LA KKC.ENDE DORER
cédèrent donc sur le samedi, mais ils firent beaucoup d'opposition par rapport au jeudi, en disant que c<* jour ne devait pas. faire partie des solennités chrétiennes. Mais Silvestre en démontra la dignité en trois points principaux. En effet, c*esl le jour où le Seigneur monta au ciel, où il institua le sacrifice de son corps et de son sang, et où TEglise fait le Saint-Cliréme : tous alors acquiescèrent à ses raisons.
Pendant la persécution de Constantin, Silvestre sortit delà ville et resta avec ses clercs sur une montagne. Or, en punition de sa tyrannie, Constantin devint couvert d'une lèpre incurable. D'après l'avis des prêtres des idoles, on lui amena trois mille enfants pour les faire égorger et puis se baigner dans leur sang frais et chaud. Quand il sortit pour aller au lieu où le bain devait être préparé, les mères des enfants vinrent au-devant de lui et, les cheveux épars, elles se mirent à pousser des hurlements pitoyables; alors Constantin, ému, fit arrêter son char et se leva pour parler : « Ecoutez-moi, dit-il, chevaliers, compagnons d'armes, et vous tous qui êtes ici : la dignité <hi peuple romain a pris naissance dans la source de compassion qui fit porter cette loi que celui-là serait condamné à mort qui tuerait un enfant à la guerre. Combien grande dcmc serait notre cruauté d'infliger à nos enfants ce (jue nous proscrivons nous-mêmes de faire aux enfants des étrangers! Que nous servirait-il d'avoir dompté les barbares, si nous sommes vaincus par la cruauté? Car avoir vaincu les nations étrangères [)ar la force, c'est le fait des peuples belliqueux, mais vaincre ses vices et ses fautes, c'est rcxcellence
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des bonnes mœurs. Or, clans les premiers combals nous sommesplus forts que les barbares, et dans les seconds nous sommes les vainqueurs de nous-mêmes. Celui qui est défait dans cette lutte, obtient la victoire quoique vaincu ; mais le vainqueur est vaincu après sa victoire, si la pitié ne l'emporte sur la cruauté. Que la pitié soit donc victorieuse en cette rencontre. Nous ne pourrons être véritablement vainqueurs de tous nos adversaires, si nous sommes vaincus en pitié. Celui-là se montre le maître de tous qui cède à la compassion. Il me vaut mieux de mourir en rcspr^ctanl la vie de ces innocents, que de recouvrer, par leur mort, une vie entachée de cruauté,. vie qu'il n'est pas certain que je recouvre, mais qui certainement serait entachée de cruauté, si je la sauvais ainsi. » Il ordonna donc que les enfants seraient rendus à leurs mères, auxquelles il fit fournir une quantité de voitures. Ce fut ainsi que ces mères, qui étaient venues en versant des larmes, retournèrent chez elles pleines de joie. Quant à Tenipereur, il revint à son palais*. La nuit suivante saint Pierre et saint Paul lui apparurent et lui dirent : « Puisque tu as eu horreur de répandre le sant» innocent, le Seijçneur J.-C. nous a envoyés pour te fonrinr le moyen de recouvrer la santé. Fais v(Miir révècjue Silvestre qui est caché sur le mont Soracte; il te montrera une piscine, dans laquelle tn te laveras trois fois, après quoi tu seras entièrement guéri de ta lèpre. Et en réciprocité de cette guérison due à J.-C, tu délrui-
* LeUre du pape Adrien !♦*'" à Constant in et à Irène ; — Nic?phore, //ix/o/re, VII, xxxiv.
ras les temples des idoles ; tu élèveras des églises en riioaneur de ce même J.-C, et désormais sois son adorateur. » A son réveil, Constantin envoya aussitôt des soldats vers Silvestre.En les voyant, le saint crut être appelé à l'honneur du martyre; il se recommanda à Dieu et, après avoir exhorté ses compagnons, il se présenta sans crainte devant Constantin. L'empereur lui dit : « Je vous félicite de votre heureuse venue. » Et quand Silvestre l'eut salué à son tour, le prince lui raconta en détail la vision qu'il avait eue pendant son sommeil. Sur la demande qu'il lui adressa pour savoir quels étaient les deux dieux qui lui étaient apparus, Silvestre répondit qu'ils n'étaient pas des dieux, mais les apdtres de J.-C. Sur la prière de l'empereur, Silvestre se fit apporter les images des apdtres, et TemperiMir ne les eut pas plutôt regardées, qu'il s'écria : « Ils ressemblent à ceux qui me sont apparus. )> Silvestre l'admit au nombre des catéchumènes, lui imposa huit jours de jeûne, et l'invita à ouvrir les prisons. Or, quand l'empereur descendit dans les eaux du baptistère, un admirable éclair de lumière y brilla : il en sortit guéri * et il assura avoir vu J.-C. Le premier jour après son baptême, il ordonna par une loi que J.-C. fût adoré comme le vrai Dieu dans la ville de Rome; le second jour, que tout blasphémateur serait puni de mort; le troisième que quiconque insulterait
* Livre pontifical du pape Damase. Uinius dans ses notes sur ce livre prouve par Fautorité d'auteurs chrétiens et païens que réellement Constantin fut (çuéri de la lèpre dans son baptême, quoique Eusèbc n'en fasse aucune mention, dans la crainte de déplaire aux successeurs de ce prince.
un chrétien fût privé de la moitié de ses biens ; le quatrième que, comme l'empereur à Rome, le pontife romain serait tenu pour chef de tous les évéques; le cinquième, que celui qui se réfugierait dans une église, serait à Tabri de toute poursuite; le sixième, que personne n'eût à construire une église dans l'enceinte d*une ville, sans la permission de son évêquc; le septième, que la dtme des domaines royaux serait accordée pour la construction des églises; le huitième, l'empereur vint à l'église de saint Pierre s'y accuser avec larmes de ses fautes, et prenant ensuite une bêche, il ouvrit le premier la terre pour les fondations de la basilique qui allait être construite, et il tira douze corbeilles de terre qu'il porta sur ses épaules pour les jeter au dehors.
Aussitôt qu'Hélène, mère de l'empereur Constantin, qui habitait Béthanie, eut appris ces événements, elle écrivit à son fils pour le louer d'avoir renoncé aux faux dieux; mais elle lui reprocha amèrement d'adorer comme Dieu, à la place de celui des Juifs, uu homme qui avait été attaché à une croix. Alors rempereur répondit à sa mère qu'elle amenât avec elle des docteurs pris parmi les Juifs, que lui-même produirait des docteurs chrétiens, afin qu'à la suite de la discussion, on vît de quel côté se trouvait la vraie foi. Or, sainte Hélène amena cent quarante et un Juifs très doctes, parmi lesquels s'en trouvaient douze qui l'emportaient de beaucoup sur les autres en sagesse et en éloquence. Silvestre avec ses clercs et les Juifs dont on vient de parler se réunirent par devant l'empereur pour disputer; d'un commun accord, on établit dtuix juges qui
se trouvaient être des gentils très éclairés et probes : CratonetZénophile, auxquels il appartiendrait de dire leur sentiment sur les matières à traiter. Quoique gentils, ils étaient très loyaux et fidèles ; ils convinrent donc ensemble que quand Tun serait levé pour parler, l'autre se tairait. Le premier des douze qui s'appelait Abiathar commença et dit : « Puisque ceux-ci reconnaissent trois dieux, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, il est manifeste qu'ils vont contre la loi qui dit : Voyez que je suis le seul Dieu et qu'il n'y a point d'autre Dieu que moi. Enfin s'ils disent que le Christ est Dieu, parce qu'il a opéré beaucoup de signes, dans notre loi aussi, il y eut beaucoup de personnes qui firent plusieurs miracles, et cependant jamais elles n'osèrent s'en prévaloir pour usurper le nom de la divinité, comme ce Jésus, que ceux-ci adorent. » Silvestre lui répondit : « Nous adorons un seul Dieu, mais nous ne disons pas qu'il vive dans un si grand isolement, qu'il n'ait pas la joie de posséder un fils. Nous sommes en mesure de vous démontrer par vos livres mêmes la trinité de personnes. Nous appelons Père celui dont le prophète a dit : « Il m'a invoqué, « vous êtes mon Père. » Fils, celui dont il est dit au même livre : « Tu es mon fils, je l'ai engendré aujour- « d'hui. » Le Saint-Esprit, dont le même a dit : « Toute (( leur force est dans l'esprit de sa bouche. » Nous y lisons encore : « Faisons l'homme à notre image et (( ressemblance », d'où l'on peut conclure évidemment la pluralité de personnes et l'unité de la divinité ; car quoique ce soient trois personnes, elles ne font cependant qu'un Dieu ; ce qu'il nous est facile de montrer jus-
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qu'à un certain point par un exemple visible. Alors il prit la pourpre de l'empereur et y fit trois plis. «Voici, dit-il, trois plis; » et en les dépliant :« vous voyez, ajouta-t-il, que les trois plis font une seule pièce, de même trois personnes sont un seul Dieu. Pour ce qu'on dit qu'il ne doit pas être un Dieu d'après ses miracles, puisque bien d'autres saints en ont fait et ne se sont cependant pas dits des dieux, comme J.-C, lequel a voulu prouver par là qu'il est Dieu; certainement Dieu n'a jamais laissé sans châtier t;:randement ceux qui s'enorgueillissaient contre lui, comme cela est prouvé par Dathan et Abyron, et par beaucoup d'autres ; comment donc a-t-il pu mentir et se dire Dieu, ce qui n'était pas, lorsque en se disant Dieu, il ne s'en est suivi aucun châtiment ? et cependant ses actions merveilleuses restent efficaces. » Alors les juges dirent : « Il est constant qu'Abiathar a été vaincu par Silvestre, et la raison enseigne que s'il n*eût pas été Dieu en se disant Dieu, il n'eût pu donner la vie aux morts. » Le premier ayant été écarté, le second qui s'appelait Jouas s*approcha au combat : « Abraham, dit-il, en recevant de Dieu la circoncision,a été justifié et tous les enfants d*Abraham sont encore justifiés par la circoncision ; donc celui qui n'aura pas été circoncis ne sera pas justifié. » Silvestre lui dit : « Il est constant que Abraham, avant sa circoncision, a plu à Dieu et qu'il a été appelé l'ami de Dieu, donc la circoncision ne l'a pas sanctifié; mais c'est par sa foi et sa justice qu'il plut à Dieu ; donc il n'a pas reçu la circoncision comme justification, mais comme signe de distinction. » Celui-ci ayant été
vaincu à son tour, Godolias, le troisième, vint dire : « Comment votre Christ peut^-il être Dieu, puisque vous convenez qu'il est né, qu'il a été tenté, trahi, dépouillé, abreuvé de fiel, lié, crucifié, enseveli ? Tout cela n'csl pas d'un Dieu. » Silvestre lui répondit : « Par vos livres nous allons prouver que toutes ces choses ont été prédites de J.-C. Ecoutez les paroles d'Isaîe touchant sa naissance. « Voici qu'une vierge enfantera » ; celles de Zacharie sur sa tentation : « J'ai vu Jésus « le grand prêtre debout devant un ange et Satan qui « se tenait debout à sa droite » ; celles du psalmiste par rapport à sa trahison : « Celui qui mangeait mon pain (( a fait éclater sa trahison contre moi. b Le même sur son dépouillement. « Ils ont partagé mes vêtements » ; et encore au sujet du fiel dont il a été abreuvé : « Ils « m'ontdonné du fiel pour ma nourriture et du vinaigre « pour ma boisson. » Esdras dit de ce qu'il a été lié : « Vous m'avez lié, non pas comme un père qui vous « a délivrés de la terre d'Egypte; vous avez crié devant « le tribunal du juge, vous m'avez humilié en m'atta- « chant sur le bois, vousm'avez trahi. wJérémie parle ainsi de sa sépulture : « Dans sa sépulture, les mort^. « revivront. » Godolias n'ayant rien à répondre, les juge9 le firent retirer. Vint le quatrième, Annas, qui parla, ainsi : « Silvestre attribue à son Christ ce qui s'applique à d'autres, il lui reste à prouver que ces prédictions regardent le Christ. » Silvestre lui dit : « Montrezm'en donc un autre que lui qu'une vierge ait conçu, qui ait été abreuvé avec du fiel, couronné d'épines, crucifié, qui soit mort et ait été enseveli, qui soit ressuscité d'entre les morts et monté aux cieux ? » Alors
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Conslantin dît : o S'il ne démoiUrc pas qu'il s'agît d'un autre, il est vaincu. » Comme Annas ne le pouvait faire, il est remplacé par un cinquième appelé Doetli. (I Si, dît-il, ce t^hrîst, né de ta race de David, avait été autant sanctifié que vous l'avancez, il n'a pas dâ être baptisé pour être sanctifié de nouveau? » Silvestre lui répliqua : « De même que la circoncision a pris sa (în dans la circoncision de J.-C. de même notre baptême reçut son commencement de sanctification dans le baptême de J.-C, donc il n'a pas été baptisé pour être sanctifié, mais pour sanctifier. » Comme Doeth se taisait, Constantin dit : v Si Doeth avait quelque réplique à faire, il ne se (aîraîl pas. » Alors le sixième, qui était Ctiusi, prit la parole : « Nous voudrions, dit-il, que Silvestre nous exposi\t les causes de cet enfantement virginal. i> Sîlveslrc lui dit : « La terre dont Adam fut formé était vierge et n'avait pas encore été souillée, car elle ne s'était pas encore ouverte pour boire le sanç humain ; elle n'avait pas encore porté d'épines de malédiction ; elle n'avait pas encore servi de sépulture à l'homme ; ni été donnt'c pour nourriture au serpent : Il a donc fallu que de la vierge Mario fût formé un nouvel Adam, afin que comme le serpent avait vaincu celui qui était né d'une viei^e, de même il fdt vaincu à son tour par le fils d'une vierge; il a fallu que celui qui avait été le vainqueur d'Adam dans le paradis devînt aussi le tentateur du Seigneur dans le désert, afin que celui qui avait vaincu Adam par la gourmandise, fât vaincu parle jeûne en Nolre-Scigneur. » Celui-ci vaincu. Benjamin, le septième, se niità dire : « Comment voire
Christ peut-il être le fils de Dieu, quand il a pu être tenté par le diable, à tel point que, ici il est pressé dans sa faim de faire du pain avec des pierres; là il est transporté sur les hauteurs du temple; ailleurs, il est induit à adorer le diable lui-même. » Â cela Silvestre répondit : « Donc s'il a vaincu le diable, parce qu'il avait été écouté d'Adam, qui mangea, il est certain qu'il a été vaincu en ce qu'il a été méprisé par J.-C, qui jeûna. Au reste, nous avouons bien qu'il a été tenté non en tant que Dieu, mais en tant qu'homme. II a été tenté trois fois pour éloigner de nous toutes les tentations, et pour nous enseigner la manière de vaincre. Souvent, en effet, dans l'homme, la victoire par l'abstinence est suivie de la tentation de la gloire humaine, et celle-ci est accompagnée du désir des possessions et de la domination. Il a été vaincu par J.-C. afin de nous apprendre à vaincre. A Benjamin mis hors de cause succéda Aroêl qui était le huitième : « Il est certain, dit-il, que Dieu est souverainement parfait et que par conséquent il n'a besoin de personne ; qu'a— t-il eu besoin alors de naître dans le Christ? Pourquoi encore l'appelez-vous le Verbe. Il est certain encore que Dieu avant d'avoir un fils n'a pu être appelé Père ; donc si plus tard il a pu être appelé le père du Christ, il n'était pas immuable. » A cela Silvestre répondit : « Le Fils a été engendré par le Père avant les temps, pour créer ce qui n'était point, et il est né dans le temps, pour restaurer ce qui avait péri. Quoi qu'il eiït pu tout restaurer d'un seul mot, toutefois, il ne pouvait pas, sans devenir homme, racheter par sa passion, puisqu'il n'était pas apte à souffrir dans sa
divinité. Or, ce n'était pas imperfection, mais perfection, de n'être pas passible dans sa divinité. Il est évident encore que le Fils de Dieu est appelé Verbe, par ces paroles du prophète : « Mon cœur a émis « un bon Verbe. » Enfin Dieu fut toujours Père parce que toujours son Fils a existé ; car son Fils est son Verbe, sa sagesse, sa force. Or, le Verbe a toujours été dans le Père, selon ces mots : « Mon cœur a « émis un bon verbe. » Toujours sa sagesse a été avec lui : « Je suis sortie de la bouche de Dieu, je « suis la première née avant toute créature. » Toujours sa force a été en lui. « J'étais enfanté avant les <c collines; les fontaines n'avaient pas encore jailli de la « terre que j'étais avec lui. » Or, puisque le Père n'a jamais été sans son Verbe, sans sa sagesse, sans sa force, comment pouvez-vous penser que ce nom lui ait été attribué dans le temps? » Âroel se retira et Jubal, le neuvième, s'avança et dit : « II est constant que Dieu ne condamne pas les mariages et qu'il ne les a pas maudits; pourquoi donc niez-vous que celui que vous adorez soit sorti du mariage? à moins que vous ne veuillîez aussi nous jeter de la poudre aux yeux à cet égard. Et encore pourquoi est-il puissant et se laisse-t-il tenter? pourquoi a-t-il la force et souffre-t-il? pourquoi est-il la vie et meurt-il? Enfin vous serez amené à dire qu'il y a deux fils : l'un que le Père a engendré, l'autre que la Vierge a mis au monde. De plus, comment peut-il se faire que la souffrance ait eu prise sur un homme qui a été enlevé au ciel, sans que celui par lequel il a été enlevé eût subi aucune lésion? »' Silvestre répliqua : « Nous nie disons
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pas que J.-C. est né d'une vierge pour condamner les mariaçes ; mais nous acceptons avec raison les causes de cet enfantement virginal. Par cette assertion les mariages ne sont pas rendus méprisables mais louables, puisque cette vierge qui enfanta le Christ est née de mariage. Ensuite J.-C. est tenté pour vaincre toutes les tentations du diable : il souffre pour surmonter toutes les souffrances ; il meurt pour détruire l'empire de la mort. Le fils de Dieu est unique dans le Christ et de môme qu'il est invisible en tant qu'il est Fils de Dieu, de même il est visible en tant qu'il est J.-C. Il est invisible par cela qu'il est Dieu et il est visible par cela qu'il est homme. Que cet homme ail souffert et qu'il ait été enlevé au ciel sans souffrance de la part de celui qui l'a enlevé, nous pouvons le démontrer par un exemple. Prenons-le dans la pourpre du roi : elle fut laine et la teinture ajoutée à celte laine a donné la couleur pourpre. Alors qu*oii la tenait dans les doigts et qu'elle était tordue en fil, qtii est-ce qui était tordu? était-ce la couleur qui est celle de la dignité royale, ou ce qui était laine avant d*étre pourpre? La laine c'est l'homme, la pourpre c'est Dieu qui étant avec l'humanité a souffert sur la croix, mais n'a reçu aucune atteinte de la passion. » Le dixième s'appelait Tliara. Il dit : « Cet exemple ne me plaît pas, car la couleur et la laine sont foulées ensemble. » Quoique tous eussent réclamé, Silvestre dit : « Prenons alors un autre exemple : un arbre couvert tles rayons du soleil, quand il est abattu, reçoit le coup et la lumière reste sans atteinte. Il en est de même, alors c'est l'homme qui souffre et non pas le Dieu. »
Le onzième, qui était Siléon, dit : « Si c'est de Ion Christ que les prophètes ont prédit, nous voudrions savoir les causes des étranges moqueries qu'il a endurées, les motifs de sa passion et de sa mort. » « J.-C., reprit Silvestre, a eu faim pour nous rassasier ; il a eu soif pour offrir à notre soif ardente la coupe de vie ; il a été tenté, afin de nous délivrer de la tentation; il a été détenu, pour nous faire échapper à la capture des démons et il a été moqué, pour nous arracher à leur dérision ; il a été lié, pour nous délier des nœuds de la malédiction; il a été humilié, pour nous exalter; il a été dépouillé, pour couvrir la nudité de la première prévaricationdu manteau de l'indulgence; il a reçu une couronne d'épines, pour nous restituer les fleurs du paradis que nous avions perdues ; il fut suspendu au bois, pour condamner la concupiscence engendrée dans le bois; il a été abreuvé de fiel et de vinaigre, pour introduire Thomme dans une terre où coule le lait et le miel et nous ouvrir des fontaines de miel; il a pris notre mortalité, pour nous donner son immortalité; il a été enseveli, pour bénir les sépultures des saints; il est ressuscité, pour rendre la vie aux morts; il est monté au ciel, pour ouvrir la porte du ciel; il est assis à la droite de Dieu, pour exaucer les prières des croyants. » Pendant que Silvestre développait ces vérités, tous, l'empereur comme les juges et les Juifs, se mirent d'une voix unanime à acclamer Silvestre de louanges. Alors le douzième indigné, il s*appelait Zambri, dit avec un extrême dédain : « Je m'étonne que des juges, sages comme vous Tôles, ajoutiez foi à des ambiguïtés de mots et que vous I. 9
estimiez que la toute-puissance de Dieu puisse se conclure de raisonnement humain. Mais plus de mots et venons-en aux faits : ce sont de grands fous ceux qui adorent un crucifié; car je sais, moi, le nom du Dieu tout-puissant, dont la force est plus grande que les rochers et aucune créature ne saurait l'entendre. Et pour vous prouver la vérité de ce que j'avance, qu'on m'amène le taureau le plus furieux et dès l'instant que ce nom aura sonné dans ses oreilles, tout aussitôt le taureau mourra. » Silvestre lui dit : « Et toi, comment donc as-tu appris ce nom sans l'avoir entendu? o Zambri reprit : « II n'appartient pas à toi, l'ennemi des Juifs, <Ie connaître ce mystère. » On amène donc un taureau très féroce, que cent hommes des plus robustes peuvent à peine traîner, et aussitôt que Zambri a proféré un mot dans son oreille, à l'instant le taureau ru4jit, roule les yeux et expire. Alors tous les Juifs poussent des acclamations violentes et insultent Silvestre. Mais celui-ci leur dit : « Il n'a pas prononcé le nom de Dieu, mais il a nommé celui du pire de tous les démons, car mon Dieu, J.-C, non seulement ne fait pas mourir les vivants, mais il vivifie les morts. Pouvoir tuer et ne pouvoir point rendre la vie, cela appartient aux lions, aux serpents et aux bétes féroces. Si donc il veut que je croie qu'il n'a pas proféré le nom dn démon, qu'il le dise encore une fois et qu'il reinh* la vie à ce qu'il a tué. Car il a été écrit de Dieu : « tTi^st moi ([iii tuerai et c'est moi qui vivifierai; » s'il ne le pcul, c'est sans aucun doute qu'il a proféré le nom du démon, fjiii peut tuer un être vivant et qui ne peut rendre hi vie à un mort. » El comme Zambri
élait pressé par les juges de ressusciter le taureau, il dit : (( Que Silvestre le ressuscite au nom de Jésus le Galiléen et tous nous croirons en lui ; car quand bien même il pourrait voler avec des ailes, il ne saurait pas faire cela. » Tous les Juifs donc promettent de croire s'il ressuscite le taureau. Alors Silvestre fît une prière et se penchant à l'oreille du taureau : « 0 nom de malédiction et de mort, dit-il, sors par Tordre de Notre-Seigneur J.-C, au nom duquel je te dis : taureau, lève-toi et va tranquillement rejoindre ton troupeau. » Aussitôt le taureau se leva et s'en alla avec grande douceur. Alors la reine, les Juifs, les juges et tous les autres furent convertis à la foi. * Mais quelques jours après, les prêtres des idoles vinrent dire à j'empereur : « Très saint empereur, depuis l'époque où vous avez reçu la foi du Christ, le dragon qui est dans le fossé tue de son souffle plus de trois cents hommes par jour. » Constantin consulta là-dessus Silvestre, qui répondit : « Par la vertu de J.-C., je ferai cesser tout ce mal. » Les prêtres promettent que, s'il fait ce miracle, ils croiront. Pendant sa prière, saint Pierre apparut à Silvestre et lui dit : « N'aie pas peur de descendre vers le dragon, toi et deux des prêtres qui t'accompagnent; arrivé auprès de lui, tu
*Le comte de Douhet, dans le Dictionnaire des Légendes, de Migne, avance que le récit qu*on vient de lire n'est qu'un abrégé des Acta Sancti Silvestri, publié, par le P. Combétis, d'après deux mss. existant aux bibliothèques Médicienne et Mazarine. La dispute avec les docteurs juifs^ la destruction du dragon sont exposées avec encore plus de détails que dans Voragine. Nouvelle preuve que Tévêque de Gênes n'a rien inventé de son propre fonds.
lui adresseras ces paroles : « N.-S. J.-C, né de la « Vierge, qui a été crucifié et enseveli, qui est ressuscité « et est assis à la droite du Père, doit venir pour juger « les vivants et les morts. Or, toi, Satan, attends-le dans « cette fosse tant qu'il viendra ». Puis tu lieras sa gueule avec un fil et tu apposeras dessus un sceau où sera gravé le si^^ne de la croix; ensuite revenus à moi sains et saufs, vous mangerez le pain que je vous aurai préparé. » Silvestre descendit donc avec les deux prêtres les quarante marches de la fosse, portant avec lui deux lanternes. Alors il adressa au dragon les paroles susdites, et, comme il en avait reçu Tordre, lia sa gueule, malgré ses cris et ses sifflements. En remon^ tant, il trouva deux magiciens qui les avaient suivis^ pour voir s'ils descendraient jusqu'au dragon : ils étaient à demi morts de la puanteur du monstre. Il les ramena avec lui aussi sains et saufs. Aussitôt ils se convertirent avec une multitude infinie. Le peuple romain fut ainsi délivré d'une double mort, savoir de l'adoration des i<loles et du venin du dragon. Enfin le bienheureux Silvestre, à l'approche de la mort, donna ces trois avis à ses clercs : conserver entre eux la charité, gouverner leurs églises avec plus de soin et préserver leur troupeau conire la morsure des loups. Après quoi il s'endormit heureusement dans le Seigneur, environ Tan 330.
Quatre circonstances rendent la Circoncision du Seigneur célèbre cl solennelle : la première est Toctave de Noël ; la
seconde, rimposilion d'un nom nouveau etannonçant le salut; la troisième, l'efFusion du sang, et la quatrième le signe de la Circoncision.
Premièrement, c'est Toctave de la Nativité du Seigneur. Si les octavesdes autres saints sont solennelles, à plus forte raison le sera Toctave du Saint des saints. Mais il ne semble pas que la naissance du Seigneur doiveavoir une octave, parce que sa naissance menait à la mort. Or, les morts des saints ont des octaves, parce qu'alors ils naissent pour arriver à une vie éternelle, et pour ressusciter ensuite dans des corps glorieux. Par la même raison, il semble qu'il ne doive pas y avoir d'octave à la Nativité de la bienheureuse Vierge et de saint Jean-Baptiste, pas plus qu*à la résurrection du Seigneur, puisque cette résurrection a eu lieu réellement. Mais il faut observer, d'après le Prépositif*, qu'il y a des octaves de surérogation, comme est l'octave du Seigneur, dans laquelle nous suppléons à ce qui n'a pas été convenablement fait dans la fêle, savoir, l'office de celle qui met au monde. Aussi autrefois c'était la coutume de chanter la messe VuUum tiiunij etc., en l'honneur de la sainte Vierge. Il y a encore des octaves de vénération, comme à Pâques, à la Pentecôte, pour la sainte Vierge, et pour saint Jean-Baptiste ; d'autres de dévotion, comme il peut s'en trouver pourchaque saint; d'autres enfin qui sont symboliques, comme sont les octaves instituées en l'honneur des saints et qui signifient Foctave de la résurrection.
*0u Maître Prévost, chancelier de Paris, qui vivait en 1217; il a laissé une Somme Théologique i\\\\ n'a pas été imprimée.
134 LA LÉGKNDË DORÉE
Secondement, c'est l'imposition d'un nom nouveau et salutaire. Aujourd'hui en effet il fut imposé au Sauveur un nom nouveau que la bouche du Scijçneur a donné : o Aucun autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (( C'est un nom, dit saint Bernard, qui est un miel i la bouche, une mélodie à Toreille, une jubilation au cœur. » « C'est un nom, dit encore le même Père, qui, comme Thuile, brille aussitôt qu'on l'emploie, nourrit, quand on le médite ; il oint et il adoucit les maux à l'instant qu'on l'invoque. » Or, J.-C. a eu trois nonis, comme l'évangile le dit, savoir. Fils de Dieu, Christ et Jésus. 11 est appelé Fils de Dieu, en tant qu'il est Dieu de Dieu ; Christ, en tant qu*il est homme dont la personne divine a pris la nature humaine; Jésus, eu tant qu'il est Dieu uni à l'humanité. Au sujet de ces trois noms, écoutons saint Bernard : « Vous qui êtes dans la poussière, réveillez-vous et chantez les louanges de Dieu. Voici que le Seigneur vient avec lesalut; il vient avec des parfums, il vient avec gloire. En effel Jésus ne vient pas sans sauver, ni le Christ sans oindre. Le fils de Dieu ne vient pas sans gloire, puisqu'il est lui-même le salut ; il est lui-même le parfum, luimême la gloire. » Mais il n'était pas connu parfaitement sous ce nom avant la passion. Quant au premier en effet, il n'était connu de quelques-uns que par conjecture, par exemple, des démons qui le disaient Fils de Dieu ; quant au second, il n'était connu qu'en par^ liculier, c'est-à-dire de quelques-uns, mais en petit nombre, comme étant le Christ. Quant au troisième, il n'était connu que quant au mot, Jésus n'était pas
compris d'après sa véritable signification qui est sauveur. Mais après la résurrection, ce triple nom fut clairement manifesté : le premier par certitude, le second par diffusion, le troisième par signification. Or, le premier nom c'est Fils de Dieu. Et pour prouver que ce nom lui convient à bon droit, voici ce que dit saint Hilaire en son livre de la Trinité : « On connut de plusieurs manières que le Fils unique de Dieu est N.-S^ J.-C. Le Père l'atteste ; il s'en avantaç^e, luimême ; les apôtres le prêchent ; les hommes religieux le croient ; les démons l'avouent ; les juifs le nient ; les gentils l'apprennent dans sa passion. » Le même père dit encore : « Nous connaissons N.-S. J.-C, de ces diflTérentes manières, par le nom, par la naissance, par la nature, par la puissance et par la manifestation. » Le second nom c'est Christ, qui signifie oint. En effet, il fut oint d'une huile de joie au-dessus de tous ceux qui participeront à sa gloire » (saint Paul aux Hébr.).En le disant oint, on insinue qu'il fut prophète, athlète, prêtre et roi. Or, ces (|uatre sortes de personnes recevaient autrefois des onctions. 11 fut prophète dans l'enseignement de la doctrine, athlète en déformant le diable, Prêtre en réconciliant les hommes avec son père, roi en rétribuant des récompenses. C'est de ce second nom que vient le n(Ure. Nous sommes appelés chrétiens de Christ. Voici ce que saint Augustin dit de ce nom : « Chrétien, c'est un nom de justice, de bonté, d'intégrité, de patience, de chasteté, de pudeur, d'humanité, d'innocence, de piété. Et toi, comment le revendiques-tu ? comment te l'appropries-tn, quand c'est «î peine s'il te reste (|uelf]iies-uiies de ces
qualités? Celui-là est chrétien qui ne Test pas seulement par le nom, mais encore par les œuvres » (saint Auçustin). Le troisième nom c'est Jésus. Or, ce nom de Jésus, d'après saint Bernard, veut dire nourriture, fontaine, remède et lumière. Mais ici la nourriture a des effets multiples; c'est une nourriture confortable, elle engraisse, elle endurcît et elle donne la vigneur. Ecoutons saint Bernard sur ces qualités : « C'est une nourriture que ce nom de Jésus. Est-ce que vous ne vous sentez pas fortifiés, toutes les fois que vous vous en souvenez? Qu'y a-l-il qui nourrisse tant Tesprilde relui qui y pense? quoi déplus substantiel pour réparer les sens fatigués, rendre les vertus plus mâles, fomenter les bonnes mœurs, entretenir les affections chastes? » Secondement, c'est une fontaine. Saint Bernard en donne la raison. « Jésus est la fontaine scellée de la vie, qui se répand dans les plaines par quatre ruisseaux, qui sont pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption : sagesse dans la prédication, justice dans l'absolution des péchés, sanctification dans la conversation ou la conversion, rédemption, dansla passion. » En un autre endroit ce père dit encore : « Trois ruisseaux émanèrent de Jésus : la parole de douleur, c'est la confession ; le sang de l'aspersion, c'est Taffliction ; l'eau de purification, c'est la componction. » Troisièmement c'est un remède. Voici ce que le même Bernard dit : « Ce nom de Jésus est encore un remède. En effet rien comme lui ne calme l'impétuosité de la colère, ne déprime l'enflure de l'orgueil, ne guérit les plaies de l'envie, ne repousse les assauts de la luxure, n'éteint la flamme de la convoitise, n'a-
paise la soif de l'avarice et ne bannit tous les désirs honteux et déréglés. » Quatrièmement, c'est une lumière, dit- il: « D'où croyez-vous qu*ait éclaté sur l'univers entier la si grande et si subite lumière de la foi, si ce n'est de la prédication du nom de Jésus ? C'est ce nom que Paul portait devant les nations et les rois comme un (lambeau sur un candélabre. « En outre ce nom est d'une bien grande suavité. « Si vous écrivez un livre, dit saint Bernard, je ne suis pas content si je n'y lis Jésus ; si vous discutez, si vous conférez, je ne suis pas content, si je n'entends nommer Jésus. )> Et Richard de Saint- Victor : « Jésus, dit-il, est un nom suave, un nom délectable, un nom qui conforte le pécheur, et un nom d'un bon espoir. Eh bien donc, Jésus, soyez-moi Jésus. » Secondement c'est un nom d'une grande vertu. Voici les paroles de Pierre de Ravesne : « Vous lui imposerez le nom de Jésus, c'està-dire, le nom qui a donné aux aveugles la vue, aux sourds l'ouïe, aux boiteux lemarcher ; aux muets la parole, aux morts la vie, et la vertu de ce nom a mis en fuite toute la puissance du diable sur les corps obsédés. » Troisièmement, il est d'une haute excellence et sublimité. Saint Bernard : « C'est le nom de mon Sauveur, de mon frère, de ma chair, de mon sang; c'est le nom caché au siècle, mais qui a été révélé à la fin des siècles: nom admirable, nom ineffable, nom inestimable, etd'autant plusadmirable qu'il estincstimable, d'autant plus gracieux qu'il est gratuit. » Cenomde Jésus lui a été imposé par l'Eternel, par l'ange, par Joseph, son père putatif. En effet Jésus signifie Sauveur. Or, Sauveur se dit de trois manières : de la puissance de
sauver, de Taptitude à sauver, de Taction de sauver. Quant à la puissance, ce nom lui convient de toute éternité; à l'aptitude de sauver, il lui fut imposé ainsi par Fange et il lui convient dès le principe de sacotic;îption; à l'action de sauver, Joseph le lui imposa en raison de sa passion future, et la glose sur ces paroles, « vous l'appellerez Jésus », dit : Vous imposerez un nom qui a été imposé par l'ange ou par l'Eternel ; et la glose touche ici la triple dénomination qu'on vient d'établir. Quand on dit : vous imposerez le nom, on veut faire entendre la dénomination par Joseph ; quand on dit: qui a été imposé par l'ange ou par l'Eternel, on veut faire entendre les deux autres. Donc c'est à bon droit qu'au jour qui commence l'année, selon la constitution de Rome, la capitale du monde, au jour qui est marqué de la lettre capitale de l'alphabet * ; le Christ, le chef de l'Eglise est circoncis, qu'un nom lui est donné et qu'on célèbre le jour de l'octave de sa naissance.
Troisièmement, l'effusion du sang de J. -C. C'est aujourd'hui en effet que la première fois, pour nous, il a commencé à verser son sang, lui qui plus tard a voulu le répandre plus d'une fois. Car il a versé pour nous son sang à cinq reprises différentes : 1** dans la circoncision, et ce fut le commencement de notre rédemption ; 2*^ dans la prière (du jardin) où il manifesta son désir de notre rédemption; 3° dans la flagellation, et c »Ltc effusion fut le mérite de notre rédemption,
*Dans le calendrier, chaque jour de la seniaiue est distingué par une des sept premières lettres de l'alphabet, et le premier jour est manjuéde l'A capitale ou mjijuscule.
parce que nous avons été guéris par sa lividité; 4° dans la crucifixion, et ce fut le prix de notre rédemption, car il a payé alors ce qu'il n'a pas pris (Ps. lxviii, 5) ; 5® dans l'ouverture de son côté, et ce fut le sacrement de notre rédemption. En effet, il en est sorti du sang et de Teau, ce qui figurait que nous devions être purifiés par l'eau du baptême, lequel devait tirer toute son efficacité du sang de J.-C.
Quatrièmement enfin, le signe de la circoncision que J.-G. a daigné recevoir aujourd'hui. Or, le Seigneur voulut être circoncis pour beaucoup de motifs. 1* Pour lui-même, afin de montrer qu'il avait pris véritablement une chair d'homme. Il savait du reste qu'on devait soutenir qu*il avait pris non pas un vrai corps, mais un corps fantastique, et c'est pour confondre cette erreur qu'il a voulu être circoncis et répandre alors de son sang ; en effet un corps fantastique ne jette pas de sang. 2" Pour nous-mêmes, afin de nous montrer l'obligation de nous circoncire spirituellement. Selon saint Bernard, « il y a deux sortes de circoncision qui doivent être faites par nous, rextérieure dans la chair et rintérieure dans l'esprit. La circoncision extérieure consiste en trois choses : dans notre manière d'être, afin qu'elle ne soit pas singulière; dans nos actions, pour qu'elles ne soient pas répréliensihies ; dans nos discours, afin qu'ils n'encourent pas le mépris. Semblablement, l'intérieure consiste en trois choses : savoir, dans la pensée, pour qu'elle soit sainte, dans l'affection pure, dans l'intention » (Saint Bernard;. Par un autre motif, il a voulu être circoncis pour nous sauver. De même en effet que l'on cautérise un miMuhre afin de
g-uérir tout lecorps, demêmeJ.-C. a voulu supporter la cautérisation de la circoncision pour que tout le corps mystique fûtsauvé(Coloss., II). « Vous avez été circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite de main d'homme, mais qui consiste dans le dépouillement du corps charnel, c'est-à-dire de la circoncision de J.-C. ; » la glose ajoute, dans le dépouillement des vices, comme par une pierre très aiguë, « or, la pierre était le Christ. » Dans l'Exode (iv, 25) on lit : « Séphora prit aussitôt une pierre très aiguë, et circoncit le prépuce de son fils. » Sur quoi la glose donne deux explications. La première : vous avez été circoncis, dis-je, d'une circoncision qui n'est pas faite de main d'homme, c^està-dire que ce n'est pas œuvre d'homme, mais œuvre de Dieu, c'est-à-dire circoncision spirituelle. Cette circoncision se fait par le dépouillement du corps charnel, savoir, le dépouillement de la chair de l'homme, c'est-à-dire des vices et des désirs charnels, d'après le sens qu'on attribue au mot chair, dans ce passa<;e de saint Paul (I Corinth., viii) : « La chair et le saiiç ne posséderont pas le royaume de Dieu, etc.. » Vous clés, dis-je, circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite par la main, mais d'une circoncision spirituelle. La deuxième explication de la glose est celle-ci : vous avez été circoncis, dis-je, en J.-C, et cela d'une circoncision qui n'est pas faite par la main, c'est-à-dire d'une circoncision légale : cette circoncision qui vient (le la main, se fait dans le dépouillement du corps charnel, savoir, du corps qui est chair, c'est-à-dire de la peau de la chair qui est enlevée dans la circoncision légale. Vous n'êtes pas, dis-je, circoncis de
cette .circoncision, mais de la circoncision de J.-C, c'est-à-dire spirituelle, dans laquelle tous les vices sont retranchés. Aussi on libdans saint Paul aux Romains (il, 28) : « Le juif n'est pas celui qui Test au dehors, et la véritable circoncision n*est pas celle qui se fait dans la chair et qui n'est qu'extérieure ; mais le juif est celui qui Test intérieurement ; et la circoncision du cœur se fait par l'esprit et non selon la lettre de la loi ; et ce juif tire sa louange*, non des hommes, mais de Dieu. Vous avez été circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite de main d'homme par le dépouillement du corps charnel, mais de la circoncision de J.-C.w 3"* J.-C. a voulu être circoncis par rapport aux Juifs, afin qu'ils fussent inexcusables. Car s'il n'avait pas été circoncis, les Juifs auraient pu s'excuser et dire : Ce pourquoi nous ne vous recevons pas, c'est que vous n'êtes pas semblable à nos pères. 4** Par rapport aux démons, afin qu'ils ne connussent pas le invstère de l'incarnation. En effin, commu» la circoiicîsion était faite contre le péché originel, le diahk^crul que J.-C, qui était circoncis lui-même, était un pécheur semblable aux autres, [)iiisqu'il avait besoin du remède de la circoncision. C'est pour cela aussi qu'il a voulu que sa mère fût mariée, quoiqu'elle soit toujours restée vierge. 3* Pour accomplir toute justici». Car, de même qu'il a voulu être baptisé pour accouiphr toute justice, c'est-à-ilire toute humilité, laquelle consiste à se soumettre à moindre que soi, de même aussi il a voulu être circoncis afin de nous offrir un modèle d'humilité, puisque lui, l'auteur et le maître de la loi, a voulu se soumettre à la loi. Cf Pour ap-
prouver la loi mosaïque qui était bonne et saiote, et qui devait être accomplie, parce qu'il n'était pas venu détruire la loi, mais l'accomplir. Et saint Paul a dît aux Romains (xv, 8) : « Je vous déclare que J.-C. a été le ministre des circoncis afin que Dieu fût reconnu véritable par l'accomplissement des promesses faites à leurs pères. »
Quant aux raisons pour lesquelles la circoncision se faisait le huitième jour, on peut en assigner un i^rand nombre. 1° Selon le sens historique ou litt^Sral. D'après le rabbin Moïse, profond philosophe et théologien, quoique juif, Tenfant, dans les sept jours qu5 suivent sa naissance, a les chairs aussi molles qu'il les avait dans le sein de sa mère, mais à huit jours il s'est fortifié et affermi, et c'est pour cela, ajoute-t-il, que le Seigneur n'a pas voulu que les petits enfants fussent circoncis, de peur qu'à cause de cette trop grande mollesse, ils ne fussent par trop blessés ; et il n'a pas voulu que la circoncision eût lieu plus tard que le huitième jour, pour trois causes que ce philosophe énumère : 1° afin d'éviter le péril de mourir auquel aurait pu être exposé l'enfant, si on l'avait différée davantage; 2° pour épargner la douleur à l'enfant : dans la circoncision, en effet, celte douleur est très vive; aussi le Seigneur a-t-il voulu que la circoncision se fît alors que l'imagination des enfants est peu développée pour qu'ils en ressentissent une moindre douleur ; 3" pour épargner du chagrin aux parents, car comme la [>lupart des petits enfants mouraient de la circoncision, s'ils avaient été circoncis quand ils seraient devenus grands et qu'ils en fussent morts, le chagrin des pa-
^nls eût été plus grand que s'ils eussent succombé à Wt jours seulement. 2* Selon le sens anag^ogique ou céleste. La circoncision avait lieu au huitième jour pour donner à comprendre que dans l'octave de la résurrection, nous serions circoncis de toute peine et misère. Et d'après cela, ces huit jours seront les huit âges : le !•' d'Adam à Noë ; le 2** de Noë à Abraham ; le 3* d'Abraham à Moïse ; le 4** de Moïse à David ; le 5* de David à J.-C. ; le 6* de J.-C. à la fin du monde ; le 7« de la mort ; le 8* de la résurrection. Ou bien encore par les huit jours, on entend les huit qualités que nous posséderons dans la vie éternelle et que saint Augustin énumèrc ainsi : «Je serai leur Dieu, c'est-àdine, je serai ce qui les rassasiera. Je serai tout ce qu'on peut honnêtement désirer : vie, salut, force, abondance, gloire, honneur, paix et tout bien. Parles ^P* jours, on entend encore l'homme composé du corps et deFâme. llya quatre jours qui sont les quatre élé- ^^nis dont se compose lecorps, elles trois jours sont les trois puissances de Tàmc qui sont le concupiscibic, 1 ^^ascibleetlerationnel.L'lïomme donc qui maintenant ^ '^s sept jours, dès lors qu*il sera conjoint avec Puni lé de l'élernelle incommutabililé, aura alors huit jours, et dans ce huitième jour, il sera circoncis et délivré de toute peine el de tonte roulp(». 3'' Selon le sens Iropolog^iqne ou moral, d'après IcmiucI les huit jours peuvent être expliqués de diverses manières. Le premier peut être la connaissance du péché, d'a[)rès le PsaliTiiste : (( Voici que je connais mon inirjuité » (Ps.l). Le second c'est le bon propos de quitter le mal et de faire le bien; il est indiqué [)ar Tenfanl pro(lit;ue (pii
dit : « Je me lèverai et j'irai à mon père. » Le troisième c'est la honte du péché, sur quoi l'apôtre dit : « Quel fruit avez -vous donc retiré de ce qui vous fait maintenant rou^^ir. » Le quatrième, c'est la crainte du jugement futur. « J'ai craint Dieu comme des flots suspendus au-dessus de moi » (Job), a Soit que je^ man«^e, soit que je boive, soit que je fasse quelque autre chose, il me semble toujours entendre résonner à mes oreilles, cette parole : « Levez-vous, morts, et vec( nez au jugement » (Saint Jérôme). Le cinquième, c'est la contrition, ce qu'a dit Jérémie (vi, 26) : « Pleurez comme une mère qui pleure son fils unique. » Le sixième, c'est la confession (Ps. xxxi, 5) : « J'ai dit : je confesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur. » Le septième, c'est l'espoir du pardon. Car ({uoique Judas eût confessé son péché, il ne l'a cependant pas fait avec espoir de pardon, aussi n'a-t-il pas obtenu miséricorde. Le huitième, c'est la satisfaction : et ce jour-là, l'homme est circoncis spirituellement, non seulement de la coulpe, mais encore de tout châtiment. Ou bien les deux premiers jours sont la douleur de Faction du péché et le désir de s'en corriger : les deux suivants, de confesser le mal que nous avons fait et le bien que nous avons omis ; les quatre autres sont la prière, l'effusion des larmes, Taflliction du corps et les aumônes. Ces huit jours peuvent fournir encore huit considérations sérieuses pour détruire en nous toute volonté de pécher ; en sorte qu'une seule opérera une grande abstinence. Saint Bernard en énu- Hière sept en disant : « Il y a sept choses qui sont de l'essiMicc de l'homme; s'il les considérait, il ne pé-
cherait jamais^ savoir, une matière vile, une action bonleuse, un effet déplorable, un état chancelant, une mort triste, une dissolution misérable et une damnation détestable. La huitième peut offrir la considération d'une gloire ineffable. » 4* Selon le sens allégorique ou spirituel. Alors cinq jours seront les cinq livres de Moïse, qui contiennent la loi, les deux autres seront les prophètes et les psaumes ; le huitième jour sera la doctrine évangélique. Mais dans les sept premiers jours, il n'y avait pas circoncision parfaite, tandis que dans le huitième, il se fait une circoncision parfaite de toute coulpe et de toute peine ; c'est maintenant Tobjet de notre espérance, mais enfin elle sera réalisée. Quels motifs a-t-on pu avoir en circoncisant ? On en assigne six que voici : « caustique, signe, mérite, remède, figure, exemple. >j
Quant à la chair de la circoncision du Seigneur, un ange l'apporta, dit-on, à Charlemagne qui la déposa avec honneur à Aix-la-Chapelle dans l'église de Sainte- Marie. 11 l'aurait portée plus tard à Charroux*, et elle serait maintenant à Rome dans Téglise qu'on appelle le Saint des Saints, où Ton voit cette inscription : « Ici se trouvent la chair circoncise de J.-C, son nombril et ses sandales. » C'est ce qui fait qu'il y a une station au Saint des Saints. Si tout cela est vrai, il faut avouer que c'est bien admirable. Car comme la chair est vraiment de la nature humaine, nous croyons que, J.-C. ressuscitant, elle est retournée à son lieu avec gloire. Cette assertion serait vraie
* //is foire acholast., Ev. c. vi, note.
dans Topinion de ceux qui avancent que cela appartient seulement à la nature humaine véritable reçue d'Adam, et celle-ci ressuscitera seule. Il ne faut pas passer sous silence qu'autrefois les païens et les gentils se livraient en ces calendes à bon nombre de superstitions que les saints eurent de la peine à extirper même parmi les chrétiens, et dont saint Augustin parle en un sermon. « On croyait, dit-il, que Janus était Dieu ; on lui rendait de grands honneurs en ce jour : il était représenté avec deux visages, l'un derrière et l'autre par-devant, parce qu'il était le terme de l'année passée et le commencement de la suivante. En outre, en ce premier jour, on prenait des formes monstrueuses ; les uns se revêtaient de peaux d'animaux, d'autres mettaient des têtes de bêtes, et ils prouvaient par là qu'ils n'avaient pas seulement l'apparence de bêtes, mais qu'ils en avaient le fonds. D'autres s'habillaient avec des vêtements de femmes, sans rougir de fourrer dans les tuniques des femmes des bras accoutumés à porter l'épéc. D'autres observaient si scrupuleusement les augures, que si quel-^ qu'un leur demandait du feu de leur maison ou clamait un autre service, ils ne le lui accordaient pai On se donne encore et on se rend mutuellement d< étrcnnes diaboliques. D'autres font préparer des table=>â splendides pendant la nuit, et les laissent servies daiiL 9 la croyance que, pendant toute l'année, leurs repas auront toujours la même abondance. » Saint Augustin ajoute : « Celui qui veut observer en quelque point la coutume des païens, il est à craindre que le nom de chrétien ne lui serve à rien. Car celui qui met de la
l'Epiphanie du seigneur 147
condescendance pour partag'cr les jeux de quelques insensés, ne doit pas douter qu'il ne participe à leur péché. Pour vous, mes frères, qu'il ne vous suffise pas de ne pas commettre cette faute, mais partout où vous là verrez commettre, reprenez, corrigez et châtiez. » (Saint Augustin.)
L'Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd'hui, les Mages adorent J.-C, Jean- Baptiste le Sauveur, J.-C. change l'eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l'étoile, les Mages vinrent le trouver, d'où vient le nom de Epiphanie, epiy au-dessus, phanoSy apparition, ou bien parce que l'étoile apparut d'en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu'il atteignait trente ans, parce qu'il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d'après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l'Eglise romaine ; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de TheoSy Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta : le Père dans la voix qui se fit entendre, le
Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous Tapparen d'une colombe. Le même jour, un an après, alors qu avait trente ou trente et un ans, il changea Teau « vin : d'où vient le nom de Bethanie, de beth, maiso parce que, p^r un miracle opéré dans une maiso il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, unj après, comme il avait trente et un ou trente-deux a et treize jours, il rassasia cinq mille hommes av cinq pains, d'après Bède, et cette hymne qu'on chan en beaucoup d'églises et qui commence par ces mot Illuminans alUssimum *. De là vient le nom de Ph giphanie de phagê manger, bouchée. Il y a doute si quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant pai qu'on ne le trouve pas ainsi en l'original de Bèd tant parce qu'en saint Jean (vi) au lieu où il par de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques éta proche. » Cette quadruple apparition eut donc li( aujourd'hui. La première par l'étoile sur la crèche la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jou dain ; la troisième par le changement de l'eau en v au repas et la quatrième par la multiplication d pains dans le désert. Mais c'est principalement la pr mière apparition que l'on célèbre aujourd'hui, aii nous allons en exposer l'histoire.
Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinre à Jérusalem. Leur nom latin c'est Appellius, Amérii) Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Mj galat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, M< chior. Mais qu'étaient ces mages ? Il y a là-dess
* Brèf^iatre mocarahe
l'Epiphanie du seigneur i49
trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. EnefFet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c'est-à-dire trompeurs, de ce qu'ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l'Evangile, au sujet d'Hérode : « Voyant qu'il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu'ils tirent leur nom de là. D'après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seig'neur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l'espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c'est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n'y était point né. Remigius* en donne quatre raisons. La première, c'est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n'en ont pas connu le Heu: or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu'un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n'est dans une cité royale. La deuxième, c'était pour connattre plus tôt le lieu de la naissance, puisqu'il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes. La Iroi-
• Moine d'Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, lïomél. vu. I. iO*
sième, pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c'est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l'empressement des Mages devînt la condamnation de l'indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre: les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs deBalaam: ils sont venus en voyant l'étoile, d'après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d'Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s'accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d'entre eux, et si Tun venait à mourir, son fils ou l'un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l'étoile prédite par Balaam. Une fois, c'était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu'ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d'un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : c< Hâtezvous d'aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l'y trouverez. » Ils se mirent
l'Epiphanie du seigneur loi
aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c'est-à-dire de TOrient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire^ avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient^ a bien pu les conduire si vite, ou bien Ton peut croire^ avec saint Jérôme, qu'ils vinrent sur des dromadaires, espèce d'animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu'un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l'appelle dromadaire, dromos course, ares courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s'il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu'un leur avait dit : « D'où savez-vous que ce roi est né ? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l'Orient el nous sommes venus l'adorer ; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l'avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l'Orient, c'est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant : « Nous sommes venus l'adorer. » Il a été en effet ordonné de n'adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs : 1^ dans la crainte que
152 LA LKGENDE DORÉE
les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étrang'er. Ce qui fait dire à saint Chrysoslome : « De même qu'un rameau placé en haut d'un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2** Dans la crainte qu'il ne soit inculpé par les Romains, si quelqu'un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. S'* Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En efl*et, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : !• parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter le roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes ; 3*^ parce que comme le choc des vents agite l'eau, ainsi les rois se battant l'un contre l'autre, le peuple est troublé, et c'est pour cela qu'ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C'est la raison que donne saint Chrysostome.
Alors Ilérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c'était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s'informa auprès d'eux de Pinstant auquel l'étoile leur était apparue, pour savoir ce qu'il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu'après avoir trouvé Tenfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui
l'Epiphanie du seigneur 153
qu'il voulait tuer. Or, remarquez qu'aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l'étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1*"* pour qu'ils soient forcés de s'enquérir du lieu de la naissance de J.-G. ; afiii par là d'être assurés de cette naissance, tant à cause de l'apparition de l'étoile qu'à cause de l'assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2® parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3* parce que les signes ont été, d'après l'apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c'est pour cela qu'un signe fut donné aux Mages, alors qu'ils étaient infidèles; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu'ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu'ils furent sortis de Jérusalem, l'étoile les précédait, jusqu'à ce qu'arrivée au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'arrêta. De quelle nature était cette étoile ? il y a trois opinions, rapportées par Remiijius en son orig-inal. Quelques-uns avancent que c'était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard sur le Seigneur après son baptême, sous la forme d'une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d'une étoile. D'autres disent, avec saint Clirysostome, que ce fut l'ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages: aux bergers en leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c'est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu'après avoir accompli son
ministère, elle revînt à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1® en situation, parce qu'elle n'était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d'air voisin de la terre ; 2* en éclat, parce qu'elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l'éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3® en mouvement, parce qu'elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n'avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animal et progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2* chapitre de saint Mathieu : « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1*"® elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l'être. La 2* dans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (i, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3« dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.
Or, lorsqu'ils virent l'étoile, ils ressentirent une trè grande joie. Observez que celle étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c'est une étoile matérielle, une éloile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubslantielle. La première, lamalérielle, ils la virent en Orient ; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur cœur, car si cette étoile, c'esl-à-dire, la foi, n'avait
pas projeté ses rayons dans leur cœur, jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l'humanité du Sauveur, puisqu'ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. )> Ils eurent la foi en sa divinité puisqu'ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l'adorer. » La troisième, l'étoile intellectuelle, qui est l'ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l'ange de ne pa^ revenir vers Hérode. Mais d'après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l'hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C, qu'ils virent dans la crèche ; c'est de ces deux dernières qu'il est dit : a En entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère... » etc. Et chacune d'elles est appelée étoile : la 1" par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2® dans l'Ecclésiastique (xLiii, 10) : « La beauté du ciel, c'est-à-dire de l'homme céleste, c'est l'éclat des étoiles, c'est-à-dire des vertus. » La 3* dans Baruch (m, 34) : « Les étoiles ont répandu leurlumière chacune en sa place, et elles ontété dans la joie. » La i^ par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5® dans l'Apocalypse (xxii, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l'étoile brillante, et l'étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie ; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d'une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d'une très grande joie. Ou
bien ainsi que dit la glose : c( Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n'est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu'on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par Texagération de ces expressions, i'évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu'ils ont retrouvées que de celles qu'ils ont toujours possédées.
Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l'enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun off^rit ces présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s'écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux 1 O bienheureuse chaumière I ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ^ ce n'est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! J ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi cou— « vert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps. * qui a pour couche délicate une dure crèche, pour pla:^ fond doré, un toit de chaume tout noir, mais décor i par l'obéissance d'une étoile! Je suis saisi quand j^ vois les lampes et que je regarde les cieux; je suÎ5 enflammé, quand je vois dans une crèche un mendias^ plus éclatant encore que les astres. » Et saint Bernard: « Que faites-vous ? vous adorez un enfant à la mamelle
dansune vile étable? Est-ce qucc'est un Dieu?Que faitesvous ? Vous lui ofl^rez de l'or? Est-ce donc un Roi ? Où
donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c'est Tétable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie ? Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voîci ce que dît encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L'enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales. Dieu est adoré. C'est pourquoi la dignité de la puissance n'est pas perdue, puisque l'humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l'excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit sur l'épître aux Hébreux: « Regardez le berceau de J.-C, voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent ; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l'étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d'en haut : il est plongé dans l'eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c'est le Saint-Esprit dans la colombe. »
Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1® C'était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s'approcherait d'un dieu ou d'un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d'offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu'il est dit en VHisloire sch(h
las tique i vinrent des confins de la Perse et de la i dée, où coule le fleuve de Saba, d'où vient le no Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de Bernard : « Ils offrirent de l'or à la sainte V pour soulag^er sa détresse, de l'encens, pour chas! puanteur de Tétable, de la myrrhe pour fortifie membres de Tenfant et pour expulser de hideu sectes. 3® Parce que avec l'or se paie le tribut, cens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les no Par ces trois présents, on reconnaît dans le C la puissance royale, la majesté divine, et la mor humaine, i*» Parce que l'or signifie l'amour, l'encc prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et devons les offrir tous troisàJ.-C. 5* Parce que pa trois présents sont signifiées trois quali tés de J.-C. divinité très précieuse, une àme toute dévouée, e chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaiei core prédites par ce qui se trouvait dans l'arche liance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la de J.-C. qui est rcssuscitée ; au Psaume : « Ma cl refleuri »; dans les tables où étaient gravés Icscom déments, Tâmc dans laquelle sont cachés tous le sors de la science et de la sagesse de Dieu; dai manne, la divinité qui a toute saveur et toute su; Par Tor, donc, qui est le plus précieux des métau: entend la divinité très précieuse ; par l'encens, très dévouée, parce que Tencens signifie dévoti prière (Ps.) : «Que ma prière monte comme l'enci Par la myrrhe qui est un préserv^atif de corru[ la chair qui ne fut pas corrompue. Les Mages, a^ en songe de ne pas revenir chez Hérode, retourn
SAINT PAVL, EHHITE
par un autre chemin en leur paya. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l'étoile ; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par des prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l'ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c'est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps, d'abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évéque de Milan; mais l'empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l'objet de la dévotion et des hommages du ' peuple.
Paul, premier ermite, au témoignage de saint Jérdm e qui a écrit sa vie, se retira, pendant la persécution violente de Dècef dans un vaste désert où il demeura 60 ans, au fond d'une caverne, tout à faitinconnuedes hommes. Ce Dèce, qui eut deux noms, pourrait bien être Gallienqut commença à régner l'an du Seigneur 236. Saint Paul voyant donc les chrétiens en butte à toutes sortes de supplices, s'enfuit au désert. A la même époque, en effet, deux jeunes chrétiens sont pris, l'un d'eux a tout le corps enduit de miel et est exposé sous l'ardeur du soleil aux piqûres des mouches.
160 LA LKGKNDE DORÉë
des insectes et des guêpes ; Tautre est mis sur un lit des plus mollets, placé dans un jardin charmant, où une douce température, le murmure des ruisseaux, le chant des oiseaux, Todeurdes fleurs étaient enivrants. Le jeune homme est attaché avec des cordes tissées de la couleur des fleurs, de sorte qu'il ne pouvait s*aider ni des mains, ni des pieds. Vient une jouvencelle d'une exquise beauté, mais impudique, qui caresse impudiquement le jeune homme rempli de l'amourde Dieu. Or, comme il sentait dans sa chair des mouvements contraires à la raison, mais qu'il était privé d'armes, pour se soustraire à son ennemi, il se coupa la langue avec les dents et la cracha au visage de cette courtisane : il vainquit ainsi la tentation par la douleur, et mérita un trophée digne de louanges. Saint Paul effrayé par de pareils tourments et par d'autres encore, alla au désert. Antoine se croyait alors le premier des moines qui vécût en ermite ; mais averti en songe qu'il y en a un meilleur que lui de beaucoup, lequel vivait dans un ermitage, il se mit à le chercher à travers les forêts ; il rencontra un hippocentaure : cet être moitié homme, moitié cheval, luiindiqua qu'il fallait prendre à droite. Bientôt après, il rencontra un animal portant des fruits de palmier^ dont la partie supérieure du corps avait la figure d'un homme et la partie inférieure, la forme d'une chèvre. Antoine le conjura delà part de Dieu de lui dire qui il était ; l'animal répondit qu'il était un satyre, le Dieu des bois, d'après la croyance erronée des gentils. Enfin il rencontra un loup qui le conduisit à la cellule de saint Paul. Mais celui-ci ayant deviné que c'était Antoine
SAINT PAl'L ERMITE 161
nui venait, ferma sa porte. Alors Antoine le prie de lui ouvrir, Fassurant qu*il ne s'en ira pas de là, mais qu'il y mourra plutôt. Paul cède et lui ouvre, et aussitôt ils se jetèrent dans les bras l'un de Faulre en s'embrassant. Quand l'heure du repas fut arrivée, un corbeau apporta une double ration de pain : or, comme Antoine était dans l'admiration, Paul répondit que Dieu le servait tous les jours de la sorte, mais qu'il avait doublé la pitance en faveur de son liAte. Il y eut un pieux débat entre eux pour savoir qui était le plus digne de rompre ce pain : saint Paul voulait déférer cet honneur à son hôte et saint Antoine à son ancien. Enfin ils tiennent le pain chacun d'une main et le partagent également en deux. Saint Antoine, à son retour, était déjà près de sa cellule, quand il vit des anges portant l'âme de Paul, il s'empressa de revenir, et trouva le corps de Paul droit sur ses genoux fléchis, comme s'il priait ; en sorte qu'il le pensait vivant ; mais s'étant assuré qu'il était mort, il dit : u 0 sainte âme, tu as montré par ta mort ce que tu étais dans ta vie. )) Or, comme Antoine était dépourvu de ce qui ëtail nécessaire pour creuser une fosse, voici venir deux lions qui en creusèrent une, puis s'en retournèrent à la foret, après rinlaiination. Antoine prit à Paul sa tunique tissue avec du palmier, et il s'en revêtit dans la suiteauxjoursdesolennite.il moiinil environ l'an 287.
On dit Rcmigius de remi qui signifie paissant et giat, terre, comme paissant les habitants de la terre. Ou bien Remigius vient de r«mi, berger, et ^j^oit combat, pasteur qui combat. II nourrit son troupeau de la parole dans la prédication, de l'exemple dans la conversation, et de suffrages dans la prière. II y a trois sortes d'armes, la défensive comme le bouclier, l'offensive comme l'épée et la préservative comme la cuirasse ou le casque. II lutta donc contre le diable avec le bouclier de la foi, l'épée de la parole de Dieu, et le casque de l'espérance. Sa vie fut écrite par Hincmar, archevêque de Reims.
Remi, docteur illustre et confesseur glorieux du Seigneur, eut sa naissance prédite comme il suit par un ermite. Les Vandales avaient ravagé toute la France, et un saint reclus aveugle adressait de fréquentes prières au Seigneur pour la paix de l'Eglise gallicane, quand un ange du Seigneur lui apparut et lui dit : (( Apprends que la femme, appelée Cilinie, enfantera un fils du nom de Remi ; il délivrera sa nation des incursions des méchants. » A son réveil, il courut immédiatement à la maison de Cilinie et raconta sa vision. Comme elle n'en croyait rien à raison de sa vieillesse, il répondit : « Quand tu allaiteras ton enfant, lu oindras avec soin mes yeux de ton lait cl aussitôt tu me rendras la vue. » Toutes ces choses étant ainsi arrivées successivement, Remi quitta le monde et sVjiferma dans la retraite. Sa réputation grandit, et à Tàge de 22 ans, il fut élu, par le peuple,
GiTgoire de Touvsy pa^sim^ lliiicinar.
archevêque de Reims. Or, sa mansuétude était telle que les oiseaux venaient jusque sur sa table manger dans sa main les miettes du repas. Ayant reçu l'hospitalité pendant quelque temps chez une matrone possédant une modique quantité de vin, Rémi entra dans le cellier, fit le signe de la croix sur le tonneau, se mit en prières, et aussitôt le vin monta, de telle sorte qu'il se répandait au milieu du cellier. Or, en ce temps-là, Clovis, roi de France, était gentil et il n'avait pu être converti par son épouse qui était très chrétienne; mais quand il vit venir contre lui une armée innombrable d'Allemands, il fit vœu au Seigneur-Dieu qu'adorait sa femme, de recevoir la foi de J.-C, s'il lui accordait la victoire sur ses ennemis. Il Tobtint à son souhait; il alla donc trouver saint Rémi et lui demanda le baptême. Quand on vint aux fonts baptismaux, il ne s'y trouvait pas de saint chrême, mais voici qu'une colombe apporta, dans son bec, une ampoule avec du chrênie, dont le pontife oignit le roi. Or, cette ampoule est gardée dans l'église de Reims, et les rois de France en ont été sacrés jusqu'aujourd'hui. Longtemps après, Guénebauld, homme de grande prudence, sVtant marié à la nièce de saint Rémi, les deux époux se délièrent mutuellement paresprit de n*ligion, et Guénebauld fut ordonné évêque de Laon par saint Rémi. Mais comme Guénebauld laissait trop souvent venir sa femme chez lui pour l'instruire, dans ces fréquents entretiens, son esprit se laissa enflammer de concupiscence et tous les deux tombèrent dans le péché. Sa femme conçut et enfanta un fils ; elle en instruisit Tévêque, et celui-ci, tout confus, lui fit dire: « Puisque
Tenfant a été acquis par larcin, je veux qu'il soit a[>pelé Larron. » Or, afin qu'aucun soupçonne se fît jour, Guénebault laissa venir sa femme chez soi comme auparavant; mais quand ils eurent pleuré leur péché premier, ils tombèrent encore dans une nouvelle faute. Après avoir donné le jour à une fille et l'avoir mandé à l'évèque, celui-ci répondit : « Appelez cette fille Renarde. » Enfin revenu à lui, Guénebault alla trouver saint Rémi, et, se jetant à ses pieds, il voulut ôter son étole de son cou. Saint Rémi l'en empêcha et ayant appris de sa bouche les malheurs dans lesquels il était tombé, il le consola avec douceur, l'enferma dans une étroite cellule l'espace de sept ans, et luimême içouverna son église dans l'intérim. La septième année, le jour de la cène du Seigneur, Guénebault était en oraison lorsqu'un ange lui apparut, lui déclarant que son péché était pardonné et lui commandant de sortir de sa retraite. Comme il répondait : « Je ne puis, car mon seigneur Rémi a fermé la porte et Ta scellée de son sceau, » l'ange lui dit : « Afin que vous sachiez que le ciel vous est ouvert, votre cellule va être ouverte sans que le sceau soit rompu. » Il parlait encore que la porte s'ouvrit. Alors Guénebault se jetant en travers de la porte, les bras en forme de croix, dit : <( Quand bien même mon Seigneur J.-C. viendrait ici pour moi, je n'en sortirai pas, à moins que mon seigneur Remî qui m'y a enfermé n'y vienne. » Sur l'avis de Tange, saint Rémi vint à Laon et rétablit Guénebauld sur son siège. Il persévéra dans les bonnes œuvres jusqu'à sa mort, et il eut pour successeur son fils Larron, qui fut saint aussi. Enfin saint Rémi,
tout éclatant de verlus, reposa en paix Tan 300 du Seigneur. En ce jour, on célèbre le natalice de saint Hilaire, évèque de la ville de Poitiers.
Hilaîre vient d'hilarité, parce qu'il servit Dieu avec un cœur plein de joie. Ou bien Hilaire vient de altus, haut, élevé, et ares vertu, parce qu'il fut élevé en science et en vertu, durant sa vie. Hilaire viendrait encore de hylè, qui veut dire matière primordiale, qui fut obscure, et en effets dans ses œuvres, il y a grande obscurité et profondeur.
Hilaire, évèque de Poitiers, originaire du pays d'Aquitaine, brilla, comme Lucifer, entre les astres. Tout d'abord il fut marié et eut une fille ; mais il menait la vie d*un moine sous des habits laïcs ; il était avancé en âge et en science, quand il fut élu évèque. Or, comme le bienheureux Hilaire préservait, non seulement sa ville, mais toute la France, contre les hérétiques, à la suggestion de deux évoques (jui s'étaient laissé gâter par Thérésie, il fut relégué en exil, avec saint Eusèbe, évèque de Verceil, par Tempereur fauteur des hérétiques. Enfin, comme Tarianisnie jetait partout des racines, et que liberté avait été donnée par l'empereur aux évèques, de se réunir et de discuter sur les vérités de la foi, saint Hilaire étant veiui, à la requête des susdits évècjues qui mt pouvaient supporter «on éloquence, il fut forcé de revenir à Poi-
*^ Bréviaire, sa vie.
166 LA LÉGKNDE DORÉE
liers. Or, ayant abordé à Vile de Gallînarîe *, qui était pleine de serpents, dès en y descendant, il mit par son rei^ard, ces reptiles en fuite ; il planta un pieu au milieu de l'île, et ils ne purent le franchir, comme si celte partie d'île eût été une mer et non la terre. A Poitiers, par ses prières, il rendit la vie à un enfant mort sans baptême. En effet il resta prosterné sur h poussière jusqu'à l'instant où l'un et l'autre se levèrent, le vieillard de sa prière et l'enfant des bras de la mort. Apia, sa fille, voulant se marier, Hilaire, son père, l'instruisit et l'affermit dans le dessein de sauvegarder sa virginité. Au moment où il la vit bien résolue, craignant qu'elle ne variât dans sa conduite, il pria IcSeîgneur avec grande instance de la retirer à lui de la vie de ce monde : et il en fut ainsi, car peu de jours après, elle trépassa dans le Seigneur. Il l'ensevelit de ses [)ropres mains; en voyant cela, la mère d^Apia pria ri'»vèque de lui obtenir ce qu'il avait obtenu pour sa tille, il le fit encore, car, par sa prière, il l'envoya par avance dans le royaume du ciel.
En ce temps-là, le pape Léon, corrompu par la perfidie des hérétiques, convoqua un concile de tous 1rs évèques, moins saint Hilaire qui y vint pourtant. Le pape, l'ayant su, ordonna que, à son arrivée, personne ne se lèverait, ni ne lui ferait place. Quand il fut entré, le pape lui dit : « Vous êtes Hilaire, Gaulois. » (( Je ne suis pas Gaulois, répondit Hilaire, mais de la Gaule ; c'est-à-dire je ne suis pas né dans In Gaule, mais je suis évéque dans la Gaule. » Le
Isololta ci'Arbcniça, potito île de la mer de Gênes.
pape reprit : « Eh bien ! si vous êtes Hilaire de la Graule, je suis, moi, Léon, le juçe et Tapostolique du si^e de Rome. » Hilaire dit : « Quand bien même vous seriez Léon, vous n'êtes pas le lion de la tribu de Juda, et si vous siégez en qualité de juge, ce n'est pas sur le siège de la majesté *. » Alors le pape se leva plein d'indignation en disant : « Attendez un instant, je vais rentrer et je vous dirai ce que vous méritez. » Hilaire reprit : « Si vous ne rentrez pas, qui me répondra à votre place ? » Le pape dit : « Je vais rentrer aussitôt, et j'humilierai ton orgueil. » Puis étant allé où les besoins de la nature l'appelaient, il fut attaqué de la dyssenterie et il mourut misérablement en rejetant tous ses intestins. Pendant ce temps, Hilaire voyant que personne ne se levait pour lui faire place, s'assit avec calme et patience par terre en disant les mots du Psautier : Uomini est ierrUy a la terre est au Seigneur, » et tout aussitôt, par la permission de Dieu, la terre sur laquelle il était assis s'exhaussa jusqu'à ce qu'il eût été aussi haut placé que les autres évêques. Quand l'on eut connu la mort misérable du pape, Hilaire se leva et confirma tous les évêques dans la foi catholique, et il les renvoya pleins de fermeté en leur pays. Mais ce miracle touchant la mort du pape Léon est douteux, car Y Histoire eccléxiaslique et V Histoire tripartite n'en font pas mention : d'ailleurs la chronique ne place pas un pape de ce nom à cette époque ; de plus saint Jérôme dit : que la sainte
• Jean Béleth rapporte ce propos dans son Hationale diviuorum officiorumy ch. cxxii.
168 L\ LKfiENDE DOREE
Eglise Romaine est toujours restée immaculée et res« tera toujours sans c^tre souillée par un hérétique. On pourrait cependant dire qu*il y a eu alors un pape de ce nom, mais qu'il n'a pas été canoniquement élu, et qu*il était tyranniquement intrus; ou même que c'était le pape Libère, fauteur de l'hérétique Constantin, qu'on aurait appelé Léon. Enfin après avoir fait une multitude de miracles, saint Hilaire, se sentant afFaibli et connaissant que sa mort était prochaine, appela auprès de lui le prêtre Léonce qu'il chérissait ten- >drenRMil ; et vers le déclin du jour, il le pria de sortir, en lui recommandant, s'il entendait quelque chose, de l'en instruire. Celui-ci obéit et revint annoncer <{u'il avait entendu des cris tumultueux dans la ville. Comme Léonce veillait en attendant son dernier soupir, à minuit Hilaire lui commanda encore de sortiretde lui rapporter ce qu'il entendrait. Ayant dit qu'il n'avait rien entendu, tout à coup une clarté extraordinaire, telle ([ue le prêtre ne la pouvait supporter, éclata auprès d'Hilaire, et comme elle s'affaiblissait insensiblement, le saint rendit l'esprit au Seigneur. II fleurit vers Tan 35(1, sous Constantin. La fête de ce saint tombe à l'octave de l'Epiphanie. Deux marchands possédaient en commun une certaine quantité de cire : l'un d'eux avait offert sa part à l'autel de saint Hilaire, l'autre ne voulant pas offrir la sienne. Aussitôt la cire se partagea; inie moitié resta au saint et l'autre revint à celui qui l'avait refusée.
SAINT MACIIÀIRE 169
Machaire vient de mâcha, çénie, et ares, vertu, ou de mâcha, percussion et no, maître. Il fut en effet ingénieux contre les tromperies du démon, vertueux dans sa vie ; il frappa son corps pour le dompter^ et il fut maître dans Texercice de la prélature.
L'abbé Machaire descendit à|ravers la solitude du désert et entra pour dormir dans un monument où étaient ensevelis des corps de païens; il en prit un qu'il mit sous sa tète en guise d*oreiller. Or, les démons, voulant Teffrayer, l'appelaient comme on fait à une femme, en disant : « Levez-vous et venez au bain avec nous. » Et un autre démon qui était sous lui comme s*il eût été dans le corps mort, disait: « J*ai un étranger sur moi, je ne puis venir. )> Machaire ne fut pas effrayé, mais il battait le cadavre en disant : « Lève-toi et va-t-en, si tu peux. » Et les démons, en entendant ces paroles, s'enfuirent en criant à haute voix: « Vous nous avez vaincus, Sei^^neur ! » Un jour l'abbé Machaire, traversant un marais pour aller à sa cellule, rencontra le diable qui portait une faux de moissonneur et qui voulait le fra[)per, sans pouvoir en venir à bout. Et il lui dit: « Machaire, tu me fais bien du mal, parce que je ne puis l'emporter sur toi. Et cependant vois, tout ce que tu fais, je le fais aussi : tu jeûnes et je ne mange absolument rien ; tu veilles, et moi je ne dors jamais. Il \\y a (piune chose en la-
• Tiré des Vtftv des Pères du déserf.
quelle tu me surpasses. » « En quoi? lui dit l'abbé. i> « C*est en humilité, répondit le diable; elle fait que je ne puis rien contre toi. » Comme les tentations venaient Fassaillir, il alla prendre un grand sac qu'il emplit de sable, le mit sur ses épaules et le porta ainsi nombre de jours à travers le désert. Théosèbe l'ayant rencontré, lui dit: « Père, pourquoi portezvous un si lourd fardeau ? » Il lui répondit : <k Je tourmente celui qui me tourmente. » L'abbé Machaire vit Satan passer sous la figure d'un homme couvert de vêtements de lin tout déchirés, et de chacun des trous, pendaient des bouteilles ; et il lui dit : « Où vas-tu? » «Je vais, répondit-il, faire boire les frères. » Machaire lui dit : « Pourquoi portes-tu tant de bouteilles? » Il répondit : « Je les porte pour les donner à goûter aux frères. Si l'une ne leur plaît pas, j'en offre une autre, voire une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu*il tombe à la bonne. » Et quand le diable revint, Machaire lui dit : « Qu'as-tu fait. » Il répondit: <( Ils sont tous des saints ; personne d'eux n'a voulu m'écouter, si ce n'est un seul qui s'appelle Théotite. » Machaire se leva aussitôt, et alla trouver le frère qui s'était laissé tenter, et le convertit par son exliortalion. Après quoi, Machaire rencontrant encore le diable lui dit : « Où vas-tu ? » « Chez les frères, répondit-il. » A son retour le vieillard, le voyant venir: « Que font-ils, les frères, dit-il? » Le diable: « Mal. » « Et pourquoi, dit Machaire? » « Parce que ce sont tous des saints, et le plus grand mal encore, c'est que le seul que j'avais, je l'ai perdu et c'est le plus saint de tous. » En entendant cela, le vieillard
SAINT MACUAIRE 171
rendit grâces à Dieu. — Un jour, saint Machaire trouva une tête de mort et, après qu'il eut prié, il lui demanda, de qui était la tète. Elle répondit, qu*il avait été païen. El Machaire lui dit : « Où est ton âme? » Elle répondit : « Dans l'enfer. » Comme il demandait s'il était beaucoup profond : Elle répondit que sa profondeur était éçale à la dislance qu'il y a de la terre au ciel. Machaire continua: « Y en a-t-il qui soient plus avant que toi? » a Oui, dit-il, les juifs. » Machaire: « Et au-dessous des juifs, y en a-t-il? » Le diable : « Les plus enfoncés de tous sont les faux chrétiens, qui, rachetés par le sang de J.-C, estiment comme rien une si précieuse rançon. » Comme il traversait une solitude profonde, à chaque mille, il fichait un roseau en terre, pour savoir par où revenir. Or, ayant cheminé pendant neuf jours, comme il se reposait, le diable ramassa tous les roseaux, et les plaça auprès de sa tête; aussi eut-il beaucoup de peine pour rentrer.
Un frère était singulièrement tourmenté par s(\s pensées, il se disait, par exemple, qu'il était inutile dans sa cellule, au lieu que s'il habitait parmi les hommes, il pourrait être utile à bien du monde.
Ayant manifesté ces pensées à Machaire, celui-ci lui dit : (( Mon fils, réponds-leur : « Voici ce (jue « je fais, je garde les murailles de cette cellule pour a l'amour de J.-C. » Un jour, avec la main, il tua un moucheron qui l'avait piqué; et beaucoup de sang sortait de la piqûre; il se reprocha d'avoir vengé sa propre injure, et resta tout nu six moisdaiis le désert, d'où il sortit entièrement couvert de [)laii's (jiie lui
avaient occasionnées les insectes. Après quoi, il mourut en paix et devint illustre par beaucoup de miracles.
SAINT FÉLIX SUR LE PINCIO
Félix est surnommé ?ii pinci, ou bien du Heu où il repose, ou des stylets avec lesquels on prétend qu'il souffrity car pinça signifie stylet.
On dit que sainl^ Félix était maître d'école, et que sa sévérité était par trop grande. Ayant été pris par les païens il confessa ouvertement J.-C. et fut livré à ses écoliers qui le tuèrent à coups de stylet et de poinçon. Cependant l'Eglise paraît croire qu'il ne fut pas martyr, mais confesseur. Toutes les fois qu'il était mené à une idole pour lui sacrifier, il soufflait dessus et à rinslant elle était renversée. On lit, dans une autre légende, que Maxime, évêque de Noie, fuyant la persécution, tomba parterre, saisi par la faim et la gelée. Félix lui fut envoyé par un ange; et comme il n'avait rien à lui donnera manger, il vit une grappe de raisin pendant à un églantier, il lui en exprima le jus dans la bouche, le mit sur ses épaules et l'emporta. Après la mort de Maxime, Félix fut élu évoque. S'étant livré ensuite à la prédication, il fut recherché par le persécuteur ; alors il se cacha dans des décombres de murailles en se glissant par un petit trou, et aussitôt des araignées conduites par la main de Dieu vinrent tendre leurs toiles sur celle ouverture. Les persécuteurs, qui les aperçoivent, jugent qu'il n'y a là personne et
SAINT FÉLIX SUR LE PINCIO 173
passent outre. Félix s*en vint de là en un autre lieu où il fut nourri pendant trois mois par une veuve dont il ne regarda jamais la figure. Enfin le calme ayant été rendu, il revint à son église et il y reposa en paix. Il fut enseveli auprès de la ville dans un lieu appelé Phi" cis. Il avait un frère, comme lui nommé Félix. Comme on le forçait aussi d^adorer les idoles, il dit : « Vous êtes les ennemis de vos dieux, car si vous me conduisez vers leurs images, je soufflerai sur eux comme mon frère et ils tomberont. » Saint Félix cultivait un jardin, dont quelques-uns voulurent prendre les légumes. En pensant commettre leur vol, pendant toute la nuit, ils cultivèrent parfaitement le jardin. Le matin Félix les salua; alors ils confessèrent leur péclié et retournèrent chez eux. Les gentils vinrent pour s'emparer de Félix; mais une douleur grave les saisit à la main. Comme ils poussaient des hurlements, Félix leur parla en ces termes : « Dites : « J.-C. est Dieu » et la douleur cessera aussitôt. » Après avoir prononcé ces paroles, ils furent guéris. Le pontife des idoles viiit le trouver et lui dire : « Seigneur, voiri mou Dieu ; dès qu'il vous voit venir, à Tinstaut il prend la fuite, et commeje lui disais: « Pourquoi fuis-tu? » il répondit : « Je ne puis supporter la vertu de ce Félix. » Si donc mon Dieu vous craint ainsi, à combien plus forte raison dois-je vous craindre moi-même. » Félix l'ayant ifis- Iruit dans la foi, il se fit baptiser. Félix disait à ceux qui adoraient Apollon : « Si Apollon est le vrai Dieu, qu'il me dise ce que je serre en ce moment dans ma main? » Or il tenait un petit billet sur lequel était écrite Toraison dominicale. Comme il ne répondait
rien, les gentils se coiiverlirenl. Enfin après avoir célébré la messe, et avoir donné la paix au peuple, il se coucha sur le pavé, se mit en prières et mourut dans le Seigneur.
Marcellus vicul de avcens malum à se, qui éloigne le mal de soi, ou de maria pef*cetlens qui frappe la mer, c'esUà-dirc, qui éloigne et foule aux pieds les adversités du monde, le monde étant compare à la mer; car, comme dit saint Chrysostome sur saint Mathieu : u Sur la mer, il y a un bruit confus, une crainte cuntinuelle, Timage de la murt, une véhémence infatigable des eaux, et une agitation constante.
Alors que Marcel était souverain pontife de Rome, il reprocha à l'empereur Maximien son excessive rigueur contre les chrétiens; et comme il célébrait la messe en ime église consacrée dans la maison d'une dame, l'empereur irrité fit de cette maison une étable pour les animaux et y plaça sous bonne garde Marcel lui-môme pour y faire le service. Après avoir passé plusieurs années à soigner ces bêtes, il reposa dans le Seigneur vers l'an 287.
Antoine vient de ana^ au-dessus, et ateneus, qui tient Jcs choses d'eu haut, et méprise celles de la terre. 11 méprisa
* Bréviaire.
'^^ Saint Athauasc rapporte tous les faits consignés dans cette légende.
d'ailleurs le monde qui est immonde, inquiet, transitoire, trompeur, amer. Voici ce que saint Augustin en dit : « O monde impur, pourquoi tant de bruit? Pourquoi t'attaches-tu à nous perdre ? Tu veux nous retenir et tu fuis. Que ferais-tu 81 tu n'étais pas passager? Qui ne tromperais-tu pas, si tu étais doux ? Tu es amer et tu présentes des aliments agréables seulement à l'extérieur. » Saint Athanase a écrit sa vie.
Antoine avait vingt ans quand il entendit lire dans l'Eglise : « Si tu veux être parfait, va vendre tout ce que tu as et le donne aux pauvres. » Alors il vendit tous ses biens, les distribua aux pauvres et mena la vie érémitique. II eut à supporter de la part des démons d'innombrables tourments. Une fois qu'aidé de la foi, il avait surmonté l'esprit de fornication, le diable écrasé lui apparut sous la figure d*un enfant noir et s'avoua vaincu par lui : car il avait obtenu aussi par ses prières de voir le démon de la fornication qui séduisait les jeunes gens ; et l'ayant vu sous la forme que nous venons de mentionner ; il dit : « Tu m'as apparu sous un aspect bien vil, et je ne le craindrai plus désormais. » Une autre fois qu'il était caché dans un tombeau, une multitude de démons le battit avec une telle violence que celui qui lui apportait à manger le transporta comme un mort sur ses épaules : tous ceux qui s'étaient rassemblés pleuraient son trépas, mais Antoine reprit vie aussitôt en présence des assistants désolés, et se Ht reporter dans le même tombeau par son serviteur. Comme il était étendu par terre à cause de la douleur de ses blessures, il provoquait encore |)ar force d'esprit les démons à de nouvelles luttes. Alors ceux-ci lui apparurent sous difTéreulcs formes de bétes féroces, et le
déchirèrent à coups de dents, de cornes et de griffes» Mais tout à coup apparut une clarté admirable qui mit en fuite les démons, et Antoine fut incontinent guéri. Ayant reconnu que J.-C*. était là, il dit : « Où étiezvous, bon Jésus ? Oii étiez-vous ? Que n'étiez-vous ici dès le commencement pour me prêter secours et me guérir de mes blessures ! » Le Seigneur lui répondit : « Antoine, j'étais ici, mais je restais te regarder combattre ; or, maintenant que tu as lutté avec vigueur, je rendrai ton nom célèbre dans tout l'univers. » Sa ferveur était si grande que, au moment où Tempereur Maximien faisait massacrer les chrétiens, il suivait lui-même les martyrs, afin de mériter d'être martyrisé avec eux, et se désolait véhémentement de ne recevoir pas cette faveur.
En voyageant dans un autre désert, il trouva un plat d'argent et se mit à dire à part lui : « Comment ce plat ici, où il n'y a pas trace d'homme? Si un voyageur l'avait laissé tomber, il n'eût pu ne pas s'en apercevoir à cause de sa grandeur. Ceci, diable, c'est UFi artifice de ta part : mais lu ne pourras jamais changer ma volonté. » Et en disant cela, le plat s'évanouit comme de la fumée. Peu de temps après, il trouva une grande masse d'or pur, mais le saint s'enfuit comme devant du feu. Il arriva ainsi à une montagne, où il passa vingt ans, pendant lesquels il se rendit illustre par d'innombrables miracles. Une fois qu'il était ravi en esprit, il vit le monde entier rempli de filets enlacés les uns dans les autres : et il s'écria : (( ()h ! qui pourra s'en dégager? » Et il entendit une voix qui dit : « L'humilité. » Une fois les anges l'c'le-
vaîent en Pair; viennent les démons qui l'empochent de passer en lui opposant les péchés qu'il avait commis depuis sa naissance. Les animes leur dirent : <( Vous ne devez pas raconter des fautes qui ont été effacées par la miséricorde de J.-C. : mais si vous en savez cl*autres qu'il ait commises depuis qu'il s'est fait moine, produisez-les. » Et comme ils n'en pouvaient produire, Antoine est élevé librement en l'air par les angles et déposé libre.
Voici ce que raconte saint Antoine lui-même : « J'ai vu un jour un diable d'une stature extraordinaire qui osa se dire la force et la providence de Dieu et m'adressa ces paroles : « Que veux-tu que je te donne, « Antoine ?» Mais moi, je lui jetai une masse de crachats à la figure ; je me précipitai sur lui au nom de J.-C. et au.ssitôt il disparut. » Le diable lui apparut une fois comme un géant énorme dont la tète semblait toucher le ciel. Antoine lui ayant demandé qui il était et ayant reçu réponse qu'il était Satan ; celui-ci dit ensuite : « Pourquoi les moines m'attaquent-ils ainsi, et pourquoi les chrétiens me maudissent-ils? » Antoine lui répondit : « Ils ont raison ; puisque tu les importunes souvent par tes embilches. » Et le diable reprit : « Je ne les importune pas du tout; ce sont eux-mêmes qui se brouillent les uns les autres; car je suis réduit à néant puisque J.-C. règne à présent partout. » Un archer vit un jour saint Antoine qui prenait quelque délassement avec les frères et cela lui déplut. Alors Antoine lui dit : « Mets une flèche sur ton arc et tire. » Il le fit et comme il était prié de le faire une seconde et une troisième fois, Tarcher dit : I. 12
« Je pourrai bien tirer tant de fois que je ni'ex|K>serai au chagrin de briser mon arc. » Antoine reprit : « II en est de même dans le seriîce de Dieu ; si nous voulions y persister outre mesure, nous serions brisés vite : il convient donc de se délasser quelquefois. » Ce qu'ayant entendu cet homme, il se retira édifié.
Quelqu'un demanda à Antoine : « Que dois-je observer pour plaire à Dieu ? » Antoine répondit : « Quel- ([ue part que vous alliez, ayez toujours Dieu devant les yeux : Dans vos actions, appuyez-vous du témoignage des Saintes Écritures : En quelque lieu que vous vous fixiez, ne le quittez pas trop vite : Observez ces trois points et vous serez sauvé. » Un abbé demanda à Antoine : « Que ferai-je? » Antoine lui dit : a N'ayez pas confiance en votre propre justice ; contenez votre ventre et votre langue, et n'ayez pas à vous repentir d'une chose passée. » Puis il ajouta : « De même que les poissons meurent pour rester quelque temps sur la terre, de même les moines qui restent hors de leur cellule, et qui séjournent avec les gens du monde, perdent bientôt la résolution qu'ils ont prise de vîvre dans la retraite. » Saint Antoine dit encore : « Celui qui, une fois entré en solitude, y reste, est délivré de trois ennemis : l'ouïe, le parler et la vue : il ne lui en reste plus qu'un à combattre : c'est son cœur. »
Quelques frères vinrent avec un vieillard visiter ral)l)é Antoine ; et celui-ci dit aux* frères : « Vous avez un bon compagnon dans ce veilliard. » Puis il dit au vieillard : « Père, vous avez trouvé de bons frères avec vous ! )) « Ils sont bons, il est vrai, dit celui-ci, mais leur maison est sans porte, car (jui veut, entre dans
rétable et délie l'âne. » Il parlait ainsi, car ce qu'ils avaient au fond du cœur était aussitôt sur leurs lèvres. L'abbé Antoine dit qu'il y a trois mouvements corporels, l'un qui vient de nature, l'autre, de plénitude de nourriture, le trcisième, du démon. Il v avait un frère qui n'avait renoncé au siècle qu'en partie, car il s'était réser^'é quelque bien. Antoine lui dit : « Allez acheter de la viande. » Il y alla et comme il rapportait sa viande, les chiens se jetaient sur lui et le mordaient. Alors Antoine dit : « Ceux qui renoncent au siècle et qui veulent avoir de l'argent sont ainsi attaqués et déchirés par les démons. » Antoine, dans son désert, se trouva accablé d'ennui : « Seigneur, disait-il, je veux être sauvé, et mes pensées m'en empêchent. » Après quoi il se leva, sortit et vit quelqu'un qui s'asseyait et travaillait, puis qui se levait et priait. Or, c'était un ançe du Seigneur qui lui dit: « Fais de même et tu seras sauvé. » Un jour les frères interrogèrent Antoine sur l'état des âmes : la nuit suivante, une voix l'appela et lui dit : « Lève-toi, sors et ivi^arde. » Et voilà qu'il vit un homme très ij;^ran(l, affreux, qui touchait par sa tête aux nuages : il étendait les mains pour empêcher quelques hommes qui avaient des ailes de voler vers le ciel ; il n'en pouvait retenir d'autres qui volaient sans difficulté et le saint entendait des cantiques de joie mêlés à des cris de douleur : il comprit que c'était l'ascension des âmes dont quelcpiesunes étaient empêchées par le diable qui les retenait dans ses filets, et qui gémissait de ne pouvoir entraver les saints dans leur vol. » Un jour, Antoine travaillait avec les frères, il leva les yeux au ciel et eut
une affligeante vision : il se prosterna et pria Dieu de détourner le crime qui se devait commettre ; alors les frères Tinterrog^eant sur cela, il dit avec larmes et sanglots qu'un crime inouï menaçait le monde. « J'ai vu, dit-il, Tautel du Seigneur entouré d*une multitude de chevaux qui brisaient tout à coups de pied : la foi catholique sera renversée par un tourbillon affreux et les hommes, semblables à des chevaux, saccageront les choses saintes. » Puis une voix se fit entendre : « Ils auront mon autel en abomination. » Or, deux ans après, les Ariens firent irruption dans TEglise dont ils scindèrent l'unité; souillèrent les baptistères et les églises, et immolèrent comme des brebis les chrétiens sur les autels.
Un grand d'Egypte, de la secte d'Arius, appelé Ballachius, ravageait l'Église de Dieu, fouettait les vierges et les moines tout nus en public. Antoine lui écrivit en ces termes : « Je vois venir sur toi la colère de Dieu : cesse à l'instant de persécuter les chrétiens de peur que la vengeance divine ne te saisisse; elle te menace d'une mort prochaine. » Le malheureux lut la lettre, s'en moqua et la jeta par terre en vomissant des imprécations; après avoir fait battre rudement les porteurs, il répondit à Antoine : a De même que tu as grand soin des moines, nous te soumettrons, nous aussi, à une discipline rigoureuse. » Et cinq jours après, il montait un cheval très doux qui, par ses morsures, le jeta à terre, lui rongea et lui déchira les jambes; il mourut le troisième jour. Quelques frères demandèrent une parole de salut à Antoine et il leur répondit : « Vous avez entendu la parole du Seigneur :
« si quelqu'un vous frappe sur une joue, présentez-lui l'autre. » « Nous ne pouvons, dirent-ils, exécuter cela. » « Au moins, reprit Antoine, supportez avec patience, quand on vous frappera d'un côté. » « Nous ne le saurions encore, répondirent-ils. » Antoine dit : « Au moins, laissez-vous plutôt frapper que de frapper vous-mêmes. » « Nous ne pouvons pas davantage. » Alors Antoine dit à son disciple : « Préparez des friandises à ces frères, parce qu'ils sont bien délicats : la prière seule vous est nécessaire. » On lit ces détails dans les Vies des Pères. Enfin, Antoine, parvenu à l'âge de 105 ans, embrassa ses frères et mourut en paix sous Constantin, qui régna vers Tan du Seigneur 340.
Fabien, comme on dirait fabriquant la béatitude suprême, c'esl-à-dire se racquérant à un triple droit, d'adoption, d'achat et de combat.
Fabien fut citoyen romain. Le pape étant mort, le peuple était rassemblé pour en élire un autre ; Fabien vint, lui aussi, avec la foule, connaître le résultat de l'élection. Et voici qu'une colombe blanche descendit sur sa tête. Tout le monde en fut rempli d'admiration et on le choisit pour pape. Le pape Damasc dit qu'il envoya dans toutes les réjjions sept diacres et il leur
• Bréviaire.
adjoignit sept sous-diacrcs pour recueillir les acles de tous les mari yrs. Haynion rapporte * que Fempereur Philippe, voulant assister aux vigiles de Pâques et participer aux mystères, il lui résista et ne lui permit d'y assister qu'après avoir confessé ses péchés et être resté parmi les pénitents. Enfin la treizième année de son pontificat, il fut décapité par l'ordre de Décius et obtint ainsi la couronne du martyre. Il souffrit vers Tan du Seigneur 233 **.
Sébastien, Sehaxtianus, vient de sequens, suivant, beatitudo, béatitude; astin^ ville et ana au-dessus; ce qui veut dire qu'il a suivi la béatitude de la cite suprême et de la gloire d'en bnut. 11 la posséda et Tacquit au prix de cinq deniers, selon saint Augustin, avec la pauvreté, le royaume; avec la douleur, la joie; avec le travail, le repos; avec Tignominie, la gloire et avec la mort, la vie. Sébastien viendrait encore de basio, selle. Le soldat, c'est le Christ; le cheval, l'Eglise et la selle, Sébastien ; au moyen de la({uelle Sébastien combattit dans
* /list. sacrée, liv. Vï, c. ii.
** Saint Fabien gouverna TEglise Romaine de longues années et souffrit du temps de Dèce. Lors de son élection, il y eut beaucoup de personnes qui virent le Saint-Esprit paraître sur lui sous la forme d'une colombe. 11 fit recueiHlir et écrire les Arfes (lu Martyre des Saints laissés sans précaution chez les notaires. Il fît élever un grand nombre de basiliques dans les ciinetières des Saints el en fît la dédicace. C'est lui qui établit (ju(î le vieux chrême serait brûlé et que Ton en consacrerait tous les ans du nouveau le jour de la Cène du Seigneur.
■'^ Actes (lu saint dans les (p.uvrcs de saint Ambroisc.
l*ÉgHse et obtint de surpasser beaucoup de martyrs. Ou bien Sébastien signifie entouré, ou allant autour : entouré, il le fut de flèches comme un hérisson; allant autour, parce qu'il allait trouver tous les martyrs et les réconfortait.
Sébastien était un parfait chrétien, originaire de Narbonne et citoyen de Milan. Il fut tellement chéri des empereurs Dioctétien et Maximien qu'ils lui donnèrent le commandement de la première cohorte et voulurent Tavoir constamment auprès d'eux. Or, il portait rhfiibit militaire dans l'unique intention d'affermir le cœur des chrétiens qu'il voyait faiblir dans les tourments. Quand les très illustres citoyens Marcellien et Marc, frères jumeaux, allaient être décollés pour la foi de J.-C., leurs parents vinrent pour arracher de leurs cœurs leurs bonnes résolutions. Arrive leur mère, la tête découverte, les habits déchirés, qui s'écrie en découvrant son sein : « O chers et doux fils, je suis assaillie d'une misère inouïe et d'une douleur intolérable. Ah, malheureuse que je suis ! Je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort : si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons; si une sentence les condamnait à être renfermés, j'irais briser la prison, dussé-je en mourir. Voici une nouvelle manière de périr : aujourd'hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir. Nouveau deuil, nouvelle misère ! Pour avoir la vie, des fils, jeunes encore, se dévouent à la mort et des \ieillards, des parents infortunés sont forcés de tout subir. » Elle parlait encore quand le père, plus âgé que la mère, arrive porté sur les bras de ses ser-
viteiirs. Sa tète est couverte de cendres; il s'écrie regardant le ciel : « Mes fils se livrent d'eux-méme^^ à la mort; je suis venu leur adresser mes adieux et que j'avais préparé pour m'ensevelir, malheureux qu je suis! je l'emploierai à la sépulture de mes enfant O mes fils ! bâton de ma vieillesse, double flambea.^ m (le mon cœur, pourquoi aimer ainsi la mort ? Jeunes gens, venez ici, venez pleurer sur mes fils. Pères, a] prochez donc, empéchez-les, ne souffrez pas un forfafif pareil : mes yeux, pleurez jusqu'à vous éteindre afin que je ne voie pas mes fils liachés par le glaive. » Le père venait de parler ainsi quand arrivent leurs épouses ollrant à leurs yeux leurs propres enfants et poussant <les cris entremêlés de hurlements : « A qui nous laissez-vous? quels seront les mattres de ces enfants? qui est-ce qui partagera vos grands domaines? hélasl Vous avez donc des cœurs de fer pour mépriser vos parents, pour dédaigner vos amis, pour repousser vos femmes, pour méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux! » A ce spectacle, les cœurs de ces hommes se prirent à mollir. Saint Sél)aslien se trouvait là; il sort de la foule : « Magnanimes soldats du Christ, s'écrie-t-il, n'allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par de pitoyables flatteries. » Et s'adressant aux parents : « Ne craignez rien, dit-il, vous ne serez pas séparés; ils vont dans le ciel vous préparer des demeures d'une beauté éclatante : car des l'origine du monde, cette vie n'a cessé de tromper ceux qui espèrent en elle; elle dupe ceux qui la recherchent; elle illusionne ceux qui comptent sur elle; elle rend tout incertain, en
sorte qu'elle ment à tous. Cette vie, elle apprend au voleur, ses rapines ; au colère, ses violences ; au menteur, ses fourberies. C'est elle qui commande les crimes, qui ordonne les forfaits, qui conseille les injustices; cette persécution que nous endurons ici est violente aujourd'hui et demain elle sera évaaouie : une heure l'a amenée, une heure l'emportera; mais les peines éternelles se renouvellent sans cesse, pour sévir; elles entassent punition sur punition, la vivacité de leurs flammes augmente sans mesure. Rt^chauffons nos affections dans l'amour du martyre. Ici le démon croit vaincre; mais alors qu'il saisit, il est captif lui-mômc ; quand il croit tenir, il est garrotté; quand il vainc, il est vaincu; quand il tourmente, il csl tourmenté; quand il égoi^e, il est tué; quand il insulte, il est honni. » Or, tandis que saint Sébastien parlait ainsi, tout à coup, pendant près d'une heure, Il fut environné d'une grande lumière descendant du ciel, et, au milieu de cette splendeur, il parut revêtu d'une robe éclatante de blancheur; en même temps il fut entouré de sept anges éblouissants. Devant lui apparut encore un jeune homme qui lui donna la paix et lui dit : « Tu seras toujours avec [moi. u Alors que le bienheureux Sébastien adressait ces avis, Zoé, femme de Xicostrate, dans la maison duquel les saints étaient gardés, Zoé, dis-je, qui avait perdu la parole, vint se jeter aux pieds de Sébastien en lui demandant pardon par signes. Alors Sébastien dit : « Si je suis le serviteur de J.-C. et si tout ce que cette femme a entendu sortir de mes lèvres est vrai, si elle le croît, que celui qui a ouvert la bouche de son prophète Zacharie
ouvre sa bouche. » Â ces mots, cette femme s'écria : (( Béni soit le discours de votre bouche, et bénis soient tous ceux qui croient ce que vous avez dit : j'ai vu un ange tenant devant vous un livre dans lequel tout ce que vous disiez était écrit. » Son mari, qui entendit cela, se jeta aux pieds de saint Sébastien en lui demandant de le pardonner; alors il délia les martyrs et les pria de s'en aller en liberté. Ceux-ci répondirent qu'ils ne voulaient pas perdre la couronne à laquelle ils avaient droit. En effet une telle grAce et une si grande efficacité étaient accordées par le Seigneur aux paroles de Sébastien, qu'il n'affermit pas seulement Marcellien et Marc dans la résolution de souff'rir le martyre, mais qu'il convertit encore à la foi ieiir père Tranquillin et leur mère avec beaucoup d'autres que le prêtre Polycarpc baptisa tous.
Quant à Tranquillin, qui était très gravement malade, il ne fut pas plutôt baptisé que de suite il fut guéri. Le préfet de la ville de Rome, très malade luimême, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Le prêtre Polycarpe et Sébastien vinrent donc chez lui et il les pria de le guérir aussi. Sébastien lui dit de renoncer d*abord à ses idoles et de lui donner la permission de les briser ; qu'à ces conditions, il recouvrerait la santé. Comme Chromace, le préfet, lui disait de laisser ce soin à ses esclaves et de ne pas s'en charger lui-même, Sébastien lui répondit: « Les gens timides redoutent de briser leurs dieux ; mais encore si le diable en profitait pour les blesser, les infidèles ne manqueraient pas de dire qu'ils ontété blessés parce qu'ils brisaient leurs dieux. »>
Polycarpe et Sébastien ainsi autorisés détruisirent plus de deux cents idoles. Ensuite ils dirent à Chromace : « Comme pendant que nous mettions en pièces vos idoles, vous deviez recouvrer la santé et que vous souffrez encore, il est certain que, ou vous n'avez pas renoncé à l'infidélité, ou bien vous avez réservé quelques idoles. » Alors Chromace avoua qu'il avait une chambre où était rangée toute la suite des étoiles, pour laquelle son père avait dépensé plus de deux cents livres pesant d'or ; et qu'à l'aide de cela il prévoyait Tavenir. Sébastien lui dit : « Aussi longtemps que vous conserverez tous ces vains objets, vous ne conserverez pas la santé. » Chromace ayant consenti à tout, Tiburce, son fils, jeune homme fort dislingue, dit : « Je ne souffrirai pas qu'une œuvre si importante soit détruite ; mais pour ne paraître pas apporter d'obstacles à la santé de mon père, qu'on chauflFe deux fours, et si, après la destruction de cet ouvrage, mon père n'est pas guéri, que ces hommes soient brûlés tous les deux. «Sébastien répondit : « Eh bien! soit. » Et comme on brisait tout, un ange apparut au préfet et lui déclara queJ.-C.lui rendait la santé ; à l'instant il fut guéri et courut vers l'ange pour lui baiser les pieds ; mais celuici l'en empocha, parla raison qu'il n'avait pas encore reçu le baptême. Alors lui, Tibin ce, son fils, et quatre cents personnes de sa maison furent baptisées. Pour Zoé, qui était entre les mains des infidèles, elle rendit l'esprit dans des tourments prolongés. A celte nouvelle, Tranquillin brava tout et dit: « Les femmes sont couronnées avant nous. Pourquoi vivons-nous encore? » Et quelques jours après, il fut lapidé.
On ordonna à saint Tiburce ou de jeter de Tencens en l'honneur des dieux sur un brasier ardent, ou bien de marcher nu-pieds sur ces charbons. Il fit alors le signe de la croix sur soi, et il marcha nu-pieds sur le brasier. II me semble, dit-il, marcher sur des roses au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Le préfet Fabien se mit à dire : « Qui ne sait que le Christ vous a enseigné la magie ? » Tiburce lui répondit : « Taistoi, malheureux! car tu n'es pas digne de prononcer un nom si saint et si suave à la bouche. » Alors le préfet en colère le fit décoller. Marcellien et Marc sont attachésàun poteau, et après yavoirété liés, ilschanlèrentces paroles du Psaume : « Voyez comme il est bon et agréable pour des frères d'habiter ensemble, etc. » Le préfet leur dit: « Infortunés, renoncez à ces folies et délivrez- vous vous-mêmes. » Et ils répondirent : « Jamais nous n'avons été mieux traités. Notre désir serait que tu nous laissasses attachés pendant que nous sommes revêtus de notre corps. » Alors le préfet ordonna que Ton enfonçât des lances dans leurs côtés, et ils consommèrent ainsi leur martyre. Après quoi le préfet fit son rapport à Dioclétien touchant Sébastien. L'empereur le manda et lui dit: « J'ai toujours voulu que tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et lu insultes aux dieux. » Sébastien lui répondit : « CVst dans ton intérêt que toujours j'ai honoré J.-C. et cVsl pour la conservation de l'empire Romain (|ue toujours j'ai adoré le Dieu qui est dans le ciel. » Alors Dioclétien le fil lier aumilieu d'une plaine et ordonna aux archers qu'on le perçât à coups de
flèches. Il en fut tellement couvert, qu'il paraissait être comme un hérisson; quand on le crut mort, on se retira. Mais ayant été hors de danger quelques jours après, il vint se placer sur Tescalier, et reprocha durement aux empereurs qui descendaient du palais les maux inflis^és par eux aux chrétiens. Les empereurs dirent : « N'est-ce pas là Sébastien que nous avons fait périr dernièrement à coups de flèches? » Sébastien reprit: « Le Seigneur m'a rendu la vie pour que je pusse venir vous reprocher à vous-mêmes les maux dont vous accablez les chrétiens. » Alors l'empereur le fit fouetter jusqu'à ce qu'il rendit l'esprit; il ordonna de jeter son corps dans le cloaque pour qu'il ne fût pas honoré par les chrétiens comme un martyr. Mais saint Sébastien apparut la nuit suivante à sainte Lucine, lui révéla le lieu où était son corps et lui commanda de l'ensevelir auprès des restes des apôtres : ce qui fut exécuté. Il souffrit sous les empereurs Dioclétien cl Maximien qui régnt^rent vers Tan du Seiçneur 287. Saint Grégoire rapporte, au premier livre de ses Dialogues, qu'une femme de Toscane, nouvellenienl mariée, fut invitée à se rendre à la dédicace d'une église de saint Sébastien ; et la nuit qui précéda la fête, pressée par la volupté de la chair, elle ne put s'abstenir de son mari. Le matin, elle partit, rougissant plutôt des hommes que de Dieu. Mais à peine était-elle entrée dans l'oratoire où étaient les reliques de saint Sébastien, quele diable s'empara d'elle, et latourmenta en présence delà foule. Alors un prêtre de cette église saisit un voile de l'autel pour en couvrir cette femme, mais le diable s'empara aussitôt de ce prêtre lui-mt^me.
Des amis conduisirent la femme à des enchanteurs afin de la délivrer par leurs sortil^es. Mais à l'instant où ils l'enchantaient, et par la permission de Dieu, une légion composée de 6666 démons entra en elle et la tourmenta avec plus de violence. Un personnage d'une grande sainteté, nommé Fortunat, la guérit par ses prières. On lit dans les Gestes des Lombards qu'au temps du roi Gombert, l'Italie entière fut frappée d'une peste si violente que les vivants suffisaient à peine à ensevelir les morts ; elle fit de grands ravages, particulièrement à Rome et à Pavie. Alors un bon ange apparut sous une forme visible aune foule de personnes, ordonnant au mauvais ange qui le suivait et qui avait un épieu à la main, de frapper et d*exterminer. Or, autant de fois il frappait une maison, autant il y avait de morts à enterrer. Il fut révélé alors, par Tordre de Dieu, à une personne, que la peste cesserait entièrement ses ravages si l'on érigeait à Pavie un autel à saint Sébastien. Il fut en effet élevé dans l'église de Saint-Pierre aux liens. Aussitôt après, le fléau cessa. Les reliques de saint Sébastien y furent apportées de Rome. Voici ce que saint Ambroise écrit dans sa préface : « Seigneur adorable, à Tinstant où le sang du bienheureux martyr Sébastien est répandu pour la confession de votre nom, vos merveilles sont manifestées parce que vous affermissez la vertu dans l'infirmité, vous augmentez notre zèle, et par sa prière vous conférez du secours aux malades. »
Afçnés vient d'agneau, parce qu'elle fut douce et humble comme un agneau. Agnos en grec veut dire pieux, et Agnès fut remplie de piété et de miséricorde. Agnès viendrait encore de agnoscendo, connaître, parce qu'elle connut la voie delà vérité. Or, la vérité, d'après saint Augustin, est opposée à la vanité, à la fausseté et à l'irrésolution, trois vices dont Agnès sut se préserver par son courage.
AgnèSj vierge d'une très haute prudence, autémoi- ^age de saint Ambroise qui a écrit son martyre, à l'âge de treize ans souffrit la mort et gagna lavie.Ane compter queses années elle était une enfant, mais par son esprit, elle était d'une vieillesse avancée : jeune de corps, mais vieille de cœur, belle de visage, mais plus belle encore par sa foi. Un jour qu'elle revenait des écoles, elle rencontra le fils du préfet, qui en fui épris d'amounll lui promit des pierreries, des richesses immenses, si elle consentait à devenir sa femme. Agnès lui répondit : « Eloigne-loi de moi, foyer de péché, aliment de crime, pàlure de morl; déjà un autre amant s'est assuré de mon cœur. » Et elle commen(;a à faire l'éloge de cet amant, do cet époux par cinq qualités exigées principalement par les épouses de leurs époux, savoir : noblesse de race, beauté éclatante, abondance de richesses, courage et puissance réelle, enfin amour éminent. « J'en aime un, dit-elle, qui est hum plus noble et de meilleure lignée ({ue toi : sa mère est vierge, son père Ta engendré sans femme ; il a (l(*s anges pour serviteurs; sa beauté fait Tadmiration du
soleil et de la lune ; ses richesses sont intarissables; elles ne diminuent jamais : Les émanations de sa personne ressuscitent les morts, son toucher raffermit les infirmes ; quand je l'aime, je suis chaste, quand je m'approche de lui, je suis pure; quand je l'embrasse, je suis vierge.
« Sa noblesse est plus éminente, sa puissance plus forte, son aspect phis beau, son amour plus suave et plus délicat que toute grâce. »
Ensuite elle exposa cinq avantages que son époux avait accordés à elle et à ses autres épouses. Il leur donne des arrhes avec l'anneau de foi ; il les revêt et les orne d'une variété infinie de vertus; il les marque du sang de sa passion ; il se les attache par le lien de Tainour, et les enrichit des trésors de la gloire céleste. « Celui, ajouta-t-elle, qui s'est engagea moi par Tanneau qu'il a mis à ma main droite, et qui a entoure mon cou de pierres précieuses, m'a revêtue d'un manteau tissu d'or, et m'a parée d'une prodigieuse quantité de bijoux : il a imprimé un signe sur mon visage, afin que je ne prisse aucun autre amant que lui ; et le sang de ses joues s'est imprimé sur les miennes. Ses chastes cmbrassements m'ont déjà étreinte ; déjà son corps s'est uni au mien ; il m'a montré des trésors incomparables qu'il m'a promis de me donner, si je lui suis fidèle à toujours. » En entendant cela le jeune homme tout hors de lui se mit au lit : ses profonds sou[)irs indiqu(Mit aux médecins qu'il est malade d'amour; son père en informe la jeune vierge; et sur re ({u'elle Tassure qu'il n'est pas en son pouvoir de violer ralliaiicc jurée à son premier époux, le préfet
cherche à savoir quel est cet époux que se vantait de posséder Agnès. Quelqu'un assura que l'époux dont elle parlait était J.-C, et alors le préfet voulut Tébranler d'abord par de douces paroleset enfin par la crainte. Agnès lui dit : « Quoi que tu veuilles, fais-le ; tu ne pourras pas obtenir ce que tu réclames. » Et elle se riait aussi bien de ses flatteries que de ses menaces. Le préfet lui dit : « Choisis de deux choses Tune : ou bien sacrifie à la déesse Vesta avec les vierges, si la virginité l'est chère, ou bien tu seras exposée dans un lieu de prostitution. «Or, comme elleétait noble, il ne pouvait la condamner ainsi; il allégua donc contre elle sa qualité de chrétienne. Mais Agnès répondit : « Je ne sacrifierai pas plus à tes dieux que je ne serai souillée par les actions infâmes de qui que ce soit, car j'ai pour gardien de mon corps un ange du Seigneur. »
Le préfet ordonna alors de la dépouiller et delà mener toute nue au lupanar. Mais le Seigneur rendit sa chevelure si épaisse qu'elle était mieux couverte par ses cheveux que par ses vêlements. Et quand elle entra dans le lieu infâme, elle trouva un ange du Seigneur qui l'attendait et qui remplit rapparleinenl d'une clarté extraordinaire, en môme temps qu'il lui préparait une robe resplendissante de blancheur. Ainsi le lieu de prostitution devint un lieu d'oraison ; et Ton en sortait plus pur que Ton y étail cnlré, tant cette lumière immense vous revêtait d'honneur. Or, le fils du préfet vint au lupanar avec d'autres jeunes gens et il les engagea à entrer les premiers. Mais ils n'y eurent pas plutôt mis les pieds (jue, effrayés du miracle, ils sortirent pleins de componction. 11 les traita de niisé- I. 13
rables, et entra comme un furieux : mais comme il voulait arriver jusqu'à elle, la lumière se rua sur lui, et parce qu'il n'avait pas rendu honneur à Dieu, il fut étranglé par le diable et expira. A cette nouvelle, le préfet vient tout en pleurs trouver Agnès et prendre des renseignements précis, sur la cause de la mort de son fils. Agnès lui dit : « Celui dont il voulait exécuter les volontés, s'est emparé dé lui et l'a tué : car ses compagnons, après avoir été témoins du miracle qui les .avait effrayés, sont sortis sans éprouver aucun malaise . » Le préfet dit : « On verra que tu n'as pas usé d'arts magiques en cela, si tu peux obtenir qu'il ressuscite. » Agnès se met en prière, le jeune homme ressuscite et prêche publiquement la foi en J.-C. Là-dessus, les prêtres des temples excitent une sédition parmi le peuple et crient hautement : « Enlevez cette magicienne, enlevez cette malfaitrice, qui change les esprits et égare les cœurs. » Le préfet, à la vue d'un pareil miracle, voulut la délivrer, mais craignant la proscription, il la confia à son suppléant ; et il se retira tout triste de ne pouvoir pas la sauver. Le suppléant, qui se nommait Aspasius, la fit jeter dans un grand feu, mais la flamme, se partageant en deux, brûla le peuple séditieux qui était à Tentour, sans atteindre Agnès. Aspasius lui fit alors plonger une épée dans la gorge. Ce fut ainsi que le Christ, son époux éclatant de blancheur et de rougeur, la sacra son épouse et sa martyre. On croit quelle soufl'rit du temps de Constantin le Grand qui monta sur le trône Tan 309 de J.-C. Quand les chrétiens et ses parents lui rendirent les derniers devoirs avec joie, c'est à peine s'ils purent
échapper aux païens qui les accablèrent de pierres.
Emérentienne, sa *feœur de lait, vierge remplie de sainteté, mais qui n'était encore que catéchumène, se tenait debout auprès du sépulcre d'Agnès et argumentait avec force contre les gentils qui la lapidèrent : mais il se fit des éclairs et un tonnerre si violent que plusieurs d'entre eux périrent, et dorénavant, on n'assaillit plus ceux qui venaient au tombeau de la sainte. Le corps d'Emérentienne fui inhumé à côté de celui de sainte Agnès. Huit jours après, comme ses parents veillaient auprès du tombeau, ils virent un chœur de vierges tout brillant d'habits d'or; au milieu d'elles ils reconnurent Agnès vétuc aussi richement et à sa droite se trouvait un agneau plus éclatant encore. Elle leur dit : « Gardez-vous de pleurer ma mort, réjouissezvous au contraire avec moi et me félicitez de ce que j'occupe un trône de lumière avec toutes celles qui sont ici. » C'est pour cela que l'on célèbre une seconde fois la fête de sainte Agnès *. Constance, fille de Constantin, était couverte d'une lèpre affreuse et quand elle eut connu cette apparition, elle alla au tombeau de sainte Agnès ; et comme sa prière avaitduré longtemps, elle s'endormit : elle vit alors la sainte qui lui dit : « Constance, agissez avec constance; quand vous croirez en J.-C.,vous serez aussitôt guérie. » A ces mots elle se réveilla et se trouva parfaitement saine ; elle reçut le baptême et éleva une basilique sur le corps de sainte Agnès.
Elle y vécut dans la virginité et réunit autour d'elle une foule de vierges qui suivirent son exemple.
* SaÎQt Anibroise, Bréviaire romain.
Un homme appelé Paulin , qui exerçait les fonctions du sacerdoce dans l'église de sainte Agnès, éprouva de violentes tentations de la chair ; toutefois comme il ne voulait pas offenser Dieu, il demanda au souverain pontife la permission de se marier. Le pape voyant sa bonté et sa simplicité lui donna un anneau dans lequel était enchâssée une émeraude et lui ordonna de commander de sa part à une image de sainte Agnès, peinte en son église, de lui permettre de l'épouser. Comme le prêtre adressait sa demande àTimage, celleci lui présenta aussitôt Tannulaire, et après avoir reçu Panneau, elle retira son doigt, et délivra le prêtre de ses tentations. On prétend que Ton voit encore cet anneau à son doigt. On lit cependant ailleurs que Féglise de sainte Agnès tombant en ruines, le pape dit à un prêtre qu'il voulait lui confier une épouse pour qu'il en eiH soin et la nourrît (et cette épouse, c'était l'église de sainte Agnès), et lui remettant un anneau, il lui ordonna d'épouser ladite image, ce qui eut lieu ; car elle offrit son doigt et le retira. Voici ce que dit saint Ambroise de sainte Agnès dans son Livre des Vierges : « Vieillards, jeunes gens, enfants, tous chantent ses louanges : Personne n'est plus louable que celui qui peut être loué par tous. Autant de personnes, autant de panégyristes. On ne parle que pour exalter cette martyre. Admirez tous comment elle a pu rendre témoignage à Dieu, alors qu'elle ne pouvait pas encore être maftrc d'elle-même en raison de son âge. Elle se comporta de manière à recevoir de Dieu ce qu'un homme ne lui aurait [)as confié; parce que ce ({ui est au-dessus de la nature est l'œuvre de l'auteur
de la nalure. Dans elle, c'est un nouveau genre de martyre. Elle n'était pas préparée encore pour la souffrance, qu'elle était mûre pour la victoire :.ellc peut à peine combattre, qu'elle est digne de la couronne : elle a été unmaltre consommé dans la vertu, elle dont l'âge n'avait encore pu développer le jugement. Une épouse n'eût pas dirigé ses pas vers le lit de l'époux comme cette vierge s'est présentée au supplice, joyeuse dans son entreprise, prompte dans sa démarche. » Le même saint dit dans la préface : « La bienheureuse Agnès, en foulant aux pieds les avantages d'une illustre naissance, a mérité les splendeurs du ciel ; en méprisant ce qui fait l'objet du désir des hommes, elle a été associée au partage de la puissance du roi éternel ; en recevant une mort précieuse pour confesser J.-C, elle mérita en môme temps de lui être conforme. »
Vincent voudrait dire incendiant le vice, ou qui vainc les incendies, ou qui tient la victoire. En effet il incendia, c*est-àdire il consuma les vices par la mortification de la chair; il vainquît l'incendie allumé pour son supplice en endurant les tortures avec constance; il se tint victorieux du monde en le méprisant. Il vainquit trois fléaux qui étaient dans le monde : les fausses erreurs, les amours immondes, les craintes moudaineSy par sa sagesse, sa pureté et sa constance. Saint Augustin dit que, pour vaincre le monde avec toutes ses erreurs, ses amours et ses craintes, on a et toujours on a eu pour exemples les martyres des saints.
Quelques-uns avancent que saint Augustin a recueilli les actes de son martyre mis en fort beaux verts par Prudence.
Vincent, noble par sa naissance, fut plus noble encore par sa foi et sa religion. Il fut diacre de l'évêque Valère, et. comme il s'exprimait avec plus de facilité que Tévêque, celui-ci lui confia le soin de la prédication, tandis qu'il vaquerait lui-même à la prière et à la contemplation. Le président Dacien ordonna de les traîner à Valence, et de les enfermer dans une affreuse prison. Quand il les crut presque morts de faim, il les fit comparaître en sa présence ; mais les voyant sains et joyeux, il fut transporté de colère et parla ainsi : « Que dis-tu, Valère, toi qui, sous prétexte de religion, agis contre les décrets des princes? » Or, comme Valère lui répondait avec trop de douceur, Vincent se mit à lui dire : « Père vénérable, veuillez ne pas parler avec tant de timidité et de retenue; expliquez-vous avec une entière liberté : si vous le permettez, père saint, j'essaierai de répondre au juge. » Valère reprit : « Depuis longtemps déjà, fils très chéri, je t'avais confié le soin de parler, maintenant encore, je te commets pour répondre de la foi, qui nous amène ici. » Alors Vincent se tourna vers Dacien : « Jusqu'alors, lui dit-il, tu n'as péroré dans tes discours que pour nier la foi, mais sache-le bien, que chez des chrétiens, c'est blasphémer et commettre une faute indigne que de refuser de rendre à la divinité l'honneur qui lui est dû. » A l'instant Dacien irrité ordonna de mener Tévôque en exil : pour Vincent, qu'il regardait commt^ un arrogant et présomptueux jeune homme, afin d'effrayer les autres par son exemple, il !e condamna à être étendu sur un chevalet et à avoir tous ses membres disloqués : Quand tout son corps
fut brisé, Dacien lui dit : « Réponds-moi, Vincent, de quel œil regardes-tu ton misérable corps ? » Et Vincent reprit en souriant : « C'est ce que j'ai toujours désiré. » Alors le président irrité le menaça de toutes sortes de tourments, s'il n'obtempérait pas à ses demandes. Vincent lui dit : « Oh ! suis-je heureux ! par cela même que tu penses m'offenser davantage, c'est par là que tu commences à me faire le plus de bien. Allons donc, misérable, déploie toutes les ressources de la méchanceté ; tu verras, que, quand je suis torturé, je puis, avec la force de Dieu, plus que tu ne peux toimême qui me tortures. » A ces mots le président se mit à crier et à frapper les bourreaux à coups de verges et de bâton; et Vincent lui dit : « Qu'en dis-tu? Dacien, voici que tu me venges de ceux qui me torturent. » Alors le président hors de lui dit aux bourreaux : « Grands misérables, vous ne faites rien; pourquoi vos mains se lassent-elles? vous avez pu vaincre des adultères et des parricides de manière à ce qu'ils ne pussent rien cacher au milieu des supplices que vous leur infligiez, et aujourd'hui Vincent seul a pu triompher de vos tourments ! » Les bourreaux lui enfoncèrent alors des peignes de fer jusqu'au fond des côtes, de sorte que le sang ruisselait de tout son corps et que Ton voyait ses entrailles entre les jointures de ses os. Et Dacien dit : « Aie donc pitié de toi, tu pourras alors recouvrer la brillante jeunesse, et échapper aux tourments qui t'attendent. » Et Vincent dit : « O venimeuse langue de diable! Je ne les crains pas tes tourments; il n'est qu'une chose que je redoute, c'est que tu paraisses vouloir t'apitoyer sur moi, car plus
je te vois irrité, plus, oui, plus je tressaille de joie. Je ne veux pas que tu diminues en rien ces supplices afin de te forcer à t'a vouer vaincu. » Alors on Tôta du chevalet, pour le traîner vers un brasier ardent, et il stimulait gatment la lenteur des bourreaux et la leur reprochait. II montedonc lui-même sur le gril, où il estr<5ti, brûlé et consumé ; on enfonce des ongles de fer et des lames ardentes par tous ses membres ; la flamme était couverte de sang : c'étaient plaies sur plaies ; en outre on sème du sel sur le feu, afin qu'il saute sur chacune de ses plaies et que la flamme pétillante le brûle plus cruellement encore. Déjà ce n'est plus dans ses membres, mais dans ses entrailles que Ton enfonce des dards ; déjà ses intestins s'épanchent hors du corps. Cependant il reste immobile, les yeux tournés vers le ciel et priant le Seigneur. Les bourreaux ayant rapporté cela à Dacien:» Ah I s'écria-t-îl, vous êtes vaincus; mais à présent pour qu'il vive plus longtemps dans sa torture, enfermez-le dans le plus affreux cachot ; amassez-y des tessons très aigus ; clouez ses pieds à un poteau ; laissez-le couché sur ces tessons, sans personne pour le consoler; et quand il défaillira, mandez-le-moi. » Tout aussitôt ces ministres cruels secondent un maître plus cruel encore; mais voici que le roi pour lequel ce soldat souffre change ses peines en gloire, car les ténèbres du cachot sont dissipées par une immense lumière; les pointes des tessons sont changées en fleurs d'un parfum suave ; ses entraves sont déliées, et il a le bonheur d'être consolé par des anges. Comme il se promenait sur ces fleurs en chantant avec ces anges, ces modulations
délicieuses, et la merveilleuse odeur des fleurs se répandent au loin. Les gardes effrayés regardent à travers les crevasses du cachot ; ils n'eurent pas plutôt vu ce qui se passait daiis Tintérieur qu'ils se convertirent à la foi. A cette nouvelle, Dacien devenu furieux dit : « Et que lui ferons-nous encore ? car nous voilà vaincus . Qu'on le porte sur un lit, qu'on le mette sur des coussins moelleux ; ne le rendons pas plus glorieux, s'il arrivait qu'il mourût dans les tourments ; mais lorsque ses forces seront revenues, qu'on lui inflige encore de nouveaux supplices. » Or, lorsqu'il eut été porté sur le lit moelleux, et qu'il y eût pris un peu de repos, ii rendit aussitôt l'esprit, vers l'an du Seigneur 287, sous Dioclétien et Maximien. A cette nouvelle, Dacien fut grandement épouvanté, et se reconnaissant battu il dit : « Puisque je n'ai pu le vaincre vivant, je me vengerai de lui après sa mort ; je me rassasierai de ce tourment, et ainsi la victoire pourra me rester. » Par les ordres donc de Dacien, sou corps est exposé dans un champ pour être la pâture des oiseaux et des bêtes : mais aussitôt il est gardé par les anges et préservé des bêtes qui ne le touchèrent point. Enfin un corbeau, naturellement vorace, chassa à coups d'ailes d'autres oiseaux plus forts que hii, et par ses morsures et ses cris, il mit en fuite un loup qui accourait ; puis il tourna la tète pour regarder fixement le saint corps, comme s'il eût été en admiration devant ses anges gardiens. Quand Dacien le sut il dit : « Je pense que je n'aurai pas le dessus sur lui, même après sa mort. » Il fait alors attacher au saint corps une meule énorme et la jeter dans la mer, afin que n'ayant pu
être dévoré sur la terre par les bêtes, il fût au moins la proie des monstres marins. Des matelots portent donc le corps du martyr à la mer et l'y jettent ; mais il revint plus vite qu'eux au rivage, où il fut trouvé par une dame et par quelques autres qui en avaient reçu de lui révélation et qui l'ensevelirent honorablement.
Voici sur ce martyr les paroles de saint Augustin : « Saint Vincent a vaincu en paroles, a vaincu en souffrances, a vaincu dans sa confession, a vaincu dans sa tribulation. II a vaincu brûlé, il a vaincu noyé, il a vaincu vivant, il a vaincu mort. » II ajoute : « Vincent est torturé pour être exercé ; il est flagellé pour être instruit ; il est battu pour être fortifié ; il est brûlé pour être purifié. » Saint Ambroise s'exprime en ces termes dans sa préface : « Vincent est torturé, battu, flagellé, brûlé, mais il n'est pas vaincu et son courage à confesser le nom de Dieu n'est pas ébranlé. Le feu de son zèle est plus ardent qu'un fer brûlant; il est plus lié par la crainte de Dieu que par la crainte du monde ; il voulut plutcH plaire à Dieu qu'au public; il aima mieux mourir au monde qu'au Seigneur. » Saint Augustin dit encore : « Un merveilleux spectacle est sous nos yeux ; c'est un juge inique, un bourreau sanguinaire ; c'est un martyr qui n'a pas été vaincu, c'est le combat de la cruauté et de la piété. »
Prudence, qui brilla sous le règne de Théodore l'Ancien, en 387, dit que Vincent répondit ainsi à Dacîen: « Tourments, prisons, ongles, lames pétillantes de feu, et enfin la mort qui est la dernière des peines, tout cela est jeu pour les chrétiens. » Alors Dacien dit : <( Liez-le, tordez-lui les bras sens dessus dessous,
SAINT BASILi;, KVËQIJE 203
jusqu'à ce que tes jointures de ses os soient disloquées pièce par pièce, afin que, par les ouvertures des plaies, on voie palpiter son foie. » El ce soldat de Dieu riait en gourmandaul les mains ensanglantées qui n'enfonçaient pas plus avant dans ses articulations les ongles de fer. Dans sa prison, un ange lui dit : « Courage, illustre martyr; viens sans crainte; viens èirenotrecompagnon dans l'assemblée céleste : ô soldat invincible, plus fort que les plus forts ; déjà ces tourments cruels et affreux te craignent et te proclament vainqueur! a Prudence s'écrie; « Tu es l'illustre par excellence ; seul tu as remporté la palme d'une double victoire, tu t'es préparé doux triompbcs à la fois. »
SAINT BASILE, ÉVÈQUE
Basile a été un évèque vénérable et un docteur distingué; sa vie a été écrite par Amphiloque**, évéquc d'Icone. Il fui révélé dans une vision à un ermite nommé Ephrem à quel désiré de sainteté Basile était arrivé. En effet, Ephrem, ravi en extase, vit une colonne
'La fêle de Saint Basile a é\é fixée ùditTérenU jours: au i*' janvier qu'il est mort, au 14, le l^' juur llbrcaprès l'Epiphanie, aul9du mâmemois, cnsouvcuirdela miraculeuse ouverture des portes de l'église de Nicce, el aussi le 30, chezies Grecs. Elle est célébrée, dans l'église lalînc, le Ujtiîn, jour de son ordination.
••Nolker, Sigebertde Gcmblours.VinceiHdi' Il.-Buvais allribuent en effet à Amphiloque une vie de saint Dasilc.
de feu qui partant de la tête du saint touchait au ciel, et i entendit une yoixd*en haut qui disait : « LegrandBasil est tel que cette colonne immense que tu vois. » ] vint donc à la ville le jour de PEpiphanie pour co naître un si grand personnage. Et en laperceva revêtu d'une étole blanche, s'avançant majestueuse ment avec ses clercs, il dit en lui-même : « Comme le vois, je me suis fatigué pour rien ; car cet homme, qui se pose et s'entoure d'honneurs, comment peut-i7 jamais être celui qui m'est apparu? Nous, en effet, qui avons porté le poids du jour et de la chaleur, nous ne sommes jamais parvenus à rien de pareil, et lui, dans une position et avec un éclat de ce genre, c'est une colonne de feu ! Vraiment je m'en étonne. » Mais Basile, qui connut par révélation les pensées d'Ephrem, le fil venir chez lui. L'ermite ayant été introduit vit une hiii^uc de feu qui parlait par la bouche de Basile et il se dit : « Vraiment Basile est grand ; oui, c'est une colonne de feu. L'Esprit saint parle réellement par la bouche de Basile. » Et s'adressant à l'évêque : (( Seigneur, lui dit-il, je vous demande en grâce de m'oblenir de parler le grec. » Basile lui répondit : « C'est chose difficile ce que vous demandez. » Cependant il pria pour lui et tout aussitôt, Ephrem parla le grec. Un autre ermite vit une fois Basile marchant en habits pontificaux et le méprisa, en pensant en luimême que cet évêque se complaisait trop dans une pompe de cette nature. Et une voix se fit entendre et lui (lit: « Tu te complais davantage à caresser la queue de ta chatte que Basile ne se complaît dans son appareil. » L'empereur Valens, fauteur de l'arianisme,
SAINT BASILE, ÉVÉgUE âOS
ravit une église aux catholiques pour la donner aux ariens. Basile le vint trouver et lui dit : « Empereur, il est écrit (Ps. xcvin, 4) : a La majesté royale éclate «dans l'amour de la justice; » et ailleurs : « Le juge- 0 menl du roi c'est la justice; » pourquoi doncavezvous ordonné de g'atté de cœur que les catholiques fussent chassés de celte église et qu'elle Mt livrée aux ariens ? » L'empereur lui dit ; « Tu en reviens encore à tes paroles de mépris, d Basile, cela ne te va pas. » Basile répondit : « 11 me va de mourir même pour la justice. » Alors le matlre d'hôtel de l'empereur, appelé Démosthène, qui favorisait les ariens, parla pour eux et laissa échapper ua barbarisme ; Basile lui dit : « Tu charge consiste à t'occuper des ragoûts de l'empereur, mais non à trancher dans les choses de la foi. » Ce qui le rendît confus et le fil taire. L'empereur dil : « Basile, va et sois juge entre les deux partis; mais ne cède pas à l'entraînement aveugle du peuple. » Basile s'en alla et dit, en présence des catholiques et des ariens, de fermer les portes de l'église, d'y apposer le sceau de chacun des partis et que celui aux prières duquel les portes s'ouvriraient, aurait la possession de l'église. Cet arrangement fut généralement goflté. Les ariens se mirent eu prières pendant trois jours et trois nuits, et quand ils vinrent aux portes de l'église, elles ne s'ouvrirent pas. Alors Basile, ayant ordonné une procession, vint à l'église et après avoir fait une prière, il toucha les portes d'un léger coup de son bâton pastoral en disant : « Levez vos portes, princes ; et vous, portes éternelles, levez-vous, afin de laisser entrer le roi de gloire » (Ps. xxiii). Et tout aussitôt elles
s'ouvrirent. On entra en rendant grâces à Dieu, et l'église resta la propriété des catholiques. Or, Teinpereur, pour céder à Basile, exigea de lui beaucoup de promesses, d'après rW/s/o/>^ tri parti te: «Ceci n'appartient qu'aux enfants, répondit Basile, car ceux qui se nourrissent des paroles de Dieu ne souffrent pas qu'on altère même une seule syllabe des dogmes divins. » Alors l'empereur fut indigné, et, ainsi qu'il est dit dans le même ouvrage, comme il voulait écrire la sentence de son exil, une première, une seconde et une troisième plume, se brisèrent; ensuite sa main fut saisie d'un grand tremblement, et il déchira la feuille de papier tout en colère.
Un homme vénérable, appelé Eradius*, avait une fille unique (fu'il se proposait de consacrer au Seigneur ; mais le diable, ennemi du genre humain, ayant connaissance de cela, embrasa d'amour pour la jeune fille un des esclaves de cet Eradius. Ayant donc reconnu comme impossible que lui, qui était esclave, pût obtenir les faveurs d'une si noble personne, il alla trouver un magicien en lui promettant une grande somme d'argent, s'il voulait lui venir en aide. Le magicien lui dit : « Moi, je ne saurais faire cela; mais, si tu veux, je t'adresserai au diable mon maître; et si tu exécutes ses prescriptions, tu obtiendras ce que tu désires. » Et le jeune homme répondit : « Je ferai tout ce que tu me diras. » Le magicien rédigea une lettre pour le diable et la transmit par le jeune homme ; elle était conçue en ces termes : « Maître, comme je dois
* Hincmar le nomme Proievius,
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m'employer avec soin et promptitude à retirer tout le monde possible de la religion des chrétiens et à amener ces hommes à faire ta volonté, afin que ton parti se multiplie tous les jours, je t'ai adressé ce jeune homme qui brûle d'amour pour une jeune fille et je demande que ses désirs soient accomplis, pour en retirer moi-même delà gloire et pouvoir dans la suite en récolter d'autres. » Il lui donna la lettre, il lui dit : « Va, et à telle heure de la nuit, tiens-toi debout sur le tombeau d'un gentil, et là appelle les démons avec grands cris, lance ce papier en l'air et incontinent ils t'apparaîtront. » Il y alla, cria les démons et jeta la lettre en l'air. Et voici que se présente le prince des ténèbfes entouré d'une multitude de démons. Après avoir lu la lettre, il dit au jeune homme : « Croistu en moi, pour que j'exécute ce que tu veux? » a Maître, je crois, dit-il. » Le diable reprit : « Renies-tu aussi J.-C.? » Il dit : « Je renie. » « Vous autres chrétiens, continua le diable^ vous êtes des perfides ; parce que si vous avez besoin de moi, vous me venez trouver; mais quand vous avez réalisé vos désirs, aussitôt vous me reniez, et vous revenez à votre Christ ; et lui, parce qu'il est très clément, il vous reçoit. Mais si tu veux que j'accomplisse ta volonté, fais-moi un écrit de ta main par lequel tu confesses renoncer au Christ, au baptême, à la profession chrétienne, que tu es à mon service, condamnable avec moi au jugement. » Celui-ci fit aussitôt de sa main un écrit par lequel il renonçait au Christ, et s'engageait au service du diable. Tout de suite celui-ci appela les esprits cjui sont chargés de se mêler de la fornication, en leur
ordonnant d'aller auprès de la dite fille, et d'enfian mer son cœur d'amour pour le jeune homme. I le firent et embrasèrent son cœur au point qu'elle î roulait à terre et s'adressait à son père avec des cr lamentables : « Ayez pitié de moi, père, ayez pitié • moi, parce que je suis cruellement tourmentée d* mour pour cet esclave qui vous appartient. Ayez pL de votre sang ; témoignez-moi un amour de père,^ mariez-moi à ce jeune homme que j'aime et pour quel je suis torturée ; sinon, dans peu de temps v^: me verrez mourir et vous en répondrez pour moL jour du jugement. » Or, son père lui répondit en pot sant des cris de douleur : « Hélas, malheureux que suis! Qu* est-il donc arrivé à ma fille? Qui m'a v(m mon trésor? Quel est celui qui a éteint la douce \m mière de mes yeux? Je voulais, moi, t'unira l'époui céleste ; je comptais être sauvé par toi, et tu fais I folie de te livrer à un amour libertin ; ma fille, permets comme je l'avais résolu, que je t'unisse au Seignem n'accable pas ma vieillesse d'une douleur qui m'em portera dans le tombeau. » Mais elle criait en disant (( Mon père, accomplissez vite mon désir, ou dans pe de temps vous me verrez mourir. » Or, comme ell pleurait très amèrement et qu'elle était presque foll< son père, tout désolé et séduit par les conseils de s< amis, fit ce qu'elle voulait, et la maria à son escla^ en lui donnant tous ses biens. « Va, lui dit-il, va, m fille, tu es vraiment misérable. » Mais lorsque h époux demeurèrent ensemble, le jeune homme ne me tait pas le pied à Téiclisc, ne faisait pas le signe de la croi sur lui, ni ne se recommandait à Dieu ; cela fut r
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marqué de certaines personnes, qui dirent à son épouse : « Sais-tu que celui que lu as choisi pour ton mari n'est pas chrétien et qu'il ne va pas à l'église. » A celte nouvelle, elle ressentit une grande crainte, et se jetant par terre, elle semitàsedéchireravec Icson^es, à se frapper la poitrine et à dire : « Ah ! que je suis malheureuse I pourquoi suis-je née ? et que ne suis-je morte en venant au inonde I » Ayant rapporté à son mari ce qu'elle avait entendu, et celui-ci, lui assurant qu'il n'en était rien, maïs que tout ce qu'elle avait appris était faux : « Si tu veux, dit-elle,. que je te croie, demain, nous irons tous deux à l'église. )' Le mari, voyant qu'il ne pouvait dissimuler plus longtemps, raconta exactement à sa femme tout ce qui s'était passé. Quand elle eut entendu cela elle se mit à gémir, alla de suite trouver saint Basile et loi raconta tout ce qui était arrivé à son mari et à elle. Basile fil venir l'époux et apprit tous ces détails de sa bouche : u Mon fils, lui dit-il, voulez-vous revenir à Dieu? » Il répondit : « Oui, Seigneur ; mais c'est impossible, car je suis eiit^agé au diable, j'ai renié J.-('., j'ai écrit l'acte de mou reniement et l'ai donné au diable. » Basile lui dît ; « N'aie pas d'inquiétude; le Seigneur est débonnaire, et accueillera ton repentir. » Aussitôt il prit le jeune homme, lui fit le signe de la croix sur le front, et l'enferma l'espace de trois jours; après lesquels il le vint trouver, et lui dit : i< Comment te trouves-tu, mon fils? 1) « Seigneur, lui répondit-il, j'éprouve un grand accablement ; je ne puis supporter les cris, les terreurs, les machinations des démons, qui, mon écrit à la main, m'accusent en me disant : « C'est toi qui
« es veau à nous, ce n'est pas nous qui sommes venus « à toi. » Et saint Basile dit : « Ne crains rien, mon fils ; seulement, crois. » Il lui donna un peu à manger; puis faisant encore le signe de la croix sur son front il le renferma de nouveau, et pria pour lui. Quelques jours après, il vint le voir et lui dit : « Comment te trouves-tu, mon fils? » Il répondit : « Mon père, j'entends au loin leurs cris et leurs menaces, mais je ne les vois point. » Il lui donna encore un peu de nourriture, le signa, ferma sa porte, se retira, pria pour lui et quarante jours après il revint et lui dit : « Comment te trouves-tu? » Il répondit : « Saint homme de Dieu, je me trouve bien; aujourd'hui dans une vision, je vous ai vu com--.^ battre pour moi et vaincre le diable. » Après quo^ Basile le fit sortir, convoqua le clergé, les religieur et le peuple, et les avertit tous de prier pour le jeui»^^ homme qu'il conduisait à l'église en le tenant par main. Et voilà que le diable avec une multitude de d^:^ mons vint à sa rencontre et se saisissant d'une n^:^nière invisible de ce jeune homme, il s'efforçait l'arracher des mains de saint Basile. Le jeune homr ^ se mit à crier : « Saint homme de Dieu, aidez-moi. )>--^»^ le malin l'assaillit avec une si grande véhémence qu-: e^y traînant le jeune homme, il entraînait aussi le sm^j/i^ qui lui dit : « Infâme, n'est-ce pas assez pour toi de /^ perte, que tu oses encore tenter la créature de mo/i Dieu?» Mais le diable lui dit et beaucoup l'entendirent: « Tu me portes préjudice, 6 Basile. » Alors tous crierenl : « Kijrie^ e/6'/6'0//,Sei^^neur, ayez pitié de nous. ))Ei Basile dit : « Que le Seigneur te confonde, diable. » Celui-ci reprit : « Tu me portes pn^judice, o Basile; ce
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n'est pas moi qui ai été le chercher, mais c'est lui qui
est venu à moi ; il a renié son Christ et s'est donné à
moi : voici son écrit; je le tiens à la main. » Basile
dit : « Nous ne cesserons de prier jusqu'à ce que tu
rendes l'écrit. » Et à la prière de Basile qui tenait les
mains levées vers le ciel, la cédule, que les assistants
voyaient portée en l'air, vint se mettre dans les mains
du saint évêque, qui, en la recevant, dit au jeune
homme : « Reconnaissez-vous cette écriture, mon
frère? » Il répondit : « Oui, elle est de ma main. » Et
Basile, déchirant l'acte, conduisit le jeune homme à
Téçlise, le rendit digne de participer au saint mystère,
et après lui avoir donné de bons conseils et suggéré
un plan de vie, il le remit à sa femme *.
Une femme, qui avait commis beaucoup de péchés, les inscrivit sur une feuille volante, en réservant le plus grave pour la fin ; elle donna cet écrit à saint Basile, et lui recommanda de prier pour elle, pour effacer ces péchés par ses oraisons. Après qu'il eut prié, et que la femme eut ouvert son écrit, elle trouva toutes ses offenses eflFacées à la réscrvede laphisénorme. Elle dit à Basile : « Ayez pitié de moi, serviteur de Dieu, et obtenez pardon pour celle-là comme vous l'avez obtenu pour les autres. » Basile lui dit : « Femme, retirez-vous de moi, parce que je suis un pécheur ayant besoin d'indulgence aussi bien que vous. » Et comme elle insistait, il lui dit : « Allez trouver le saint homme Ephrem, et il pourra obtenir pour vous ce que vous
* HÎDcmar de Reims rapporte ce fait dans son livre sur le Dirorce de Lothaire (Interrogatio XV) et le tire d'Amphiloque, évéque d'Icône.
demandez. » Elle alla donc trouver le saint homme Ephrem, et après lui avoir avoué pourquoi saint Basile Tavait adressée à lui : « Retirez-vous, lui dit-il, car je suis un pécheur; mais, ma fille, retournez vers Basile; lui qui vous a obtenu le pardon des autres péchés, aura encore le pouvoir de Fobtenir pour celuici : Hâtez-vous, vite, pour le trouver en vie. » Elle arrivait à la ville, qu'on portait Basile au tombeau. Alors elle se mit à crier après lui et à dire : « Que Dieu voie et juge entre vous et moi; car quand vous pouviez me réconcilier avec Dieu vous-même, vous m'avez adressé à un autre. » Puis elle jeta son écrit sur le cercueil, et le reprenant un instant après, elle l'ouvrit, et trouva le péché entièrement effacé. Aussi rendit-elle à Dieu d'immenses actions de grâce, avec tous ceux qui se trouvaient là *.
Avant que cet homme de Dieu trépassât, et quand il était atteint de la maladie dont il mourut, il se trouvait un juif appelé Joseph, médecin consommé, que l'homme de Dieu aimait avec prédilection, parce qu'il prévoyait devoir le convertir à la foi; il le manda auprès de lui, comme s'il avait besoin de son ministère. Or, Joseph tâta le pouls de Basile et reconnut que le saint était près de mourir : il dit alors aux gens de la maison : a Préparez tout ce qui est nécessaire pour sa sépulture, car il va expirera l'instant. » Basile, qui entendit cela, lui dit : « Tu ne sais ce que tu dis. » Joseph répartit : « Seigneur, le soleil se couchera aujourd'hui et, croyez-moi, vous mourrez au soleil
* Siméon Métaphraste.
SAINT JEAN, l'aUMONIER 243
couchant. » Basile lui dit : « Que diras-tu, si je ne meurs pas aujourd'hui? a Joseph répondit: « Cela n'est pas possible, Seiçneur. » Basilic reprît ; « Et si je vis encore demain jusqu'à la sixième heure, que fera»-tu?» et Joseph dit : « Si vous allez jusqu'à cette heure, je mourrai moi-même. » Basile dit : « Eh bien, meurs donc au péché pour vivre A J.-C. » Joseph répondit ; « Je comprends ce que vous dites; si vous visez jusqu'à cette heure, je ferai ce à quoi vous m'exhortez. » Alors saint Basile, qui, selon les lois naturelles, devait mourir i^ l'instant, obtint néanmoins du Seiçneur un délai de mort, et il vécut jusqu'à la neuvième heure du lendemain. » Joseph, qui vil cela, en fut dans la stupeur et crut à J.-C. Alors Basile, par force de caractère, surmonta la faiblesse du corps ; il se leva de son lit, alla à l'église et baptisa Joseph de sa main ; après quoi, il revint à sa couche et tout aussitôt il rendit heureusement son âme à Dieu. Il florîssait vers l'an du Seigneur 380.