Le 28 novembre 1793 (8 frimaire an II
ils ont essayé de faire prévaloir un plan de constitution qui avait pour couronnement l'anarchie.
Ils avaient précipité la France dans la guerre, avec l'espoir d'en voir sortir la défaite de notre armée et d'asseoir, sur la défaite de nos soldats, le triomphe de leur ambition : à la Convention, ils se sont complu à étendre le cercle de nos ennemis, à provoqtier contre nous la plus formidable des coalitions.
Du mot malheureux de Barnave : Ce sang est-il donc si pur ! ils avaient fait leur devise, édictant contre leurs adversaires les lois les plus terribles, couvrant de leurs applaudissements cette abominable parole d'un de leurs principaux orateurs : Contre les prêtres, il ne faut pas de preuves ! A la Convention, ils se sont faits les juges de Louis XVI, ils ont fait couler sur l'échafaud du 21 jamier le sang le plus pur. Menacés et poursuivis, à leur tour, par des adversaires impitoyables, ils ont cherché à se sauver en leur jetant chaque jour en pâture une loi de mort dirigée contre leurs ennemis communs, en leur abandonnant un jour les écrivains qui médiraient de la republique, le lendemain, les personnes sicspectes, un autre jour enfin, les jeunes filles émigrées, âgées de quatorze ans, qui, après être rentrées en France une première fois et avoir été déportées, y rentreraient une seconde lois ! — Ils ont supprimé le recours en cassation, ils ont fait disparaître les garanties accordées aux accusés, ils ont contribué, avec Danton, à l'établissement du tribunal révolutionnaire ; — et, pas un seul moment, ils ne se sont repentis ; pas un seul d'entre eux n'a poussé le cri de Danton: J'ai fait instituer le tribunal révolutionnaire, mais f en de maMe pardon à Dieu et aux hommes ! i »
Et maintenant, que tous les historiens de la révo-
1. Mémoires d'un détenu, par H. Riouffe, p. 420, édition Didot,
lution aient pris à tâche de leur témoigner une indulgence qui va jusqu'à la faiblesse, une sympathie qui va jusqu'à l'admiration ; qu'une légende se soit formée, — et la légende ici a les historiens pour complices, — qui a changé les Girondins en champions de la justice, en héros de la liberté, en martyrs de l'honneur ; c'est là, — peut-être avons- nous acquis le droit de le dire, — c'est là un véritable scandale. Cette légende a déjà pour elle une longue possession, une possession deux fois trentenaire. Mais on ne prescrit pas contre la vérité, et la revendication contre l'erreur et le mensonge est éternelle. D'autres viendront, nous en avons le ferme espoir, qui compléteront le travail que nous n'avons pu qu'ébaucher. Nous n'avons pu jeter qu'un cri, trop faible sans doute, et que bien peu entendront; d'autres viendront, dont la voix sera plus forte, et qui élèveront contre les mensonges de la légende une puissante clmneur de haro qui, cette fois, sera entendue de tous. Puisse l'œuvre que nous appelons de nos vœux ne pas trop tarder, car elle est de celles dont la France a besoin ! De pareilles légendes, en effet, sont loin d'être sans périls : on ne ment pas ainsi impunément à la vérité. Tout se tient, tout s'enchaîne, dans l'histoire comme dans la politique. La logique a des nécessités auxquelles on n'échappe pas : on commence par la légende de Vergniaud et de Mme Roland, on continue par la légende de Danton et de Robespierre, en attendant celle de Marat.
Fin