La légende des "philosophes"
Le dix-lmilième siècle, « siîaiLc-jilaçUo]i iiitcliccr Uielle, non d'acLion matérielle » comme avec juste raison le définit Chateaubriand, est dominé par quelques grandes figures qui émergent de la foule et appellent tous les regards ; par (pielques puissants esprits, quelques vastes intelligences qui ont eu le don de conduire les hommes, de les diriger vers un état social à peine entrevu jusque-là.
Voltaire a été l'un de ces conducteurs de peuples. On ue saurait douter cependant que son influence ail été moindre que la toute-puissante action de ceux, qu'à proprement parler, on a appelés « les pliilosoplies ». La cause en est éclatante : Voltaire, liommc de ieltres, faiseur de petits vers pour les ijcllcs^qui rixlîTisaicnt avec ceux de l'abhé de La Fare et de l'alihé de Cliaulieu, faniilieii des orgies du Temple el des folies de la cour de Sceaux, auteur
Hramal.iqiip. qui prétendait; à Hft[rnriP[^j]rirneillft, ami de Frédéric II, du prince de Ligne, de la jnargTaye de Baireuth, correspondant du duc de RiclielieUj du comte d'Argental, du marquis de Villette, VoUaire étainejeprésentant littéraire de la haute société de son temps. Dans ses cûntes si spirituels et si profonds, dans ses lettres si lestement troussées et parfois si mordantes, il incarnait le genre d'esprit pas mal frondeur et très émancipé qui régnait dans les salons ; au contact du grand monde, il s'était laissé pénétrer par les mauvaises mœurs de la cour et, c'était là le milieu auquel étaient destinés ses écrits, qui n'étaient guère goûtés que par les petits maîtres séduits par une surface toute spirituelle et toute gaie, incapables de puiser le suc nourricier qu'ils n'apercevaient pas, ou parles femmes coquettes et légères qui se pâmaient aux bouquets à Chloris et cachaient mal derrière un éventail un semblant de pudeur lorsqu'arrivait à leurs oreilles quelqu'un de ces sous-entendus grivois dont il émaillait assez volontiers sa prose ou ses vers.
Voltaire n'allait pas plus loin; là .s'arrêtait son inlluence ; il ne pénétrait pas plus avant dans Tàme francjaise; il restait étranger à la foule qui ne le lisait pas, qui ne le comprenait pas, à laquelle, d'ailleurs, il ne songeait nullement lorscju'il laissait sa plume courir librement et sans contrainte, traduisant les fantaisies de son imagination ou les audaces de sa raison et, on peut se demander si, tout seul, il lui eût él^ possible de changer si promptement les mœurs du pays, de modiliersi complètement les lois d'après lesquelles depuis si longtemps, se mouvait en France le régime de la monarchie. Tout au contraire, les philosophes projjrement dits, dont les idées d'une hardiesse e.xlrème laissaient à peu près inditrérente