Moniteur de 1792, n
2. Mémoires pour servir à Vhistoire de la Convention nationale, par Daunou, édition Didot, p. 420.
3. Les Révolutions de Paris, n° 167. — Voir aussi, sur cette première séance de la Convention, le Journal d'un Bourgeois de Paris pendant la Terreur, par Edmond Biré, tome I, chapitre I.
L'élection des secrétaires ne fut pas moins significative. L'Assemblée porta son choix sur deux anciens membres de la Constituante, Canms et Rabaut Saint- Etienne et sur Brissot, Condorcet, Vergniaud et Lasource, c'est-à-dire sur les chefs mêmes et les orateurs les plus en vue du parti de la Gironde à la Législative. Et ces nominations n'étaient point l'effet d'une surprise ou le résultat d'une intrigue : elles se firent à haute voix, par appel nominal i. Moins de neuf mois après, cependant, les Girondins étaient renversés et décrétés d'arrestation, par cette même Assemblée qui, le 20 septembre, leur prodiguait ses suffrages. A cette majorité qui leur demandait d'être ses guides, ils n'avaient su ni donner une direction, ni imposer une discipline : ils tombaient victimes de leurs fautes, de leur incapacité, de leur faiblesse.
Le 21 septembre, les membres de la Convention nationale prirent possession de la salle du Manège, que venaient de quitter les membres de l'Assemblée législative 2. s'il fallait en croire les historiens, il se serait, à ce moment, produit un fait qui aurait attesté, chez les Girondins, l'intention bien arrêtée de changer de politique, et, après avoir été un parti de révolution, de devenir un parti de résistance. Ils auraient tenu à affirmer, dès le premier jour, par leur empressement à occuper les bancs du côté droit, la sincérité de leur retour aux idées conservatrices. « Dès l'ouverture de la Convention, dit M. Mignet (tome 1, page 319), les Girondins avaient occupé la droite. » — « La Révolution, dit M. Louis Blanc (tome VII, page 224), ayant poursuivi son invincible cours, on
1. Daunou, Mémoire pour servir à Vhistoire de la Convention^ etc..
2. La salle du Manège, où la Convention a siégé du 21 septembre 1792 au 9 mai 1793, était située sur l'emplacement gu'occupaient les maisons no* 36 et 38 de l'ancienne rue de Rivoli.
remarquait ici ce qui avait été déjà remarqué, dès le premier jour, dans la Législative : le côté gauche de la veille était devenu le coté droit du lendemain. » — « A l'entrée des membres de la nouvelle Assemblée, dit à son tour M. Mortimer-Ternaux (tome IV, page 60), les tribunes firent entendre plusieurs salves d'applaudissements. Mais à l'enthousiasme succède l'étonnement, lorsque les spectateurs habituels s'aperçoivent qu'un changement considérable s'opère dans la prise de possession des sièges placés des deux côtés du fauteuil présidentiel. Les anciens membres de la Législative qui suivent Brissot, Vergniaud et autres chefs de la Gironde, se dirigent, non plus vers les bancs de la gauche, qu'ils occupaient jadis, mais vers la droite, à la place où siégeaient quelques jours auparavant les derniers défenseurs de la constitution de 1791, les Jaucourt, les Girardin, les Mathieu Dumas, les Beugnot. Ils veulent marquer, par ce changement de place, le changement qui va s'opère/' dans leur politique. Pour eux, il ne s'agit plus de pousser les masses en avant, il faut les retenir ; il faut, en un mot, opposer à l'anarchie une digue infranchissable, à l'abri de laquelle puisse s'établir une république qui fonde l'ordre sur les principes éternels de la justice et de la liberté. »
11 y a là une double erreur de fait, accompagnée d'une grave erreur d'appréciation.
Et d'abord MM. Mignet, Louis Blanc et Mortimer- Ternaux se trompent lorsqu'ils croient qu'en 1792 les membres du côté droit, soit à l'Assemblée législatitive, soit à la Convention, occupaient les bancs situés à la droite du fauteuil présidentiel. A l'Assemblée constituante, il est vrai, les partis dont Rivarol disait : « Le côté droit est si gauche, et le côté gauctie si peu droit ! » occupaient l'un et l'autre une place en rapport avec leur nom : les membres du côté droit siégeaient à la droite, et les membres du côté gauche
à la gauche du président. Les choses étaient ainsi à Versailles i, et elles ne subirent point de modification lorsque l'Assemblée se transporta à Paris et s'établit dans la salle du Manège 2. Quand à l'Assemblée constituante succéda l'Assemblée législative, les députés feuillants, les Jaucourt, les Ramond, les Beugnot, les Girardin, les Mathieu Dumas, les Quatremère de Quincy, qui allaient former le nouveau côté droit, occupèrent les bancs qui étaient à la droite du fauteuil présidentiel. L'accord entre la place et le nom subsistait donc toujours. Mais à partir du mois de janvier 1792, il n'en va plus de même. Dans la séance du 27 décembre 1791, l'Assemblée législative décida d'opérer dans les dispositions intérieures de la salle de ses séances un changement qui eut pour effet de mettre le côté droit à gauche et réciproquement. Voici en quels termes VAmi du roi, de l'abbé Royou, annonce ce changement dans son numéro du 30 décembre :
Comme il ne leur restait plus rien à bouleverser dans l'enceinte du royaume, nos législateurs ont jugé à propos de bouleverser la salle de leurs assemblées. Le fauteuil du président prendra la place de la tribune, et la tribune va occuper le terrain destiné auparavant au plus auguste trône de l'univers et au bureau des secrétaires. On se flatte par ce revirement de parties, de dépayser les habitués de la gauche et de la droite... Mais il y aura toujours, quoi qu'on fasse, un côté droit et un côté gauche dans la salle, et les bons sauront toujours bien se séparer des méchants.
Le Journal de Paris renferme, de son côté, les détails suivants :
La salle de l'Assemblée nationale va changer de forme ; entre les principales innovations qui s'elTectueront, on remar-
1. Moniteur de 1789, n" 48.— Mémoires de M. de Clermont- Gallerande, t. 1er, p. 86.