VIERGE MARIE
La Purification de la Vierge Marie eut lieu quarante jours après la Nativité du Seigneur. Cette fête a été nommée ordinairement de trois manières, la Purification, Hypopante ou rencontre, et la Chandeleur. On la nomme Purification parce que, quarante jours après la naissance du Seigneur, la Vierge vint au Temple se purifier, selon la coutume introduite par la loi, quoique cette loi ne Tobligeât point. En effet au Lévîlique (xii), la loi ordonnait que la femme qui, ayant usé du mariage, enfanterait un fils, serait impure pendant sept jours, impure au point de s'abstenir de toute espèce de conmierce avec les hommes, et de l'entrée du temple.
Mais apj'ès les sept jours, elle redevenait pure ; en sorte qu'elle pouvait se trouver avec les hommes ; mais elle avait encore trente-trois jours à passer avant de pouvoir entrer dans le temple à raison de son impureté. Enfin après quarante jours, elle entrait dans le temple et offrait son enfant avec des présents. Que si elle avait enfanté une femme, les jours étaient doublés pour ses rapports avec les hommes et pour l'entrée du temple. Pourquoi donc le Seii^neur a-t-il ordonné que, au 40® jour, l'enfant fût offert dans le temple ? on peut en donner trois raisons. La première afin que Ton comprenne par là que
comme Tenfanl est introduit au 40« jour dans le temple matériel de même 40 jours après sa conception, pour le plus souvent, son âme est infuse dans le corps comme dans son temple. Ceci est rapporté dans Vllisioire scholustique *, quoique les physiciens (médecins) disent que le corps est perfectionné en 46 jours. La seconde, que comme Tâme infuse au 40® jour dans le corps, est souillée par le corps lui-même, de même au 40* jour, en entrant dans le temple, l'âme est désormais lavée de cette tache par les offrandes. La troisième, pour donner à comprendre que ceux-là mériteront d'entrer dans le temple céleste qui auront voulu observer les dix commandements avec la foi aux quatre Evangiles. Pour celle qui enfantait une femme, ces jours sont doubles, quant à Tenlrée dans le temple, comme Us sont doublés pour la formation de son corps : car ainsi que le corps d'un homme est organisé et rendu parfait en 40 jours et que pour le plus souvent, l'âme est infuse au 40*^ jour, ainsi le corps d'une femme est achevé en 80 jours et au 80* jour, pour le plus souvent, l'âme anime son corps. Pourquoi donc le corps d'une femme met-il plus de temps à se parfaire et l'âme à l'animer que le corps d'un homme ? Sans parler des raisons prises de la nature, on peut en assigner trois autres. La première, c'est que J.-C. devant prendre chair dans le sexe viril, afin d'honorer ce sexe et lui octroyer une plus grande grâce, il voulut que l'enfant fût formé plus tôt et que la femme
*Ch. XVIII. C'est ro'uvrc de Pierre Coiiieslor, auteur du xii** siècle, qui eut une vogue immense à peu près é«jalc à celle de la Légende dorée.
fût purifiée plus vile. La seconde, que la femme ayant plus péché (jue rhouimc, ses infirmités fussent doubles des infirmités de Tliomme extérieurement en ce monde, de môme alors, elles ont dû être doublées intérieurement dans le sein. La troisième, pour donner a comprendre par là que la femme a été d'une certaine manière plus à chargea Dieu que l'homme, puisqu'elle a failli da\"antage. En effet Dieu est en quelque sorte fati(^ué par nos actions mauvaises, ce qui lui fait dire dans Isaïe (xliii) : « Vous m'avez rendu comme votre esclave par vos péchés. » Et ailleurs il dit encore par Jérémie (vi) : « J'ai travaillé avec ^rand effort. » La bienheureuse Vierçe n'était donc pas tenue à cette loi de la purification, puisqu'elle n*a pas conçu en usant du mariag^e, mais par un souflle mystique. Aussi Moïse a ajouté : « en usant du mariage, » ce (|ui n'était pas nécessaire par rapport aux autres femmes qui con<;oivent toutes de cette manière, mais Moïse a ajouté ces mots, dit saint Bernard, parce qu'il venait de faire injure à la mère du Seîjçneur. Ce- ])endant elle voulut se soumettre à la loi pour quatre raisons. La première, pour donner l'exemple de Thumilité. Ce <|ui fait dire à saint Bernard : « O Vierge vraiment bienheureuse, vous n'aviez aucun motif ni aucun besoin de vous purifier; mais est-ce que votre Fils avait bivsoin de la circoncision? Soyez au milieu (les femmes comme Tune d'elles, car votre fils aussi se rend semblable aux autres enfants. » Or, cette huniililé ne vint pas seulement de la mère, mais encore (lu Fils, (|ui voulut ici, comme elle, se soumettre à la loi. En etr<*t, dans sa naissance, il se ])Osa en homme
pauvre, dans sa circoncision en homme pauvre et pécheur, mais aujourd'hui il se traite en homme pauvre, et pécheur et esclave; en pauvre, puisqu'il choisit Toffrande des pauvres; en pécheur, puisqu'il veut être purifié avec sa mère ; en esclave, puisqu'il a voulu être racheté, et même peu après il voulut être baptisé, non pour effacer en soi des fautes, mais pour offrir au monde l'exemple de la plus grande humilité, et pour donner des preuves que ces remèdes ont été bons au temps où on les employait. Car cinq remèdes furent institués, dans une certaine succession de temps, contre le péché originel. Trois d'entre eux, selon Hugues de Saint^Victor, ont été institués sous la loi ancienne: les oblations, les dîmes et les immolations des sacrifices, qui signifiaient merveilleusemenl l'c&uvre de notre rédemption. Car le mode de rachat était exprimé par Toblation ; le prix lui-même de Toblation, par le sacrifice, où il y avait effusion de sang; celui-là même, qui était racheté, par la dîme, parce que Thomme est figuré par la dixième dragme. Le premier remède fut l'offrande : ainsi l'on voit Caïn offrir à Dieu des présents de ses fruits, et Abel, de ses troupeaux. Le second fut la dîme, comme dans Abraham (jui offre la dîme au prêtre Melchisédech : car selon saint Augustin, on dîmait sur tout ce dont on prenait soin. Le troisième fut l'immolation des sacrifices : car, d'après saint Grégoire, les sacrifices étaient établis contre le péché originel. Mais parce qu'il était de rigueur cju'au moins l'un ou l'autre des parents eût la foi et qu'il pouvait se faire quelquefois que tous les deux fussent infidèles, alors vint le quatrième remède, sa- I. 18
voir : la circoncision qui avait sa valeur, soil que les parents fussent fidèles, soit qu'ils ne le fussent point. Mais ce remède ne pouvant convenir seulement qu'aux mâles, et ne pouvant pas ouvrir les portes du paradis, alors à la circoncision succéda comme cinquième remède le baptême qui est commun à tous et qui ouvre la porte du ciel. J.-C. donc paratt avoir reçu, en quelque manière, le premier remède quand il fut offert dans le temple par ses parents ; le second, quand il jeûna 40 jours et 40 nuits, parce que n'ayant point de biens avec quoi il pût payer la dtme, il offrit du moins à Dieu la dîme de ses jours. J.-C. s'est appliqué le troisième remède, quand sa mère offrit pour lui une paire de tourterelles, ou deux petits de colombes pour en faire un sacrifice, ou bien encore, quand il s'offrit lui-même en sacrifice sur la croix. Le quatrième, quand il se laissa circoncire, et le cinquième en recevant le baptême de saint Jean. — La seconde raison était d'accomplir la loi. Le Seigneur en effet n'était pas venu pour détruire la loi mais pour l'accomplir : car si en cela il se fût exempté de la loi, les Juifs auraient pu apporter cette excuse : « Nous ne recevons pas votre doctrine puisque vous n'êtes pas semblable à nos pères et que vous n'observez pas les traditions de la loi. » Mais aujourd'hui J.-C. et la Vierge se soumettent à une triple loi : 1<* à la loi de la purification comme des modèles de vertu, afin que nous disions, après avoir fait le bien en tout, que nous sommes des serviteurs inutiles ; 2° à la loi de la rédemption, pour donner un exemple d'humilité ; 3** à la loi de l'offrande, pour servir de modèle de pauvreté. — La
troisième raison est pour mettre fin à la loi de la purification ; car comme au premier rayon de la lumière, les ténèbres disparaissent et que, au lever du soleil, Tombre s'enfuit; de même, après la véritable purification, a cessé la purification figurative. Or, ici a eu lieu la véritable purification dans J.-C. qui est réellement appelé la purification par excellence, puisqu'il nous purifie par la foi, selon qu'il est dit (Act., xv) : « Dieu purifie nos cœurs par la foi. » De là encore il sait que désormais les pères ne sont pas tenus à l'accomplissement de cette loi, ni les mères à la purification ou à l'entrée du temple, ni les enfants à ce rachat. — La quatrième raison, c'est pour nous apprendre à nous purifier. Selon le droit, il y a cinq manières de se purger dès l'enfance, quoiqu'il n'y en ait que trois de prescrites, et nous devons les employer : savoir, par le jurement, qui marque le renoncement au péché ; par l'eau qui indique l'ablution baptismale; par le feu, qui désigne l'infusion de la grâce spirituelle; parles témoins, qui montrent la multitude des bonnes œuvres ; parla guerre, qui signifie la tentation. Or, la sainte Vierge en venant au temple a offert son fils et l'a racheté avec cinq sicles. Il faut aussi remarquer que certains premiers-nés étaient rachetés comme les premiers-nés des onze tribus moyennant cinq sicles ; quelques autres ne pouvaient être rachetés, par exemple, les premiers-nés des lévites, qui jamais n'étaient rachetables; mais, parvenus à l'âge des adultes, ils servaient constamment le Seigneur dans le temple ; de même encore les premiers-nés des animaux purs ii:> pouvaient être rachetés, mais ils étaient offerts au
Seigneur. Quelques autres devaient être échangés, comme le premier-né de l'âne qui était remplacé par une brebis ; d'autres étaient tués, par exemple, le premier-né du chien. Or, puisque J.-C. était de la tribu de Juda, Tune des douze, il est clair qu'il a dû être racheté. « Et ils offrirent pour lui au Seigneur une paire de tourterelles ou deux petits de colombes. » C'était l'offrande des pauvres, tandis queTagneau était celle des riches. L'Ecriture ne dit pas des petits de tourterelles, mais des petits de colombes, parce qu'on trouve toujours des petits de colombes, mais qu'on ne trouve pas toujours des petits de tourterelles, bien que Ton trouve toujours des tourterelles ; on ne dît pas non plus une paire de colombes, comme on dit une paire de tourterelles, parce que la colombe est un oiseau voluptueux, et pour cela Dieu n'a pas voulu qu'il lui en fût offert en sacrifice, mais la tourterelle est un oiseau pudique. — Cependant la- Sainte Vierge Marie n'avait-elle pas, peu auparavant, reçu des mages une iii^rosse somme d'or? il est évident donc qu'elle a bien pu acheter un agneau. A cela on répond, qu'il n'est pas douteux, comme le dit saint Bernard, que les mages aient offert une grosse somme d'or, parce qu'il n'est pas vraisemblable, que des rois de cette importance aient offerte un tel Enfant de maigres présents; toutefois, d'après une opinion, elle ne garda pas cet or pour soi, mais elle le distribua de suite aux pauvres, ou bien peut-être, elle le garda pour pourvoir aux frais de son voyage de sept ans en Egypte ; ou encore, les mages n'offrirent pas une grande quantité d'or, car leur offrande avait une signification niys-
ique. — On distingue trois offrandes touchant le Seigneur : La première quand ses parents Toffrirent ; la econde quand on offrit pour lui des oiseaux; il fit ui-méme la troisième pour les hommes sur la croix. ^ première montre son humilité, puisque le maître le la loi se soumet à la loi ; la seconde, sa pauvreté, •uisqu'il a choisi l'offrande des pauvres ; la troisième, i charité, puisqu'il s*est livré pour les pécheurs. Voici s propriétés de la tourterelle : son vol est élevé ; ses L&nts sont des gémissements ; elle annonce le prinrnps ; elle vit chastement ; elle reste isolée ; la nuit le réchauffe ses petits ; elle ^s'éloigne des cadavres.
Voici les propriétés de la colombe :
Elle ramasse le grain ; elle vole en troupe ; elle nte les cadavres ; elle n'a pas de fiel ; elle gémit ; le caresse son compagnon de ses baisers ; la pierre Li fournit un nid; elle fuit son ennemi qu'elle a vu lar le fleuve ; elle ne blesse pas avec son bec ; elle iDurrit ses deux petits avec soin.
Secondement, cette fête a reçu le nom d'IIypapante, e qui est la même chose que Présentation, parce que .-C. a été présenté au temple: Hypapante veut encore ire rencontre*, parce que Siméon et Anne se renconrèrent avec le Seigneur, qu'on offrait dans le temple. i\oTS donc Siméon le prit dans ses bras. Notons ici rois sortes d'ombres, trois anéantissements de notre lauveur: 1° l'anéantissement de la vérité : car celui [ui est la vérité, par laquelle l'homme est conduit, qui îst aussi la voie, laquelle conduit l'homme à Dieu
* De hypa^ qui veut dire aller, et anti, conire.
qui est la vie, a permis que d'autres le conduisissent aujourd'hui : « Alors, dit-il, qu'ils introduisaient Jésus enfant. » 2° L'anéantissement de la bonté, puisque lui qui est le seul bon, le seul saint, a voulu être purifié avec sa mère, comme un homme immonde. 3** C'est l'anéantissement de sa majesté, puisque celui qui porte tout par la parole de sa force, s'est laissé prendre et porter entre les bras d'un vieillard, qui cependant portait celui qui le portait lui-même, d'après cette parole de la liturgie : « Le vieillard portait l'enfant, mais l'enfant dirigeait le vieillard. » Alors Siméon le bénit en disant : « Vous laisserez maintenant, Seigneur, aller votre serviteur en paix, etc. » Et Siméon lui donne trois noms, savoir : le salut, la lumière et la gloire du peuple d'Israël. On peut entendre ces trois noms de quatre manières : 1° comme notre justification; et il est appelé sauveur, en remettant la faute, parce que Jésus veut dire sauveur, par cela qu'il sauvera le peuple de ses péchés ; lumière, en donnant sa grâce ; gloire, il la donne à son peuple ; 2'' comme notre rétîi^énération, car l** l'enfant est exorcisé et baptisé, et il est ainsi purifié du péché; 2** on lui donne un cierge allumé ; 3" il est présenté à l'autel; 4° la procession qui se fait en ce jour, car 1» les cierges sont bénits et exorcisés ; 2° ils sont allumés et distribués entre les mains des firlèles; i'* on entre à l'église en chantant (les canticjucs; i" à cause du triple nom de la fête : on l'appelle Purification, et c'est parce que la faute est purifiée, que Siméon appelle Jésus le salut. On l'appelle Chandeleur, pour Tillumination de laçrâce; de là le nom de lumière. On l'appelle Hypapante,
PirniFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE ^79
puur la collation de la ju;loire : de là le nom de gloire du peuple d'Israël, n Alors en efTet nous viendrons audevant de J.-C, dans les airs » {saint Paul). On pcnl dire encore que par ce cantique de Siniëon, J.-C. est louécuinmepaix, comme salut, comme lumière, comme gloire. Comme paix, car il est médiateur ; comme salut, car il est rédempteur; comme lumière, car il est docteur; comme gloire, car il est récompense.
Troisièmement cette fètc a reçu le nom de Chandeleur, parce qu'on porle à la main des chandelles allumées. Pourquoi l'Eglise a-t-elle établi qu'on porterait à la main des chandelles allumées? On en peutassii^ner quatre raisons : 1* pour détruire une coutume mauvaise. En elTet, autrefois, aux calendes de février, en l'honneur de Fefarua, mère de Mars, dieu de la guerre, les Romains illuminaient la ville de cinq en cinq ans avec des cierges et des flambeaux pendant toute la nuit, afin que Mars leur accordât la victoire sur leurs ennemis, en raison des honneurs qu'ils rendaient à sa mère ; et cet espace de temps était un lustre. Au mois de février encore les Uomains offraient des sacrifices à Febvrius c'est-à-dire à Pluton et aux autres dieux infernaux, pour les âmes de leurs ancêtres : afin donc qu'ils eussent pitié d'eux, ils leur offraient des victimes solennelles, et toute la nuil ils veillaient en chantant leurs louani^es et tenaient des cierges et des torches allumées. Le pape Innocent dit encore que les femmes romaines célébraient en ce jour la fêle des lumières, dont l'origine est tirée des fables des poètes. Ceux-ci rapportent que Proserpine était si belle que Pluton, dieu des enfers, en devint épris.
qu'il l'enleva et en fit une déesse. Ses parents la cherchèrent longtemps dans les forêts et les bois avec des torches et des flambeaux, et c'est ce souvenir que rappelaient les femmes de Rome. Or, parce qu'il est difficile d'abandonner une coutume, les chrétiens nouvellement convertis à la foi ne savaient pas s'y résoudre : alors le pape Sergius lui donna un but meilleur, en ordonnant aux chrétiens de célébrer, chaque année, à pareil jour, par tout l'univers, une fête en l'honneur de la sainte Mère du Seigneur, avec cierges allumés et chandelles bénites. De cette manière la solennité restait, mais la fin était toute autre. 2''Pour montrer la pureté de la Vierge. En entendant que la Vierge s'était purifiée, quelques personnes pourraient penser qu'elle avait besoin de purification : afin donc de montrer que toute sa personne fut très pure et toute brillante, l'Eglise nous a ordonné de porter des flambeaux allumés, comme si par le fait elle disait : « O bienheureuse Vierge, vous n'avez pas besoin de purification, mais vous êtes toute brillante, toute resplendissante. » De vrai, elle n'avait pas besoin de purification, elle qui avait conçu, sans user du mariage, elle qui avait été purifiée d'une manière très parfaite, et quiavait été sanctifiée dans le sein de sa mère. Or, elle avait tellement été glorifiée et purifiée dans le sein de sa mère et dans la venue du Saint-Esprit que, non seulement il ne resta en elle aucune inclination au péché, mais l'efFet de sa sainteté se communiquait et s'épanchait dans les autres, en sorte qu'elle éteignait tous les mouvements de charnelle concupiscence en tous. Ce qui fait dire aux Juifs que quoique Marie ait
PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE 28 i
été d'une extrême beauté, elle ne put cependant jamais être convoitée par personne; et la raison en est que la vertu de sa chasteté pénétrait tous ceux qui la regardaient et écartait d'eux toute concupiscence : Ce qui Ta fait comparer au cidre dont l'odeur fait mourir les serpents ; sa sainteté projetait comme des rayons sur les autres, de manière à étouffer tous les mouvements qui se glissaient en la chair. On la compare encore à la myrrhe ; car de même que la myrrhe fait périr les vers, de même aussi sa sainteté détruisait toute concupiscence charnelle ; et elle jouit de cette prérogative dans un degré plus éminent que ceux qui ont été sanctifiés dès le sein de leur mère, ou qui sont restés vierges, dont la sainteté et la chasteté ne se transmettaient pas aux autres, ni n'éteignait en eux les mouvements de la chair, tandis que la force de la chasteté de la Vierge pénétrait jusqu'au fond même du cœur des impudiques et qu'elle les rendait tout aussitôt chastes à son égard. 3° A cause de la procession qui eut lieu à pareil jour : car Marie, Joseph, Siméon et Anne firent aujourd'hui une procession digne d'honneur, et présentèrent l'enfant Jésus au temple. De même encore, nous faisons la procession et portons à la main un cierge allumé, figure de Jésus- Christ, et nous le tenons jusque dans les églises. Il y a trois choses dans le cierge, savoir, la cire, la mèche et le feu, qui sont la figure des trois substances qui existèrent en J.-C. : la cire est la figure de sa chair qui est née de la Vierge. Marie sans la corruption de la chair, comme les abeilles composent la cire sans mélange ; la mèche cachée dans le cierge est la figure
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de son âme très candide cachée dans sa chair; et le feu ou la lumière est la figure de la divinité, parce que notre Dieu est un feu qui consume. Ce qui a fait dire à iin poète : « Cette chandelle, je la porte en Thonneur de la pieuse Marie. Par la cire voyez une chair véritable née d'une Vierge ; par la lumière, la divinité et Texcellence de la majesté ; la mèche, c'est son âme infiniment riche se cachant dans la chair. » 4" Pour notre instruction. Tout nous instruit : que si nous voulons être purs et nets, nous devons avoir en nous trois dispositions, savoir ; une foi véritable, une conduite sainte, et une intention droite. La chandelle allumée à la main, c'est la foi avec les bonnes œuvres ; et de même que la chandelle sans lumjère est réputée morte, et que la lumière par elle-même ne brille pas sans chandelle, mais paratt être morte, de même les œuvres sans la foi et la foi sans les bonnes œuvres sont appelées mortes. Quant à la mèche enfermée dans la cire, c'est l'intention droite; ce qui fait dire à saint Grégoire : « L'action se fait devant le public, mais l'intention reste cachée dans le secret. »
Une noble dame avait une très grande dévotion envers la sainte Vierge. Ayant fait construire une chapelle auprès de sa maison, elle y entretenait un chapelain, et voulait entendre chaque jour une messe de la Bienheureuse Vierge. Alors que la fête de la Purification de la Sainte Vierge était proche, le prêtre fit un voyage au loin pour une affaire particulière, et la dame ne put avoir une messe ce jour-là; ou bien, comme on le lit autre part, elle avait donné tout ce qu'elle avait jusqu'à ses vêtements pour l'amour de la
Vierge; or, comme elle avait donné sa robe et qu'elle ne pouvait aller à Téglise il lui fallait rester sans messe en ce jour. Sous l'impression d'une vive douleur elle entra dans son oratoire ou sa chambre et se prosterna devant un autel de la Sainte Vierge. Tout à coup elle fut transportée hors d'elle-même, et il lui semblait être dans une église magnifique et toute resplendissante ; alors elle vit entrer une foule extraordinaire de vierges, que précédait une Vierge d'une a<lmirable beauté, dont la tête était couronnée d'un diadème. Après que toutes se furent assises, voici venir une autre foule déjeunes gens qui prirent place chacun selon son rang. Alors quelqu'un qui portait une g-rande quantité de cierges, en donna d*abord un à la vierge qui avait le pas sur les autres; il en distribua ensuite aux autres vierges et aux jeunes gens, enfin il vint auprès de la dame et lui offrit un cierge qu'elle accepta volontiers. Elle tourna alors les yeux vers le chœur et vit deux céroféraires, un sous-diacre, un diacre et un prêtre revêtus de leurs ornements sacrés s'avancer vers l'autel comme pour célébrer une messe solennelle. 11 lui semblait que les acolytes étaient saint Vincent et saint Laurent; que le diacre et le sous-diacre étaient deux anges; quant au prêtre, c'était J.-C. Après la confession, deux jeunes gens d'une rare beauté allèrent au milieu du chœur, commencèrent à haute voix et fort dévotement l'office de la messe, que poursuivirent ceux qui étaient dans le chœur. Quand on fut à l'offrande, la reine des Vierges et toutes les vierges avec ceux qui étaient dans le chœur, vinrent offrir, commode coutume, leurs cierges
au prêtre en fléchissant les genoux. Or, comme le prêtre attendait que la dame vînt lui offrir son cierge, et que celle-ci ne le voulait pas faire, la reine des vierges lui envoya dire par un exprès qu'elle manquait de savoir-vivre, en faisant attendre le prêtre si longtemps. Elle répondit que le prêtre continuât sa messe parce qu'elle ne lui offrirait pas son cierge. Alors la reine lui envoya encore un autre exprès à qui la dame répondit qu'elle ne donnerait à personne le cierge qu'elle avait reçu, mais qu'elle le garderait par dévotion. Toutefois la reine des vierges donna cet ordre à l'exprès : « Allez la prier de nouveau d'offrir son cierge, sinon vous le lui enlèverez par force, de ses mains. » Le messager étant venu et la dame refusant d'accéder à sa prière, il dit qu'il avait ordre de le lui arracher de force. Alors il saisit le cierge avec une grande violence et s'efforça de l'enlever. La dame le tenait plus fortement encore et se défendait comme un homme. Le débat traînait en longueur, le cierge était tiré avec force deçii, de-là, quand tout à coup le cierge se cassa, une moitié restant entre les mains du messager, l'autre moitié dans les mains de la dame. Au moment où le cierge se brisa avec bruit, elle revint tout aussitôt à elle et se trouva devant l'autel, où elle s'était placée, avec le cierge brisé à la main. Elle en fut dans l'admiration et rendit d'immenses actions de grâces à la Sainte Vierge qui n'avait pas permis qu'elle restât sans messe en c<* jour, mais qui l'avait fait assister à un tel office. Elle eut grand soin de son cierge et le garda comme les plus précieuses reliques. On dit que tous ceux qui en étaient touchés étaient aussitôt guéris des infirmi-
SAINT RLAISE 285
lés qui les tourmenlaient. — Une autre dame enceinte vil en songe qu'elle portait un étendard teint de couleur sanguine. En s'éveillant elle perdit de suite les sens : le démon se jouait tellement d'elle qu'il lui semblait qu'elle portait entre ses mamelles la foi chrétienne à laquelle elle avait été jusque-là fort attachée, et qu'elle la perdait h chaque instant. Rien ne la pouvant guérir, elle passa dans une église de la Sainte Vierge la nuit de la Purification et fut guérie parfaitement.
SALNT BLAISE *
Biaise pourrait venir de blandus, doux, ou de Belasius, bêla signifie habitude et syor, petit. En effet saint Biaise fut doux en ses discours ; il eut l'habitude des vertus et il se fit petit par rhumilité de sa conduite.
Biaise excellait en douceur et en sainteté, ce qui le fit élire par les chrétiens évêque de Sébaste, ville de Cappadoce. Après avoir reçu l'épiscopat, il se retira dans une caverne où il mena la vie érémitique, à cause de la persécution de Dioclétien**. Les oiseaux lui apportaient sa nourriture, et s'attroupaient véritablement ensemble autour de lui, et ne le quittaient que quand il avait levé les mains pour les bénir. Si quelqu'un d'eux avait du mal, il venait aussitôt à lui et retournait parfaitement guéri. Le ç[^ouverneur du pays
* Tire de ses actes.
*• Bréviaire.
avait envoyé des soldats pour chasser ; et après s'être fatigués longtemps en vain, ils vinrent par hasard à Tantre de saint Biaise, où ils trouvèrent une grande multitude de bêtes rangées devant lui. Or, n'ayant pu prendre aucune d'elles, ils furent remplis d'étonnement et rapportèrent cela à leur maître, qui aussitôt envoya plusieurs soldats avec ordre de lui amener Biaise avec tous les chrétiens. Mais cette nuit-là même, J.-C. était apparu au saint par trois fois en lui disant : « Lève-toi et offre-moi le.sacrifice. » Voici que les soldats arrivèrent et lui dirent : « Sors d'ici, le gouverneur t'appelle. » Saint Biaise répondit : « Soyez les bienvenus, mes enfants ; je vois à présent que Dieu ne m'a pas oublié. » Pendant le trajet, qu'il fit avec eux, il ne cessa de prêcher, et en leur présence il opéra beaucoup de miracles. Une femme apporta aux pieds du saint son fils qui était mourant d'un os de poisson arrêté dans la gorge ; elle lui demanda avec larmes la guérison de son enfant. Saint Biaise lui imposa les mains et fit une prière pour que cet enfant, aussi bien que tous ceux qui demanderaient quoi que ce fût en son nom, obtinssent le bienfait de la santé ; et sur-le-champ, il fut guéri *.
Une pauvre femme n'avait qu'un seul pourceau qu'un loup lui ravit ; et elle priait saint Biaise de lui faire rendre son pourceau. Il lui dit en souriant : (( Femme, ne te désole pas : ton pourceau te sera rendu. » Et aussitôt le loup vint et rendit la bêle à cette veuve. Or, saint Biaise ne fut pas plutôt entré
* Bréviaire.
dans la ville que, par ordre du prince, il fut jeté en prison. Le jour suivant, le Gouverneui" le fit comparaître devant lui. En le voyant, il le salua en lui adressant ces paroles flatteuses : « Biaise, l'ami des dieux, soyez le bienvenu. » Biaise lui répondit : « Honneur et joie à vous, illustre gouverneur; mais n'appelez pas dieux ceux qui sont des démons, parce qu'ils seront livrés au feu éternel avec ceux qui les honorent. » Le gouverneur irrilé le fit meurtrir à coups de bâton, puis rejeter en prison. Biaise lui dit : a Insensé, tu espères donc par tes supplices enlever de mon cœur l'amour de mon Dieu qui me fortifie lui-même ? » Or, la veuve à laquelle il avait fait rendre son pourceau, entendit cela ; elle tua l'animal, et en porta la tète et les pieds, avec une chandelle et du pain, à saint Biaise. Il Ten remercia, mangea, et lui dit : « Tous les ans, offre une chandelle à une église qui porte mon nom, et tu en retireras bonheur, toi, et ceux qui t'imiteront. » Ce qu'elle ne manqua pas de faire; et il en résulta en sa faveur une grande prospérité. Après quoi, le gouverneur fit tirer Biaise de sa prison ; et comme il ne le pouvait amener à honorer les dieux, il ordonna de le suspendre à un arbre et de déchirer sa chair avec des peignes de fer; ensuite il le fit reporter en prison.
Or, sept femmes qui le suivirent dans le trajet ramassaient les gouttes de son sang. On se saisit d'elles aussitôt et on les força de sacrifier aux dieux. Elles dirent : « Si tu veux que nous adorions tes dieux, faisles porter avec révérence à l'étang afin qu'après avoir été lavés, ils soient plus propres quand nous les ado-
rerons. » Le gouverneur devient joyeux et fait exécuter au plus vite ce qu*elles ont demandé. Mais elles prirent les dieux et les jetèrent au milieu de Félang, en disant : a Si ce sont des dieux, nous le verrons. » A ces mots le gouverneur devint fou de colère et se frappant lui-même, il dit à ses gardes : « Pourquoi n'avez-vous pas tenu nos dieux afin qu'ils ne fussent pas jetés au fond du lac? » Ils répondirent : <c Vous vous êtes laissé mystifier par les paroles trompeuses de ces femmes et elles les ont jetés dans l'étang. » « Le vrai Dieu n'autorise pas les tromperies, reprirentelles ; mais s'ils étaient des dieux, ils auraient certainement prévu ce que nous leur voulions faire. » Le gouverneur irrité fit préparer du plomb fondu, des peignes de fer ; de plus, il fit préparer d'un côté sept cuirasses rougies au feu, et il fit placer d'un autre côté sept chemises de lin. Il leur dit de choisir ce qu'elles préféraient; alors une d'entre elles, qui avait deux jeunes enfants, accourut avec audace, prit les chemises et les jeta dans le foyer : ces enfants dirent à leur mère : « 0 mère chérie, ne nous laisses pas vivre après toi ; mais de même que tu nous as rassasiés de la douceur de Ion lait, rassasie-nous encore de la douceur du royaume du ciel. » Alors le gouverneur commanda di* les suspendre et de réduire leurs chairs en lanières avi^c des peignes de fer. Or, leur chair avait la blancheur éclatante de la neige et au lieu de sang il en coulait du lait. Comme elles enduraient les supplices avec répugnance, un ange du Seigneur vint vers elles et leur communiqua une force virile en disant : « Ne craignez point : un bon ouvrier qui commence bien
et qui mène son œuvre à bien, mérite la bénédiction de celui qui le fait travailler ; pour ce qu'il a fait, il reçoit le prix de son labeur, et il est joyeux de posséder son salaire. » Alors le gouverneur les fit détacher et jeter dans le foyer; mais Dieu permit que le feu s'éteignît et qu'elles sortissent sans avoir éprouvé aucune douleur. Le gouverneur leur dit : « Cessez donc d'employer la magie et adorez nos dieux. » Elles répondirent : « Achève ce que tu as commencé, parce que déjà nous sommes appelées au royaume céleste. » Alors il porta une sentence par laquelle elles devaient avoir la tête tranchée. Au moment où elles allaient êlre décapitées, elles se mirent à genoux et adorèrent Dieu en disant : « 0 Dieu qui nous avez ôtées des ténèbres et qui nous avez amenées à cette très douce lumière, qui nous avez choisies pour vous être sacrifiées, recevez nos âmes et faites-nous parvenir à la vie étemelle. » Elles eurent donc la tète tranchée et passèrent au Seigneur.
Après cela, le gouverneur se fit présenter saint Biaise et lui dit : « Adore à l'instant nos dieux, ou ne les adore pas. » Biaise lui répondit : « Impie, je ne crains pas tes menaces ; fais ce que tu veux; je te livre mon corps tout entier. » Alors il le fit jeter dans l'étang. Mais saint Biaise fit le signe de la croix sur l'eau qui s'endurcit immédiatement comme une terre sèche ; et il dit : « Si vos dieux, sont de vrais dieux, ' faites-nous voir leur puissance et entrez ici. » Et soixante-cinq qui s'avancèrent furent aussitôt engloutis dans l'étang. Mais il desct»nditun ange du Seigneur qui dit au saint : « Sors, Biaise, et reçois la I. 19
couronne que Dieu t'a préparée. » Quand il fut sor" le gouverneur lui dit : « Tu es donc bien déterminé ^ ne pas adorer les dieux? » « Apprends, misérable, ré^ pondit Biaise, que je suis le serviteur de J.-C. et que je n'adore pas les démons. » Et à l'instant l'ordre fut donné de le décapiter. Quant à Biaise, il pria le Seigneur que si quelqu'un réclamait son patronage pour le mal de gorge, ou pour toute autre infirmité, il méritât aussitôt d'être exaucé. Et voici qu'une voix du ciel se fit entendre à lui, qu'il serait fait comme il avait demandé. Ainsi fut décapité ce saint* avec deux petits enfants, vers l'an du Seigneur 283.
Agathe tire son nom dea^iox, qui veut dire saiot, et de Theo$, Dieu. Sainte de Dieu : Trois qualités font les saints, comme dit saint Chrysostome : et elles furent toutes réunies en elle. Ce sont : la pureté du cœur, la présence de l*£spril-Saint et Tabondancc des bonnes œuvres. Ou bien Agathe vient encore de a privatif, sans, de geos terre, et Theon, Dieu» comme' on dirait une divinité sans terre, c'est-à-dire, sans amour des biens de la terre. Ce mot viendrait encore^ de aga, qui signifie, parlant et Mat/, consommation, comme ayant parlé d'une manière consommée et parfaite, ainsi qu'on peut s'en assurer par ses réponses. Ou bien il viendrait d*agath, esclavage et ihaas, souverain, ce qui voudrait dire servitude souveraine, par rapport à ces paroles qu'elle pronon^*a : « C'est une souveraine noblesse que celle par laquelle on prouve qu'on est au ser\'ice
* Bréviaire.
** Tiré de ses actes (|iii ont servi à la rédaction de son office au Bréviaire,
^ J.-C. Agathe viendrait encore à*aga, solennel, et thau, con- ^^mé, comme si on disait consommée ; ensevelie solennellement; puisque les anges lui rendirent ce bon office.
Agathe, vierge de race noble et très belle de corps, honorait sans cesse Dieu en toute sainteté dans la ville de Catane. Or, Quinlien, consulaire en Sicile, homme ignoble, voluptueux, avare et adonné à Tidolâtrie, faisait tous ses efforts pour se rendre maître d'Agathe *. Comme il était de basse extraction, il espérait en imposer en s'unissant à une personne noble ; étant voluptueux, il aurait joui de sa beauté ; en s'emparant de ses biens, il satisfaisait son avarice ; puisqu'il était idolâtre, il la contraindrait d'immoler aux dieux. Il se la fit donc amener. Arrivée en sa présence, et ayant connu son inébranlable résolution, il la livra entre les mains d'une femme de mauvaise vie nommée Aphrodisie **, et à ses neuf filles débauchées comme leur mère, afin que, dansTespace de trente jours, elles la fissent changer de résolution. Elles espéraient, soit par de belles promesses, soit par des menaces violentes, qu'elles la détourneraient de son bon propos. La bienheureuse Agathe leur dit : « Ma volonté est assise sur la pierre et a J.-C. pour base ; vos paroles sont comme le vent, vos promesses comme la pluie, les terreurs que vous m'inspirez comme les fleuves. Quels que soient leurs efforts, les fondements de ma maison restent solides, rien ne pourra l'abattre. » En s'exprimant de la sorte, elle ne cessait de pleurer et
• Bréviaire, •• Ibidem.
chaque jour elle priait avec le désir de parvenir à la palme du martyre. Aphrodisic voyant Agathe rester inébranlable dit à Quintien : « Amollir les pierres, et donner au fer la flexibilité du plomb serait plus facile que de détourner Tâme de cetti* jeune fille des pratiques chrétiennes et de la faire changer. » Alors Quintien la fit venir et lui dit : « De quelle condition es-tu ? » Elle répondit : « Je suis noble et même d'une illustre famille, comme ma parenté en fait foi. * » Quintien lui dit : (( Si tu es noble, pourquoi, par ta conduite as-tu des habitudes de personne servile?» « C'est, dit-elle, que je suis servante de J.-C, voilà pourquoi je parais être une personne servile. » Quintien : « Puisque tu es noble, comment te dis-tu servante?» Elle répondit : « La souveraine noblesse, c'est d'être engagée au service de J.-C.** » Quintien : « Choisis le parti ([ue tu voudras, ou de sacrifier aux dieux, ou d'endurer différents supplices, » Agathe lui répondit: « Que ta femme ressemble à ta déesse Vénus, et toi-même, sois tel que Ta été ton dieu Jupiter. » Alors Quintien ordonna de la souffleter avec force en disant : « N'injurie pas ton juge par tes plaisanteries téméraires. » Agathe répliqua : « Je m'étonne qu'un homme prudent comme toi en soit arrivé à ce point de folie d'appeler tes dieux ceux dont tu ne voudrais pas que ta femme, ou bien toi, suivissiez les exemples, puisque tu dis que c'est te faire injure que de le souhaiter de vivre comme eux. En effet si tes dieux sont bons, je ne t'ai
* Bréviaire.
*^ Ibidem.
souhaité que du bien ; mais si tu as horreur de leur ressembler, tu parlasses mes sentiments. » Quintien : « Qu'ai-je besoin d'entendre une série de propos superflus ? Ou sacrifie aux dieux, ou je vais te faire mourir par toute espèce de supplices. » Agathe : « Si tu me fais espérer d'être livrée aux botes, en entendant le nom de J.-C., elles s'adouciront ; si tu emploies le feu, les anges répandront du ciel sur moi une rosée salutaire*; si tu m'infliges plaies et tortures, je possède en moi le Saint-Esprit par la puissance duquel je méprise tout. »
Alors le 'consul la fit jeter en prison, parce qu'elle le confondait publiquement par ses discours. Elle y alla avec grande liesse et gloire, comme si elle fiU invitée à un festin; et elle recommandait son combat au Seigneur. Le jour suivant, Quintien lui dit : « Renie le Christ et adore les dieux. » Sur son refus, il la fit suspendre à un chevalet et torturer **. Agathe dit : « Dans ces supplices, ma délectation est celle d'un homme qui apprend une bonne nouvelle, ou qui voit une personne longtemps attendue, ou qui a découvert de grands trésors. Le froment ne peut être serré au grenier qu'après avoir été fortement battu pour être séparé de sa balle ; de même mon âme ne peut entrer au paradis avec la palme du martyre que mon corps n'ait été déchiré avec violence par les bourreaux. » Quintien en colère lui fit tordre les mamelles et ordonna qu'après les avoir longtemps tenaillées, on
• Bréviaire, ** Ibidem