DU SEIGNEUR JESUS
Vingt ans avaient passe depuis le jour ou Francois, cet homme apostolique, s'etait si etroitement uni au Christ Jesus.
Apres avoir imite la vie cles apotres et marche sur leurs traces, il eut 'la joie d'aller rejoiridre le Seigneur, 1'an 1226 de I'lncarnation, le dimanche k octobre.
II obtenait enfin, apres tous ses travaux, le repos eternel, et meritait d'aller jouir de la vision de Dieu. Un de ses disciples, renomme pour sa saintete, vit l'a"me de Frangois, sous la forme d'une etoile d'une intense lumiere, verser sur 1'immensite des eaux la clarte du soleil, et, emportee par une petite nuee blanche, monter en droite ligne vers les cieux.
II avait beaucoup travaille a la vigne du Seigneur. Son zele et sa ferveur avaient paru dans ses prieres, ses jeunes et ses veilles, dans ses predications et ses voyages d'apostolat, dans sa sollicitude et sa compassion pour le prochain, dans son mepris pour lui-meme, et cela, depuis.le debut de sa conversion jusqu'au jour oil il remonta vers le Christ.
II avait aime Jesus de tout son coeur, et, Fame sans cesse occupee de son souvenir, il 1'avait lone, dans toutes ses paroles et glorifie par la fecondite de ses ceuvres.
Son amour pour Dieu etait si profond et si ardent que, lorsqu'il entendait prononcer son nom, il sentait son coeur se fondre dans sa poitrine : cc Le ciel et la terre, s'ecriait-il, devraient s'incliner an nom du Seigneur.
La ferveur de cet amour et la fidelite de son coeur a garder le souvenir de la Passion
du Christ, le Seigneur voulut les reveler a 1'univers. Par un privilege singulier, par une faveur exceptionnelle, il fit uri miracle pour 1'honorer dans sa chair pendant sa vie . Un jour, 1'ardeur de ses aspirations seraphiques 1'emportait si bien vers Dieu qu'il parut comme transforme en Gelui qui se laissa crucifierparexcesd'amour. G'etait a pen pres deux ans avant sa mort, vers la fete de 1'Exaltation de la sainte Croix, un matin qu'il priait sur le versant du mont Alverne. Tout a coup un seraphin lui apparut : il avait six ailes et portait entre ces ailes 1'image d'un crucifie parfaitement beau, qui avait les mains et les pieds etendus en croix, et doiit les traits rappelaient de toute evidence ceux du Seigneur Jesus. Deux ailes lui couvraient la tSte; deux autres voilaient le reste du corps, en descendant jusqu'aux pieds ; les deux dernieres etaient deployees pour voler.
La vision s'evanouit; mais elle iaissait dans son ame une admirable ferveur d'amour, et, chose plus admirable encore, on vit apparaitre dans sa chair 1'impression des stigmates du Seigneur Jesus.
L'homme de Dieu cacha tant qu'il put ces stigmates jusqu'a sa mort, ne voulant pas devoiler le secret du Seigneur , mais il n'arriva pas a les dissimuler completement a ses compagnons, du moins a ceux qui vivaient dans son intimite.
Apres son heureux trepas, tous les Freres presents et un grand nombre de la'iques purent constater sur son corps I'empreinte glorieuse des stigmates du Christ. Us apercevaient dans ses mains et ses pieds, non la marque des clous, mais les clous eux-memes, formes de sa chair et nes dans sa chair, ayant la couleur sombre du fer. Son cote droit, qu'on eut dit transperce d'une lance, etait dechire par la
cicatrice rouge d'une blessure veritable et visible, d'ou s'echappait meme souvent, durant sa vie, un sang sacre.
La verite indeniable de ces stigmates ne fut pas seulement demontree par ceux qui les virent et les toticherent pendant la vie du saint et a 1'heure de sa mort, mais le Seigneur la manifesta plus clairement encore, depuis la mort du bienheureux Francois, par de nombreux miracles constates en divers pays du monde.
Ces miracles transformerent le coeur de beaucoup de gens qui n'avaient pas bien compris l'homme de Dieu et avaient mis en doute la realite de ses stigmates ; ils les eleverent a un tel degre de foi que ses detracteurs d'autrefois, grace a la bonte divine et contraints par la verite, devinrent ses plus fideles admirateurs et les meilleurs apotres de sa gloire.
DE SA CANOiNISATION
Deja, dans diverses contrees dit monde, des miracles nimbaient son front d'une lumiere nouvelle, et Ton voyait accourir de toutes parts aupres de son tombeau ceux qui avaient recu par son intercession de grandes et particiilieres faveurs deDieu.
G'est pourquoi le Pape Gregoire IX, apres avoir consulte les Cardinaux et des Prelats nombreux, etudie et recoiinu les miracles que le Seigneur avait operes par 1'intercession du bienheureux Francois, 1'inscrivit sur la liste des saints et ordonna de celebrer solennellement sa fete le jour anniversaire de sa mort.
Ceci se passait a Assise, en presence
(Tun grand nombre de prelats et d'une foule considerable de princes, de barons et de fideles venus de tons les coins du monde, que le Pape avait convoques pour ce jour solennel, 1'annee 1228 du Seigneur, la deuxieme de son pontifical.
Puis le Souverain Pontife, qui avait beaucoup aime le saint de son vivant, ne se borna pas a lui decerner le triomphe eclatant de la canonisation; mais, quand on b&tit une eglise a 1'honneur de saint Francois, il voulut en poser lui-me"me la premiere pierre. Puis il enrichit ce sanctuaire de privileges sacres et d'ornements d'un grand prix. Deux ans apres la canonisation du saint, son corps venerable, quittant sa premiere sepulture, y fut solennellement transfere. Le Pape envoya une croix d'or, enrichie de pierres precieuses, renfermant une r clique de la Croix du Sauveur, des ornements, des
vases sacres, et autres objets utiles au service des autels, ainsi que beaucoup de vetements precieux pour les fetes. II exempta cette eglise de toute juri diction inferieure et decreta, en vertu de son autorite apostolique, qu'elle serait 1'eglise principale et mere de tout 1'Ordre des Freres Mineurs, comme en fait foi le privilege officiel promulgue dans une bulle que signerent tous les Gardinaux.
Mais c'etait bien peu de chose que d'accorder ainsi a I'homine de Dieu des honneurs purement materiels, si le Seigneur ne se servait plus de lui, apres sa mort, maintenant que son Ame vivait dans -la gloire, pour operer de nombreuses conversions et guerisons. De fait, beaucoup d'hommes et de femines revinrent au Seigneur apres sa mort et par son intercession. On vit me'me des grands et des nobles venir nom-
breux, avec leurs fils, prendre 1'habit de 1'Ordre, tandis que leurs epouses et leurs filles s'enfermaient dans les eouvents des Pauvres Dames.
A leur exemple, beaueoup de savants et de lettres, la'iques ou clercs prebendes, meprisaient les voluptes du monde, renoncaient pour toujours a 1'indifferenee et aux convoitises terrestres, pour entrer dans 1'Ordre des Freres Mineurs. Chacun, selon la mesure de gr^ce accordee par le Seigneur, voulait regler en tout sa vie sur la pauvrete et les exemples du Christ et de son serviteur, le bienheureux Francois, afin de parvenir a la gloire du ciel.