Journal logographique, t. XIX, p. 436 et suiv
2. Discours de Brissot à la Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins, 25 avril 1792.
absous, car nous n'avons que des soupçons et point de preuves ; mais nous aurons gagné notre objet en l'éloignant du ministère. » — « Devant Dieu », lui dis-je, confondu de cette légèreté odieuse, « vous voilà dans le machiavélisme des partis jusqu'au fond du cœur i. »
Acceptera-t-on du moins l'explication de Brissot, disant que le renvoi devant la haute cour n'était, dans sa pensée et celle de ses amis, qu'un moyen d'écarter du ministère les hommes dont ils combattaient la politique, et qu'ils n'entendaient nullement les envoyer à la mort ? Cette seconde excuse n'est pas plus admissible que la première.
Dans la séance du 29 novembre 1791, un des principaux lieutenants de Brissot, Isnard, avait fait, aux applaudissements de tous ses collègues du côté gauche, cette déclaration : « Disons aux ministres que désormais ils n'ont à choisir qu'entre la reconnaissance publique et la vengeance des lois, et que par le mot responuibilité, nous entendons la mort 2 ! » — Au mois de juillet 1792, une des sections les plus démagogiques de Paris, la section des Gobelins, vient présenter à l'Assemblée une pétition dirigée contre les lenteurs de la haute cour d'Orléans. Brissot approuve en ces termes, dans le Patriote français, la démarche des pétitionnaires : « Cette pétition est juste dans ses motifs... Il n'est pas un bon citoyen qui ne soit indigné des lenteurs de la haute cour nationale, et qui n'ait vu avec douleur ce tribunal, qui devait être l'effroi des conspirateurs, devenir en quelque sorte leur sauvegarde ».
Encore un peu de temps, et les lenteurs dont s'indigne J.-P. Brissot disparaîtront ; les tribunaux cesseront d'être la sauvegarde de ceux que la Gironde a décrétés d'accusation. M. de Montmorin sera massa-