigues pourtant d'appellations variées à l'adresse des partis, ne font jamais mention de cellelà. Il leur arrive bien quelquefois de parler de la déimtation de la Giromle i, de la députation de Bordeaux, des membres de la députation de la Gironde, ou des Bordelais 2. Mais ces désignations s'appliquent d'une manière exclusive à Vergniaud et à se.s collègues de députation ; elles ne s'appliquent jamais au parti tout entier. Les deux amis de la liberté qui ont publié au cours même de l'année 1792 leur Histoire de l'Assemblée législative, et qui nous ont donné, sur la composition des divers partis qui divisaient cette Assemblée, des détails aussi précis qu'intéressants, ne prononcent pas une seule fois le nom de Girondins. André Chénier parle, en deux endroits, des décemcirs de la Gironde 3; mais, lorsqu'il veut désigner l'ensemble même du parti, il se sert toujours du mot jacobins. Jacobins, patriotes jacobins ^, jacobins brissotins 5, brissotins, le parti Brissot,

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