Courrier des 83 départements, n»du5 février
2. Clavière avait fait partie, avec Roland, du ministère girondin renvoyé par le roi le 13 juin 1792.
3. Notice historique sur les événements du 10 aoiit 1792 et des 20 et 21 juin précédents, par M. Sergent-Marceau. — Revue rétrospective, seconde série, tome III, p. 342.
été abreuvée la reine, Mme Roland laissa échapper ce cri de joie — et de regret : « Que j'aurais voulu voir sa longue humiliation 1 ! » Brissot prit la chose plus gaiement, et son journal aflecta de ne voir dans les scènes hideuses dont les Tuileries avaient été le théàti e qu'une visite faite au roi. « En sortant de l'Assemblée nationale, disait le Patriote français du
21 juin, les habitants du faubourg Saint-Antoine et Saint-Marceau ont été rendre visite au roi et lui présenter une pétition. » Le philosophe Condorcet écrivait, de son côté, dans la Chronique de Paris du
22 juin : « Il ne s'est commis aucun désordre dans le château ; car une ou deux portes forcées, quelques vitres cassées ne peuvent être comptées, lorsque 20 ou 30,000 hommes pénètrent à la fois dans une habitation dont ils ne connaissent pas les issues. » — Aimables facéties, bien dignes de ces hommes qui bientôt trôneront à leur tour dans le palais des Tuileries 2, où les habitants des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau viendront leur rendre visite, mais qui, ce jour-là, — ce sera encore dans le mois de juin, — n'auront garde de déployer la fermeté et la grandeur d'âme de Louis XV[ : on les cherchera vainement à leur poste ; ils se tiendront cachés dans quelques maisons du voisinage. Dans cette journée du 2 juin 1793, qui verra la chute des Girondins, un homme, il est vrai, déploiera un courage héroïque ; mais cet homme, Lanjuinais, n'appartenait point au parti de la Gironde ; nous avons déjà eu l'occasion d'en faire la remarque et nous en fournirons la preuve dans un prochain chapitre.
Le 20 juin était la préface du 10 août. Nous n'a-
1. C'est M. de Lamartine, l'un des plus ardents panégyristes de Mme Roland, qui rapporte ce fait.
2. La Convention nationale s'est installée aux Tuileries le 10 mai 1793.
LA LÉGBNDE DES GIRONDINS iO
vons pas à rechercher dans le présent chapitre quel fut le rôle des Girondins dans cette seconde journée. Qu'il nous suffise de dire que ce sont eux qui, au lendemain du jour oîi ils venaient de prononcer la dissolution de la garde constitutionnelle du roi l, ont appelé à Paris les fédérés et les Marseillais 2, créant ainsi de véritables gardes du corps de l'insurrection.
Dans cette revue forcément incomplète des actes des Girondins pendant la période antérieure au 10 août, nous avons dû, pour ne pas étendre outre mesure les bornes de ce chapitre, passer sous silence les faits les plus graves : Roland, ministre du roi, travaillant à perdre le roi ; Petion, maire de Paris, pactisant avec l'émeute ; Brissot, poussant à la guerre et y précipitant la France, dans l'espoir, — il en a fait l'aveu, — que nous serions trahis, et que le peuple à ce cri: Ti-ahison ! ^eiierAit bas le gouvernement 3 !
Combien d'autres faits n'aurions-nous pas encore à signaler, moins importants sans doute, mais qui montrent cependant qu'en toutes circonstances les Girondins se sont etibrcés de garder la tête du mouvement démagogique et de gaf/ner de vitesse, suivant le mot de Brissot, sur les Jacobins les plus exaltés!
Ce sont les Girondins qui ont poussé les premiers à
adoption du bonnet rouge 4 !