‹ La légende des GirondinsChapitre 26 sur 274 · Dauban, p · texte numérisé non relu

Dauban, p

2. Lettre de Mme Roland à Maxiniilien Robespierre, en date du 27 septembre 1791. — Voyez Histoire de Robespierre, par M. Ernest Hamel, t. I, p. 487. Les opinions de M. Hamel sont aussi éloignées des miennes que possible; ce m'est une raison de plus de rendre hommage à la conscience de ses recherches et à la haute valeur de son livre.

Tels Brissot et Mme Roland étaient au moment où s'ouvrait l'Assemblée législative ; tels seront les Girondins jusqu'au 10 août : mêmes passions, même esprit de violence et de haine, même ardeur de dénonciation, même audace vis-à-vis de la cour, mêmes flatteries humbles et basses à l'adresse de la rue.

Quelques faits mettront cette vérité en pleine lumière.

Pendant deux ans, du mois d'octobre 1789 au mois d'octobre 1791, Brissot avait été l'homme de la délation. A son exemple, les Girondins ne cesseront de dénoncer, de réclamer des décrets d'arrestation, de se faire les pourvoyeurs des prisons de la haute cour nationale siégeant à Orléans.

Le 3 décembre 1791, un de leurs principaux orateurs, Fauchet, évêque du Calvados, demande que M. de Lessart, ministre de l'intérieur depuis le 25 janvier 1791 , et depuis le mois de novembre ministre des affaires étrangères par intérim, soit poursuivi : il l'accuse d'avoir été « le premier instigateur des manœuvres de M. Ruthlege pour affamer Paris dans les premiers moments de la révolution » ; de « n'avoir, depuis qu'il est parvenu au ministère, rien combiné pour alimenter la France, et d'avoir au contraire tout calculé pour la réduire à la disette *. »

Le 17 février 1792, Fauchet renouvelle sa dénonciation et y ajoute de nouvelles charges. 11 développe contre le ministre cinq chefs d'accusations, et lui reproche : 1° d'avoir laissé écouler les grains par toutes les issues d'une exportation frauduleuse, pour être

1. Journal logographique ; première législature^ rédigé par M. Le Hodey, t. V, p. 41.

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autorisé ensuite à les acheter des étrangers à un prix exorbitant ; 2° de favoriser les prêti es réfractaires ; 3" d'avoir excité des troubles dans le Calvados ; 4" de n'être pas étranger aux massacres d'Avignon ; 5° enfin d'avoir la main dans tous les troubles publics i. Deux jours après, le 19 février, Fauchet reproduit son acte d'accusation à la tribune des Jacobins.

En dépit de ces attaques calomnieuses, de Lessart est laissé en liberté. A Brissot, à Vergniaud, à Gensonné, revient le triste honneur d'avoir arraché à l'Assemblée, dans la séance du 10 mars, un décret d'accusation contre ce ministre honnête homme. Vergniaud surtout décida le vote par une harangue d'une éloquence enflammée et d'une violence inouïe :

Ici, Messieurs, s'écria-l-il, ce n'est plus moi que vous allez entendre, c'est une voix plaintive qui sort de l'épouvantable glacière d'Avignon... c'est notre sang, ce sont nos cadavres mutilés qui demandent vengeance contre votre ministre...

Lorsqu'on proposa à l'Assemblée constituante de décréter le despotisme de la religion, Mirabeau prononça ces paroles mémorables : « Je vois de cette tribune les fenêtres du palais, d'où un roi et une reine barbares se baignaient dans le sang des Français. » Eh bien I Messieurs, dans ce moment de crise où la patrie est en danger, où tant de conspirations s'ourdissent contre la liberté, et moi aussi je m'écrie : Je vois de celte tribune les fenêtres du palais, où des consei 1ers pervers égarent et trompent le roi que la constitution nous a donné; où des conseillers pervers forgent les fers dont ils veulent enchaîner la nation, où des conseillers pervers préparent les manœuvres qui doivent nous livrer à la maison d'Autriche ; je vois les fenêtres du palais, où l'on trame la contre-révolution, et où l'on combine les moyens de nous replonger dans les horreurs de l'esclavage, après nous avoir fait passer par tous les désordres de l'anarchie et par toutes les fureurs de la guerre civile. Le jour est arrivé. Messieurs, où vous pouvez mettre un terme à tant d'audace «t d'insolence et confondre les conspirateurs. L'épouvante et la terreur sont souvent sorties, dans les temps antiques et au nom du despotisme, de ce palais fameux. Qu'elles y rentrent aujourd'hui au nom de la loi, qu'el-

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