‹ La légende des GirondinsChapitre 196 sur 274 · Musée des Archives nationales, n · texte numérisé non relu

Musée des Archives nationales, n

2. Kervelégan demeurait rue des Saints-Pères, no 1225. Deux gendarmes le gardaient à vue dans son appartement. Fatigué de leur surveillance, qui ne se relâchait pas d'un instant, doue d'ailleurs d'une force herculéenne, il suspendit un jour l'un de ses gardes à la fenêtre de sa chambre, au troisième étage, avec menace de le précipiter dans la rue, s'il continuait ses vexations. Les gendarmes déconcertés lui promirent de le surveiller avec moins de rigueur, s'il leur jurait de ne pas tenter de s'évader. — « Foi de Kervelégan, leur dit-il, si je me sauve, je vous préviendrai.» — Un matin que >^es deux gardiens déjeunaient : — « Citoyens, leur dit-il, la main sur la clef de la porte et déjà un pied hors de la chambre, je vous ai promis de vous prévenir quand je me sauverais. Adieu. » — Et donnant un double tour de clef à la serrure, il dégringola l'escalier et sauta dans un cabriolet où sa fille l'attendait, avec Couppé, représentant des Côtes-du-Nord. Pendant toute la Terreur, Kervelégan resta caché dans sa paroisse de Penhars, vêtu en paysan et gardé par la fidélité bretonne. Son collègue, Tréhouart, en mission dans le Finistère, avait pourtant mis sa tête à prix, promettant 10.000 fr à qui le livrerait vivant et o.OOO à qui le livrerait mort. -^ Voir René Kervilerd, Recherches et notices sur les Députés de la Bretagne aux Etats Généraux et à VAssemhlée nationale constituante de 1789, X. II, p. 166.

Aux vingt-trois noms qui précèdent, il faut ajouter celui de Birotteau, qui s'échappa le 30 juin i.

En résumé, de tous les députés décrétés d'arrestation, huit seulement restèrent à Paris : Bertrand- Lahosdinière, ancien membre de la commission des Douze, qui, le 5 juin, écrivit pour demander sa liberté, dans des termes qui le firent taxer de lâcheté par son collègue Duperret 2, et qui, le 8 juillet, fut rappelé dans le' sein de la Convention, après un rapport de Saint-Just, déclarant qu'il avait été plus trompé que coupable 3; — Vergniaud, Gensonné, Lehardy, Valazé, Gomaire, Gardien, qui furent écroués au Luxembourg, le 20 juillet ; — et Boileau, qui fut écroué directement à la Conciergerie, le 6 octobre, en vertu d'un jugement du 4 4.

La décision prise par Vergniaud de ne point s'éloigner de la capitale et d'y attendre les événements allait bien à la nonchalance de son caractère, tel que nous l'a dépeint Mme Roland : « Il fut peut-être, a-telle écrit dans ses Mémoires, l'orateur le plus éloquent de l'Assemblée... Cependant je n'aime point Vergniaud ; je lui trouve l'égoïsme de la philosophie ; dédaignant les hommes assurément parce qu'il les connaît bien, il ne se gêne pas pour eux ; mais alors, il faut rester particulier, oisif, autrement la faiblesse est un crime, et Vergniaud est grandement coupable à cet égard. Quel dommage qu'un talent tel que le sien n'ait pas été employé avec l'ardeur d'une âme

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