Journal logo graphique, t. XIII, p
Un an plus tard, ce langage retentira encore dans cette môme salle du Manège : seulement, ceux qui le tiendront, ce seront les ennemis de la Gironde ; les têtes que frapperont les éclats de la foiult-e et sur lesquelles se promènet-a le glaive de la justice, ce seront celles de Petion, de Brissot, de Vergniaud et de Gensonné, les accusateurs du 10 mars!
Le 12 mars, Guadet et Lasource demandent que l'Assemblée examine sans retard les dénonciations portées contre le ministre de la justice, M. Duportdu Tertre ; ce qui arrache à un membre du côté droit, M. Laureau, député de l'Yonne, cette exclamation indignée : « Ne semble-t-il pas que nous soyons ici pour poursuivre personnellement les ministres ? N'estil pas étonnant que, lorsque nous sommes venus ici pour nous occuper de grands objets, nous n'en ayons encore entamé aucun, et que nous soyons perpétuellement occupés à des dénonciations 1 ? »
Le 20 mai, Guadet fait prononcer la mise en accusation d'Etienne Larivière, le courageux juge de paix de la section de Henri IV.
Le 23 mai, Brissot et Gensonné dénoncent M. de Montmorin, prédécesseur de M. de Lessart au ministère des affaires étrangères, et réclament contre lui un décret d'arrestation. Ils échouent ; mais, comme pour de Lessart, ils reviendront à la charge, et, le 15 août, sur la proposition de Fauchet, Montmorin sera mis en accusation avec Barnave, Alexandre de Lameth et quatre anciens ministres de Louis XVI : Duportail, Tarbé, Duport du Tertre et Bertrand de Moleville.
Le 29 mai, Guadet dénonce M. de Cossé-Brissac, commandant de la garde du roi, et obtient qu'il soit
1. Ces paroles du député Laureau, qui résument si bien le rôle joué par les Girondins à l'Assemblée législative, ont été complètement passées sous silence par le Moniteur ; nous les empruntons au Journal logographique, t. XIII, p. 141.
traduit devant la haute cour et arrêté sur-le-champ i.
On le voit, les Girondins se montraient dignes de servir sous les ordres de Brissot, et ils conformaient leurs actes à cette maxime du maitre : « La dénonciation est l'arme du peuple, arme utile, arme nécessaire 2. »
Dira-t-on que Brissot et ses amis étaient de bonne foi et tenaient véritablement pour coupables les hommes qu'ils faisaient ainsi décréter d'accusation ? Nous avons sur ce point le témoignage d'un ami de Brissot, et il ne permet pas un instant de s'arrêter à cet essai de justification. Voici en effet ce que rapporte, dans ses Souvenirs sur Mirabeau, Etienne Dumont, qui voyait alors presque chaque jour Brissot, Condorcet, Guadet, Vergniaud et Gensonné :
Brissot prépara contre M. de Lessart un acte d'accusation en forme... Cet acte, qui fit envoyer M. de Lessart à Orléans devant la haute cour, contenait dix-sept à dix-huit griefs. Je représentai à Brissot que ces griefs rentraient les uns dans les autres ; que plusieurs étaient conçus en termes si vagues, qu'il estait impossible d'y répondre; qu'ils étaient artificieux et desrinés à produire des préjugés violents, à exciter la haine publique contre l'accusé ; qu'il y en avait de contradictoires ; que les termes injurieux devaient être soigneusement évités dans une accusation juridique... J'étais indigné de cet écrit. Brissot sourit d'un air sardonique. « C'est un coup de partie », me dit-il ; « il faut absolument que de Lessart soit envoyé à Orléans : autrement le roi, qui lui est attaché, le remettra d'abord dans le ministère. Nous avons besoin de gagner de vitesse sur les jacobins, et cet acte d'accusation nous donne le mérite d'avoir fait ce qu'ils feraient eux-mêmes. C'est autant que nous leur ôtons. Je sais bien que les griefs sont multipliés sans cause ; mais il faut cela pour faire durer le procès. Garran de Coulon, qui est à la tête de la haute cour nationale, est un juriste vétilleux, qui épluchera tous ces griefs l'un après l'autre, et de Lessart en a pour six mois avant qu'il sorte de cette atl'aire. Je sais bien qu'il sera