Discours de Guadet, séance du 3 janvier
confiance et se préparer des jours tranquilles et heureux ». — « Pour investir le ministère, écrivait-il, de la confiance dont il a besoin, il faudrait le populariser, et cela ne me paraît pas impossible ». La fin de cette lettre établit qu'à cette date, douze jours avant le 10 août, Vergniaud acceptait parfaitement le maintien du « trône constitutionnel », et il exprime l'espoir de le voir « sortir de ce nuage d'accusations qui flétrit sa gloire i ».
Louis XVI ne crut pas devoir se remettre aux mains des Girondins et appeler de nouveau dans ses conseils \q^ 'ministres bien patriotes qui, après l'avoir odieusement trahi, l'avaient lâchement outragé. Le roi refusait de leur servir d'instrument : Vergniaud, Guadé et Gensonné, résolurent alors de se débarrasser de lui ; mais il fallait atteindre ce résultat, sans cependant renverser le trône, dont la chute creuserait un abîme dans lequel ils pouvaient eux-mêmes être engloutis. Ils formèrent donc le plan de suspendre Louis XVI, tout en conservant la royauté, qu'ils ^feraient passer sur la tète du prince royal. La garde du nouveau roi leur serait confiée, et ils auraient sous son nom la réalité du pouvoir. Un écrivain qui a été très mêlé aux événements de cette époque, J.-L. Soulavie, a dit, dans ses Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI : « Les Girondins voulaient une régence pendant la minorité du fils de Louis XVI, pour gouverner et pour perdre la reine, dont les projets de contre-révolution mettaient en péril non seulement l'existence politique, mais la vie même des Girondins 2 ». Nous avons, d'ailleurs, sur
1. Lettre à Boze, écrite de la main de Vergniaud et signée de lui, publiée par VIsographie et tirée de la collection de M. Lalande. — Voyez Vergniaud^ par Charles Vatel, t. II, p. 121.
2. Mémoires Jiistoriques et politiques du règne de Louis XVI, par J.-L. Soulavie, t. VI, p. 449.
ce point, les aveux formels des Girondins eux-mêmes. Une commission extraordinaire, dite d'abord Commission des douze, puis Commission des vingt et un, avait été chargée par l'Assemblée législative de préparer les mesures que nécessitaient les circonstances. Or, Yergniaud, dans les explications qu'il fournit à la Convention, le 3 janvier 1793, sur le Mémoire dont l'existence venait d'être révélée par Gasparin, fit connaître que ses amis et lui s'étaient occupés à la Commission extraordinaire, plusieurs jours avant le 10 août, des moyens de sauver la patrie. « Gensonné, dit-il, y préparait le décret qui prononça la suspension et la convocation d'une Convention nationale l ». — La Commission des vingt et un, dit Brissot, dans sa lettre A tous les républicains de France, avait préparé même longtemps avant le 10 août, les décrets sauveurs de la France, de la suspension du roi, de la convocation de la Convention 2... » — « Le salpêtre tonnait, dit Barbaroux dans ses Mémoires, les boulets passaient au-dessus de la salle, et Guadet, et Yergniaud, et Gensonné présidaient successivement avec majesté l'Assemblée nationale. Yergniaud quitta le fauteuil pour proposer la suspension du roi et la réunion d'une Convention, dans un Rapport préparé depuis phisieurs jours; ce qui prouve que le Comité de défense générale avait prévu les événements et trouvé les moyens de sauver le peuple 3... »
Le texte même de ces décrets, ainsi préparés de longue main, prouve bien que leurs auteurs n'entendaient point détruire la royauté. Il était dit, dans le
1. Journal des Débats et des Décrets, rédigé depuis le 10 août 1792, par J.-B. Louvet. Année 1793, p. 59.
2. A tous les républicains de France sur la Société des Jacobifis de Paris, par J.-P. Brissot , député à la Convention natioBale.