‹ La légende des GirondinsChapitre 70 sur 274 · Ibid., du 10 février · texte numérisé non relu

Ibid., du 10 février

118 LA LÉGENDE DES r.IRONDlNS

de les déjouer i. Pendant les cinq jours qu'ont duré les égorgements, quelles mesures a-t-il prises pour s'y opposer ? Aucune. Il s'est contenté d'écrire des lettres : n'avait-il pas sous la main un secrétaire dont il eût été cruel de ne pas utiliser le talent 2 ?

Sa première lettre est adressée à l'Assemblée nationale. Elle porte la date du 3 septembre. Le sang coule à l'Abbaye, aux Carmes, au Chàtelet, à la Conciergerie, à la Force, aux Bernardins, à Saint-Firmin, à Bicôtre, et lui, le ministre de l'intérieur, il écrit froidement, longuement, une immense lettre, grandis epistola, un véritable mémoire, dans lequel il expose comment il est entré une première fois au ministère et comment il y est revenu ; il parle de son patriotisme et de son courage, il célèbre l'héroïsme dont il a fait preuve... vis-à-vis de Louis XVI ! Et les prisons, les prêtres que l'on égorge, les femmes que l'on tue? Patience! Après avoir déroulé complaisamment la liste de ses vertus, Roland se résigne enfin à dire un mot des massacres, et ce mot n'est pas pour déplaire aux assassins : « Hier, dit-il (hier c'était le 2 septembre !) fut un jour sur les. événements duquel il faut peut-être laisser un voile. Je sais que le peuple, terrible dans sa vengeance, y porte encore une sorte de justice. Il ne prend pas pour victime tout ce qui se présente à sa fureur. Il la dirige sur ceux qu'il croit avoir été trop longtemps épargnés par le glaive de la loi... 3 »

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