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timide protestation, et, presque aussitôt, effrayée de l'excès de son audace, elle a donré sa démission, elle a déserté son poste.
Si de cet examen de la conduite générale de 1 Assemblée nous descendions à celui de la conduite particulière de quelques-uns des membres de la Gironde, quels actes de lâcheté ne serions-nous pas condamnes à enregistrer !
Dans la soirée du 2 septembre, Fauchet fut désigné par l'Assemblée comme l'un des membres chargés de parler au peuple. Il refusa i.
Plus incroyable encore fut la conduite de Grangeneuve, un des membres de la dôputation de Bordeaux. Son collègue Jouneau, député de la Charente-Inférieure, était détenu à l'Abbaye pour l'avoir frappé à la suite d'une violente altercation. Dans la journée du 3 septembre. Maillard, qui préside aux massacres dans cette prison, consent, sur un décret spécial de l'Assemblée, à le laisser sortir, et Jouneau va reprendre sa place sur les bancs de la salle du Manège. Mais à ce moment : « Ce serait intervertir les règles ordinaires, s'écrie Maribon-Montaut, député du Gers, que de laisser siéger au milieu de vous un de vos membres décrété d'accusation; je demande qu'il reste sous le glaive de la loi. » C'est Lacroix, député d'Eure-et- Loir, qui est au fauteuil de la présidence ; il fait observer que Jouneau n'est pas sous le coup d'un décret d'accusation : « Il est poursuivi, dit-il, par un de vos collègues pour une querelle particulière jugée comme
1 Fauchet a avoué lui-même le fait dans le procès des Gifondins : « Le témoin, dit-il, a déclaré que j'avais refusé d'aller aux prisons, le 2 septembre, afin de m'opposer aux massacres : le fait eut vrai, mais j'avais encore à cette époque l'habit ecclésiastique que je ne voulais pas quitter. » On a vu plus haut qu'Audrein avait accepté d'être commissaire, bien qu'il portât, lui aussi, l'habit ecclésiastique. Audrein n'appartenait pas à la Gironde.
LA LÉGENDE DES GIRONDINS llî
telle par l'Assemblée. Cela est si vrai, que, si M. Grangeneiive voulait renoncer à ses poursuites, M. Jouneau serait libéré et devrait reprendre sa placé parmi nous. Je demande que l'Assemblée, considérant qu'il n'aurait pu, sans risque pour sa vie, rester dans la maison d'arrêt qui lui a été assignée, lui permette de rester, sur sa parole d'honneur, dans un comité de l'Assemblée l. »
Tous les regards s'étaient tournés vers Grangeneuve. Sans doute il va se lever, tendre la main à son collègue. Grangeneuve reste immobile à son banc. — A quelques mois de là, dans la séance du 8 février 1793, le Montagnard Ruamps put lancer à Grangeneuve cette terrible apostrophe : « Tais-toi, Grangeneuve ; n'as-tu pas voulu faire égorger dans les prisons de l'Abbave ton collègue Jouneau pour te venger de lui 2 ? *»
On vient de voir les Girondins à l'Assemblée législative ; voyons-les maintenant au ministère. Roland est ministre de l'intérieur ; il a donc charge de veiller plus spécialement encore que ses collègues à la tranquillité de Paris et à la sûreté des personnes. C'est là, pour lui, un devoir d'autant plus étroit que, dans une Proclamation du pouvoir exécutif, signée de lui et afrtchée sur les murs de la capitale à la veille même des massacres, il a eu le malheur de dire : « Citoyens, aucune nation sur la terre n'obtint sa liberté sans combats. Vous avez des traîtres dans votre sein; eh! sam eux, le combat serait bientôt fini; mais votre active surveillance ne peut manquer