‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 17 sur 57 · XX JACQUES DE VARAZZE · texte numérisé non relu

XX JACQUES DE VARAZZE

cours n'est pas trop lent, s'ils ne charrient pas de vase du marais qu'ils arrosent. J'établis la confiance que j'accorde aux abréviateurs ou aux commentateurs sur la comparaison que je fais de leurs écrits avec les anciennes pièces. Je pense donc que la Légende est le plus souvent la victime de l'injure dans les jugements qu'en portent les modernes. — Est-ce donc une nécessité, si on ne veut pas encourir le mépris de Wicélius, de prendre dans Eusèbe tout ce qu'on dit des Saints? etc.. Quant à L. Vives, il fut encore plus sévère et plus acerbe que Wicélius contre la Légende d'or. Toujours j'ai fait grand cas de Vives. C'est un homme profondément érudit, plein de gravité et de prudence. Je partage son avis, quand il réclame, dans les écrits concernant les Actes des Saints, plus d'exactitude que l'on en a ordinairement apporté : mais quand il maltraite le saint et savant auteur de la JLégeiîde en ces termes : « C'est un cœur de plomb, une bouche de fer », je m'en étonne de la part d'un personnage si grave, si modéré. Peut-être avait-il emprunté cela d'Erasme, son maître, Erasme cet aristarque très sévère qui trouve à reprendre dans chaque auteur et n'en laisse presque pas un à l'abri de ses coups. Il a ce ridicule de critiquer ce qu'il ne comprend pas et ce qu'il ignore. Que le style de Jacques de Voragine ne soit pas plus châtié que celui des écrivains de son temps, je l'accorde : toujours est-il que c'était non seulement un savant et un saint, mais qu'il était doué d'une prudence, d'un jugement remarquables, et plus

apte que Vives et Erasme à discerner dans ses écrits ce qui mérite approbation. * » Assurément Bollandus est compétent ou personne ne Test.

Ozanam a constaté Tinfluence exercée sur la poésie par la Légende ; elle a inspiré aussi tous les arts ; la peinture et la sculpture y ont trouvé des motifs sans nombre. Il n'est aucun de nos monuments religieux et civils qui ne reproduise pour les premiers presque toujours et souvent pour les seconds les récits de Jacques de Voragine. Avant lui*, un chanoine d'Amiens, celui qui sans le moindre doute a inspiré à l'archevêque de Gènes le plan de son livre, Jean Beleth rapporte, dans son Raiional des divins offices, les particularités les plus saillantes des Vies des Saints, mais le savant chanoine n'ayant pas donné de larges développements à ce côté de son travail, force fut aux entailleurs, aux peintres-verriers de rechercher des sujets dans la Léf/ende qui devint pour eux un véritable Maïuiel d'iconoîj^raphie et de Liturgie.

Le curieux amené sous le porche comme dans Tintérieur de Tadmirable cathédrale d'Amiens reste stupéfait en conlem[)lant ses statues gigantesques et ses frêles bas-reliefs ciselés depuis le xiii*' jus(ju'au xvi* siècle ; tout cela cepeiuiaiit reste muet et incompris, si Ton n'a pas recours à la lUble et à la Léijende.

J'ai nommé la cathédrale d'Amiens de préférence à toutes les autres, carde toutes les basiliques du moyen

'' Holliindiis, Acta Sam'tnnun, Jaiiiiar.,t. 1, p. xviii.

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