CONSÉQUENCES ACTUELLES DES IDÉES DU XVIII' SIÈCLE
ment décédé M. Piot a jeté un cri d'alarme. Il a fait davantage, non content de donner l'éveil, il a entrepris une campagne ; il a écrit beaucoup, il a parlé pas mal, il a obtenu enfin la nomination d'une commission parlementaire chargée de rechercher les causes du mal et de trouver les remèdes que comporte un aussi inquiétant état de choses. — 11 est presque inutile de dire que la commission n'a absolument rien fait ; — peut-être même ne s'est-elle pas réunie une seule fois. Dernièrement encore, son inaction a frappé tout le monde et on l'a rappelée à l'exécution de son mandat. Pendant ce temps M. Piot continuait d'écrire, de parler et de proposer les remèdes les plus divers.
Les causes du mal? Je viens d'en indiquer quelques unes. Il y en a bien d'autres. L'une d'elles, la plus grave, la plus visible, qui crève les yeux, mais dont on se détourne parce qu'on ne veut pas la voir, c'est l'irréligion, c'est la guerre à l'Église, c'est la destruction de la foi, c'est l'enseignement athée qui éloigne à tout jamais de la pratique du culte; c'est la campagne ardente contre ce que l'on a bêtement appelé le cléricalisme, campagne qui n'est autre chose que la mise on pratique des détestal)les maximes du dixhuitiénu! siècle qui, sous prétexte d'allVanchir la raison, n'ont (jue trop de chances d'être écoutées parce qu'en réalité elles enseignent l'oubli de tous les devoirs.
Le remède ? — on s'ingénie à le ti'ouver. TantiU, c'est une j)rime aux lamilles nombreuses ; tantôt, comme dans le nouveau projet d'impôt sur le revenu, un dégrèvement progressif suivant le nombre des enfants ; tantôt un impôt frappant les célibataires; que saisje? toutes les inventions les plus folles, les plus délirantes, écloses dans des cerveaux creux, obsti-
ibi LA LtGENDE DES PHILOSOPHES
nés à ne pas voir la lumière qui les aveugle. Comment ne comprennent-il pas que tous leurs efforts sont vains ? Après tout, c'est peut-être parce que la fameuse commission parlementaire s'aperçoit que son œuvre sera stérile, qu'elle ne se réunit jamais. — Il n'y a qu'un remède et son efficacité est certaine : le retour à la l'eligion. Elle seule fait du mariage autre chose que ce qu'on en a fait de nos jours ; un devoir, le plus grand, le plus important de tous; elle seule apprend aux époux en développant en eux la croyance en Dieu, en l'immortalité de l'âme, en leur apprenant que la vie n'est qu'un temps de misèreetde souffrances qui seront largementpayées par une éternité heureuse, à supporter avec patience et courage tous les déboires, toutes les douleurs dont est faite, souvent, l'existence en ménage ; elle seule leur apprend que le concubinage est une faute grave, faute conti'e la morale, parce que c'est un spectacle détestable que celui de ces faux ménages qui sont, de nos jours, devenus si nombreux; faute contre la société, parce que d'habitude, le concubinage est stérile : elle seule leur apprend qu'il est de ces pratiques aujourd'hui publiquement prônées, qui sont absolument réprouvées entre époux, car c'est elle qui a dit au monde entier celle parole qui, pendant des siècles, a suffi à assurer la per|^étuilé des races : Croissez et multipliez ; » elle seule leur apprend fi élever leurs enfants dans des principes assez solides pour en faire des hommes utiles et non pas des apaches comme beaucoup de ceux qui sortent des écoles dites neutres ; elle seule enfin inspire aux hommes le respect de l'autorité, l'amour de la patrie et les incite à se dévouer pour elle jusqu'au sacrifice de leur vie.
La religion est donc une force considérable, en iiiènii' Icmps (pie l,i ineillcure école de iiioi'ale pu-
CONSEQUENCES ACTUELLES DES lOEES DU XVIIl" SIECLE 455
blique. Il suffit d'ailleurs de jeter les yeux autour de soi pour constater les bienfaits qui découlent de son observance. Les Etats protestants qui nous entourent, l'Angleterre, l'Allemagne, la Hollande sont assurément ceux dans lesquels les sentiments religieux sont le plus développés; ils sont aussi les plus peuplés. En France, la Bretagne et la Vendée sont restées les provinces les plus soumises à l'inlluence bienfaisante du recteur ; c'est là que se rencontrent encore les familles nombreuses ; cherchez à connaître les sentiments de ces ménages chez qui l'on voit grandir, se développer et réussir dans la vie quatre, cinq et, quelquefois, six enfants : toujours vous constaterez que la religion occupe chez eux la place qui lui revient légitimement, et vous serez forcé d'avouer que le vieux proverbe est toujours vrai parce qu'il est l'expression d'une expérience qui se renouvelle depuis que le monde existe : Dieu bénit les nombreuses familles.
Malheureusement, pour enrayer ce mouvement vertigineux qui entraîne la France vers le matérialisme ; pour l'arrêter dans cette course effrénée vers le seul bien-être matériel, vers les jouissances de la vie qui enlèvent aux hommes tout courage, toute énergie et les conduisent au suicide, le pire des moyens pour fuir les responsabilités de l'existence ; pour les déterminer à répudier les billevesées du Contrat social avec lesquelles on les leurre en ])olitique et les grossièretés de l'anticléricalisme avec lesquelles on les trompe en religion, il faudrait une volonté dont ne veulent pas user les mauvais bergers qui nous mènent. Voilà plus de cent cinquante ans qu'ils sèment à doses plus ou moins fortes les idées pernicieuses de Rousseau, de Voltaire et de Diderot; peu à peu, le poison a pénétré jusqu'au plus profond
de noire organisme. Parfois la dose était lelleiiu'iil forte que le peuple se soulevait de souffrance et allait chercher le remède entre les bras de la monarchie ; cette fois, le venin mortel est distillé avec une habileté rare et les haut-le-cœur ne se manifestent plus, j Cependant, nous sommes arrivés à un tournant du chemin où il semble bien qu"il faille s'arrêter, sous peine d'en être réduits à formuler cette prière qui monte au cœur et aux lèvres de tous les malheureu.x qui sentent venir la mort : — Salva nos, périmas !