Moniteur, n
Le lendemain, 4 septembre, nouvelle communication de Roland à l'Assemblée : « Il paraît, écrit-il, que le massacre opéré dans les prisons n'est pas uniquement l'etlet du transport qui a paru saisir les citoyens à l'aspect des dangers dont la capitale est menacée. Cet ettet serait momentané, tandis que ces cruelles opc'iYiliomse prolongent, malgré les réquisitions que j'ai plusieurs fois adressées au maire vertueux, mais sans pouvoir... » Et il joint à sa lettre copie des missives qu'il envoie au maire, le citoyen Petion, et au commandant général de la force armée, le citoyen Santerre. « Je vous envoie, écrit-il à ce dernier, un exemplaire de la loi qui vous ordonne la surveillance et la sûreté que je vous recommande, et j'informe l'Assemblée et le maire de Paris des ordres que je vous transmets. » Ces lettres écrites, cet exemplaire de la loi envoyé à Santerre; qui a dû allumer sa pipe avec ce chiffon i, le vertueux Roland passe de son cabinet de travail dans sa salle à manger, où ses invités l'attendent. Au plus fort des massacres, — c'est Mme Roland elle-même qui nous l'apprend dans ses Mémoires, — il donne de grands diners. Quelques semaines après les journées de septembre, le 16octoore 1792, Dumouriez était à Paris, et Julie Talma le recevait dans son hôtel de la rue Chantereine. Les plus belles actrices de Paris, Mlle Candeille, Mlle Desj^arcins, Mme Vestris, étaient là. avec les principaux membres de la Gironde. Pendant qu'on chantait des
1. Santerre, — et Roland ne pouvait guère l'ignorer, — était mrtisandes massacres. Voici la déclaration qu'il faisait peu (le temps après, en plein conseil général de la Commune : « J'ai dit et je répète que le peuple s'était fait justice à luimême en se portant aux prisons; j'ai dit que le peuple si calomnié avait bien su distinguer les innocents des coupables, (ît que ses jugements avaient été si intègres, qu'il avait laissé <'chapper même des criminels,- enfin je demande si le peuple {.vait fait tort au moindre marchand d'allumettes. » {Révolutions de Paris, n. 173).
romanees de Garât et que Julie Candeille était au piano, Vergniaud s'entretenait avec Talma i. Peutêtre rêvaient-ils de faire de Paris une nouvelle Athènes, où l'éloquence et les arts seraient en honneur, où Dieu n'aurait pas d'autels, mais où la Beauté aurait ses temples et ses adorateurs. — Eh bien, la république athénienne, la voilà : au premier plan, un banquet servi avec goût, beaucoup de fleurs, de charmantes et gracieuses femmes, telles que Julie Talma et Mme Roland, et auprès d'elles les membres de la députation de Bordeaux, jeunes, éloquents, applaudis ; dans le fond du tableau, des jacobins hurlant, pillant, égorgeant peu ou beaucoup, suivant l'occasion. — Donc, le 3 septembre au soir, de nombreux convives se pressaient autour de la table du ministre de l'intérieur ; Mme Roland faisait les honneurs du repas avec son esprit accoutumé. On devisa de l'événement du jour. C'est une mesure incUspemable, une mesure salutaire! s'écrie l'un des convives, le citoyen Anacharsis Cloots. Personne n'élève la voix pour le contredire. L'orateur du genre humain s'étend alors tout à son aise sur les droits imprescriptibles des peuples, sur la justice de leur vengeance et sur son utilité pour le bonheur de l'espèce. Roland ne s'indigne pas ; quant à la maîtresse de la maison, comme l'orateur du genre humain avait été très long et très ampoulé, 3lle ne put se défendre d'un léger bâillement 2. Et ce fut tout le châtiment du citoyen Ana-
1. Voy. sur la fête donnée par Julie Talma à Dumouriez, les Souvenirs cVune actrice, par Mme Louise Fusil, 1. 1, ch. XX; Mes Récapitulations, par Bouilly ; Mémoires de Dumouriez, livre IV, ch. 1er; Le Courrier de VEgalité, n. 78; le Courrier des départements, n. du 17 octobre 1792. Voir aussi Journal d'un Bourgeois de Paris pendant la Terreur, par Edmond Biré, tome I, chapitre X.
2. « Cloots parla longtemps et très haut, mangea davantage, et ennuya plus d'un auditeur. » (Mémoires de Mme Roland, p. 267). — Voir aussi Cloots, Appel au genre humain, et Georges Avenel, Anacharsis Cloots, t. II, p. 7 et suivantes.
cliarsis Cloots. 0 république athénienne ! — Un autre convive, un membre du comité civil de la section des Quatre-Xations, le citoyen Laconté, avait signé, tout le jour, les bons de vin et de victuailles délivrés aux égorgeui^s. Ce brave homme, pour se refaire des fatigues de la journée, mangeait beaucoup, buvait de même et parlait moins qu'Anacharsis Cloots. 11 ne laissa pas pourtant de demander à Roland une somme de 3,000 livres pour payer les ouvriers qui depuis la veille, ira l'aillaient dans les prisons. Roland ne se révolta point en entendant cette proposition ; il répondit tranquillement « qu'il n'avait pas de fonds destinés pour de semblables objets ; qu'il fallait s'adresser à la municipalité i. »
A quelques jours de là, l'homme qui a présidé à Versailles, le 9 septembre, au massacre des prisonniers d'Orléans, Fournier l'Américain, remet à Roland un état des dépenses faites pendant son expédition, et réclame le payement de 8,99<3 livres 5 sols. Roland met ce compte sous les yeux de la Convention et saisit cette occasion pour faire du citoyen Fournier un éloge sans réserve. « Je vois avec édification, écritil, qu'il ne fait entrer dans ce compte ni le prix d'un cheval, que je suis informé qu'il a perdu, ni la récompense qui lui est due pour les soins et peines qu'il s'est donnés dans cette périlleuse expédition, où ses jours ont été souvent menacés par la troupe indisciplinée qu'il conduisait. C'est à la Convention natioùale à prononcer sur le dédommagement à accorder à ce citoyen, qui a montré beaucoup de zèle et de patriotisme 2. »
1. Déclaration du citoyen Antoine-Gabriel-Aimé Jouizdan, inicien président du district des Petits-Augustins et de la section des Quatre-Xations, 1er floréal an III.
2. Lettre de Iioland,ministre deVintérieur, au président de la Convention nationale, en date du 6 octobre 1792.
Telle fut la conduite du vertueux Roland. Il nous reste à dire celle du vertueux Petion.
A Petion, certes, plus qu'à tout autre, incombait le devoir de maintenir l'ordre dans la capitale, de prévenir les massacres, et s'il ne pouvait les empêcher, de mourir à son poste.
Comment s'est-il acquitté de cette mission?
Lô 2 septembre, la grande salle du dépôt de la mairie 1 contenait vingt-quatre prisonniers, dont vingtdeux prêtres. A deux heures, elle est envahie par une bande de Marseillais, qui se saisissent des prisonniers et les entassent dans des fiacres. Ordre est donné aux cochers d'aller très lentement, sous peine d'être massacrés sur leurs sièges. Les portières des fiacres sont laissées ouvertes, et l'on se dirige au pas vers l'Abbaye. Au carrefour Bucy, un des Marseillais monte sur le marchepied de l'une des voitures, et frappe de son sabre un des malheureux prisonniers. Ses camarades l'imitent. Les voitures, cependant, marchent toujours. On arrive enfin à l'Abbaye, où regorgement s'achève. Puis une voix se fait entendre : « Il n'y a plus rien à faire ici ; allons aux Carmes !» — Où est Petion ? ni au dépôt de la mairie, — dans son hôtel ! — ni sur le quai des Orfèvres, ni sur le pont Neuf, ni dans la rue Dauphine, ni au carrefour Bucy, sur aucun des points du lent itinéraire suivi par les victimes ! Il ne va ni à l'Abbaye, ni aux Carmes, ni dans
1. La mairie ou l'hôtel du maire, qu'il ne faut pas confondre avec l'Hôtel de ville, était, à l'époque des journées de septembre, l'ancien hôtel du premier président du Parlement, devenu plus tard l'hôtel de la Préfecture de police, rue de Jérusalem.
la rue Sainte-Marguerite, ni dans la cour de Saint- Germain des Prés, ni à la Force, ni au Chàtelet, ni à la Conciergerie, où les massacres durèrent toute la nuit du 2 au 3. — Le 3, ils recommencent à l'Abbaye, h la Force, au Chàtelet, à la Conciergerie ; on égorge en même temps aux Bernardins, à Saint-Firmin, à Bicétre. Petionne parait pas. — Le 4, nouveaux massacres à l'Abbaye, à la Force, à Bicétre et à la Salpêtrière; le 5, massacres à la Force et dans d'autres prisons ; le 6, les exécutions continuent à l'hôtel de la Force. Enfin Petion se montre... Mais laissons-le raconter lui-même cette visite in extremis :
Je vois deux officiers revêtus de leur écharpe ; je vois trois hommes tranquillement assis devant une table, les registres d'écrous ouverts et sous leurs yeux, faisant l'appel des prisonniers ; d'autres hommes les interrogeant, d'autres hommes faisant les fonctions de jurés et de juges, une douzaine de bourreaux, les bras nus, couverts de sang, les uns avec des massues, l<îs autres avec des sabres et des coutelas qui en dégouttaient, exécutant à l'instant \es jugements ; des citoyens attendant au dehors ces jugements avec impatience, gardant le plus morne silence aux arrêts de mort, jetant des cris de joie aux arrêts d'absolution. Et les hommes qui jugeaient, et les hommes qui exécutaient, avaient la même sécurité que si la loi les eût appelés à remplir ces fonctions. lis me vantaient leur justice, leur attention à distinguer les innocents des coupables, les services qu'ils avaient rendus : ils demandaient, pourrait-on le croire! Ils demandaient à être payés du temps qu'ils avaient passé... Je leur parlai le langage austère de la loi ; je leur parlai avec le sentiment de l'indignation profonde dont j'étais pénétré; je les lis sortir tous devant moi; j'étais à peine sorti moi-même qu'ils y rentrèrent ; je fus de nouveau sur les lieux pour les en chasser. La nuit, ils achevèrent leur horrible boucherie *.
Voilà donc, avec une ou deux lettres au patriote Santerre, à quoi s'est borné le rôle de Petion pendant ces égorgements qui ont duré cinq jours et cinq nuits :
1. Discours de Jérôme Petion sur l'accusation intentée contre Maximilien Robespierre. Novembre 1792.
à une sorte de parade, dans laquelle on voit les bourreaux se retirant, sur l'invitation du citoyen maire, pour revenir dès que le citoyen maire a le dos tourné ; ce jeu de scène répété deux fois, et, à la seconde fois, les bourreaux achevant iva.nquillement leur boucherie, tandis que le citoyen maire rentre à son hôtel avec la satisfaction d'un homme qui a rempli son devoir ! Espérons du moins que ce jour-là le dîner de l'héroïque magistrat n'aura pas été troublé comme l'avait été celui de la veille. Le 5 septembre, en effet, Petion avait à sa table Brissot, Gensonné, Duhem et plusieurs autres députés. Vers la fin du repas, les deux battants de la porte s'ouvrirent, et les convives virent entrer une quinzaine de travailleurs couverts de sang. Peut-être s'étaient-ils trompés d'étage et croyaient-ils pénétrer dans la salle où Panis, Sergent, Jourdeuil, et les autres membres du comité de surveillance de la Commune présidaient, à deux pas du maire et dans son propre hôtel, à l'organisation des massacres *• Quoi qu'il en soit, s'adressant à Petion : « Monsieur le Maire, lui dirent-ils, nous avons dépêché ces coquins-là ; il en reste encore quatrevingts, que voulez-vous que nous en fassions? — Ce n'est pas à moi qu'il faut s'adresser, » leur répondit Petion, et il leur fit donner à boire. Les coupe-tête se retirèrent et la fête continua 2-
1. Le comité de surveillance ou d'exécution, présidé par Panis, tenait ses séances à la mairie, dans une pièce^ituée au fond de la cour à gauche sous le salon d'apparat de Petion. Marat occupait un cabinet près du comité de surveillance. {Histoire des Girondins et des massacres de septembre, par Granier de Cassagnac, t. II, p. 73).
2. Lors du procès des Girondins, ce fait fut affirmé par Chabot, Fabre d'Eglantine et Duhem, l'un des convives de Petion. Brissot et Gensonné, signalés comme ayant assisté au dîner du 5 septembre, ne contestèrent pas les récits de Duhem, de Fabre et de Chabot, encore bien qu'ils aient discuté longuement, sur d'autres points, ces trois dépositions (Bulletin du Tribunal révolutionnaire, seconde partie, no 01.)
Le lendemain de ce dîner mémorable, on lisait sur les murs de la capitale la proclamation suivante :
Lu 6 septembre, l'an quatrième de la Liberté et premier de l'Egalité.
Peuple généreux^ qui veux être libre, et à qui ce sentiment inspire toutes les vertus, songe que des ennemis étrangers menacent tes foyers. Tu as effrayé les traîtres, les conspirateurs qui calculaient dans ton sein les nuiux dont ils allaient V accabler. Déjà ils ne SQUt plus ! Lorsqu''on t'attaque, tu peux bien te venger. Mais, peuple bon, essuie promptement le sang que tu as versé ; que tes yeux n'en soient plus souillés ; tourne ta hache contre les soldats des despotes, et laisse au glaive de la loi à faire couler le sang impur ({ui ne doit plus salir tes armes.
Tes ennemis, après t'avoir entraîné à ce degré de colère, ont encore une ressource : ils voudraient faire croire que tu vas tremper tes mains dans le sang de ces hommes faibles (pli ont pu être égarés et signer des pétitions contraires à tes droits. Non, tu n'en as jamais eu la pensée ; tu as senti que tu te déshonorerais à ja nais par une semblable proscription. Démens donc hauieinent tes calomniateurs, en prenant une attitude noble et calme; et s'il existe des coupables qui se cachent encore dans cette \ille, tu les livreras toi-même à tes magistrats; car le sentiment de la vengeance t'est pénible, l't il faut qu'on fait fait beaucoup de mal pour te pousser l des actes qui contrarient ta générosité habituelle.
Ils disent aussi, les méchants, que tu en veux aux propriétés ! C'uelle absurdité ! As-tu, dans ces moments de trouble, cherché à priver de ses possessions le citoyen paisible ? As-tu tiéme violé celle des hommes que tu as immolés / Xoti ; tu sais que les propriétés individuelles sont une des forces de l'État; tu sais que tu te transformerais en une horde de ])rigands. Eh ! les brigands, ce sont les Autrichiens, les Prus- .«^iens; ce n'est pas toi, non, ce n'est pas toi ; tu respecteras la loi en tournant le glaive de t'es vengeances du côté des satellites de Brunswick, en protégeant les personnes et les l>ropriétés de tes concitoyens. Voilà ce que tes magistrats attendent de toi; ils le promettent aujourd'hui, en ton nom, é la nation.
PETION, maire i.
1. Xi M. Thiers, ni MM. Bûchez et Roux, ni M. Louis Blanc, ri Lamartine et Michelet, ni MM. de Barante et Mortimer-
Un tel langage, tenu aux assassins, alors que les massacres duraient encore, et duraient depuis cinq jours, couronnait dignement la série des lâchetés commises par le vertueux Petion.
Petion a fait d'ailleurs, dans son Discours sur l'accusation intentée contre Maximilien Robespierre, un aveu qui jette sur sa conduite et sur celle de ses amis de la Gironde, sur les mobiles qui les ont guidés, une lumière à la fois éclatante et sinistre. « Je pense, dit-il, que ces crimes n'eussent pas eu un aussi libre cours, qu'ils eussent été arrêtés, si tous ceux qui avaient en mains le pouvoir et la force les eussent vus avec horreur; mais je dois le dire, parce que cela est vrai, plusieurs de ces hommes publics, de ces défenseurs de la patrie, croyaient que ces journées désastreuses et déshonorantes étaient nécessaires, qu'elles purgeaient l'enqiire d'hommes dangereux, qu'elles portaient l'épouvante dans l'àme des conspirateurs, et que ces crimes odieux en morale, étaient utiles en politique. Oui, voilà ce qui a ralenti le zèle de ceux à qui la loi avait confié le maintien de Vordre, de ceux à qui elle avait remis la défense des personnes et des propriétés. » — Qui était chargé du maintien de l'ordre, qui avait le devoir de défendre les personnes et les propriétés, sinon le maire de Paris, le ministre de l'intérieur, les membres de l'Assemblée nationale et de la Comnnssion des vingt et un ? S'ils n'ont pas arrêté les massacres, c'est donc — et qui était mieux placé que Petion pour le savoir? — parce qu'ils voyaient ces massacres sans horreur, parce qu'ils les tenaient pour UTILES et nécessaires.
Ternaux n'ont parlé de cotte proclamation, qui ne figure pas au Mo)iiteur et que nous empruntons à une très curieuse broclmre, aujourd'hui à peu près introuvable et intitulée: Réponse </'■ I.'irrrtclle le jeune à Tallien.
LA LÉGliNDE DES GIRONDINS 127
Les Girondins ne se sont pas bornés ù laisser les égorgements siiicre librement leur cours, alors qu'ils avaient en inains le pouvoir et la force de les arrêter; ils n'ont rien négligé, au moment même où ces crimes s'accomplissaient et dans les jours qui ont suivi, pour les expliquer, pour les atténuer ; leurs hommes d'Etat et leurs publicistes n'ont pas craint de les approuver.
Dans une Lettre aux Parisiens, affichée sur les murs de la capitale le 13 septeujbre, alors que l'on parlait de nouveaux massacres, dont seraient victimes cette fois, non plus les aristocrates, mais les membres mêmes de l'Assemblée législative, Roland s'exprimait en ces termes :
J'ai admiré le 10 août, j'ai frémi sur les suites du 2 septem- ])re. J'ai bien jugé ce que la patience longue et tromxtée du peuple et ce que sa justice avaient clâ produire ; je n'ai point inconsidérément blâmé un terrible et premier mouvement ; j'ai cru qu'il fallait éviter sa continuité, et que ceux qui travaillent à la perpétuer étaient trompés par leur imagination'.
Ainsi les meurtres des premiers jours de septembre ne sont point à blâmer ; il faut seulement éviter leur continuité, c'est-à-dire éviter qu'après le tour des royalistes ne vienne celui des Girondins.
Une somme de 100,000 livres avait été mise à la disposition du ministre de l'intérieur « pour frais de correspondance et d'impression des écrits propres à éclairer sur les trames criminelles des ennemis de lEtat ». On lit, dans le compte rendu présenté par lioland au sujet de l'emploi de ces fonds :