‹ La légende des GirondinsChapitre 49 sur 274 · Mémoires de Barbaroux, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Barbaroux, p

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baroux, Rebecqui, Louvet etGorsas, ont donc préparé et conduit à son terme la révolution du 10 août i. Si c'est là un fait incontestable, il ne l'est pas moins que ceux des Girondins qui siégeaient sur les bancs de l'Assemblée, et en particulier Vergniaud, Guadet et Gensonné, ne voulaient pas le renversement du trône. Ils n'étaient pas sans comprendre qu'une révolution nouvelle présentait pour eux un grave danger. N'était-il pas à craindre, en effet, que l'anarchie, qui en serait nécessairement la conséquence, donnât naissance, soit au pouvoir du duc d'Orléans, soit même à celui de Danton ou de Robespierre ? Aussi jugeaientils plus favorable à leur ambition le maintien de Louis XVI, dont l'autorité n'était plus que nominale, et qu'ils espéraient bien amener à rappeler les ministres du 23 mars, Roland, Clavière et Servan. Nous avons à cet égard le témoignage formel de Maleshei'bes, rapporté par Bertrand de Moleville dans sesMê- 'inoires.

Deux personnes que j'ai promis, sur mon honneur, de ne pas nommer, dit Malesherhes, vinrent me trouver hier matin. Après un préambule fort long, elles m'ont dit que les chefs principaux du parti prépondérant les avaient chargées dem'avertir qu'une insurrection menaçait ; que le peuple de Paris, commandé par les Marseillais, soutenu par la garde nationale, marcherait en corps aux Tuileries; que la vie même du roi était dans le plus imminent danger ; que si elle échappait au fer des assassins, il serait impossible à l'Assemblée de la lui conserver et d'apaiser la populace autrement qu'en le détrô-

1. La Révolution du 10 août dévora, suivant le mot de Vergniaud, les Girondins qui en avaient été les auteurs. Gorsas fut guillotiné le 7 octobre 1793; Carra fut guillotiné le 31 octobre 1793 ; Bar baroux fut guillotiné le 25 juin 1794 ; Rebecqui, mis hors la loi, se noya dans le port de Marseille, en floréal an II (mai 1794) ; Petion se suicida, comme Rebecffui, pour échapper à l'échafaud, le 30 prairial an II (18 juin 1794). Seul, Louvet parvint à se soustraire aux conséquences de sa mise hors la loi. Il mourut à Paris le 25 août 1797.

naat; que l'unique moyen, pour prévenii- cet horrible complot, était de rappeler Roland, Clavière et Servan au ministère, et que tous les amis du roi devaient lui donner ce conseil*...

Au moment même où ces ouvertures étaient faites àMalesherbes, vers le 20 juillet 2, un mémoire, rédigé par Gensonné 3 et que signèrent avec lui Guadet et Vergniaud, fut remis par eux au peintre Boze, qui s'était chargé de le faire tenir au roi. Dans ce mémoire, les trois députés de la Gironde indiquaient les mesures dont l'adoption pouvait, suivant eux, écarter les dangers qui menaçaient le trône.

« Un ministère bien patriote, disaient-ils, serait un des grands moyens que le roi peut employer pour rappeler la confiance ». Ils insistaient aussi sur la nécessité de remettre à un gouverneur patriote la garde du prince royal : « Un des grands moyens de tranquilliser le peuple sur les dispositions personnelles du roi serait qu'il sollicitât lui-même la loi sur Téducation du prince royal, et qu'il accélérât ainsi l'instant où la garde de ce jeune prince sera remise à un. gouverneur revêtu de la confiance de la nation ». Certes, un tel langage excluait l'idée de renverser le trône et d'abolir la royauté.

Là ne se bornèrent pas les tentatives des chefs de la Gironde pour « garantir le trône des dangers pressants dont il était menacé ». Le 29 juillet, Vergniaud adressa à Boze une nouvelle lettre, un nouveau mémoire, signé cette fois de lui seul, dans lequel il recherchait longuement à l'aide de quels moyens « le roi pourrait rassurer la nation, fixer autour de lui la

i. Mémoires secrets pour servir à V histoire de la deryiière année du règne de Louis XVI, par Bertrand de Moleville, t. III, p. 22.

2. Déclaration de Gasparin, député des Bouches-du-Rhône, séance de la Convention du 3 janvier 1793.

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