‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 25 sur 57 · C. XI · texte numérisé non relu

C. XI

*'* Euscbe, ffistoire err/èsiastifjite, livre ï, c. viii.

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de Philippe, qu'il avait eus d'AristobuIe. Pour ces deux motifs Antipater conçut une haine si implacable contre son père, qu'il tenta de s'en défaire par le poison ; Hérode s'en méfiant, le fit jeter en prison. César-AusTUste apprenant qu'il avait tué ses fils : « J'aimerais mieux, dit-il, être le pourceau d'Hérodequeson fils ; car comme prosélyte, il épar^e ses porcs et il tue ses enfants. » Parvenu à l'âge de 70 ans, Hérode tomba gravement malade: il était miné par une forte fièvre, ses membres se pourrissaient et ses douleurs étaient incessantes ; il avait les pieds enflés, les testicules rongés de vers; il exhalait une puanteur intolérable ; sa respiration était courte et ses soupirs continuels. Ayant pris un bain d'huile par l'ordre des médecins, on l'en sortit presque mort.

Ayant en tendu dire que les juifs seraient contents de le voir mourir, il fit rassembler dans une prison les plus nobles jeunes gens de toute la Judée et dit à Salomé sa sœur : « Je sais que les juifs se réjouiront de ma mort; mais il pourra s'y n^pandrc bien deslarnu^s et j'aurai de nobles funérailles, si vous voulez obéir à mon ordre; c'est, aussiUM que j'aurai rendu Tespril, de tuer tous ceux que je garde eu prison afin qu'ainsi toute la Judée me pleure malgré qu'elleen ait. » Ajuvs chaque repas, il avait coutume de manger uriepoinnn* qu'il pelait lui-même avee une épéc. Or, comme il tenait cette arme à la main, il fut pris d'une toux violente et regardant autour de lui si personne ne l'empêcherait de se frapper, il leva la main pour le faire, mais un de ses cousins lui retint le bras en l'air. Aussitôt, comme s'il eût été mort, des gémissements re-

tentirent dans le palais. A ces cris, Ântipater bondit de joie, et promit toute sorte de présents aux gardes, si on l'en délivrait. Quand Hérode en fut informé, il souffrit plus de la joie de son fils que de sa propre mort ; il envoya alors des satellites, le fit tuer et institua Archélaus son successeur. Il mourut cinq jours après. Il avait été fort heureux en bien des circonstances, mais il eut fort à souffrir dans son intérieur.

Salomé délivra tous ceux dont le roi avait ordonné la mort. Rémi, dans son original sur saint Mathieu *, dit que Hérode se suicida del'épée avec laquelle il pelait une pomme, et que sa sœur Salomé fit tuer tous ceux qui étaient en prison, ainsi qu'elle l'avait décidé avec son frère.

Thomas veut dire aby me, jumeau, et coupé. Abyme, c'est-àdire, profond en humilité, ce qui est clair par son cilice, et en lavant les pieds des pauvres ; jumeau, car dans sa prélaturc, il eut deux qualités émincntes, celle de la parole et celle (le Texemple. Il fut coupé dans son martyre.

Thomas de Gantorbéry, restant à la cour du roi d' An- 4^1eterre vit commettre différentes actions contraires à la reliçion ; il se retira alors pour se mettre sous la conduite de l'archevêque de Gantorbéry qui le nomma son archidiacre. Il se rendit cependant aux instances

* Homélie 6« de Hemi d'Auxerre.

** Tirée de sa vie écrite par plus de dix auteurs contemporains.

SAINT THOMAS DE CANTORBERY Hl

de l'archevêque qui lui conseilla de conserver la charge de chancelier du roi, afin que, par la prudence, dont il était excellemment doué, il devint un obstacle au mal que les méchants pourraient exercer contre Téglise. Le roi avait pour lui tant d'aflFection que, lors du décès de Tarchevêque, il voulut l'élever sur le siège épîscopal. Après de longues résistances, il consentit à recevoir ce fardeau sur les épaules. Mais tout aussitôt il fut changé en un autre homme : il était devenu parfait, il mortifiait sa chair par le cilice et par les jeûnes ; car il portait non seulement un cilice au lieu de chemise, mais il avait des caleçons de poil de chèvre qui le couvraient jusqu^auxgenoux. Il employait une telle adresse à cacher sa sainteté que, tout en conservant une honnêteté exquise, sous des habits convenables et n'ayant que des meubles décents, il se conformait aux mœurs de chacun. Tous les jours, il lavait à genoux les pieds de treize pauvres auxquels il donnait un repas et quatre pièces d'argent. Le roi s'efforçait de le faire plier à sa volonté au détriment de l'église, en exigeant qu'il sanctionnât, lui aussi, des coutumes dont ses prédécesseurs avaient joui contre les libertés ecclésiastiques. Il n'y voulut jamais consentir, rt il s'attira ainsi la haine du roi et des princes. Pressé un jour par le roi, lui et quelques évéques, sousTinfluence de la mort dont on les menaçait et trompé par les conseils de plusieurs grands personnages, il consentit de bouche à céder au vœu du monarque ; mais s'a|)ercevant (ju'il pourrait en résulter bientôt un grand détrinitMit pour lésâmes, il s'imposa dès lors de plus rigoureuses mortifications ; il cessa de dire la messe, jusqu'à n* (ju'il

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eût pu obtenir d'être relevé, par le souverain Pontife, des suspenses qu'il croyait avoir encourues. Requis de confirmer par écril ce qu*i! avait promis de bouche, il résista au roi avec énergie, prit lui-même sa croix pour sortir de la cour, aux clameurs des impies qui disaient : <i Saisissez le voleur, à mort le traître. » Deux personnages éminents et pleins de foi vinrent alors lui assurer avec serment qu'une foule de grands avaient juré sa mort. L'homme de Dieu, qui craignait pour l'église plus encore que pour lui, prit la fuite, et vint trouver à Sens le juge Alexandre, et avec des recommandations pour le monastère de Pontigny, il arriva en France. De son côté, le roi envoya à Rome demander des légats afin de terminer le différend ; mais il n'éprouva que des refus, ce qui l'irrita plus encore contre le prélat. 11 mit la saisie sur tous ses biens et sur ceux de ses amis, exila tous les membres de sa famille, sans avoir aucun égard pour la condition ou le sexe, le rang ou l'âge des individus. Quant au saint, tous les jours, il priait pour le roi et pour le royaume d'Angleterre. II eut alors une révélation qu'il rentrerait dans son église, et qu'il recevrait du Christ la palme du martyre. Après sept ans d'exil, il lui fut accordé de revenir et fut reçu avec de grands honneurs. Quelques jours avant le martyre de Thomas, un jeune homme mourut et ressuscita miraculeusement et il disait avoir été conduit jusqu'au rang le plus élevé des saints où il avait vu une place vide parmi les apdtres. Il demanda à qui appartenait cette pkee, un ange lui répondit qu'elle était réservée par le Seigneur à un illustre prêtre anglais. Un ecclésiastique

qui tous les jours célébrait la messe eu riionneur de la Bienheureuse Vierge, fut accusé auprès de Tarclievèque.qui le fit comparaître devant lui et le suspendit • de son office, comme idiot et ignorant. Or, le bienheureux Thomas avait caché sous son lit son rilice qu'il devait recoudre quand il en aurait le temps ; la bienheureuse Marie apparut au prêtre et lui dit : a Allez dire à l'archevêque que celle pour l'amour de laquelle vous disiez vos messes a recousu son cilice qui est à tel endroit et qu'elle y a laissé le fil rouge dont elle s'est servi. Elle vous envoie pour qu'il ait à lever l'interdit dont il vous a frappé. » Thomas en entendant cela et trouvant tout ainsi qu'il avait été dit, fut saisi, et en relevant le prêtre de son interdit, il lui recommanda de tenir cela sous le secret. Il défendit, comme auparavant les droits de l'Eglise et il ne se laissa fléchir ni par la violence, ni parles prières du roi. Comme donc on ne pouvait l'abattre en aucune manière, voici venir avec leurs armes des soldats du roi (jui demandent à grands cris où est rarchevè(jue. Il alla au-devant d'eux et leur dit : « Me voici, que voulez-vous? » « Nous venons, répondent-ils, pour te tuer tu n'as pas plus longtemps à vivre. » Il leur dit : « Je suis prêta mourir pour Dieu, pour la défense de la justice et la liberté de l'Eglise. Donc si c'est à moi que vous en voulez, de la [)art du Dieu tout-puissant et sous peine d'anathème, je vous défends de faire tel mal (|ue ce soit à ceux qui sont ici, et j<; recommande la cause de l'Église et moi-même à Dieu, a la bienheureuse Marie, à tous les saints et à saint Denys. » A()rès (juoi sa tête vénérable tombî* sous le glaive des impies, la I. «

couronne de son chef est coupée, sa cervelle jaillit sur le pavé de l'église et il est sacré martyr du Seigneur l'an 1174. Comme les clercs commençaient Requiem œlernam de la messe des morts qu*ils allaient célébrer pour lui, tout aussitôt, dit-on, les chœurs des anges interrompent la voix des chantres et entonnent la messe d'un martyr : Lœtabilur justus in Domino, que les autres clercs continuent. Ce changement est vraiment l'ouvrage de la droite du Très- Haut, que le chant de la tristesse ait été changé en un cantique de louange, quand celui pour lequel on venait de commencer les prières des morts, se trouve à l'instant partager les honneurs des hymnes des martyrs. Il était vraiment doué d'une haute sainteté ce martyr glorieux du Seigneur auquel les anges donnent ce témoignage d'honneur si éclatant en l'inscrivant euxmêmes par avance au catalogue des martyi*s. Ce saint souflFrit donc la mort pour l'Église, dans une église, dans le lieu saint, dans un temps saint, entre les mains des prêtres et des religieux, afin que parussent au grand jour et la sainteté du patient et la cruauté des persécuteurs. Le Seigneur daigna opérer beaucoup d'autres miracles par son saint, car en considération de ses mérites, furent rendus aux aveugles la Vue, aux sourds Touïc, aux boiteux le marcher, aux morts la vie. L*eau dans laquelle on lavait les linges trempés de son sang, guérit beaucoup de malades. Par coquetterie et afin de paraître plus belle, une dame d'Angleterre désirait avoir des yeux vairons et pour cela elle vint, après en avoir fait le vœu, nu-pieds au tombeau de saint Thomas. En se levant après sa prière, elle

se trouva tout à fait aveugle; elle se repentit alors et commença à prier saint Thomas de lui rendre au moins les 3'eux tels qu'elle les avait, sans parler d'yeux vairons, et ce fut à peine si elle put l'obtenir.

Un plaisant avait apporté dans un vase, à son maftre à table, de l'eau ordinaire au lieu de l'eau de saint Thomas. Ce mattre lui dit : « Si tu ne m'as jamais rien volé, que saint Thomas te laisse apporter l'eau, mais si tu es coupable de vol, que cette eau s'évapore aussitôt. » Le serviteur, qui savait avoir rempli le vase, il n'y avait qu'un instant, y consentit. Chose merveilleuse ! On découvrit le vase, et il fut trouvé vide et de cette manière le serviteur fut reconnu menteur et convaincu d'être un voleur. Un oiseau, auquel on avait appris à parler, était poursuivi par un aif^le, quand il se mit à crier ces mots qu'on lui avait fait retenir: « Saint Thomas, au secours, aide-moi. » L'aiçle tomba mort à l'instant et Toiseau fut sauvé. Un particulier que saint Thomas avait beaucoup aimé tomba gravement malade; il alla à son tombeau prier pour recouvrer la santé : ce qu'il obtint à souhait. Mais en revenant guéri, il se prit à penser que celle g-uérison n'était peut-être pas avantageuse à son âme. Alors il retourna prier au tombeau et demanda que si sa guérison ne devait pas lui être utile pour son salut, son infirmité lui revînt, et il en fut ainsi qu'auparavant. La vengeance divine s'exerça sur ceux qui l'avaient massacré : les uns se mettaient les doigts en lambeaux avec les dents, le corps des autres tombait en pourriture; ceux-ci moururent de paralysie, ceuxlà succombèrent misérablement dans des accès d<î folie.

Silveslre vienldc sile qui veut dire lumière, et de /eiTo terre, comme lumière de la terre, c'est-à-dire de TEglise qui, semblable k une bonne terre, contient la graine des bonnes œuvres, la noirceur de Thumilité et la douceur de la dévotion. C*est à ces trois qualités, ditPallade, qu'on distingue la bonne terre. Ou bien Silvestre viendrait de silva, forôtet Theos, Dieu, parce qu'il attira à la foi des hommes sylvestres, incultes et durs. Ou comme il est dit dans le Glosmire: Sylvestre signifie vert, agreste, ombreux, couvert de bois. Vert dans la contem- ])lation des choses célestes, agreste par la culture de soimême, ombreux, en refroidissant en lui toute concupiscence, couvert de bois, c'est-à-dire planté au milieu des arbres du ciel. Sa légende fut compilée par Eusèbe de Césarée; le bienheureux Gélase rappelle qu'elle a dû être lue par les catholiques dans un comité de soixante-dix évéques : ce qui est relaté aussi dans le décret.

Silvestre naquit d'une mère appelée Juste de nom et d'effet ; il fut instruit par Cyrien, prêtre, et il exerçait l'hospitalité avec un grand zèle. Un homme fort chrétien, nommé Timothée, fut reçu chez lui, alors qu'on fuyait le saint à cause de la persécution. Ce Timothée prêcha l'espace d'un an et trois mois et obtint ensuite la couronne du martyre pour avoir annoncé avec un zèle persévérant la foi de J.-C. Or, le préfet Tarquinius pensant que Timothée rejçorgeait de biens, les exigea de Silvestre avec menaces de mort. Toutefois, après s'être assuré que véritablement Timothée ne possédait pas les richesses qu'on lui supposait, il commanda à Silvestre de sacrifier aux idoles, autrement il aurait à passer le lendemain par divers genres

de supplices. Silvestre lui dit : « Insensé, tu mourras cette nuit, puis tu subiras des tourments éternels, et que tu le veuilles ou non, tu reconnaîtras le vrai Dieu que nous honorons. » Silvestre est donc conduit en prison et Tarquinius est invité à un dîner : Or, en mangeant, il se mit, dans le gosier, une arête de poisson qu'il ne put ni rejeter ni avaler, en sorte qu'au milieu de la nuit, le défunt fut porté au tombeau avec deuil. Et Silvestre, qui était aimé singulièrement non pas tant des chrétiens que des païens, fut délivré de prison, et il y eut grande joie. II avait, en effet, un aspect angélique, une parole éloquente ; il était bien fait de corps, saint en œuvres, puissant en conseil, catholique dans sa foi, fort d'espérance, et d'une immense charité. Après la mort de Meletriade, évoque delà ville de Rome, Silvestre fut élu, malgré lui, souverain Pontife par tout le peuple. Il conservait écrits sur un registre les noms de tous les orphelins, des veuves et des pauvres qu'il pourvoyait de tout ce qui leur était nécessaire. Ce fut lui qui institua le jeûne du quatrième, du sixième jour et du samedi, et qui fit réserver le jeudi comme le dimanche. Les chrétiens grecs prétendant qu'on devait célébrer le samedi de préférence au jeudi, Silvestre répondit que cela ne pouvait pas être, parce que c'était une tradition apostolique et qu'on devait compatira la sépulture du Seigneur. Ils lui répliquèrent : « 11 y a un samedi où l'on honore la sépulture et où l'on jeûne une fois par an. » Silvestre répondit : « De même que tout dimanche est honoré à cause de la résurrection, de même tout samedi est honoré pour la sépulture du Seigneur. » Ils 1. 8-

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