UN NOUVEL HABIT DE PERFECTION, AU DEDANS COMME AU DEHORS
Lorsque le bienheureux Frangois ettt acheve 1'ceuvre de 1'eglise Saint- Damien, il portait encore 1'hahit d'ermite.
11 allait, le ba*ton a la main, les pieds chausses, ceint d'une courroie.
Un jour il entendit, pendant la celebration de la messe, ce que le Christ recommande a ses disciples quand il les envoie precher : n'emporter en voyage ni or, ni argent, ni bourse, ni pain, ni ba"ton ; n'avoir pas de chaussures, ne pas posseder deux tuniques. II comprit plus clairement ces paroles quand il eut ensuite demande au pr^tre des explications. Alors, rempli
d'une joie indicible, il s'ecria : Yoila ce que de toutes mes forces je veux realiser.
II confie a sa memoire tous les conseils entendus et, joyeux, s'efforce de les mettre en pratique. Sans hesiter, il se debarrasse de ce qu'il a en double ; et, a partir de ce moment-la, il ne se sert plus de baton, ni de chaussures, ni de sac, ni de bourse.
Mais il se fait une tunique bien pauvre et grossiere ; il rejette sa courroie et prend pour ceinture une corde.
II met toute la sollicitude de son cceur a scruter les inspirations de cette gra"ce nouvelle et se demande comment il pourra les faire passer dans sa vie. Pousse par une force divine, il se fait le heraut de la perfection evangelique, et il s'en va precher la penitence devant le peuple dans mi langage familier.
Ses paroles n'etaient ni frivoles ni ridicules. Remplies de la vertu de 1'Esprit
Saint, elles penetraient au plus intime du coeur et plongeaient 1'auditoire dans un profond ravissement.
Gomme il en temoigna plus tard, une revelation divine lui avait appris la salutation suivante : cc Que le Seigneur vous donne la paix ! G'est pourquoi, dans toutes ses predications qui apportaient le message de paix, il commencait par saluer ainsi le peuple.
Fait etrange et qu'on ne peut admettre sans miracle : il avait eu, avant sa conversion, pour adresser ce salut de paix, un precurseur qui parcourait souvent les rues d'Assise en repetant cette formule :
Paix et bonheur ! Paix et bonheur !
Une comparaison trouva creance : de meme que Jean (le Baptiste), qui annoncait le Christ, disparut lorsque Jesus commenga de pr^cher, ainsi cet autre Jean, qui avait devance le bienheureux
Francois dans son apostolat de paix, ne reparut pas apres 1'arrivee du saint.
Aussitot done, 1'homme de Dieu, Francois, anime de 1'esprit prophetique, venant apres son precurseur, annoncait la paix et prechait le salut selon le langage des prophetes. Ses exhortations bienfaisantes unirent dans une paix veritable beaucoup d'hommes separes du Christ et eloignes de la religion. Ainsi, pen a pen, le bienheureux Francois se faisait connaitre, dans la verite et la simplicite de sa doctrine et de sa vie, si bien que, deux ans apres sa conversion, quelques homines, entraines par son exemple, se deciderent a faire penitence et, renoncant a toutes les choses du monde, vinrent partager sa vie.
Le premier d'entre eux fut frere Bernard de sainte memoire. 11 avait remarque la fidelite et la ferveur du bienheureux Francois au service de Dieu. II savait -au prix
de quelles fatigues il restaurait les eglises en mines. II s'etonnait de 1'austerite de sa vie, en songeant an luxe que Frangois avait connu dans le monde. Alors il resolut dans son coeur de distribuer aux pauvres tons les biens qu'il possedait, et d'aller partager vaillamment 1'existence de Frangois.
En grand mystere il vint, un jour, trouver l'homme de Dieu, lui devoila sa resolution et s'entendit avec lui pour fixer le soir de leur rencontre. Le bienheureux Frangois rendit grticesa Dieu, car il n'avait pas encore eu de compagnon, et il ressentit line joie intense, etant donne surtout que le seigneur Bernard etait homme de grande edification.
An soir convenu, le bienheureux Frangois vint done le trouver dans sa demeure, le cceur rempli d'allegresse, et ils resterent ensemble toute lanuit. Entre autres choses, le seigneur Bernard lui dit : Si quelqu'un
tenait de son maitre des biens, considerables on non, et si, apres les avoir possedes pendant de longues annees, il ne voulait pas les garder plus longtemps, qu'en pourrait-il faire de mieux? Le bienheureux Francois reponditqu'il devait rendre a son maitre ce qu'il en avait recu. Le seigneur Bernard repartit : Eh bien, Frere, tons mes biens d'ici-bas, je veux les distribuer pour 1'amour de mon Seigneur qui me les a donnes, je le veux, puisque c'est la, d'apres toi, le parti le meilleur. Alors le saint reprit : c( Demain, a la premiere heure, nous irons a 1'eglise, et le livre des Evangiles nous apprendra ce que le Christ a enseigne a ses disciples.
A 1'aube, ils se leverent et, prenant avec eux un autre homme, nomme Pierre, qui voulait lui aussi devenir frere, ils se rendirent a Feglise Saint-Nicolas, pres de la place d'Assise. Ils y entrerent pour prier.
Comme ils etaient simples et qu'ils n'auraient su trouver les passages de 1'fivangile sur le renoncement au mpnde, ils priaient devotement le Seigneur de daigner leur manifester sa volonte a la premiere page qu'ils verraient en ouvrant le saint livre.
Leur priere finie, le bienheureux Frangois prit le livre. ferme, puis, s'agenouillant devant Tautel, il 1'ouvrit an hasard :
le premier passage qui tomba sous ses yeux contenait ce conseil du Seigneur :
Si tu veux etre parfait, va, vends tout ce que tu possedes, donne-le aux pauvres et tu auras un tresor dans le ciel.
A cette decouverte, le bienheureux Fran- ^ois eprouva une joie profonde et rendit graces a Dieu. Mais, en vrai devot de la Trinite sainte, il voulut 1'appui d'un triple temoignage : il rouvrit le livre une seconde et une troisieme fois. La seconde fois, il rencontra ce texte : N'emportez rien
la 1
dans votre chemin... Et la troisieme, cet autre : (( Qui vent venir a ma suite doit renoncer a soi-me*me.
Quand le bienheureux Frangois avait ouvert le livre, il remerciait Dieu, chaque fois, d'approuver sa resolution et le desir qu'il avait concu depuis longtemps ; et cette approbation lui fut ainsi donnee et manifestee trois fois d'une fagon merveilleuse.
A la fin, il dit a ses compagnons, Bernard et Pierre : Voila, Freres, la vie et la regie que nous aurons, nous et tons ceux qui voudront se joindre a nous. Allez done, et faites tout ce qui vous a ete propose.
Alors le seigneur Bernard s'en alia. II etait fort riche. II vendit tons les biens qu'il possedait, en retira beaucoup d'argent et distribua le tout aux pauvres de la ville. Pierre, lui aussi, accomplit de tout son pouvoir le conseil divin. Apres s'etre depouilles de tons leurs biens, 1'un et
1'autre prirent 1'habit que le saint luimeme venait de revetir en quittant son costume d'ermite ; et, a partir de cette heure, ils vecurent avec lui selon la regie du saint Evangile que le Seigneur leur avait montree.
Aussi le bienheureux Frangois a-t-il pii dire dans son testament : G'est le Seigneur en personne qui m'a revele comment je devais vivre selon. la regie du saint Evangile.