‹ La légende des trois compagnons [microform]Chapitre 21 sur 24 · A TRAVERS LE MONDE · texte numérisé non relu

A TRAVERS LE MONDE

O.nze ans apres la naissance de 1'Ordre, quand les Freres se furent accrus en nombre et en merites, on eltit des Ministres qui furent envoy es avec quelques Freres dans presque toutes les contrees du monde ou Ton venere et observe la foi catholiq'ue.

Certaines provinces les accueillaient, mais sans leur permettre de se construire des habitations ; d'autres les chassaient, dans la crainte d'avoir affaire a des heretiques. Car si le seigneur Pape Innocent III avait approuve leur Ordre et leur Regie, il n'avait pas confirme la chose par lettre.

Aussi les Freres eurent-ils a subir de la part des clercs et des la'iques des vexa-

tions sans nombre. Us furent central nts a quitter certaines provinces. Inquietes, tourmentes, quelquefois meme depouilles par des brigands et roues de coups, ils revenaient, I'&me pleine d'amertume, pres du bienheureux Franc, ois.

Ils avaient ainsi souffert dans presque tons les pa}^s au dela des monts, en Allemagne, en Hongrie et ailleurs encore, Monseigneur le Cardinal Hugolin en fut averti : alors il manda le bienheureux Francois et le conduisit devant le seigneur Pape Honorius, car le seigneur Innocent III etait mort. II fit approuver par une bulle solennelle du Pape une seconde Regie que le bienheureux Francois avait redigee d'apres les enseignements du Christ. Cette Regie espacait les reunions du Chapitre pour epargner des fatigues aux Freres qui kabitaient des contrees lointaines.

. Le bienheureux Francois demanda an seigneur Pape Honorius de bien vouloir lui donner un Cardinal de TEglise romaine pour pere de son Ordre, en la personne de Monseigneur 1'eveque d'Ostie, auquel les Freres pourraient recourir pour leurs affaires.

Une vision 1'avait peut-tre determine a demander le Cardinal et a solliciter pour son Ordre la protection de 1'Eglise romaine.

II avait vu une petite poule aux plumes noires, aux pattes de colombe. Tant de poussins 1'entouraient qu'elle ne pouvait les rassembler tous sous ses ailes : ils restaientendehors, allantetvenantasescotes.

A son reveil, il se mit a reflechir sur cette vision; et aussitot le Saint-Esprit lui fit comprendre ainsi le symbole : Cette poule, se dit-il, e'est moi, avec ma petite taille et mon teint noir. Je dois avoir la simplicite de la colombe, et mes inspira-

tions doivent prendre leur essor vers le ciel sur les ailes des vertus. Mais le Seigneur, dans sa misericorde, m'a donne et me donnera beaucoup d'enfants que mes seules forces ne sauront proteger. II faut done que je les confie a la Sainte Eglise, pour qu'elle les garde a 1'ombre de ses ailes, les protege et les gouverne.

Quelques annees s'etaient ecoulees depuis cette vision lorsqu'il se rendit a Rome et alia voir Monseigneur 1'eveque d'Ostie. Le Cardinal forca le saint a Faccompagner le lendemain matin a la Gour pontificale. II voulait le faire precher en presence du seigneur Pape et des Gardinaux et recommander lui-m&me son Ordre avec toute sa piete et tout son coeur. En vain le bienheureux se recusait, et protestait qu'il n'etait qu'un pauvre homme sans instruction. II lui fallut accompagner le Cardinal a la Cour.

Lorsqu'ii se presenta devarit le seigneur Pape et les Cardinaux, sa vue les remplit d'allegresse. Puis il se mit a precher, sans avoir d'autre preparation que 1'assistance du Saint-Esprit, et, son allocution finie, il recommanda son Ordre an seigneur Pape et a tons les Cardinaux. Tons furent grandement edifies de sa parole, leurs coeurs furent touches et ils sentirent croitre leur sympathie pour son Ordre.

Alors le bienheureux Francois dit au Souverain Pontife : Seigneur, je suis emu de compassion a la pensee des soucis et des fatigues qu'il vous faut supporter sans cesse pour veiller sur 1'Eglise de Dieu ; mais ce qui me couvre de confusion, c'est que vous ayez pour nous, pauvres petits Freres, tantde soin et de sollicitude. Alors que des gens de haute naissance, des riches et beaucoup de religieux ne peuvent avoir acces pres de vous, nous

devrions etre remplis de crainte et de trouble, nous, les plus pauvres et les plus meprisables des religieux, a la pensee que nous penetrons jusqu'a vous, que nous franchissons le seuil de votre palais et que nous osons frapper a la porte du tabernacle qui renferme la puissance des Chretiens. Aussi est-ce avec humilite et reverence que je supplie Votre Saintete de daigner nous donner pour pere Monseigneur 1'eveque d'Ostie ici present, afin que, aux heures difficiles, les Freres puissent recourir a lui, en sauvegardant toujours les droits de votre autorite supreme.

La demande du bienheureux Francois lut agreee par le seigneur Pape, qui etablit Monseigneur 1'eveque d'Ostie grand protecteur de 1'Ordre.

Fidele au mandat recu du seigneur Pape, le Cardinal se montra protecteur zele et

prit en main la defense des Freres. II ecrivit a beaucoup de prelats qui les avaient persecutes de ne plus leur faire d'opposition, mais bien plutot de leur donner aide et appui pour precher et s'etablir dans leurs provinces. Car c'etaient, disait-il, de bons et saints religieux, approuves par 1' auto rite du Siege apostolique. Nombre de cardinaux rimiterent et ecrivirent dans le meme sens.

Done, au Chapitre qui suivit ce voyage a Rome, le bienheureux Frangois autorisa les Ministres a recevoir de nouveaux Freres dans 1'Ordre, et il les envoya dans les pror vinces. Us emportaient avec eux les lettres des Gardinaux et la Regie approuvee par la bulle apostolique. Et ainsi, les prelats, prenant connaissance des attestations que leur presehtaient les Freres, leur accorde'rent sans difficulte la permission de construire, d'habiter et de precher dans

leurs provinces. Les Freres se mirent a 1'oeuvre aussitot.

Apres avoir observe 1'humilite et la saintete de leur vie et prte 1'oreille a leurs suaves paroles qui touchaient les coeurs et les embrasaient de 1'amour de Dieu et du desir de faire penitence, beaucoup de gens vinrent les trouver et prirent avec fer-

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veur et humilite le saint habit de TOrdre.

Le bienheureux Frangois, admirant la fidelite et I'attachement de Monseigneur d'Ostie a 1'egard des Freres, avait pour lui, en retour, la plus profonde et la plus tendre affection. Comme il savait par une revelation de Dieu que ee Cardinal serait Pape, il le lui annoncait dans toutes les lettres qu'il lui adressait, en 1'appelant le Pere du monde universel ; il les commencait en ces termes : An Venerable Pere du monde entier dans le Christ. De fait, pen de temps apres, le seigneur Pape

Honorius III mourut, et ce fut Monseigneur d'Ostie qui fut elu Souverain Pontife, sous le nom de Gregoire IX. II se montra, jusqu'a la fin de sa vie, le grand bienfaiteur et le defenseur des Freres, ainsi que de tons les religieux et specialement des pauvres de Jesus-Christ. Aussi avonsnous des raisons de croire qu'il fait partie de 1'assemblee des Saints.

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