‹ La légende des GirondinsChapitre 14 sur 274 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Voy., dans les nos 72, 73 et 74 du Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins, à Paris, la liste des députés qui se sont fait admettre a la Société des Jacobins au mois d'octobre 1791.

4 Essais historiques sur les causes et les effets de la Révolution de France, par Beaulieu, t. III, p. 323,

lui sur les hauts bancs de la salle, à la gauche du président 4, forment la queue ; mais c'est le même parti, et nous croyons qu'il serait impossible deti-ouver, dul ■■ octobre 1791 au 10 août 1792, un seul vote dans lequel les Jacobùis brixsotim se soient séparés des énergumènes qui siégeaient à la crête de la Montagne. N'est-ce pas d'ailleurs sous la plume de Brissot que cette appellation, la Montagne, se rencontre, ou peu s'en faut, pour la première fois ? Et ne le voyons-nous pas applaudir avec chaleur aux idées qu'elle représente ?« Écrasons l'hydie », écrit-il dans \e Patriote français, dès le mois d'avril 1791. « Ne voyez-vous pas la faction aristocratique ressusciter sous le nom de modérés ? Enfants de la Montagne, serrez vos rangs, réunissez-vous en faisceau. Opposez votre amour de la patrie et de la liberté aux factions corrompues qui veulent faire reculer la révolution. Ecrasons l'hydre ! »

Plus d'une fois déjà nous avons dû nommer Brissot. C'est lui qui est le véritable chef du parti dont les membres de la dépiitation de Bordeaux sont les orateurs. Aussi, pendant toute la durée de la Législative, lorsqu'on n'appelle pas les membres de ce parti les jacobins ou les sans-culottes, on les appelle le parti Brissot, les jacobins brîssotim, ou plus brièvement les brissotins. Cette dernière appellation est la plus répan lue. A la Convention, il est vrai, quand la lutte entre les deux factions qui se disputent le pouvoir, entre le parti Brissot et le parti Robespierre, est devenue surtout une lutte de tribune, Brissot, qui ne possède pas les grandes qualités oratoires des Vergniaud, des Guadet et des Gensonnô, semble s'effacer derrière eux; il n'apparaît

1. Essais historiques..., par Beaulieu, t. IV, p. 294. — Histoire de la Révolution, par deux amis de la liberté, t. IX, p. 66.

plus qu'au second l'ang, et c'est alors que la dénomination de Girondistes, puis celle de Girondins, prennent naissance et se viennent placer à côté de celle de brissotins. Mais ni Robespierre ni Saint-Just ne s'y trompent : ils savent de reste que dans tous ces beaux parleurs venus des bords de la Garonne il n'y a pas l'étoile d'un homme d'Etat, et que Brissot est resté le plus redoutable de leurs adversaires. Aussi lorsque, le 3 brumaire an II (24 octobre 1793), vingt et un députés de la Gironde viendront s'asseoii' sur les gradins du tribunal révolutionnaire, dans la salle de V Egalité l, celui d'entre eux qui sera appelé à prendre place sur le célèbre fauteuil réservé, dans chaque attaire, à l'accusé principal, au chef de la conjuration, ce ne sera ni Gensonné ni Vergniaud, ce sera J.-P. Brissot 2.

Quoi qu'il en soit, et pour nous en tenir à la période antérieure au 10 août, la seule dont nous devions nous occuper en ce moment, Brissot était sans conteste le chef du parti. Connaître l'homme dont les députés de la Gironde acceptèrent la direction ; connaître ses principes, ses opinions, sa moralité, nous fera faire un grand pas dans la connaissance de ces députés eux-mêmes, de leur moralité, de leurs opinions, de leurs principes. Nous sommes

1. Le tribunal révolutionnaire était divisé en deux sections, qui siégeaient, l'une dans l'ancienne grand'ch imbre du parlement, dite salle de VÈgalité ; l'autre, dans la salle Saint- Louis, dite salle de la Liberté. C'est dans la salle de la Liberté que fut jugé Danton (La Justice révolutionnaire à Paris, par Ch. Berriat Saint-Prix; 1861). La salle de VÈgalité et celle de la Liberté ont été brûlées en 1871. La 1" chambre du tribunal civil de la Seine siège actuellement sur l'emplacement de l'ancienne salle de VEgalité,

2. Voy., dans les Révolutions de Paris (t. XVII, p. 146), la gravure représentant la salle des séances du tribunal révolutionnaire pendant le procès de Brissot et de ses complices.

ainsi amené à rechercher ce qu'était Brissot. Nous le ferons aussi rapidement que possible.

Fils d'un pâtissier-traiteur de Chartres, passant du collège, où il eut Petion pour condisciple, dans une étude de procureur, où il eut pour camarade Robespierre; obligé de quitter Paris pour n'avoir pas maille à partir avec la justice, il se rend à Boulognesur-Mer et de là en Angleterre, rentre en France, et, pour arriver à la fortune et à la célébrité, tente toutes les voies, frappe à toutes les portes. Lui (jui, lorsque les sans-culottes tiendront le haut du pavé, se parera du titre respectable de sans-culotte i, il essaye de donner à son nom une physionomie nobiliaire : il signe ses livres Brissot de Warville, du nom d'un petit bien qtie sa famille possédait au hameau de Ouarville, dans le pays chartrain ; il supprime dans ses lettres le nom de son père, le pâtissier-traiteur, et il signe : de Warville 2. Lui qui se déclarera, le 4 septembre 1792, Véternel ennemi des rois, il demande que « la main de l'éducation grave ineffaçablement dans nos âmes ce langage dicté par la nature : homme, aime tes semblables ; sujet, chéris ton souverain... 3 » Il veut que l'on soit implacable pour

1. Assemblée législative, séance du 5 août 1792. — Moniteur du 6 août.

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