Mémoires de Mme Campan, t. II, p
de ses ennemis, Robespierre, Danton, Marat, Camille Desmoulins : tous, au contraire, s'y montrèrent opposés.
Nul n'a combattu l'idée de la guerre avec plus de persévérance, plus d'énergie et de force que Robespierre ; et les deux grands discours qu'il a prononcés sur ce sujet, à la tribune des Jacobins, le 18 décembre 1791 et le 2 janvier 1792, sont pleins de \igueur et de logique. Billaud-Varenne, Machenaud, Doppet, Camille Desmoulins, s'élevèrent également contre les partisans d'une guerre offensive i. Danton ne repoussait pas la guerre en principe, mais il jugeait le m(3ment mal choisi pour la faire 2.
Ce qui se passait aux Jacobins se reproduisit dans la presse. Les journaux de la Montagne se rangèrent du côté de Robespierre. La Tribune des patriotes, rédigée par Camille Desmoulins et Merlin de Thiomille, attaqua violemment ceux qui demandaient la guerre. 'L'Orateur du peuple, de Fréron,les déclara traîtres et scélérats 3. « C'est une démarche impolitique et désastreuse, écrivait Marat, dans VAmi du peuple, de provoquer une rupture avec quelques petits princes de l'Empire, parce qu'on aurait bientôt tous les alliés sur les bras. » Et il faisait observer que vouloir susciter, un conflit européen, pour l'unique avantage de déjouer les intrigues de quelques milliers d'émigrés, c'était « allumer le flambeau de la guerre pour éteindre un feu d'opéra. »
Le plus répandu des journaux révolutionnaires, le journal de Prud'homme, était le plus ardent à repousser l'idée de la guerre. Il en signalait les périls avec une verve infatigable.)