‹ La légende des trois compagnons [microform]Chapitre 5 sur 24 · ENVERS LES PAUVRES · texte numérisé non relu

ENVERS LES PAUVRES

Le bienheureux Francois naquit en la cite d'Assise, dans le val de Spolete.

II fut d'abord appele Jean par sa mere; mais son pere, en 1'absence duqitel il etait ne, revenant alors de France, lui donna ensuite le nom de Francois.

Quand il eut grandi, le jeune homme, done d'un esprit vif. exerca le metier de son pere, le commerce, mais il agissait d'une maniere bien differente : il etait, lui, beaucoup plus genereux et plus gai ; il s'adonnait aux divertissements et aux chansons, et se promenait volontiers jour et nuit a travers la cite d'Assise avec des camarades de son age.

Dans ses depenses il etait si large qu'il dissipait en festins et autres rejouissances tout ce qu'il pouvait avoir ou gagner. Ses parents lui faisaient maint reproche de gaspiller ainsi 1'argent pour lui et pour les autres : a le voir, on eut dit le fils d'un prince, non le fils de commercants ! Mais comme ils etaient riches et qu'ils Faimaient tendrement, ils supportaient tout, ne voulant pas lui faire de peine pour de telles faritaisies. Lorsque sa mere entendait les voisins parler de ses prodigalites, elle ripostait : Que pensez-vous done la de mon fils? Vous verrez qu'il sera un vrai fils de Dieu par la gr^ce.

Et lui, toujours large ou plutot prodigue, il manquait aussi de mesure dans la fac,on de se vetir : il se faisait faire des habits plus riches que ne le comportait sa condition, et il poussait la frivolite dans la recherche jusqu'a faire coudre parfois

dans le meme vetement de Tetoffe tres chere avec de 1'etoffe a tres has prix.

Cependant il etait courtois de manieres et de langage. II avait resolu dans son coeur de ne dire a personne nulle parole injurieuse ou grossiere, et, tout en etant un jeune homme de joyeuse humeur et dissipe, il avait decide de ne rien repondre a ceux qui lui tiendraient des propos messeants.

G'est pourquoi sa renommee se repandit dans presque toute la province, et beaucoup de ceux qui le connaissaient disaient qu'il ferait quelque chose de grand.

Ces vertus naturelles furent les degres que la gr&ce divine utilisa pour 1'elever a de plus nobles pensees, si bien qu'il se dit un jour, rentrant en lui-meme : Si tu es liberal et courtois envers les hommes dont tu ne recois qu'une faveur passagere et vaine, il est juste que, pour I'amour de

Dieu qui est si genereux dans ses recompenses, tu sois courtois et liberal envers les pauvres. A partir de ee moment, il aimait a voir les pauvres et il leur distribuait des auinones, et en abondance, ear, bien qu'il ne fut qu'un marchand, il tirait grande vanite de son opulence terrestre.

Or, un jour qu'il etait dans sa boutique, en train devendre du drap, ettout absorbe dans cette occupation, un pauvre vint lui demander I'aumone pour l'amour de Dieu.

Tout entier a la convoitise du gain et an souci de son commerce, il venait de lui refuser I'aumone, lorsque, touche soudain par la grace divine, ilse reprocha sa durete en disant : Si c'etait au nom d'un grand, comte on baron, que ce pauvre t'eut demande quelque chose, a coup sur tu aurais bien accueilli sa requete, a plus forte raison tu aurais du le faire pour le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs.

Aussi, a cette heure-la, prit-il dans son coeur la resolution de ne pas refuser a 1'avenir ce qu'on lui demanderait de la part d'un si grand Maitre.

Page 1