‹ La légende des GirondinsChapitre 25 sur 274 · Lettre du 23 juin · texte numérisé non relu

Lettre du 23 juin

chez moi », poursuit-elle ; « je vais voir les braves gens de ma connaissance pour nous exciter aux grandes mesures. » Vingt ans auparavant, en 1771, elle disait à sa mère, en revenant du château de Versailles,;ce mot que le lecteur n'a pas oublié : « Je ne saurai que faire de ma haine !» Ah ! maintenant, elle sait qu'en faire ! « Il me semble », écrit-elle, « qu'il faudrait mettre le mannequin royal en séquestre et faire le procès à sa femme. » Puis elle se ravise, elle veut que l'on fasse aussi le procès à Louis XVI : « Faire le procès à Louis XVI », dit-elle, « serait sans contredit la plus grande, la plus juste des mesures ; mais vous êtes incapables de la prendre. »

Danton, à ce moment, ne paraît pas éloigné de se rallier à l'idée d'une régence. Mme Roland trouve que Danton n'est plus à la hauteur i. Pour elle, sa première joie passée, elle se prend par instants à regretter que Louis ait été arrêté à Varennes, parce que, s'il ne l'eût pas été, la guerre civile devenait immanqiiahle, et elle soupire après la guerre civile, comme elle a soupiré après l'insurrection.

D'après ce qui se passe, écrit-elle, le 25 juin, à Bancal des Issarts, il est évident qu'il eût été meilleur pour la liberté que le roi ne fût pas arrêté, parce qu'alors, la guerre civile devenant immanquable, la nation allait forcément à cette grande école des vertus publiques. C'est une chose cruelle à penser, mais qui devient tous les jours plus frappante, que nous devons rétrograder par la paix et que nous ne saurions être régénérés que parle sang.

Est-ce tout ? Non. La Fayette, qui, dans ces cii'constances du moins, au milieu de cette terrible crise, sut faire noblement son devoir, la Fayette fait saisir l'ignoble feuille deMarat. Mme Roland s'en indigne : c'est à ses yeux un crime abominable que les feuilles

i. Etude sur Mme Roland et son temps, par C.-A. Dau- Mn, p. 100.

de Marat soient déchirées xtar les satellites de la Fayette i.

Vers le milieu de septembre, Roland ayant terminé la négociation dont il avait été chargé par la municipalité de Lyon, auprès de l'Assemblée constituante, Mme Roland rentra avec son mari dans son habitation de la Platière ; et c'est de là que, le 27 septembre 1791, elle adressa à Robespierre une lettre qui achève de montrer qu'à cette date, à la veille de la réunion de l'Assemblée législative, elle était en complète communauté de sentiments et d'idées avec le premier jacobin de France.

J'ai eu foi, lui écrivait-elle, à l'intérêt avec lequel vous receviez des nouvelles de deux êtres dont l'âme est faite pour vous sentir, et qui aiment à vous exprimer une estime qu'ils accordent à peu de personnes, un attachement qu'ils n'ont voué qu'à ceux qui placent au-dessus de tout la gloire d'être juste et le bonheur d'être sensible...

Robespierre venait de publier, sous le titre dMdresse de Maximilien Robespierre aux Français, une longue apologie de ses principes politiques et de sa conduite depuis la réunion des états généraux. Mme Roland lui annonce que, dans son voyage de Paris à la Platière, elle a semé partout sur sa route des exemplaires de cette adresse, « comme un excellent texte aux méditations de quelques personnes 2 ».

Viennent maintenant les Girondins, leurs chefs sont prêts : Mme Roland a pour elle l'amitié de Robespierre ; Brissot a pour lui la caution du Père Duchesne.

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