‹ La Légende dorée de Jacques de Voragine; nouvellement traduite en francais, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources (volume 2)Chapitre 43 sur 57 · SAINT TIMOTHEE · texte numérisé non relu

SAINT TIMOTHEE

A Rome on célèbre la fête de saint Timothée, qui vint d'Antioche en celte ville du temps du pape Melchiade. II fut reçu par le prêtre Sylvestre, qui devint dans la suite évêquc de la ville, et qui le chargea de remplir les fonctions que les souverains pontifes euxmêmes redoutaient alors d'exercer. Or, Sylvestre ne se faisait pas seulement un bonheur de lui donner l'hospitalité mais, ayant dépouillé toute crainte, il comblait d'éloges la conduite et la doctrine de Timothée qui, pendant un an et trois mois, enseigna la vérité de J.-C. Après avoir converti beaucoup dépeuples, étant devenu digne du martyre, il fut pris par les païens et livré à Tarquin, préfet de la ville. Après avoir enduré des tourments cruels et une longue détention, il refusa de sacrifier aux idoles, et, comme un bon athlète de Dieu, il fut tourmenté et enfin décapité avec des assassins. Saint Sylvestre le porta la nuit dans sa maison et y fit venir le saint évêque Melchiade, qui, avec tous les prêtres et les diacres, passa la nuit entière en actions de grâces et le mit au rang des martyrs. Alors une femme très chrétienne, nommée Théone, pria le saint pape de lui permettre d'élever, à ses frais, dans son jardin, un tombeau à cùlé de celui de Tapo-.

*II est question au 22 août, dans le Martyrologe romain, d*un Timothée qui souffrit à Rome sur la vuic d'Osle ; en outre un ms. du Martyrologe d'Usuard cite, au 2 avril, un saint Timothée, martyr à Antioche.

Ire saint Paul; pour y déposer le corps de saint Timothée. Tous les chrétiens jugèrent convenable que Timothée eût sa sépulture auprès de celle de saint Paul qui avait eu autrefois pour disciple un saint de ce nom.

Dans sa Passion, J.-C. souffrit d'amères douleurs : Il fut indignement méprisé; mais nous procura des avantages d'une valeur immense. La douleur fui produite par cinq causes : Premièrement, parce que cette passion fut ignominieuse, quant au lieu qui était lui-même ignominieux, puisque c'était au calvaire où les malfaiteurs étaient punis ; quant au supplice qui fut infâme puisque J.-G. fut condamné à la mort la plus honteuse. Imi effet la croix était le supplice des larrons, et bien ({ue la croix eiU été autrefois une grande opprobre, elle est inainteiiaiil une immense gloire. Ce qui fait (lin* à suint Augustin : « La croix qui était le supplice (L's larrons u passé maintenant sur le front des erap l'ours. Si Dieu a conféré un pareil honneur à ce qui \\\l son supplice, (jue n 'accordera- t-il pas à son serviteiir ? 0 dette passion fut ignominieuse à cause de ceux au>cqu(*ls J.-G. fut associé, puisqu'il a été placé entre (les scéli'rats, c'est-à-dire, avec des larrons, qui d'abord ont été des scélérats; l'un d'eux, Dismas, s'est convoi li [)lus tard; il était à la droite du Sauveur, d'après 1 évangile de Xicodèine ; l'autre à gauche fut damné,

c'était Gesmas. A l'un il donna le royaume, à l'autre le supplice. Saint Ambroise dit : « Alors qu'il était suspendu à la croix, l'auteur de la miséricorde en partageait les fonctions en différentes classes : il confiait la persécution aux apôtres, la paix à ses disciples, son corps aux Juifs, ses vêtements à ceux qui le crucifiaient, son âme à son père, un paranymphe à une Vierge, le paradis au larron, l'enfer aux pécheurs et la croix aux chrétiens pénitents. Voilà le testament de J.-C. attaché à la croix. » La 2^ cause de douleur, c'est que sa passion fut injuste, parce qu'il n'a pas commis le péché, que le mensonge n'a pas souillé sa bouche, et que la peine qui n'est pas méritée est infiniment regrettable. En effet on l'accusait principalement de trois crimes, savoir : d'empêcher de payer le tribut, de se dire roi, et de se proclamer Fils de Dieu. Contre ces trois accusations, au jour du vendredi saint, nous adressons en la personne du Sauveur trois excuses : Popule meus, quid feci tibi, etc. * « Mon peuple, que t'ai-je fait? » J.-C. y expose trois bienfaits qu'il a accordés aux Juifs : la délivrance de l'Eçfypto, leur conduite à travers le désert, la plantation de la vigne dans un lieu très fertile; comme si J.-C. disait : « Tu m'accuses au sujet du paiement du tribut : tu devraisbien plutôt me remercier, puisque je t'ai délivré du tribut ; tu m'accuses de m'être dit roi : tu devrais plu- \Ai me remercier pour l'avoir traité en roi dans le dé- .scrt; tu m'accuses de m'être proclamé le Fils de Dieu; tu devrais plutôt me remercier pour t'avoir choisi

* A l'adoration de la croix.

comme ma vigne, et que je t*ai planté dans un lieu très fertile. » 3» La douleur vint de ce qu'il souffrit de la part de ses amis. En effet la douleur serait plus toIérable si elle venait de ceux qui, pour un motif quelconque, devaient être ses ennemis, ou bien de ceux auxquels il aurait porté quelque préjudice, et pourtant, il souffre de ses amis, c'est-à-dire de ceux qui devraient être ses amis. Il souffre de ses proches, savoir : de ceux de la race desquels il est né. C'est d'eux qu'il est dit dans le Psaume (xxxvii) : « Mes amis et mes proches se sont élevés et déclarés contre moi. » Et dans Job (xix) : « Mes amis m'ont fui comme ceux qui m'étaient les plus étrang^ers. » Il souffre de ceux auxquels il avait fait du bien (Saint Jean, x) : « J'ai fait devant vous plusieurs bonnes œuvres. » Voici les paroles de saint Bernard : « O bon Jésus, quelle douceur fut la vôtre, dans vos rapports avec les hommes! Que neleuravezvous pas donné et avec une bien grande abondance ! Quelles duretés, quelles méchancetés vous avez souffertes pour eux, des paroles rudes, des coups plus rudes encore, les tourments les plus rudes. » 4*^ A raison de la délicatesse de son corps. C'est de J.-C. que David parle en fiçure quand il dit : « Il était faible et délicatcomme un petit vermisseau de bois » (Rois, II, xxin) : « 0 Juifs, dit saint Bernard, vous êtes des pierres, vous frappez une pierre plus tendre; le son qu'elle rend c'est celui de la piété, elle fait jaillir l'huile de la charité. » Saint Jérôme dit aussi : a Jésus a été livré aux Juifs pour être frappé, et ce très sacré corps et cette [)()itrine qui contenait Dieu, ils l'ont sillonné de coups (le fouets. » .j°Sa(louleur fut universelle : il souf-

frit dans chacun de ses membres et de ses sens. 1° II souffrit dans ses yeux, parce qu'il a pleuré, saint Paul le dit en son Epître aux Hébreux(v). Saint Bernard s'exprime de la sorte : « Il a monté haut pour être entendu de plus loin, il criait avec force, pour que personne ne pût s'excuser; à ses cris il joignit les larmes afin d'exciter la compassion des hommes. » Il versa des larmes deux autres fois encore; ce fut à la résurrection de Lazare et sur Jérusalem. Les premières furent des larmes d'amour, ce qui a fait dire à ceux qui le virent pleurer : « Voyez comme il Taimait ! » Les secondes furent des larmes de compassion, mais les troisièmes furent des larmes de douleur. 2" Il souffrit dans l'ouïe quand on l'accablait d'opprobres et de blasphèmes : or, on compte quatre circonslances, où J.-C. entendit des opprobres et des blasphèmes. Sa noblesse était infinie : quant à sa nature divine, il fut le fils du roi éternel; et quant à la nature humaine, il était de race rovale ; comme homme encore, il fut le roi des rois et le seigneur des seigneurs. Il aiinoncja une visite ineffable, car c'est lui (jui est la voie, la vérité et la vie ; aussi dit-il en parlant de soi-même : n Votre parole c'est la vérité, car le Fils c'est la parole ou le verbe du Père. » Il posséda une puissance incomparable ; car ^( toules choses ontélé failt^s [)ar lui, et rien n'a été fait sans lui. » Enfin il fut d'une extraordinaire bonté, ciir « personne n'est bon si ce n'est Dieu seul. » J.-C. entendit des opprobres et des blasphèmes en raison de ces cpiatre qualités : l** A raison de sa noblesse. Saint Math, (xii) : « Est-ce que ce n'est pas le fils du charpentier? Sa mère ne s'appello-l-elle I. 20

pas Marie? etc. )> 2^ A raison de sa puissance. Saint Math, (xii) : « Il ne chasse les démons que par Béelzébut, prince des démons. » En saint Mathieu encore (xxvii) : « Il a sauvé les autres et il ne peut se sauverluimême ! » Voici qu'ils le disent impuissant, quand il a été, d'un seul mol, assez puissant pour renverser ses persécuteurs. En effet quand il leur eut demandé : « Qui cherchez-vous ? » qu'ils eurent répondu : « Jésus de Nazareth » ; et qu'il eut dit : « C'est moi », à l'instant ils tombèrent par terre. « Un mot, dit saint Auî^ustin, adressé à une foule haineuse, féroce, redoutable par ses armes, l'a frappée sans aucun dard, l'a renversée par terre en vertu de la divinité qui se cachait. Que fera-t-il quand il jugera, s'il a fait cela avant d'être jugé? Que pourra-t-il, quand il régnera, celui qui a exercé un pareil pouvoir quand il était près de mourir? » 3** A raison delà vérité. Saint Jean, (viii) : (( Tu te rends témoignage à toi-même; ton témoignage nVst pas véritable. » Les voici qui l'appellent mentt*ur et cependant il est la voie, la vérité et la vie. Cette vt»rité Pilate ne mérita ni de la connaître, ni de l'entendre, parce qu'il ne le jugea pas selonla vérité. Ilcommença son jugement par la vérité, mais il ne resta pas dans la vérité, et c'est pour cela qu'il mérita de commencer par une question au sujet de la vérité, mais il ne fut pas digne de recevoir une solution. Il y a, d'après saint Augustin, une autre raison pour laquelle il n'entendit pas la réponse; car, après avoir adressé cette question, à l'instant même, il se ressouvint de la coutume qu'avaient les Juifs de délivrer un prisonnier au temps de Pti(|ues ; et en raison de cela il sortit aussitôt

sans attendre une réponse. La troisième raison, d'après saint Chrysostome, est que, sachant cette question difficile, elle exigeait beaucoup de temps, une longue discussion. Or, comme ilavait hâte de délivrer J.-C. il sortit aussitôt. On lit pourtant dans l'Evangile de Nicodème que quand Pilate eut demandé à Jésus : « La vérité, qu'est-ce ? » Jésus lui répondit : « La vérité vient du ciel. » Et Pilate dit : « Sur la terre il n'y a donc pas de vérité? » Jésus lui dit : « Gomment la vérité peut-elle exister sur la terre, quand elle est jugée par ceux qui ont le pouvoir ici-bas ? » 4° A raison de sa bonté : car ils disaient qu'il était pécheur au fond du cceur. Saint Jean, (ix) : « Nous savons que cet homme est pécheur; qu'il était un séducteur dans ses paroles. » Saint Luc, (xiii) : « Il a soulevé le peuple en enseignant par toute la Judée, en commençant par la Galilée jusqu'ici. » — Qu'il était prévaricateur delà loi dans ses œuvres. Saint Jean, (ix) : « Cet homme n'est pas de Dieu, puisqu'il ne garde pas le sabbat. » 3** Il souffrit de son odorat : parce qu'il put sentir une grande puanteur dans ce lieu du calvaire où se trouvaient les corps fétides des morts. V Histoire scliO' lastique dit * que le crâne (calvaria), c'est à proprement parler l'os nu de la tète de Thomme, et parce que les condamnés étaient décapités et que beaucoup de crânes gisaient là pèle-méle, on disait le lieu du crâne ou le calvaire, i"* Il souffrit dans le sens du goût. Aussi quand il criait : « J'ai soif, » on lui donna du vinaigre mêlé de myrrhe et de fiel, afin qu'avec Ife vinaigre il mou-

• Evang., ch. clxx.

rût plus vite et que ses gardes fussent plus tôt relevés de leur faction : on dit en effet que les crucifiés meurent plus vite quand ils boivent du vinaigre. Ils y mêlèrent de la myrrhe pour qu'il souffrît dans l'odorat et du fiel pour qu'il souffrit dans le goût. Saint Augustin dit : « La pureté est abreuvée de vinaigre au lieu de vin; la douceur est enivrée de fiel ; l'innocence est punie pour le coupable; la vie meurt pour le mort. » 3' Il souffrit dans le toucher, car dans toutes les parties de son corps, « depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tète, il n'y a rien de sain en lui (Isaîe, i). » Sur ce que J.-C4. ressentit de la douleur dans tous les sens : « Cette tète, ditsaintBernard, Tobjetdela vénération des esprits angéliques, est percée d'une forêt crépines ; celte face, la plus belle parmi celles des enfants des hommes, est salie par les crachats des Juifs : ces yeux plus brillants que le soleil sont éteints par la mort ; ces oreilles accoutumées aux concerts des anges, entendent les insultes des pécheurs ; cette bouche qui instruit les anges est abreuvée de fiel et de vinaigre ; c(»s pieds dont on adore Tescabeau parce qu'il est saint, sont attachés à la croix avec des clous ; ces mains qui ont construit les cieux sont étendues sur la croix et percées de clous : le corps est fouetté, le cœur est percé d'une lance, (jue faut-il de plus? Il ne resta en lui que la langue pour prier en faveur des pécheurs et pour confier sa mère à son disciple. »

Secondement, dans sa Passion J.-C. fut bafoué et honni : car (juatre fois on se moqua de lui : 1** dans la maison d'Anne, où il reçut des crachats et des soufflets, et on on lui couvrit les yeux d'un voile. Saint Ber-

nard dit à ce sujet : « Votre visage, bon Jésus tout aimable, que les anges aiment à regarder, ils Tont sali de crachats, ils l'ont frappé avec leurs mains, ils l'ont couvertd'un voile par dérision, ils ne lui ont pas épargné les blessures amères. » 2** Dans la maison de Hérode, qui, le prenant pour un fou et un esprit égaré, parce qu'il n'avait pu en obtenir une réponse, le revêtit d'un habit de dérision. Ce qui fait dire à saint Bernard : « Tu es homme et tu te couronnes de fleurs ; moi je suis Dieu et j'ai une couronne d'épines ; tu as des gants aux mains, et moi j'ai des clous qui percent les miennes; tu danses revêtu d'habits blancs, et moi, pour toi, à la cour d'Hérode, j'ai été couvert d'une robe blanche; tu danses, et moi, j'ai soufl^ert dans mes pieds : toi, dans tes danses, tu étends les bras en croix au milieu des transports d'allégresse, et moi, je les ai eus étendus en signe d'opprobre; moi, j'ai été dans la douleur sur la croix, et toi, tu tressailles d'aise en croix ; tu as le côté découvert ainsi que la poitrine par vainc gloire et moi, j'ai eu mon côté percé pour toi. Cependant reviens à moi et je te recevrai. » Mais pourquoi le Seigneur, au temps de sa Passion, se taisait-il en présence d'Hérode, de Pilale et des Juifs? Il y en a trois raisons. La première, c'est qu'ils n'étaient pas dignes d'entendre sa réponse; la deuxième, parce que Eve avait péché en parlant trop, alors J.-C. a voulu satisfaire en se taisant ; la troisième, c'est parce que n'importe la réponse sortie de sa bouche, ils calomniaient et altéraient tout. Il fut honni et bafoué dans la maison de Pilate, où les soldats le revêtirent d'un manteau d'écarlate, lui donnèrent un roseau dans les mains.

placèrent une couronne d'épines sur sa tête et disaient en fléchissant le genou : « Salut, roi des Juifs. » Or, cette couronne d'épines, on dit qu'elle fut tressée de jonc marin dont la pointe est aussi dure que pénétrante; d'où l'on peut penser que ces épines firent jaillir le sang de sa tête. A ce sujet saint Bernard s'exprime ainsi : « Cette divine tête fut percée jusqu*au cerveau par une forêt d'épines. » Il y a trois opinions différentes sur le lieu où l'âme a son siège principal. Les uns disent dans le cœur, à raison de ces paroles : « C'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, etc. » Les autres, dans le sang, à cause de ce qui est dit dans le LéviUque (xvii) : « La vie de la chair est dans le sang; » les troisièmes, dans la tête, d'après ce texte : « Il inclina la tête et rendit l'esprit. » Parle fait, les Juifs paraissent avoir connu ces trois opinions ; car pour arracher son âme de son corps, ils la cherchèrent dans sa tête, lorsqu'ils enfoncèrent les épines jusqu'à la cervelle ; ils l'ont cherchée dans le sang, en lui ouvrant les veines des mains et des pieds ; ils l'ont cherchée dans le cœur, quand ils percèrent son côté. Contre ces trois sortes de moqueries, au jour du vendredi saint, nous faisons trois adorations avant de découvrir la croix, en disant : Dieu saint. Dieu fort, Dieu immortel, pitié pour nous : agios^ etc., comme pour honorer par trois fois celui qui trois fois a été bafoué pour nous. i" Sur la croix (saint Math., xxvii) : « Les princes des prêtres, se moquant de lui avec les scribes et les anciens, disaient : « S*il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui, » Saint Bernard commente ainsi ce passage : « Pendant ce

temps-là, il donne une plus grande preuve de patience, il recommande l'humilité, il fait acte d'obéissance, il accomplit toute charité. Ces perles de vertus ornent les extrémités de la croix : en haut se trouve la charité, à droite l'obéissance, à gauche la patience, et au bas la racine de toutes les vertus qui est l'humilité. » Toutes ces souffrances de J.-C. ont été recueillies brièvement par saint Bernard quand il dit : « J'aurai souvenance, toute ma vie, des labeurs qu'il a supportés, dans ses prédications ; de ses fatigues, dans ses courses; de ses veilles, dans la prière; de ses tentations dans son jeûne ; de ses larmes de compassion, des pleines qui lui étaient tendus dans ses discours, enfin des outrages, des crachats, des soufflets, des moqueries, des clous, des reproches. »

Troisièmement la Passion de J.-C, fut pour nous la source d'avantages infinis. Son utilité est triple; on y trouve, la rémission des péchés, la collation de la g'râce, et l'exhibition de la gloire ; et toutes les trois sont indiquées sur le titre de la croix, parce qu'il y a Sauveur pour la première, de Nazareth * pour la deuxième, et roi des Juifs pour la troisième, parce que là nous serons tous rois. Saint Augustin dit en parlant de l'utilité de la Passion : « J.-C. a efFacé la coulpe présente, passée et future; il a détruit les péchés passés en les remettant, les péchés présents en y soustrayant les hommes, les péchés futurs en donnant une grâce au moyen de laquelle on peut les évi- .ter. » Le même Père dit encore à ce sujet : « Admi-

* Nazareth signifie e i hébreu ornenienl ou couronne.

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roiis, félicitons,* aimons, louons, adorons, puisque par la mort de notre Rédempteur nous avons été appelés des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de la corruption à Tincorruption, de Texil à la patrie, du deuil à la joie. » Quatre raisons démontrent combien fut utile le mode de notre rédemption, savoir: parce qu'il fut parfaitement accueilli de Dieu qui devait être Héchi ; il fut très convenable pour guérir la maladie, très efficace pour attirer le genre humain, très habilement pris pour défaire l'ennemi des hommes, i" Il fut parfaitement accueilli de" Dieu qui devait t^tre fléchi et réconcilié, parce que, dit saint Anselme en son ouvrage Car Deus homo (liv. II, c. n) : « L'homme ne peut, pour l'honneur de Dieu, souffrir volontairement et sans y être obligé, rien de plus redoutable et de plus pénible 'que la mort, et jamais, l'homme ne put se donner davantage à Dieu que quand il s'est livré à la mort en son honneur. » C'est ce qui est (lit par saint Paul en son épître aux Éphésiens (v) : « 11 s'est livré à Dieu comme une oblationet une hostie «Tai^réable odeur. » Et saint Augustin, au livre Ik la Trinité, dit comment ce sacrifice apaisa Dieu et le réconcilia avec nous : « Quelle chose pouvait rtre plus ai^réablenient reçue que notre chair devenue une nuUière de sacrifice dans le corps de notre [)r(Hre ? » Et comme dans tout sacrifice quatre circonslaFices sont à considérer : à qui il est offert, ce (|ui est olleii, pour cpiiil est offert, et celui qui offre, (lelui-là même (|ui est seul médiateur entre Dieu e( les hommes nous réconcilie par le sacrifice de paix î\ Dieu avec leipiel il ne fait qu'un, et auquel il offrait

ce sacrifice, en ne faisant qu'un avec ceux pour lesquels il l'offrail. En sorte que celui qui offrait et ce qui élait offert, c'est la même personne. Le même saint Au^stin dit encore, sur la manière par laquelle nous avons été réconciliés par J.-(]., que J.-C. est prêtre et sacrifice, comme il est Dieu et temple tout à la fois. Prêtre, par l'entremise duquel nous sommes réconciliés; sacrifice, par lequel nous sommes réconciliés. Dieu auquel nous sommes réconciliés, temple dans lequel nous sommes réconciliés. Le même Père adresse dans la personne de J,-C. ces reproches a ceux qui faisaient peu de cas de cette réconciliation : « Comme vous étiez Tennemi de mon Père, il vous a réconciliés par moi; comme vous étiez loin de lui, je suis venu pour vous racheter; comme vous erriez par les montagnes et les forêts, je vous ai cherchés, et c'est au milieu des pierres et du bois que je vous ai trouvés; et de crainte que vous ne fussiez déchirés sous la dent vorace des loups et des bêtes féroces, je vous ai recueillis, je vous ai portés sur mes épaules, je vous ai rendus à mon Père. J'ai travaillé, j'ai sué, j'ai présenté ma tête pour qu'on y mît la couronne d'épines; j'ai placé mes mains sous les clous, j'ai ouvert mon côté avec la lance ; j'ai été déchiré non par des injures, mais par des tourments sauvages ; j'ai versé monsanç, j'ai donné mon àme pour vous unir à moi, et vous vous arrachez de mes bras ! »

2^ Le mode de notre rédemption fut très convenable pour guérir notre maladie. Or, la convenance se tire du temps, du lieu et du mode, l*" Du temps, parce qu'Adam fut créé et commit le péché au mois de mars,

le venflredî, et à la sixième heure, et c'est pourquoi J.-C. a voulu soufTrir dans le mois de mars, car il fut annoncé et souffrit le même jour, comme ce fut encore le vendredi et à la sixième heure. 2* Du lieu : or, le lieu de la Passion peut être entendu en trois manières, savoir : le lieu commun, le lieu particulier et le lieu singulier. Le lieu commun fut la terre de promission, le particulier, celui du calvaire et le lieu singulier, la croix. Dans le lieu commun fut formé le premier homme parce qu'on dit qu'il a été créé près de Damas et sur le territoire de cette ville. Il fut enseveli dans le lieu particulier, parce que ce fut dans l'endroit où J.-C. a souffert qu'Adam fut, dit-on, enseveli ; toutefois ceci n'est pas authentique, puisque, d'après saint Jénime, Adam a été enseveli sur le mont Hébron, selon ce qui est expressément rapporté au livre (le Josué (xiv). Il fut déçu au lieu singulier, non pas que ce soit sur le bois où J.-C. a souffert qu'Adam fut dôrii, niais pourtant il est dit que de même que Adam fut déçu dans le bois, de même J.-C. souffrit sur le bois. 11 est rapporté dans une histoire des Cîrecs (|uo ce fut sur un bf)is de la même espèce. 3*^ Du Fnode de ij;^urrir, UMpiel fut par les semblables et par les contraires; par l(*s semblables, parce que d'après saint Aui^^iistin en son livre de la Doctrine chrélieune, riiomnie séduit par la femme, né de la femme, a délivré, comme étant homme, les autres hommes, comme mortel, les mortels et les morts, par la mort. Saint Ambroise dit : « Adam fut formé d'une terre vierge, J.-C. nacpnt d'une vierge. Adam fut fait à l'image de Dieu, J.-C. est l'image de Dieu. De la femme est ve-

nue la folie, par la femme est venue la sagesse ; Adam était nu, J.-C. fut nu; la mort vint par Tarbre ; la vie par la croix ; Adam resta dans le désert, J.-C. resta au désert. » Par les contraires : parce que le premier homme, selon saint Grégoire, avait péché par orgueil, par désobéissance et par gourmandise; car il voulut s'assimiler à Dieu par la sublimité de la science, transgresser les limites du commandement de Dieu et goûter la suavité de la pomme : et comme la guérison doit s'opérer par les contraires, ce mode de satisfaction fut très convenable, car il s*opéra par l'humiliation, par l'accomplissement de la volonté divine et par l'affliction. Ces trois modes sont indi({uées dans la 2^ Epîlre aux Philippiens : « Il s'est humilié » , c'est le premier mode, « en se faisant obéissant», c'est le second, «jusqu'à la mort », c'est le troisième.

3* Ce mode fut très efficace pour attirer le genre humain. Car jamais il ne put attirer le genre humain davantage à son amour et à la confiance, tout en sauvant le libre arbitre. Or, voici ce que dit saint Bernard, pour démontrer comment il nous attire [)ar là à son amour : « 0 bon Jésus, ce calice que vous avez bu, cette œuvre de notre rédemption vous rend aimable j)ar-dessus tout. C'est absolument cela qui vous assure facilement tout notre amour pour vous, c'est-àdire qui provoque notre amour avec i)lus de douceur, qui Texige avec plus de droit, qui l'assujettit plus vile et qui l'affectt^avec pins de force. En effet où vous vous êtes anéanti, où vous vous êtes dépouillé de l'éclat (jui vous est naturel, c'est là (|ue votre dévouement brille le plus, là (|ue votre charité s'est répan-

due avec plus de profusion, là que votre grâce a projeté ses plus grands rayons. » Quanta la confiance que ce mode nous inspire, il est dit dans l'Épftre aux Romains (vin) : <( Puisque Dieu n'a pas épargné son propre fils, mais qu'il l*a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses ? i» Là-dessus saint Bernard s'exprime ainsi : a Qui ne sera pas entraîné à l'espoir d'obtenir la confiance, quand il considère la disposition de son corps, savoir : sa tète inclinée pour nous baiser, ses bras étendus pournous embrasser, ses mains percées pour nous octroyer des largesses, son côté ouvert pour nous aimer, ses pieds attachés pour rester avec nous, son corps étendu pour se sacrifier tout entier à nous. »

Quatrièmement : Le mode de notre rédemption fut très convenable pour détruire Tennemi du genre humain. (Job, XXVI.) « Sa sagesse a dompté l'orgueil » (et xl): « Pourrez-vous enlever Léviathan avec l'hameçon *^)) J.-C. avait caché l'hameçon de sa divinité sous la nourriture de son humanité et le diable voulant saisir la nourriture de la chair fut pris par l'hameçon de la divinité. Saint Augustin parle ainsi de cette capture adroite : « Le rédempteur est venu et le trompeur a été vaincu : et qu'a fait le Rédempteur à celui qui nous tenait captifs? il tendit un piège qui fut sa croix et pour amorce il y mit son sang. Quant à lui, il ne voulut pas réj)îHidre le sang de son débiteur : c'est pourquoi il s'éloigna des débiteurs. » C'est celte dette (jue TapcMre appelle la cédule que J.-C. a abolie en rattaclianl à la croix. Et saint Augustin dit à propos de cotte cédule : u Eve a emprunté le péché au

démon ; elle a écrit la cédule ; elle a donné un garant et l'usure court pour sa postérilé : or, elle a emprunté !e péché au démon, quand, malgré le précepte de Dieu, elle a consenti à sa mauvaise jussioii ou à sa suggestion : elle a écrit la cédule quand elle a étendu la main vers le fruit défendu ; elle a donné un garant, quand elle a fait consentir Adam au péché et de cette manière l'usure court pour sa race. » Saint Bernard met dans la bouche de J.-C. ces reproches adressés à ceux qui méprisent cette rédemption par laquelle nous avons été affranchis de la puissance de notre ennemi : « Mon peuple, dit le Seigneur, qu'ai-je pu te faire que je n'aie fait? Quelle raison as-tu de plutôt servir ton ennemi que moi ? Il ne vous a pas créés, lui, il ne vous nourrit pas. Si c'est peu aux yeux des ingrats, ce n'est pas lui, c'est moi qui vous ai rachetés. A quel prix? Ce n'a pas été avec de l'or ou de l'argent qui se corrompt; ce n'a pas été avec le soleil, ni avec la lune ; ce n'a pas été quelqu'un des auges, mais c'est moi qui vous ai rachetés de mon [)roprc sang. Au reste si je n'ai pas une foule de droits à ce (|ue vous vous mettiez à mon service, oubliez tout, mais au moins convenez avec moi d'un denier par jour. » Maintenant, comme J.-C. a été livré à la mort par l'avarice de Judas, par la jalousie des juifs, parla peur de Pilal(*,il resteà voir quel châtiment Dieu infligea à chacun d'eux à raison de ce péché. Vous trouverez dans la légende de saint Mathias le châtiment et l'origine de Judas, dans la légende de saint Jacques le mineur, le châtiment et la ruine des Juifs. Voici ce ([ue rapporte une légende apocryphe touchant le châtiment et l'origine de Pilate. 1. 26

Un roi nommé Tyrus connut charnellement une fille nommée Pila^ dont le père appelé Alus était meunier ; il en eut un fils. Or, Pila composa un nom du sien et de celui de son père qui s'appelait AluSj et le donna à son fils qui fut Pilate. Celui-ci, dès Tâ^e de trois ans, fut envoyé au roi par Pila. Ce roi avait un fils de la reine son épouse qui paraissait du même âge à peu près que Pilate. Devenus un peu plus grands, souvent ces deux enfants jouaient ensemble à la lutte, à la fronde et à d*autres ébats. Mais le fils légitime du roi, comme plus noble de race, était toujours plus adroit que Pilate, et plus habile en toute sorte d'exercice, d'où il résulta que Pilate, poussé par une basse jalousie, et entraîné par une douleur amère, tua son frère en cachette. Le roi en conçut un grand désespoir; il assembla son conseil pour savoir ce qu'il ferait de cet enfant, scélérat et homicide. Tous les membres du conseil s'écrièrent à l'unanimité qu'il était digne de mort : mais le roi, ayant repris du calme, ne voulut pas ajouter iniquité sur iniquité, il l'envoya donc en otage pour le tribut qu'il devait annuellement aux Romains ; voulant par là n'avoir point à se reprocher la mort de ce fils, et de plus espérant c^trc quitte du tribut payé aux Romains. Or, il y avait en ce temps-là, à Rome, un fils du roi de France envoyé aussi à Rome pour les tributs. Pilate s'attacha à lui, et le voyant meilleur que soi dans ses mœurs et son esprit, aiguillonné par la jalousie, il le tua. Les Romains cherchant ce qu'on en pourrait faire, se dirent : « Si on laisse vivre celui qui a tué son frère, qui a égorgé un otage, il sera utile en bien des choses à la

république, et avec la férocité qui le caractérise, il domptera la férocité des ennemis. » Ils ajoutèrent : « Puisqu'il est digne de mort, qu'on le mette dans Tîle de Pontos avec la qualité de juge chez un peuple qui ne veut en souffrir aucun, voyons si, par aventure, il parvient à dompter leur méchanceté habituelle; s'il ne réussit pas, il sera puni comme il Ta mérité. » Pilate fut donc envoyé chez cette nation féroce, bien informé du mépris qu'elle professait pour ses juges : en réfléchissant sur sa mission et en considérant qu'une sentence de mort était suspendue sur sa tête, il voulut conserver sa vie, et par menaces, par promesses, par supplices et par dons, il subjugua cette nation méchante. Or, pour avoir dompté un pays pareil, il reçut le nom de Ponce de l'île de Pontos. Hérode entendit parler de l'adresse de cet homme; émerveillé de ses ruses et rusé lui-même, il parvint, par ses présents et ses messages, à l'attirer auprès de soi et lui confia sa place et sa puissance sur la Judée et sur Jérusalem. Comme Pilate avait amassé des sommes immenses, il partit pour Rome, à Tinsu d'Hérode, offrit à Tibère de l'argent à l'infini. Au moyen de ces largesses, il parvint à faire accepter par l'empereur ce qu'il tenait d'Hérode. Ce fut la cause de l'inimitié entre Pilate et Hérode, inimitié qui dura jusqu'à la Passion de J.-C, époque à laquelle ils se réconcilièrent parce que Pilate lui envoya le Seigneur. L'W/s/o/re Sffto/flsW- ^11^ assigne d'autres causes à leur inimitié. Un homme, qui se faisait passer pour le Fils de Dieu, avait séduit beaucoup de Galiléens : les ayant menés en Garizim, où il avait dit qu'il monterait au ciel, Pilate survint et

le fit tuer avec tous ceux qu'il avait séduits, dans la crainte qu'il n'eu fU autant des Juifs. C*est pour cela qu'ils devinrent ennemis parce que Hérode avait le gouvernement de la Galilée. L'une et Tautre causes peuvent être vraies. Alors quand Pilate eut eu livré aux Juifs le Seigneur afin de le crucifier, il craignit le ressentiment de Tibère-César pour avoir fait verser le sang innocent, et envoya à César un de ses familiers lui offrir ses excuses. Or, sur ces entrefaites Tibère souffrait d'une grande maladie ; on lui apprit qu'il se trouvait à Jérusalem un médecin qui guérissait toutes sortes de maux, par une seule parole ; mais on ignorait que Pilate et les Juifs l'eussent crucifié. Tibère s'adressant à Volusien, un de ses intimes : « Va vite, lui dit-il, outre mer, et dis à Pilate de m'envoyer ce médecin qui me rendra la santé. » Quand Volusien fut arrivé auprès de Pilate, et lui eut communiqué les ordres de l'empereur, Pilate effrayé demanda un délai de quatorze jours. Dans ce laps de temps, Volusien s'informa auprès d'une dame, nommée Véronique, qui avait été amie avec J.-C, où l'on pourrait trouver le Christ Jésus : Véronique lui dit : « Ah ! c'était mon Seigneur et mon Dieu : trahi par jalousie, il fut conilaniné à mort par Pilate, qui Ta fait attacher Il la croix. » Alors Volusien fut très chagriné : (( Je suis bien en peine, lui dit-il, de ne pouvoir exécuter les ordres de mon maître. » Véronique répondit : « Alors ([ue mon Seigneur parcourait le pays en prêchant, comme j'étais privée, bien malgré moi, de sa présence, je voulus faire exécuter son portrait, afin que lorsqu'il ne me serait plus donné de le voir, je

pusse au moins me consoler en regardant son image : alors je portai de ta toile au peintre, quand le Seigneur vint au-devant de moi et me demanda où j'allais. Lorsque je lui eus exposé le sujet de ma course, il me demanda la toile, et me la rendit avec l'empreinte de sa face vénérable. Si donc votre maître regarde avec dévotion les traits de cette image, à l'instant il aura l'avantage de recouvrer la santé. » Volusien lui répartit : « Peut-on se procurer ce portrait à prix d*or ou à prix d'argent ? » « Non, répondit-elle, mais seulement au prix d'une ardente dévotion. Je partirai avec vous : je montrerai ce portrait à César pour qu'il le voie et je reviendrai. » Volusien revint alors à Rome avec Véronique et dit à l'empereur Tibère : « Jésus, que vous aviez grand désir de voir, a été livré à la mort par Pilate et par les Juifs qui Font attaché à une croix par jalousie. Or, est venue avec moi une dame qui porte l'image de ce même Jésus ; si vous regardez ce portrait avec dévotion, vous obtiendrez à l'instant votre guérison et la santé. » Alors César fit étendre des tapis de soie sur le chemin et commanda qu'on lui présentât le portrait : il ne l'eut pas plutôt regardé qu'il recouvra sa santé première. Ponce Pilate fut donc pris par l'ordre de César et conduit à Rome. L'empereur apprenant que Pilate était arrivé, le fit venir par devant lui et il était furieusement irrité à son encontre. Mais Pilate apporta avec lui la tunique sans couture de Notre-Seigneur, qu'il revêtit au moment de paraître devant l'empereur. Tout aussitôt que Tempereur l'eut vu, il fut entièrement dépouillé de sa colère et se leva à l'instant, sans oser lui adres- •I 26*

ser le moindre reproche ; et lui, qui en l'absence de Pilale, était si cruel et si terrible, devint extraordinairement doux quand celui-ci fut en sa présence. Après ravoir congédié, il fut aussitôt enflammé d'une terrible manière contre Pilate, s'accusant d'être un misérable de ne pas lui ^voir découvert toute la fureur de son cœur, et tout de suite il le fit rappeler, jurant et protestant que Pilate était digne de mort, et qu'il ne méritait pas de vivre sur terre. Mais dès qu'il le vit, à Tinstant il le salua et toute la fureur de son âme avait disparu. On est dans l'admiration partout; l'empereur lui-même s'étonne de ce que quand Pilate est absent, il est outré de colère, et que, quand il est devant lui, il ne peut lui dire rien de désagréable. Enfin par inspiration divine, ou bien peut-être, par le conseil de quelque chrétien, il le fait dépouiller de cette tunique et à l'instant il reprend contre lui sa première férocité d'âme : ce qui émerveilla de plus en plus l'empereur, mais on lui dit que cette tunique avait appartenu au Seiî^neur Jésus. Alors l'empereur fit renfermer Pilate dans une prison, jusqu'à ce qu'il eût délibéré sur son sort d'après le conseil des sages. On porta contre Pilate une sentence qui le condamnait à la mort la plus honteuse. A cette nouvelle, Pilate se perça avec son couteau et ce fut ainsi qu'il mourut. César informé de la mort de Pilate : « Vraiment, dit-il, il est mort de la façon la plus honteuse, puisqu'il a choisi lui-même sa main pour se punir. » On attache donc son corps à une meule énorme et il est noyé dans le Tibre : mais les esprits malins et sordides se réjouirent d'avoir en leur puissance le corps malin et

sordide de ce sordide, et le saisissant tantôt dans Feau, tantôt dans l'air ils produisaient des inondations étranges, causaient foudres, tempêtes, tonnerres, grêles terribles dans les airs, au point que tout le inonde était sous l'influence d'une crainte horrible. C'est pourquoi les Romains le retirèrent du Tibre et par dérision ils le portèrent à Vienne où ils le jetèrent au fond du Rhône. Or, Vienne a pour étymologie voie de la géhenne, parce que c'était autrefois un lieu de malédiction : elle serait mieux nommée Bienne par ce qu'on dit qu'elle fut bâtie dans l'espace de deux ans {bisannus). Mais là encore il y eut des esprits qui opérèrent les mêmes prodiges : les habitants ne pouvant supporter d'être si grandement vexés par les démons, portèrent loin d'eux ce vase de malédiction et l'envoyèrent ensevelir au territoire de la ville de Lausanne. Les citoyens de ce pays, tourmentés à l'excès par les vexations qui s'étaient produites ailleurs, Tôtèrent du territoire et le plongèrent dans un puits caché au fond des montagnes, où, d'après certaines relations, des machinations diaboliques paraissent fomenter. Ce qui est rapporté jusqu'ici est tiré d'une histoire apocryphe. On laisse au lecteur à juger de la valeur de ce récit. Notez pourtant (juc V Histoire scholastiquevap' porte quePilate fut accusé, par-devant Tibère, par les juifs, du massacre affreux des Innocents; de placer, malgré les réclamations des juifs, les images des gentils dans le Temple; d'employer à son usage l'argent du trésor de Corban avec lequel il avait fait construire un acpieduc pour sa maison, et que, pour tous ces méfaits, il fut déporté en exil à Lyon, d'où il était origi-

naire, afin qu'il y mourût au milieu des opprobres de sa race. Cela peut être, si cependant VHistoire scho^ lastique dit vrai, car d'abord il y avait déjà eu unédit par lequel il devait être déporté à Lyon en exil, et ce fut avant le retour de Volusien qu'il fut envoyé à César et qu'il fut déporté à Lyon. Mais dans la suite Tibère apprenant de quelle manière il avait fait mourir le Christ, le rappela de l'exil et Tamena à Rome. Eusèbe et Bède en leurs chroniques ne disent pas qu'il fut relégué en exil, mais seulement qu'après avoir éprouvé malheurs sur malheurs^ il se tua de sa propre main.

Des Fêtes qni arrivent pendant le temps de

la RéoonoiUation.

Après avoir parlé des fêtes qui arrivent pendant le temps de la déviation, lequel commence à Adam et finit à Moïse et que l'Eglise représente depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques, il reste à s'occuper des fêtes qui tombent dans le temps de la Réconciliation, depuis Pâques jusqu'à l'octave de la Pentecôte.

La Résurrection de J.-C. eut lieu trois jours après sa Passion. Par rapport à celte Résurrection du Seigneur, il y a sept considérations à faire chacune en son ordre : 1** Comment il est vrai que J.-C. resta^lroisjours et trois nuits dans le sépulcre et ressuscita au troisième jour ; 2* Pourquoi il n'est pas ressuscité aussitôt après sa mort, mais il a attendu jusqu'au troisième jour; 3® comment il ressuscita ; 4" pourquoi il avança sa résurrection et ne la remit pas à l'époque de la résurrection générale ; 5^ pourquoi il ressuscita ; &* combien de fois il apparut étant ressuscité ; 1° la manière avec laquelle il tira les saints pères qui étaient dans les limbes, et ce qu'il y fit. Quant à la première considération, il faut savoir que selon saint Augustin c'est par sinecdoche si l'on dit que J.-C. est resté trois jours et trois nuits dans le sépulcre, car il faut compter le soir du premier jour, le second jour tout entier, et la première partie du troisième : alors on a bien trois jours et chacun d'eux a eu sa nuit qui l'a précédé : car

alors, selon Bède, fut changé Tordre ainsi que le cours des jours et des nuits : auparavant en effet c'étaient les jours qui précédaient et les nuits qui suivaient, mais après la Passion cet ordre a été interverti, en sorte que les nuits précèdent et les jours suivent : or, ceci est bien en rapport avec ce mystère, parce que l'homme tomba premièrement dujour de la grâce dans la nuit de la faute, mais par la Passion et la résurrection de J.-C., il sortit de la nuit de la faute pour rentrer dans le jour de la grâce. Par rapport à la seconde considération qui est celle par laquelle on trouve convenable que J.-C. ne soit pas ressuscité de suite après sa mort, mais qu'il attendît jusqu'au troisième jour, il y en a cinq raisons, l^ C'est une figure qui signifie que la lumière de sa mort a pris soin de notre double mort : aussi fut-il dans le tombeau un jour entier et deux nuits, afin que le jour figurât la lumière de sa mort et les deux nuits notre double mort : c'est la raison qu'en apporte la glose sur le passage de saint Luc (xxïv) : « H a fallu que J.-C. souffrît et entrât ainsi dans sa gloire. » 2^ C'est une preuve ; car puisque tout se juge sur le témoignage de deux ou trois témoins, de même, dans ces trois jours, chacun peut acquérir la preuve de tout ce qui s'est passé : c'est donc pour donner une preuve convaincante de sa mort et pour en offrir lui-même la preuve, qu'il a voulu reposer trois jours dans le tombeau. 3** C'est une marque de sa puissance : car s'il était ressuscité aussitôt, il n'aurait pas paru avoir la puissance de quitter la vie comme non plus celle de ressusciter. Et cette raison est indiquée dans la première aux Corinthiens (xv).

OÙ il est dit : a Que J.-C. est mort pour nos péchés, et qu'il est ressuscité. » Il estd'abord question, dit saint Paul, de la mort de J.-C. afin que Ton fût certain qu'il s'a^t là d'une mort véritable comme d'une résurrection véritable. 4° C'est la figure de tout ce qu'il y avait à restaurer. Cette raison est de saint Pierre de Ravenne : « J.-C, dit-il a voulu trois jours de sépulcre pour signifier ce qu'il avait à restaurer dans le ciel, ce qu'il avait à réparer sur la terre, et ce qu'il avait à racheter dans les enfers. » 5° C'est afin de représenter les trois étals des justes. Saint Grégoire donne cette raison dans son explication d'Ezéchiel : a Ce fut, dit-il, la sixième férié que J.-C. souffrit; ce fut le samedi qu'il reposa dans le sépulcre, et ce fut le dimanche qu'il ressuscita de la mort. Or, la vie présente, c'est pour nous encore la sixième férié, puisque nous sommes au milieu des angoisses et des douleurs ; mais, au samedi, nous paraissons reposer dans le sépulcre, parce que, après la mort, nous trouvons le repos de l'unie : au jour du dimanche nous changeons de condition ; nous ressuscitons, au jour de cette octave, avec le corps, des liens de la mort, et avec notre chair, nous nous réjouissons dans la gloire de Tàme. Dans le sixième jour nous avons la douleur, dans le septième le repos cl dans l'octave la gloire (Saint Grégoire). » La Iroisième considération est celle-ci : comment J.-C. ressuscita. Il faut observer : 1® qu'il ressuscita avec puissance ; car ce fut par sa propre vertu, selon ce qui est dit dans saint Jean (x) : « J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre ensuite. » (ii) : « Détruisez ce temple et en trois jours je le réédifierai. » 2® Il ressus-

cita bienheureusement, car il se dépouilla de toute misère. (Saint Math., xxvi). « Quand je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. » Galilée veut dire transmigration. Or, quand J.-C. ressuscita, il alla en avant en Galilée, parce qu'il passa de la misère à la gloire, et de la corruption àTincorruption. « Après la Passion de J.-C., dit saint Léon, pape, les liens de la mort ayant été rompus, l'infirmité fit place à la force, la mortalité à l'éternité, la honte à la gloire. » 3^ Il ressuscita avec profit, car il tint sa proie : et Jérémic dit au IV* chapitre : « Le lion s'est élancé hors de sa tanière, le vainqueur des nations s'est élevé. » Saint Jean dit aussi (xxvi) : « Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi, )> c'est-à-dire : quand j'aurai fait sortir mon âme du limbe et mon corps du tom* beau, j'attirerai tout à moi. 4^ Il ressuscita miraculeusement, car le sépulcre resta clos. Comme il est sorti du sein de sa mère sans lésion de son intégrité, et de même qu'il est entré où étaient ses disciples les portes closes, de môme aussi a-t-il pu sortir du sépulcre qui resta clos. A ce propos on lit en V Histoire scho^ las tique* qu'un moine de Saint-Laurent hors des murs, l'an MCXl de l'Incarnation du Seigneur, s'émerveillait de voir la ceinture qu'il portait, la jeta loin de lui sans qu'elle eût été déliée, quand une voix venant d'en haut lui dit : « Ainsi J.-C. a pu sortir du sépulcre qui resta clos. » 3® Il ressuscita véritablement, parce que ce fut en son vrai et propre corps. 11 donna six preuves delà vérité de sa résurrection : 1^ par un

* Chap. OLXxxiv; — Rupert, De divinis offic, I. VIII, c. iv.

ange, qui ne ment point ; 2® par de fréquentes apparitions. Et en ces deux circonstances il montra qu'il était ressuscité véritablement. 3° Par le manger, il prouva ainsi qu'il n'était pas ressuscité par art magique. 4® Par le toucher, en quoi il prouva que c'était en un vrai corps. 3° Par la démonstration de ses plaies, il montra alors que ce fut en ce même corps avec lequel il était mort. 6° Par son entrée dans la maison dont les portes étaient closes; c'était la preuve qu'il était ressuscité tout glorifié. Or, tous ces doutes, sur la résurrection de J.-Cu. paraissent avoir existé dans les apôtres. 7° Il ressuscita immortel pour ne mourir plus désormais. Il est écrit dans l'Épître aux Romains (vi). « J.-C. est ressuscité d'entre les morts pour ne plus mourir. » Cependant saint Denis rapporte dans une lettre à Démophile (8*) que J.-Ç., même après son ascension, dit à un saint homme, nommé Carpus : <( Je suis prêt à souffrir de nouveau pour sauver les hommes. » Par où l'on voit que, s'il était possible, il aurait encore été disposé à mourir pour les hommes. Ce même Carpus, personnage d'une admirable sainteté, raconta à saint Denis, comme la même lettre en fait foi, qu'un infidèle ayant perverti un chrétien, Carpus en fut chagriné au point d'en tomber malade. (Sa sainteté était si grande qu'il ne célébrait jamais la sainte messe à moins d'avoir eu une vision duciel.)Maisayant eu à prier pour la conversion de l'un et de l'autre, il demandait cependant tous les jours à Dieu qu'il leur ôtât la vie en les faisant brûler sans miséricorde. Et voici que vers le milieu de la nuit, comme il était éveillé et qu'il faisait cette prière, tout à coup la mai-

son OÙ il étail se divisa en deux et une fournaise immense apparut au milieu : en portant ses regards en haut, il vit lo ciel ouvert et Jésus qui y était environné d'une multitude d'anges. Ensuite vis-à-vis de la fournaise, il voit les deux pécheurs qu'il avait maudits, tout tremblants, et entraînés avec violence par les morsures et les replis de serpents qui sortaient de cette fournaise où ils étaient poussés encore par d*autres hommes. Carpus se complaisait tellement à la vue de leur châtiment qu'il dédaignait de porter les yeux sur ce qui apparaissait en haut et qu'il restait tout attentif à contempler cette vengeance, de sorte qu'il était très contrarié de ne pas les voir plus tôt tomber dans la fournaise. Enfin après avoir pris la peine de regarder au ciel et avoir vu ce qu'il avait remarqué auparavant, voici que Jésus, qui avait pitié de ces hommes, se leva de son trône céleste, et descendant jusqu'à eux avec une multitude d'anges, il étendit les mains et les ôta de là en disant à Carpus : « Levez la main; frappez sur moi de nouveau, car je suis prêt à souffrir encore une fois pour sauver les hommes : c'est ce que j'ai de plus à cœur, si Ton pouvait me crucifier sans crime. » Nous avons relaté ici cette vision rapportée par saint Denis, pour preuve de ce que nous avons dit en dernier lieu.

La quatrième considération est celle-ci : pourquoi J.-C. n'a-t-il pas attendu à ressusciter avec les autres, c'est-à-dire au jour de la résurrection générale? Il faut savoir qu'il ne voulut point la différer pour trois raisons : 1° Par dignité pour son corps. Car comme ce corps était d'une éminente dignité depuis qu'il avait

été déifié, ou bien uni à la divinité, il ne fut pas convenable qu'il restât si longtemps dans la poussière. Aussi le psaume dit : « Vous ne laisserez pas votre saint, c'est-à-dire, votre corps sanctifié, déifié, éprouver la corruption. » Le Psalmiste dit encore (cxxxi) : « Levez-vous, Seigneur ; venez dans le Heu de votre repos, vous et l'arche de votre sainteté. » Ce qui est appelé ici l'arche de sainteté, c'est ce corps auquel fut unie la divinité. 2^ Pour rafTermissementdela foi : car s'il n'était pas ressuscité alors, la foi eût péri, et personne n'aurait cru qu'il est véritablement Dieu. Or, ceci devient évident parce qui arriva lors de la Passion, où tous, excepté la Sainte Vierge, perdirent la foi qu'ils ne recouvrèrent qu'après avoir connu la résurrection. C'est ce que dit saint Paul dans sa première Épltre aux Corinthiens (xv) : « Si J.-C. n'est pas ressuscité, notre foi est vaine. » 3° Pour être le modèle de notre résurrection. Il eût été rare en effet de trouver quelqu'un qui eût espéré la résurrection future, s'il n'eût eu pour modèle la résurrection de N.-S. C'est pour cela que l'apôtre dit : « Si J.-C. est ressuscité, nous aussi, nous ressusciterons, )> car sa résurrection est la cause et le modèle de la nôtre. « Le Seigneur, dit saint Grégoire, a montré par son exemple ce qu'il nous a promis en récompense, afin que, les fidèles sachant tous qu'il est ressuscité, espérassent posséder en eux-mêmes, à la fin du monde, les récompenses de la résurrection. Le même saint dit encore : « J.-C. ne voulut pas être mort plus de trois jours ; car si sa résurrection eût été différée, nous n'aurions pu l'espérer pour nous. « La cinquième considération est :

pourquoi J.-G. ressuscita. Il faut savoir que ce fut pour quatre grands profits que nous en retirons. En effet sa résurrection opère la justification despécheurs, elle nous enseigne une manière de vie nouvelle, elle engendre l'espérance de recevoir la rémunération, et elle signifie la résurrection de tous. Quant au premier profit saint Paul dit en TÉpître aux Romains (iv) : « II a été livré pour nos péchés et il est ressuscité pour notre justification. » Quant au second. Il est dit en la môme épître (vi) : « Comme J.-C. est ressuscité d'entre les morts pour la gloire de son père, de même aussi nous devons marcher dans une nouvelle vie. » Quanl au troisième. La première épître de saint Pierre (ii) porte : « Dieu nous a ressuscites par sa grande miséricorde pour nous donner l'espérance de la vie par la résurrection de J.-C. » Quant au quatrième. La première aux Corinthiens (xv) dit : « J.-C. notre Seigneur est ressuscité d'entre les morts comme les prémices de ceux qui dorment : car c'est par un homme que la mort est venue et c'est par un homme qu'est venue la résurrection. » D'où il faut conclure que J.-C. a eu quatre propriétés qui lui furent particulières dans sa résurrection. La première que notre résurrection est remise à la fin du monde, mais que la sienne arriva au troisième jour. La 2* que nous ressuscitons par lui, mais qu'il est ressuscité par lui-même. Ce qui fait dire à saint Ambroise : « Pourquoi aurait-il cherché (jaclqu'un qui Tait aidé à ressusciter son corps, lui qui a ressuscité les autres ? » La 3® que notre corps devient cendre, mais que le sien ne le put devenir. La i^ que la résurrection est la cause efficiente, exem-

plaire et sacramentelle de la nôtre. Par rapport à la première propriété, la close du Psaume dit sur ces mots : « Advespevum demorabitur fleiusetadmaluU' vum lœlilia (xxix). Le soir on est dans les larmes et le matin dans la joie. » La résurrection de J.-C. est la cause efficiente de la résurrection de l'âme dans le temps présent et du corps dans le temps futur. Par rapport à la deuxième, on lit en TEpître première aux Corinthiens : « Si J.-C. est ressuscité... » Quant à la troisième : « comme J.-C. est ressuscité d'entre 'les morts par la çloire du père, etc. » (Rom., vi).

La cinquième considération est celle-ci : combien de fois J.-C. est-il apparu après sa résurrection. Le jour même de la résurrection J.-C. est apparu cinq fois, et les autres jours suivants, cinq fois encore. 1° Il a apparu à Marie-Mati^deleinc (saint Jean, xx ; saint Marc, xvi) qui est le type des pénitents, car il voulut apparaître en premier lieu à Marie-Maçdeleine pour cinq motifs, a. Parce ({u'elle Taimait plus ardemment, comme le dit saint Luc (vn) : « Ik^uicoup de péchés lui .sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé. » b. Pour montrer qu'il était mort pour les pécheurs. « Je ne suis pas venu, dit J.-C. en saint Mathieu (ix), appeler les justes, mais les pécheurs. "» c. Parce que les courtisanes précèdent les saj^esdans le royaume des cieux (Math., xxi). « En vérité, je vous dis que les courtisanes vous précéderont dans le royaume des cieux. » rf. Parce que comme la femme avait annoncé la mort, elle devait aussi annoncer la vie ((îlose). e. Afin que là où avait abondé Tiinquité, abondât aussi la çràce. (Romains, v). 2^ Il apparut aux feminesqui rev(Miaient I. 27

du sépulcre, quand il leur dit : « Salut » : qu'elles s'approchèrent et lui tinrent les pieds (saint Math., xxvni). Elles sont le type des humbles auxquels le Seigneur se montre à raison de leur sexe, et de leur allachement, parce qu'elles tinrent ses pieds. 3* Il apparut à Simon, mais on ne sait où ni quand ; à moins peut-être que ce ne fiU en revenant du sépulcre avec Jean : car il peut échoir que Pierre ne se soit pas trouvé au lieu où était Jean, quand Jésus lui apparut (saint Luc, xxiv) ; ou bien, ce fut quand il entra seul dans le monument, ou bien encore, dans la cave ou yroUe où Pierre habitait, ainsi que le dit VHisloire scholastiqne *. En effet on y lit que quand Pierre eut riMiié J.-C, il s'enfuit dans une cave, qu'on appelle eiuore (ialli cantus^ le chant du coq, où il passa trois jours à pleurer son péché, et que ce fut là que le Sauveur lui apparut et le conforta. Pierre signifie obéissant, c'est donc le type des obéissants auxquels se montre le Sei- U^neur. i** Il apparut aux disciples à Emmaûs.Eminaûs veut dire désir de conseil, et signifie les pauvres de J.-C. (|ui veulent accomplir ce conseil : « Allez, vendez ce que vous avez et le donnez aux pauvres, etc. » l'y' 11 apparut aux disciples rassemblés. Ce qui signifie les religieux cjui tiennent closes les portes de leurs cin(| sens (saint Jean, xxj. Ces apparitions eurent lieu le jour même de la résurrection : et à la messe le prêtre I'. représLMite en se tournant cin(j fois vers le peuple. Mais la troisième fois (ju'il se retourne, il le fait en si!en(H-|)onifi'j;nrer la troisième apparifitui à saint Pierre

Sur l'Kviiiiufilc, c. i:u\.

dont on ne sait ni le lieu ni le moment. 6"" Il apparut huit jours après à tous ses disciples réunis, et Thomas étant présent, lui qui avait dit qu'il ne croyait pas s'il ne voyait : c'est la figure de ceux qui hésitent dans la foi (saint Jean, xx). 7^ A ses disciples occupés à la pêche (saint Jean, xxi): c'est la fiçure des prédicateurs qui sont des pêcheurs d'hommes. 8° A ses disciples sur lemontThabor (saint Math., xxviii): c'est la fi^re des contemplatifs parce qu'il fut transfiguré sur cette même montagne. 9° Aux onze disciples qui étaient à table dans le cénacle, et ce fut là qu'il leur reprocha la dureté de leurs cœurs et leur incrédulité (saint Math., xxviii). Nous entendons par eux les pécheurs qui sont placés dans le nombre onzième de la transgression et que le Seigneur visite quelquefois dans sa miséricorde. 10** Enfin, il apparut aux disciples qui se trouvaient sur la montagne des Oliviers (saint Luc, xxiv) : c'est la figure des miséricordieux et de ceux qui aiment Thuile de la miséricorde. C'est de ce lieu qu'il monta au ciel, parce que, dit saint Paul en l'épflre première à Timothée (iv) : « La piété est utile à tout; et c'est à elle que les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis. »

Trois autres apparitions eurent encore lieu en ce même jour de la résurrection ; mais le texte des livres saints ne les- raconte pas. La première par laquelle il apparut à saint Jacques le Juste, c'est-à-dire à Jacques fils d'Alphée; vous la trouverez dans la légende^ de ce saint. La seconde, quand, en ce même jour, J.-C. apparut à Joseph; elle est racontée ainsi dans l'Evangile de Nicodème. Les Juifs ayant appris que

Joseph avait demandé à Pilale le corps de Jésus, l'avait placé dans son propre tombeau, furent remplis d'indignation contre lui, se saisirent de sa personne et l'enfermèrent avec grand soin dans un lieu bien clos et scellé, avec l'intention de le tuer après le jour du sabbat ; mais voici que Jésus, la nuit même de la résurrection, enleva par les quatre angles la maison dans les airs, entra auprès de Nicodème,, essuya son visage, l'embrassa, et le faisant sortir, sans que les sceaux fussent rompus, l'amena à sa maison d'Arimathic. La troisième, par laquelle on croit que J.-C apparut avant tous les autres à la Vierge Marie, quoique les évangélistes gardent le silence sur ce point. L'Eglise romaiiH* parafl approuver cette opinion puisque, au jour de Pi\(pies, la station a lieu à Sainte-Marie-Majeure. Or, si on ne le croit pas en raison qu'aucun des évangélistes n'en fait mention, il est évident qu'il n'apparut jamais à la sainte Vierge après être ressuscité, parce qu'aucun évan'^éliste n'indique ni le lieu ni le temps de cette apparition. Mais écartons cette idée qu'une telle nuMe ail reçu un pareil affront d'un tel P'ils. Peut-être cependant les évangélisles ont-ils passé cela sous silence parce que leur but était seulement de produire des témoins de la Résurrection ; or, il n'était pas convenable qu'une mère fiU appelée pour rendre témoignage à son Fils : car si les paroles des autres ftMuines, X leur retour du sépulcre, parurent des rêveries, combien plus aurait-on cru que sa mère était dans le délire par amour pour son fils. Ils ne l'ont point écrit, il est vrai, mais ils l'ont laissé pour certain : car J.-C. a di\ procurer à sa mère la pre-

lïïière joie de sa résurreclion ; il est clair qu'elle a souffert plus que personne de la mort de son Fils ; il ne devait donc pas oublier sa mère, lui qui se hâte de consoler d'autres personnes. C'est Topinion de saint Ambroise dans son troisiènne livre des Vierges : « La mère, dit-il, a vu la résurrection ; et ce fut la première qui vit et qui crut, Marie-Mjgdeleine la vit malgré son' doute. » Sedulius s'exprime comme il suit en parlant de Tapparition de J.-C. :

Semper v'irgo manet, hujus se visibus astans Luce palam Dominus prius obtulit, ut bona mater, Grandia divulg'ans miracula, qiiœ fuit olim Advenientis iler, haec sit redeuntis et index *.

Quant à la septième et dernière considération, savoir : comment J.-C. fit sortir les saints pères du limbe où ils se trouvaient, et ce qu'il y fit, Tévangile ne l'explique pas ouvertement. Saint Augustin cependant dans un de ses sermons et Nicodème, dans son évangile (ch. xviii) en disent quelque chose. Voici les paroles de saint Augustin : « Aussitôt que J.-C. rendit l'esprit, son âme unie à sa divinité descendit au fond des enfers, et quand il eut atteint les dernières limites des ténèbres, en spoliateur resplendissant et terrible, les légions impies de l'enfer le regardèrent avecépou-

•Le Seisrncur apparaît à Marie toujours vierqe tout aussitôt Après sa Résurrection, afin (|u'en pieuse et douce mère, elle rendît témoignage du miracle. Celle qui lui avait ouvert le» portes de la vie dans sa naissance, devait aussi prouver qu'il avait quitté les enfers. (Carmen Pasc/ioie, v, p. 3G1.)

vante, et elles se mirent à demander : « D'où vient celui-ci qui est si fort, si terrible, si resplendissant et si noble ? Le monde qui nous fut soumis ne nous a jamais envoyé pareil mort ; jamais il n'a destiné aux enfers de pareils présents. Quel est-il donc celui qui entre sur nos domaines avec cette intrépidité ? et il ne redoute pas nos supplices seuls, mais il a délié les autres de nos chaînes. Les voyez-vous ceux qui ne vivaient que dans nos tourments, les voyez-vous nous insulter après avoir été sauvés ? et ils ne se contentent pas de ne craindre rien, ils ajoutent encore des menaces. Les morts d'ici n'ont jamais été si pleins d'org-ueil, et des captifs n'ont jamais ressenti une semblable joie. Pourquoi l'avoir amené ici? 0 notre prince, ton allégresse a passé, tes joies se sont changées en deuil ! Pendant que tu suspends J.-C. sur le bois, tu ne sais pas tous les dommages que tu éprouves en (Mifcr. » El quand les voix infernales de ces cruels se lïinMit fait entendre, le SiMgneur dit et toutes les portes de 1er furent brisées : voici un j)euple innombrable de saints du Seigneur qui se prosternent et qui font entendre ces cris mêlés de larmes : « Vous voici arrivé. Rédempteur du monde, vous voici arrivé, vous cjue nous attendions tous les jours avec tant d'ardeur : vous êtes descendu pour nous aux enfers ; ne nous abandonnez point quand vous serez retourné aux cieux. Hemontez, Seigneur Jésus, dépouillez Tenfer, enchaînez l'auteur de la mort dans ses propres liens ; rendez bientôt la joie au monde ; secourez-nous, ajoutent-ils, éteignez ces tourments affreux, et dans votre pitié délivrez des captifs ; pendant que vous êtes ici, absolvez

les coupables, et quand vous remonterez, défendez ceux qui sont les vôtres » (saint Aug.). Voici ce qu'on lit dans TEvangile de Nicodème : « Carinus etLeucius, fils du vieillard Siméon, ressuscitèrent avec J.-C, ils apparurent à Anne, à Caïphe, à Nicodème, à Joseph et à Gamaliel qui les conjurèrent de leur raconter ce que J.-C. a fait aux enfers : Nous étions, dirent-ils, avec tous nos pères les Patriarches placés au fond des ténèbres, quand tout à coup surgit une lumière qui avait l'éclat doré du soleil, et une couleur de pourpre royale nous illumina. Aussitôt Adam, le père du genre humain, a tressailli en disant : « C'est la lumière éternelle qui a promis de nous envoyer une lumière qui lui est coéternelle. » Isaïe s'écria : « C'est la lumière du Père, le Fils de Dieu, comme je l'ai prédit en ces termes, alors que j'étais vivant sur la terre : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu la grande lumière. » Alors survint notre père Siméon qui dit en tressaillant de joie : « Glorifiez le Seigneur, car c'est moi qui ai reçu dans mes mains, au temple, le Christ nouvellement né, et qui ai dit sous l'influence de l'Esprit-Saint : « Maintenant mes yeux ont vu votre salut que vous avez envoyé, vous l'avez préparé à la face de tous les peuples » (Luc, i). Après Siméon, survint un habitant du désert et comme nous lui demandions qui il était, il dit : « Je suis Jean, j'ai baptisé J-C, j'ai marché devant la face du Seigneur, pour lui préparer ses voies, et je l'ai montré du doigt, en disant : « Voici l'agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde ; je suis descendu vous annoncer que le Christ va venir à Tinstant nous visiter. » En

424 LA LÉGENDE I>0RÉE

ce moment Selh s'écria : « Quand je suis allé aux portes du paradis prier le Seigneur de m'envoyer son ange pour me donner de l'huile de l'arbre de la miséricorde afin de pouvoir oindre le corps de mon père Adam, accablé par la maladie, l'ange Miche] appa — . rut et dit : « Ne te consumes pas en larmes pour de — mander rhuile du bois de la miséricorde; car tu n ^ pourras en obtenir qu'après cinq mille cinq cents accomplis *. » Tous les Patriarches et les prophè(4 qui entendirent ces exclamations tressaillirent d'ui grande joie. Alors Satan, le prince et le chef de mort, dit à Tenfer : <( Prépare-toi à recevoir Jésus q ^n/ se glorifie d'être le Christ, Fils de Dieu. Toutefois c'est un homme qui eut peur de mourir car il a dit : (( Mon âme est triste jusqu'à la mort; » grand nombre d'hommes que j'avais rendus sourds, il les a guéris et il a redressé les boiteux. » L'enfer répondit : a Si tu es puissant, quel est donc cet homme, ce Jésus qui, tout en craignant la mort, résiste à ta puissance? Car s'il dit qu'il craint la mort, c'est pour le tromper et il n'y aura pour toi qu'un vah ! dans l'éternité des siècles. » Satan répondit : « Je l'ai tenté; j'ai soulevé le peuple contre lui, j'ai déjà aiguisé la lance, mêlé le fiel et le vinaigre, préparé le bois de la croix : sa mort est prochaine etje te l'amènerai. » L'enfer lui demanda : « Est-ce donc lui qui a ressuscité Lazare que je tenais. » Satan répondit : « C'est lui-même. » L'enfer s'écria : « Je te conjure, par tes puissances et par les miennes, ne nie Taniène pas ; car aussitôt que j'ai eu

" Au lieu de 500, quelcjues éditions mettent 200.

entendu le commandement de sa parole, j'ai frémi, et n'ai pu retenir Lazare lui-même, qui, .se secouant comme un aigle essayant son agilité, s'est échappé de nos mains. » Comme il parlait ainsi, une voix semblable à un tonnerre se fit entendre, et dit : « Enlevez vos portes, Princes ; ouvrez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera. » A cette voix tous les démons accoururent et fermèrent les portes d'airain avec des verrous de fer. Alors David s'écria : « N'ai-je pas été prophète quand j'ai dit : « Que les miséricordes du Seigneur soient le sujet de ses louanges, parce qu'il a brisé les portes d'airain et rompu les verrous de fer (cvi). » Et une voix extraordinaire se fit entendre qui dit : « Enlevez vos portes... etc. » L'enfer, voyant qu'on avait crié par deux fois, dit comme s'il était dans l'ignorance : « Quel est ce roi de gloire ? » David lui répondit : « Le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans le combat, c'est lui qui est le roi de gloire. » Le roi de gloire survint ; alors il éclaira les ténèbres éternelles ; et le Seigneur étendant la main prit Adam par sa droite et lui dit : « Paix à toi et à tous tes fils, mes justes. » Et le Seigneur s'élancja des enfers et tous les saints le suivirent. Le Seigneur, tenant toujours Adam par la main, le confia î\ l'archange Michel qui les introduisit dans le paradis. Ils rencontrèrent deux hommes, anciens des jours, et les saints leur demandèrent : « Qui ètes-vous, vous qui n'êtes pas descendus avec nous dans les enfers, qui n'êtes pas morts encore, et qui avez été placés avec votre corps dans le paradis? » Et l'un répondit : « Je suis Enoch qui ai été transporté ici ; celui-là est Elie

qui a été enlevé jusqu'ici sur un char de feu ; et ï\ovif^=^

n'avons point encore goûté la mort, maïs nous som

mes réservés pour jusqu'à Tavènement de l'anté

christ afin de combattre contre lui; il nous tuera eL^ après trois jours et demi nous serons enlevés dans les .^=rï ;— nuées. » Tandis qu'il parlait, survint un autre hommi portant sur ses épaules le signe de la croix. On lui demanda qui il était, et il dit : « Je fus larron et j'ai été crucifié avec Jésus ; j*ai cru qu'il est le créateur et l'ai prié en disant : « Souvenez-vous de moi, Sei-. « çneur, quand vous serez venu dans votre royaume, r Alors il m'a répondu : « En vérité, je te le dis, aujoui « d'Iiui tu seras avec moi en paradis. » Et il m'a donn ce signe de la croix en disant : « Porte cela en allai « dans le paradis et si l'ange qui est préposé à sa gar(5^ « ne te laisse pas entrer, montre-lui le signe de la croi^ j

(( et tu lui diras: C'est le Christ crucifié en ce momci^^^^^t « ci qui m'a envoyé. » Quand je l'eus fait et que j'e^^^^Hus ainsi parlé à l'ange, à l'instant il m'ouvrit, m'introdui=^^===si( et nie plaça à la droite dans le paradis. » Carin et Leî= cius, après avoir fait ce récit, furent subitemi transfigurés, et on ne les vit plus. Saint Grégoire Xisse ou bien saint Augustin, d'après certains livn dit en traitant le même sujet: « Tout à coup la n"»- "=■'' éternelle des enfers devint resplendissante, qua. m ^~^d J.-C. descendit ; alors les portiers bardés de fer -^sse murmurèrent les uns aux autres ces paroles, sous ^^ voile du silence, tant la crainte les avait saisis : « Q*^ ^ est donc celui-ci qui est si terrible et si brillant d'uf*^ lumière étrange? Notre tartare n^Qn accueillit jama-^^ un semblable; le monde n'a jamais vomi son pare--^'

is notre caverne. C'est un usurpateur, ce n'est pas cn i ^qu'un qui paie sa dette ; c'est un voleur, un descleur ; ce n'est pas un pécheur mais un pillard. Nous •^ons un juge et non un suppliant. Il vient combatet non succomber ; il- vient ravir et non rester. »

SAINT SECOND, MAHTYH *

»econd peut venir de se couvrant, se composant en honnô-

^^^cS de mœurs ; ou bien de secondant qui obéit aux ordres du

^**^ * ^neur; ou bien il vient de secum dux, chef de lui-mômc,

^*^ ^*^ il commanda à ses sens et il leur fit produire toutes sortes

'^^^ ï)onnes œuvres. Ou bien Second se rapporte à premier : en

^**^^^ t il y a deux chemins qui conduisent à la vie : Le premier,

^ '^ ^l celui de la pénitence et des larmes; le second, c'est celui

*-■- martyre. Or, ce précieux martyr parvint à la vie non pas

^ ^^ Icment par le premier chemin, mais encore par le second.

5Second fut un soldat intrépide, etunallilète deJ.-C.

^ ^"t distingué; il fut un «glorieux martyr du Seigneur.

**eçut la couronne du martyre dans la ville d'Asti.

^^^ ^te cité est illustre par sa présence et se fait gloire

^ l'avoir pour patron. 11 fut instruit dans la foi de

• — C, par Calocérus, détenu dans la prison d'Asti par

^■^^^''c de Sapritius, préfet de cette cité. Or, comme le

J!^^ ^^nheureux Marcien était en prison dans la ville de

^^xdonne, Sapritius y voulut aller pour le forcera

- Le Martyrologe romain annonce ainsi celte fête : A Asti,

^^ saint Second, martyr. Hivar, dans ses commentaires sur ^^>cter, cite des passaijfes textuels de cette léii^cnile qu'il avait ■ * se aux sources.

sacrifier ; Second partît avec lui, sous prétexte de distraction, et avec le désir de voir le bienheureux Marcieu. Sortis de la ville d'Asti, une colombe descendit sur Second et se plaça sur sa tête. Alors Sapritius lui dit : « Vois, Second, comme nos dieux t'aiment puis- ([u*ils t'en^x)ient des oiseaux du ciel le visiter. » Etant parvenus près du fleuve Tanaro, Second vit un ange du Seigneur se promenant sur l'eau : « Second, lui dit-il, aie la foi, et tu marcheras ainsi sur les fauteurs des idoles. » Sapritius lui dit : « Mon frère Second, j'entends les dieux qui le parlent. » Second lui répondît : « Marchons selon les désirs de notre cœur. » Quand ils arrivèrent au fleuve Bormida, un ange lui apparut encore, et lui dit : « Second, crois-tu en Dieu, ou bien aurais-tu des doutes? » Second répondit: « Je crois^ la vérité de sa passion et de sa résurrection. » Sapri — tins dit alors : « Qu'est-ce que j'entends de ta bou^^ che?» Or, quand il entra dansTardonne, Marcîen, p Tordre de Tange, sortit de sa prison et apparut Second : « Entre, Second, lui dit-il, dans la voie de vérité ; marche pour recevoir la palme de la foi. » pritiiisdit : « Quel est donc cet homme qui nous pa comme s'il songeait? » Second lui répondit : « C songe pour vous, mais pour moi c'est un avis et un couragement. » Après quoi Second alla à Milan, et ange du Seigneur conduisit au-devant de lui, hors de la ville, Faustin et Jovilas, (jui étaient gardés en pr/son. Il en rerut le baptême, une nuéeleur ayant fourni' (le Teau. VA voici que tout à coup une colombe descendit (lu ciel eta{)porta lecorps et le sangde N. S. qu'elle donna à Faustin et à Jovitas ; mais Faustin donna le

corps et le sang du Seigneur à Second afin qu'il le portât à Marcien. En revenant, Second arriva quand il faisait nuit sur la rive du Pô ; alors Tange du Seigneur prit son cheval par la bride et lui fit passer le fleuve. L'ayant accompagné jusqu'à Tardonne, il l'introduisit dans la prison de Marcien et Second donna à Marcien le trésor deFaustin. Marcien dit en le recevant : « Que le corps et le sang du Seigneur soit avec moi pour la vie éternelle. » Puis par Tordre de l'ange. Second sortit de la prison et alla en son hôtel. Après quoi Marcien fut condamné à avoir la tôte tranchée et S;^cond enleva son corps qu'il ensevelit. En apprenant cela, Sapritius le manda auprès de lui et lui dit : « Autant que je puis voir, tu fais profession d*ètre chrétien. » Second lui répondit : « (l'est vrai, je m'avoue chrétien. » Sapritius lui dit : « Tu désires donc mourir de mâle mort? » Second répondit : « C'est à toi plutôt qu'elle est due. » Or, comme il ne voulait pas sacrifier, Sapritius le fit dépouiller; mais aussitôt l'ange du Seigneur vint pour lui préparer un vêtement. Alors Sapritius le fit si longtemps tourmenter sur un chevalet que ses bras étaient disloqués ; mais ayant été guéri par le Seigneur, il fut reconduit en prison. Pendant qu'il y était, l'ange du Seigneur vint lui dire : « Lèvetoi, Second ; suis-moi, et je te conduirai à. ton créateur. » Alors il le mena jusqu'à la ville d'Asti et le mit dans une prison où était renfermé Calocérus et le Sauveur avec lui. A sa vue. Second se jeta à ses pieds : « Ne crains pas, lui dit le Sauveur, car je suis le Seigneur ton Dieu qui te délivrerai de tous les maux. » Puis il les bénit et monta au ciel. Or, le matin, Sapri-

lîus envoya à la prison qu'on trouva fermée, sans que Second y fût. Alors Saprrtius quitta Tardonne et vint à Asti, pour au inoins punir Calocérus qu'il se fit amener. Mais voici qu'on lui apprit que Second était avec Calocérus. Il les fit donc comparaître devant lui et leur dit : « Puisque nos dieux savent que vous les méprisez, ils veulent que vous mouriez aussi tous les deux. » Or, comme ils ne voulaient pas sacrifier, il fit fondre de la poix avec de la résine qu'il commanda de verser sur leur tète et de jeter dans leur bouche. Mais ils buvaient cela comme l'eau la plus exquise et avec grande ardeur en s'écriant à haute voix : « Que vos paroles sont douces à la bouche, Seigneur ! >> Alors Sapritius porta une sentence par laquelle Second devait être décapité à Asti et Calocérus envoyé à Albinganum pour y être puni. Or, quand saint Second fut décollé, les anges du Seigneur vinrent prendre son corps et lui donnèrent la sépulture en chantant des actions de "-ntces. Il souffrit le 3 des calendes d'avril.

SAINTE MARIE EGYPTIENNE

Marie Egyptienne» appelée Pécheresse passa 47 ans au désert dans une austère pénitence. Elle y entra vers l'an du SeigntMir 270, du temps de Claude. Or, un

* La vie de sainte Marie Egyptienne se trouve in extenso dans les Vies ((es Pères du désert. Elle fut écrite par Sophrone, évoque de Jérusalem. Jacques de Voraginc Ta abrégée considérablement.

SAINTE MARIE ÉGYPTIENNE 431

abbé, nommé Zozime, ayant passé le Jourdain et parcouru un grand désert pour trouver quelque saint père, vit un personnage qui se promenait et dont le corps nu était noir et brûlé par l'ardeur du soleil. C'était Marie Egyptienne. Aussitôt elle prit la fuite et Zozime se mit à courir au plus vite après elle. Alors Marie dit à Zozime : « Abbé Zoziine, pourquoi courez-vous après moi? Excusez-moi, je ne puis tourner mon visage vers vous, parce que je suis une femme ; et comme je suis nue, donnez-moi votre manteau, pour que je puisse vous voir sans rougir. » En s'entendant appeler par son nom, il fut saisi : ayant donné son manteau, il se prosterna par terre et la pria de lui accorder sa bénédiction. « C'est bien plutôt à vous, mon père, lui dit-elle, de me bénir, vous qui êtes orné de la dignité sacerdotale. » Il n'eut pas plutôt entendu qu'elle savait son nom et son ministère, que son admiration s'accrut, et il insistait pour ètn* béni. Mais Marie lui dit : « Béni soit le Dieu rédempteur de nos âmes. » Comme elle priait les mains étendues, Zozime vit qu'elle était élevée de terre d'une coudée. Alors le vieillard se prit à douter si ce n'était pas un esprit qui fît semblant de prier. Marie lui dit: « Que Dieu vous pardonne d'avoir pris une femme pécheresse pour un esprit immonde !« Alors Zozime la conjura au nom du Seigneur de se faire un devoir de lui raconter sa vie. Elle reprit : « Pardonnez-moi, mon père, car si je vous raconte ma situalion, vous vous enfuirez de moi tout effrayé à la vue d'un serpent. Vos oreilles seront souillées de mes purôles et l'air sali par des ordures. » Comme le vieil-

lard insistait avec force, elle dit : « Mon frère, je suis née en Egypte; à Vàge de 12 ans, je vins à Alexandrie, où, pendant 17 ans, je me suis livrée publiquement^ au libertinage, et je ne me suis jamais refusée à quLj que ce fût. Or, comme les gens de ce pays s'embarquaient pour Jérusalem afin d'y aller adorer la sainta Croix, je priai les matelots de me laisser partir ave^eux. Comme ils me demandaient le prix du passage^ je dis: <( Je n'ai d'autre argent à vous donner q de vous livrer mon corps pour mon passage. » I me prirent donc et ils eurent mon corps en pan ment. Arrivée à Jérusalem, j'allai avec les autres ju qu'aux portes de l'église pour adorer la croix, m tout à coup, je me sens repoussée par une main L visible qui m'empêche d'entrer. J'avançai plusie fois jusqu'au seuil de la porte, et à Tinstant j prouvais la honte d'être repoussée ; et cependant t le monde entrait sans difficulté, et sans renconti:^^ aucun obstacle. Rentrantalors enmoi-méme, jepen s^^ que ce que j'endurais avait pour cause l'énormité <= mes crimes. Je commençai à me frapper la poitrine avec les mains, à répandre des larmes très amères, pousser de profonds soupirs du fond du cœur, ^* ^ comme je levais la tête, j'aperçus une image de la bien^ — heureuse Vierge Marie. Alors je la priai avec larmes de m'obtenir le pardon de mes péchés, et de me laisser entrer pour adorer la sainte Ooix, promettant de renoncer au monde et de mener à l'avenir une vie chaste. Après celte prière, éprouvant une certaine confiance au nom de la bienheureuse Vierge, j'allai encore une fuis à la porte de l'église où je suis entrée sans le

SAIKTK MAKrE ÉtitPrl)iN.V£ 433

moindre obstacle. Quand j'eus adoré la sainte Croix avec uns grande dévolion, (|:ielqiriiti me donna trois pièces d'ar^enl avec lesquelles j'achetai trois pains; et j'entendis une voix qui me disait: a Si tu passes le Jourdain, lu seras sauvée. » Je passai donc le Jourdain, et vins en ce désert où je suis restée quarante-sept anssans avoir vu aucun homme. Or, les sept pains (|ue j'emportai avec moi devinrent à la longueur du temps dors comme les pierres et suffirent à ma nourriture pendant quarunte-septans ; mais depuis bien du temps mes vêlements sont pourris. Pendant dix-scpl ans que je passai dans ce désert, je fus tourmentée par les tentations de la cliair, maisàpréseiil je les ai toutes vaincues par la grâce de Dieu. Maintenant que je vous ai raconté toutes mes actions, je vous prie d'offrir jwur moi des prières à Dieu. » Alors le vieillard se prosterna par terre, et bénit le Seigneur dans sa servante. Elle lui dit ; « Je vous conjure de revenir aux bords (lu Jourdain le jour de la cène du Seij^neur*, et d'apporter avec vous le corps de J.-C. : quant à moi j'v viendrai à votre rencontre cl je recevra! de \otre main ce sacré corps; car à partir du jour où je suis venue ici, je n'ai pas reçu la communion du Seigni.'or. >• Le vieillard revint donc à son monastère, et, l'année suivante, à l'approche du jour de la cène, il prit- le corps du Seigneur, et vint jusqu'à la rive du Jourdain. Il vit à l'autre bord une femme debout qui lit le signe de la croix sur les eaux, et vint joindre le vieillard. A cette vue celui-ci fut frappé de surprise et se pros-

" Le jeudi Biiiil.

tL*rna humblement à ses pieds : « Gardez-vous, lui dil- ♦'lle, d'agir ainsi, puisque vous avez sur vous les sacrements du Seigneur, et que vous êtes décoré de la dignité sacerdotale ; mais, mon père, je vous supplie de daigner revenir vers moi Tan prochain. » Alors après avoir fait le signe de la croix, elle repassa sur les eaux du Jourdain pour gagner la solitude de son désert. Pour le vieillard il retourna à son monastère et Tannée suivante, il vint à l'endroit ou Marie lui avait parlé la première fois, mais il la trouva morte. Il se mit à verser des larmes, et n'osa la toucher, mais il se dit en lui-même : a J'ensevelirais volontiers le corps de cette sainte, je crains cependant que cela ne lui déplaise. » Pendant qu'il y réfléchissait, il vit ces mots gravés sur la terre, auprès de sa tête : « Zozime, enterrez le corps de Marie ; rendez à la terre sa poussière, et priez pour moi le Seigneur par l'ordre duquel j'ai quitté ce monde le deuxième jour d'avril. » Alors le vieillard acquit la certitude, qu'aussitôt après avoir re(;u le sacrement du Seigneur et être rentrée au désert, elle termina sa vie. Ce désert que Zozime eut de la {)eine à parcourir dans Tespace de trente jours, Marie le parcourut en une heure, après quoi elle alla à Dieu. Comme le vieillard faisait une fosse, mais qu'il n'en [pouvait plus, il vit un lion venir à lui avec douceur, et il lui (lit : « La sainte femme a commandé d'ensevelir là son corps, mais je ne [)uis creuser la terre, car je suis vieux et n'ai pas d'instruments : creuse-la donc, toi, afin que nous puissions ensevelir son très siint corps. » Alors le lion commen(;a à creuser la terre et à disposer une fosse convenable. Après l'avoir

SAINT AMBROrSF. i35

terminée, le lion s'en retourna doux comme un agneau et le vieillard revint à son désert en glorifiant Dîeti.

AmbroisR vient de ambrp, <{iii flsl une substance odoriférnnte et précinusc. Or, saint Anibroise fui précit^u.t à rF)||;lisF et il répandit une bonne odeur par ses pamles et ses aciionH. Ou biea Ambruisc vicat Je ambre et de 110.4, qui veut dire Dieu, oinnme l'ambre de Dieu; car Dieu par j\mhroise répand pnrloul une odeur semblable k celle de l'ambre. Il Tut et il csl la bonne odeur de J.-C. en tout lieu. Anibroise peut venir encore de ambor, qui signJKe père des lumières et de sior, qui veut dire petit; parce qu'il fut le père de beaucoup de Bis par la généralion spirituelle, parre qu'il fut lumineux dans l'exposition de la sainle Kcrilure, e1 parce qu'il fut petit dans ses habitudes humbles. Le u^lussaire dil : antAroniussisnitie odeur ou saveur de J.-C. ; ambroisie céleste, nourriture des anges ; ambroise, ra^on céleste de miel. Car suint Anibroise fut nue odeur célesle par une réputation odorifcrente ; une saveur, par la contemplation intérieure; il Fut un rayon cétesle de miel par soo agréable interprétation des Ecritures ; et une nourriture an^élîque, parce qu'il mérita de jouir de la gloire. Sa vie fut écrite à saint Augustin par saini Paulin, évéque de Noie.

Ambroise était fils d'Ambruise, préfet de Rome. Il avait été mis en son berceau dans la salie du prétoire ; il y dormait, quand un essaim d'abeilles survint tout H coup et couvrit de telle sorte sa figure et sa bouche iju'il semblait entrer dans sa ruche et en sortir. Les abeilles prirent ensuite leur vol et s'élevèrent e» l'air

• Tiré de la vie du saint, par Paulin, son secrétaire.

à une telle hauteur que œil humain n'était capable de les distinguer. Son père fut frappé de ce fait et dit : « Si ce petit enfant vit, ce sera quelque chose de grand. » Pan^enuà Tadolescence, en voyant sa mère, et sa sœur, qui avait consacré k Dieu sa virginité, embrasser la main des prêtres, il offrit en se jouant sa droite à sa sœur en l'assurant qu'elle devait en faire autant. Mais elle le lui refusa comme àunenfantetàquelqu'uïi qui ne sait ce qu'il dit. Après avoir appris les belles lettres à Rome, il plaida avec éclat des causes devant le tribunal, et fut envoyé par l'empereur Valentinicii pour prendre le gouvernement des provinces de la Ligurieet de l'Emilie. Il vint à Milan alors que le siège épiscopal était vacant ; le peuple s'assembla pour choisir un évoque : mais une grande sédition s'éleva entre les ariens et les catholiques sur le choix du candidat ; Anibroise y vint pour apaiser la sédition, quand tout a coup se fit entendra la voix d'un enfant qui s'écria : « Anibroise évéqiie. » Alors à l'unanimité, tous s'acconl(*rent à acclamer Ambroise évécjue. Quand il eut vu (-.'la, afin de détournor rassf»mblée de ce choix qu'elle» avait fait de lui, il sortit de Téglise, monta sur son tribunal et, contre sa coutume, il condamna à des tourments ceux (jui étaient accusés. En le voyant agir ainsi, le peuple criait néanmoins : « Que ton péché retombe sur nous. » Alors il fut bouleversé et rentra chez lui. Il voulut faire profession de philosophe : mais afin qu'il ne réussft pas on l * fit révoquer. Il fit entrer chez lui publicpiement des femmes de mauvaise vie, afin qu'en les voyant le peuple revînt sur son élection; mais considérant qu'il ne venait pas à ses fins,

et que le peuple criait toujours : « Que Ion péché retombe sur nous, » il conçut la pensée de prendre la fuite au milieu de la nuit. Et au moment où il se croyait sur le bord du Tésin, il se trouva, le matin, à une porte de Milan, appelée la porte de Rome. Quand on Teut rencontré, il fut gardé à vue par le peuple. On adressa un rapport au très clément empereur Valentinien, qui apprit avec la plus grande joie qu'on choisissait pour remplir les fonctions du sacerdoce ceux qu'il avait envoyés pour être juges. Le préfet Probus était dans Tallégresse de voir accomplir en saint Ambroise la parole qu'il lui avait dite alors qu'il lui donnait ses pouvoirs lors de son départ : « Allez, agissez comme un évoque plutôt que comme un juge. » Le rapport était encore chez l'empereur, quand Ambroise se cacha de rechef, mais on le trouva. Gommi* il n'était que catéchumène, il fut baptisé et huit jours après il fut installé sur la chaire épiscopale. Quatre ans après, il alla à Rome, et comme sa sœur, qui était religieuse, lui baisait la main, il lui dit en souriant : « Voilà ce que je te disais; tu baises la main du prêtre. »

Etant allé dans une ville pour ordonner un évêque, à l'élection duquel l'impératrice Justine et d'autres hérétiques s'opposaient, en voulant que quelqu'un de leur secte fût promu, une vierge du parti des Ariens, plus insolente que les autres, monta au tribunal et saisit saint Ambroise par son vêtement, dans l'intention de l'entraîner du côté où étaient les femmes, afin que, saisi par elles, il fut chassé de l'église honteusement. Ambroise lui dit : « Encore que je sois I. 28-

indigne crètre revêtu de la dignité sacerdotale, il ne vous appartient cependant point de porter les mains sur tel prêtre que ce soit. Et vous devez craindre le jugement de Dieu de peur qu'il ne vous en arrive malheur. » Ce mot se trouva vérifié, car, le jour suivant, cette fille mourut. Saint Ambroise accompagna son corps jusqu'au lieu de la sépulture, rendant ainsi un bienfait pour un affront. Cet événement jeta l'épouvante partout. Après cela, il revint à Milan où l'impératrice Justine lui tendit une foule d'embûches, on excitant le peuple contre le saint par ses larges'ses et par les honneurs qu'elle accordait. On cherchait tous les moyens de l'envoyer en exil, au point qu'un homme plus malheureux que les autres s'était laissé emporter à un degré de fureur telle qu'il avait loué une maison auprès de l'égUse et y tenait un char tout prêt pour, sur Tordre de Justine, le traîner plus rapidement en exil. Mais, par un jugement de Dieu, le jour même qu'il pensait se saisir de lui, il fut emmené (le la même maison lui-même en exil avec le même cîiar. Ce qui n*enipêcha pas saint Ambroise de lui f()urnir tout ce qui était nécessaire à sa subsistance, rendant ainsi le bien pour le mal. Il composa léchant et l'office de l'église de Milan. En ce temps-là, il y avait à Milan un grand nombre de personnes obsédées par le démon, criant à haute voix qu'elles étaient t ^urmentées par saint Ambroise. Justine et bon nombre (lAriens qui vivaient ensemble disaient qu'Ambroise s* procurait des hommes à prix d'argent pour dire faussement qu'ils étaient maltraités par des esprits immondes, et qu'ils étaient tourmentés par Ambroise.

Alors tout à coup, un arien qui se trouvait là fut saisi par le démon et se jeta au milieu de l'assemblée en criant: « Puissent-ils être tourmentés comme je le suis, ceux qui ne croient pas à Ambroise. » Mais les ariens confus tuèrent cet homme en le noyant dans une piscine. Un hérétique, homme très subtil dans la dispute, dur, et qu'on ne pouvait convertir à la foi, entendant prêcher saint Ambroise, vit un ange qui disait à l'oreille du saint les paroles qu'il adressait au peuple. A cette vue, il se mit à défendre la foi qu'il persécutait. Un aruspice conjurait les démons et les envoyait pour nuire à saint Ambroise; mais les démons revenaient en disant qu'ils ne pouvaient approcher de sa personne, ni même avancer auprès des portes de sa maison, parce qu'un feu infranchissable entourait Tédifice entier en sorte qu'ils étaient brûlés quoiqu'ils se plaçassent au loin. 11 arriva que ce même devin étant condamné aux tourments par le juge pour divers maléfices, criait qu'il était tourmenté davantage encore par Ambroise. Le démon sortit d'un démoniaque qui entrait dans Milan, mais il rentra en lui quand il quitta la ville. On en demanda la cause au démon : il répondit qu'il craignait Ambroise. Un autre entra une nuit dans la chambre du saint pour le tuer avec une épée : c'était Justine qui l'y avait poussé par ses prières et par son argent; mais au moment qu'il levait l'épée pour le frapper, sa main se sécha. Les habitants de Thessalonique avaient insulté l'empereur Théodose, celui-ci leur pardonna i\ la prière de saint Ambroise; mais la malignité des courtisans s'emparant de l'affaire, beaucoup de personnes furent tuées par l'ordre du

prince, à Tinsu du séînt. Aussitôt qu'Anibroise en eut eu connaissance, il refusa à Théodose l'entrée de Téglise. Comme celui-ci lui disait que David avait commis un adultère et un homicide, le saint répondit : « Vous l'avez imité dans ses fautes, imitez-le dans son repentir. » Ces paroles furent reçues de si bonne grâce par le très clément empereur qu'il ne refusa pas de se soumettre à une sincère pénitence. Un démoniaque se mit à crier qu'il était tourmenté par Ambroise. Le saint lui dit : « Tais-toi, diable, car ce n'est pas Ambroise qui le tourmente, c'est ton envie, tu vois des hommes monter d'où lu as été précipité honteusement: mais Ambroise ne sait point prendre d'org-ueil. » Et h* possédé se tut à Tinstant.

Une fois que saint Ambroise allait par la ville, (j'.ielqu'un tomba et resta étendu par terre ; un homme (|iii le vit se mit à rire. Ambroise lui dit: « Vous qui èl(\s debout, prenez ç^arde de tomber aussi. » A ces m )ts cet homme fil une chulcct rejfretlabien de s'être moqué de l'autre. Une fois, saint Ambroise vint intercéder en faveur de quelqu'un, Macédonius, maître (1 ?s offices; mais ayant trouvé fermées les portes de son palais et ne pouvant entrer, il dit : « Tu viendras à ton tour à l'ég'lise el lune pourras y entrer, quoique les portes n'en soient pas fermées, et qu'elles soient toutes grandes ouvertes. » Après un certain laps de liMnps, Macédonius, par crainte de ses ennemis, s'enfuit à réi5^lise, mais il ne put en trouver l'entrée, qiioicjne les portes fussent ouvertes. L'abstinence du siint é\é(jue était si rij^oureuse qu'il jeûnait tous les jours, excepté le samedi, le dimanche et les princi-

pales fêtes. II faisait de si abondantes largesses qu'il <lonnail tout ce qu'il pouvait avoir aux églises et aux pauvres, et ne gardait rien pour lui. II était rempli d'une telle compassion que si quelqu'un venait lui confesser ses péchés, il pleurait avec une amertume telle, que le pécheur était forcé lui-même de pleurer. Son humilité et son amour du travail allaient au point de lui faire écrire lui-même de sa propre main les livres qu'il composait, à moins qu'il n'eût été malade gravement. Sa piété et sa douceur étaient si grandes que quand on lui annonçait la mort d'un saint prêtre ou d'un évêque, il versait des larmes tellement amères qu'il était presque inconsolable. Or, comme on lui demandait pourquoi il pleurait ainsi les saints personnages qui allaient au ciel, il disait : « Ne croyez pas que je pleure de les voir partir, mais de les voir me prévenir : en outre, il est difficile de trouver quelqu'un digne de remplir de pareilles fonctions. » Sa constance et sa force d'âme étaient telles qu'il ne flattait ni l'empereur, ni les princes, dans leurs désordres, mais qu'il les reprenait hautement et sans relâche. Vu homme avait commis un crime énorme et avait été amené à saint Ambroise qui dit : « Il faut le livrer à Satan pour mortifier sa chair, de peur qu'il n'ait l'audace de commettre encore de pareils crimes. » Au même moment, comme il avait encore ces mots à la bouche l'esprit immonde le déchira. On rapporte qu'une fois saint Ambroise allant à Rome reçut l'hospitalité dans une maison de campagne en Toscane, chez un homme excessivement riche, auprès duquel il s'informa avec intérêt de sa position, a Ma position, lui répondit cet

liominc, a toujours été accompagnée de bonheur et (le gloire. Voyez en effet, je regorge de richesses, j'ai des esclaves et des domestiques en grand nombre, je possède une nombreuse famille de fils et de neveux, tout m'a toujours réussi à souhait; jamais d'adversité, jamais de tristesse. » En entendant cela Âmbroise fut saisi de stupeur et dit à ceux qui l'accompagnaient : « Levons-nous, fuyons d'ici au plus vite; car le Seigneur n'est pas dans cette maison. Hâtez-vous, mes enfants, hâtez-vous ; n'apportez aucun retard dans volrc fuile, de crainte que la vengeance divine ne nous saisisse ici et qu'elle ne nous enveloppe tous dans leurs péchés. » lis sortirent et ils n'étaient pas encore éloignés que la terre s'entr'ouvrit subitement, et engloutit cet homme avec tout ce qui lui appartenait, jusqu'à n'en laisser aucun vestige. A cette vue saint Ambroise dit : « Voyez, mes frères, comme Dieu traite avec miséricorde quand il donne ici-bas des adversités, et comme il est sévère et menaçant quand il accorde une suite ininterrompue de prospérités. » On raconte qu'en ce même lieu, il reste une fosse très profonde existant encore aujourd'hui comme témoignage de ce fait.

Saint Ambroise voyant l'avarice, qui est la racine (le tous les maux, s'accroître de plus en plus dans les hommes et surtout dans ceux qui étaient constitués en dignité, (*hez lesquels tout était vénal, comme aussi dans ceux (jui exerçaient les fonctions du saint ministère, il pleura beaucoup et pria avec les plus grandes iiislaiices d'être délivré des embarras du siècle. Dans la joie qu'il ressentit d'avoir obtenu ce qu'il demandait.

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il révéla à ses frères qu'il serait avec eitx jusqu'au dimaache de la Résurrection. Peu de jours avant d'être forcé à garder le lit, comme il dictait a son secrétaire l'explication du Psaume xliu*, tout à coup à la vue de ce secrétaire, une manière de feu léger couvrit sa tète et peu à peu entra dans sa bouche comme un [)ropriélaire entre dans sa maison. Alors sa figure devint blanche comme la neige ; mais bientôt après elle reprit son teint accoutumé. Ce jour-là même il cessa d'écrire et de dicter, en sorte qu'il ne put terminer le Psaume. Or, peu de jours après, sa faiblesse augmenta ; alors le comte d'Italie, qui se trouvait à Milan, convoqua tous les nobles en disant qu'après la mort d'un si grand homme, il y avait lieu de craindre que l'Ilalie ne vfnt à déchoir, et il pria l'assemblée de se transporter auprès du saint pour le conjurer d'obtenir du Seigneur de vivre encore l'espace d'une année. Quand saint Ambroise les eut entendus, il leur répondit : «Je n'ai point vécu parmi vous de telle sorte que j'aie houle de vivre, ni ne crains [)oint de mourir, car nous avons nn bon maître. » Dans le même temps quatre de ses diacres, qui s'étaient réunis ensemble, se demandaient l'un à l'autre quel serait celui qui mériterait d'être évêque après sa mort : ils se trouvaient assez loin du lit où le saint était couché, et ils avaient prononcé tout bas le nom de Simplicien; c'était à peine s'ils pouvaient s'entendre eux-mêmes. Ambroise tout éloigné qu'il fiM cria par trois fois : « Il est vieux, mais il est bon. » En entendant cela les diacres effrayés prirent la fuite, et après la mort d'Ambroiseils n'en choisirent pas d'autre que Simplicien. Il vil, auprès du lieu

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OÙ il était couché, J.-C. venir à lui et lui sourire d'un rci^ard agréable. Honoré, évêque de Verceil, qui s'attendait à la mort de saint Ambroise, entendit, pendant son sommeil, une voix lui criant par trois fois : « Lève-toi, car il va trépasser. » Il se leva aussitôt, vint à Milan et administra à saint Ambroise le sacrcmentdu corps de Notre-Seigneur ; un instant après, le saint étendit les bras en forme de croix et rendit le dernier soupir : il proférait encore une prière. 11 mourut Tan du Seigneur 399. Ce fut dans la nuit de Pâques que son corps fut porté à Téglise et beaucoup d*enfants qui venaient d'être baptisés le virent les uns dans la chaire, les autres le montraient du doigt à leurs parents, montant dans la chaire; quelques autres enfin racontaient qu'ils voyaient une étoile sur son corps. Un prêtre, qui assistait à un repas avec beaucoup (le convives, se mit à parler mal de saint Ambroise ; il fut à l'instant frappé d'une maladie mortelle, et il passa de la table à son lit pour y mourir bientôt après. En la ville de Carthage, trois évêques étaient à table et l'un d'eux ayant dit du mal de saint Ambroise, on lui rapporta ce qui était arrivé au prêtre qui l'avait calomnié ; cet évêque se moqua de cela ; mais aussitôt il fut Frappé à mort et expira à l'instant.

Saint Ambroise fut recommandable en bien des points. 1° Dans sa libéralité, car tout ce qu'il avait appartenait aux pauvres; aussi rapporte-t-il en parlant de soi-m(^nie que l'empereur lui demandant une bisiliqueil lui répondit ainsi (et celte réponse se trouve dans le Décret Conveniov, xxiii, question 8) : <( S'il me demandait quelque chose qui fut à moi, comme mes

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bîéns-fonds, mon argent, et choses semblables quî sont ma propriété, je ne ferais pas de résistance, quoique tout ce qui est à moi appartienne aux pauvres. » 2** Dans la pureté et l'innocence de sa vie, car il fut vierge. Et saint Jérôme rapporte qu'il disait : a Non seulement nous louons la virginité, mais aussi nous la conservons. » 3" Dans la fermeté de sa foi, qui lui fiÊ dire, alors que l'empereur lui demandait une basilique (ces mois se trouvent au chapitre cité plus haut) : « Il m'arrachera plutôt Tàmc que la foi. » 4° Par son désir du martyre. On lit à ce propos, dans sa lettre, De basilica non iradenda^ que le ministre de l'empereur Valentinien lui fit dire : « Tu méprises Valenlinien, je te coupe la tète. » Ambroise lui répondit : « Que Dieu vous laisse faire ce dont vous me menacez, et plaise encore à Dieu qu'il daigne détourner les fléaux dont TEglise est menacée afin que ses ennemis tournent tous leurs traits contre moi et qu'ils étanchent leur soif dans mon sang. » 3** Par ses prières assidues. On lit sur ce point au XI* livre de Y Histoire ecclésiastique : Ambroise, dans ses démêlés avec une reine furieuse, ne se défendait ni avec la main, ni avec des armes, mais avec des jeûnes, des veilles continuelles, à l'abri sous l'autel, par ses obsécrations, il se donnait Dieu pour défenseur de sa cause à lui et de son Eglise. 6" Par ses larmes abondantes : il en eut pour trois causes, a) Il eut des larmes de compassion pour les fautes des autres, et saint Paulin rapporte de lui, dans sa légende, que quand quelqu'un venait lui confesser sa faute, il pleurait si amèrement qu'il faisait pleurer son pénitent ; b) il eut des larmes de dé-

votion dans la vue des biens éternels. On a vu plus haut qu'il dit à saint Paulin quand celui-ci lui demandait pourquoi il pleurait de la sorte la mort des saints : « Je ne pleure pas, répondit-il, parce quMls sont décédés, mais parce qu'ils m'ont précédé à la gloire. » c) Il eut des larmes de compassion pour les injures qu'il recevait d'autrui. Voici comme il s'exprime en parlant de lui-même, et ces paroles sont encore rapportées dans le décret mentionné plus haut : (( Mes armes contre les soldats goths, ce sont mes larmes. C'est le seul rempart derrière lequel peuvent s'abriter des prêtres, je ne puis ni ne dois résister autrement. »

7'^ Il fut recommandable pour sa constance à toute épreuve. Celte vertu brille en lui : l*" Dans la défense de la vérité catholique. On lit à ce sujet, dans le Livre XI® de V Histoire ecclésiastique que Justine, mère de l'empereur Valentinien, disciple des Ariens, entreprit de jeter le trouble dans l'Eglise, menaçant les prêtres de les chasser en exil, s'ils ne voulaient consentir à révoquer les décrets du concile de Rimini ; par ce moyen elle se débarrassait d'Ambroise qui était le mur et la tour de l'Eglise. Voici les paroles que l'on chante dans la Préface de la messe de ce saint : « Vous avez (le Seigneur) affermi Ambroise dans une si grande verUi, vous l'avez orné du haut du ciel d'une si admirable constance, que par lui les démons étaient tourmentés et chassés, que l'impiété arienne était confondue, et (|ii(* la tête des princes séculiers s'abaissait humblement pour porter votre joug. » 2® Dans la défense de la liberté de rE;»^lise. L'empereur voulant

SAINT AMBllOlSE 4i7

s'emparer d'une basilique, Ambroise résista à l'empereur, ainsi qu'il l'altesle lui-même, et ses paroles sont rapportées dans le Décret xxiii, quesl. 6 : « Je suis, ilil-il, circonvenu par les comtes, afin de faire un abandon libre de la basilique; ils me disaient que c'était Tordre de l'empereur, et que je devais la livrer, car il y avait droit. J'ai répondu : Si c'est mon patrimoine qu'il demande, emparez-vous-en; si c'est mon corps, j'irai le lui offrir. Me voulez-vous dans les chaînes? Qu'on m'y mette. Voulez-vous ma mort? Je le veux encore. Je ne me ferai pas un rempart de la multitude, je n'irai pas me réfu;çier à l'autel, ni le tenir de mes mains pour demander la vie, mais je me laisserai immoler de bon cœur pour les autels. On m'envoie l'ordre de livrer la basilique. D'un côté, ce sont des ordres royaux qui nous pressent, mais d'un autre côté, nous avons pour défense les paroles de l'Ecriture qui nous disent : Vous avez parlé comme une insensée. Empereur, ne vous avantagez pas d'avoir, ainsi que vous le pensez, aucun droit sur les choses divines ; à l'empereur les palais, aux prêtres les é|çlises. Saint Naboth défendit sa vigne de son sang ; et s'il ne céda pas sa vigne, comment nous, céderons-nous l'église de J.-G. ? Le tribut appartient à César : qu'on ne le lui refuse pas ; l'église appartient à Dieu, par la même raison qu'elle ne soit pas livrée à César. Si on me for<;ait; si on me demandait, soit terres, soit maison, soit or, ou argent, enfin quelque chose qui m'appartînt, volontiers je l'offrirais, je ne puis rien détacher, rien ôter du temple de Dieu, puisque je l'ai reçu pour le con- •s Tver, et non pour le dilapider. » .3* Il fit preuve de

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constance en reprenant le vice et toute espèce d'iniquité. En effet on lit cette chronique ddHisV Histoire iriparlile * : Une sédition s'étant élevée à Thessalonique, quelques-uns des juges avaient été lapidés par le peuple. L'empereur Théodose indigné fit tuer tout le inonde, sans distinguer les coupables des innocents. Le nombre des victimes s'éleva à cinq mille. Or, Tempereur vint à Milan et voulut enlrer dans l'église, mais Ambroise alla à sa rencontre jusqu'à la porte, et lui en refusa l'entrée en disant : « Pourquoi, empereur, après un pareil acte de fureur, ne pas comprendre Ténormité de votre présomption ? Peut-être que la puissance impériale vous empèphe de reconnaître vos fautes. Il est de votre dignité que la raison l'emporte sur la puissance. Vous êtes prince, ô empereur, mais vous commandez à des hommes comme vous. De quel ceil donc regarderez-vous le temple de notre commun maître? avec quels pieds foulerez-vous son sanctuaire? comment Unorez-vous dt^s mains teintes encore d'un suî:^ injustement répandu? Oseriez-vous recevoir son siiw^ adorable en celte bouche qui, dans l'excès de votre colère, a commandé tant de meurtres? Relevezvous donc, retirez-vous, et n'ajoutez pas un nouveau crime à celui que vous avez déjà commis. Recevez le joug que le Seigneur vous impose aujourd'hui. C'est la guérison assurée et le salut pour vous. » L'empereur obHt et retourna à son palais en gémissant et eu pleurant. Or, après avoir longtemps versé des larmes, Riifin, l'un de ses géiuMaux, lui demanda le molif d'une

* Liv. IX, c!j. x.w.

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si profonde tristesse. L'empereur lui dit : « Pour toi, tu ne sens pas mon mal; aux esclaves et aux mendiants les temples sont ouverts mais à moi l'entrée en est interdite. » En parlant ainsi chacun de ses mots était entrecoupé par des sanglots. «Je cours, lui dit Rufin, si vous le voulez, auprès d'Ambroise, afin qu'il vous délie des liens dans lesquels il vous a enlacé. » « Tu ne pourras persuader Ambroise, repartit Théodose, car la puissance impériale ne saurait l'effrayer au point de lui faire violer la loi divine. » Mais Rufin lui promettant de fléchir l'évèque, l'empereur lui donna Tordre d'aller le trouver et quelques instants après il le suivit. Ambroise n'eut pas plutôt aperçu Rufin, qu'il lui dit : « Tu imites les chiens dans leur impudence, Rufin, toi, l'exécuteur d'un pareil carnage; il ne te reste donc aucune honte, et tu ne rougis pas d'aboyer contre la majesté divine. » Comme Rufin suppliait pour l'empereur et disait que celui-ci allait venir luimême, Ambroise enflammé d'un zèle surhumain : « Je te déclare, lui dit-il, que je l'empêcherai d'entrer dans les saints parvis; s'il veut employer la force et agir en tyran, je suis prêt à souffrir la mort, » Rufin ayant rapporté ces paroles à l'empereur : « J'irai, lui dit celui-ci, j'irai le trouver, pour recevoir moi-même les reproches que je mérite. » Arrivé près d'Ambroise, Théodose lui demanda d'être délié de son interdit, alors Ambroise alla à sa rencontre, et lui refusa l'entrée de Téglise en disant : « Quelle pénitence avez-vous faite après avoir commis de si grandes iniquités ? » Il répondit : « C'est à vous à me l'imposer et à moi à me soumettre. » Alors comme l'empereur alléguait I. 29

que David aussi avait commis un adultère et un homicide, Ambroise lui dit : « Vous l'avez imité dans sa faute, imitez-le dans son repentir. » L'empereur reçut ces avis avec une telle gratitude qu'il ne se refusa pas à faire une pénitence publique. Quand il fut réconcilié, il vint à Téglise et resta debout au chancel ; Ambroise lui demanda ce qu'il attendait là : rempereur lui ayant répondu qu'il attendait pour participer aux saints mystères, Ambroise lui dit : « Empereur, l'intérieur de l'église est réservé aux prêtres seulement; sortez donc, et attendez les mystères avec les autres; la pourpre vous fait empereur et non pas prêtre. » A rinstant Théodose lui obéit. Revenu à Constantinople, il se tenait hors du chancel, l'évéque alors lui commanda d'entrer, et Théodose répondit : « J'ai été longtemps à savoir la différence qu'il y a entre un empereur et un évèque; c'est à peine si j'ai trouvé un niaîlre qui m'ait enseigné la vérité, je ne connais au monde de véritable évèque qu'Ambroise. »

11 fut recommandable, 8" par sa saine doctrine qui aKeint à une t^'^rande profondeur. Saint Jérôme dans son livre sur les Doin-e Docteurs dit : « Ambroise plane au-dessus des profondeurs comme un oiseau qui s'élance dans les airs ; c'est dans le ciel qu'il cueille ses friiils. » En parlant de sa fermeté il ajouta : « Toutes ses sentences sont des colonnes sur lesquelles s'appuient la foi, l'Eglise et toutes les vertus. » Saint Augustin dit en parlant de la beauté de son style, en son livre des Noces et des Contrats : « L'hérésiarque Pelage donne ces éloges à saint Ambroise : Le saint évéque Ambroise, dont les livres contiennent la doc-

trine romaine, brilla comme une fleur au milieu des écrivains latins. » Saint Augustin ajoute : « Sa foi et ses explications très exactes de l'Ecriture n jjnt même pas été attaquées par un seul ennemi. » Sa doctrine jouit d'une grande autorité, puisque les écrivains anciens, comme saint Augustin, tenaient grand cas de SCS paroles.

A ce propos saint x\uguslin rapporte à Janvier que sa mère s'étonnait de ce qu'on ne jeûnât pas le .samedi à Milan, saint Augustin en demanda la raison à saint Ambroise qui lui répondit : « Quand je vais à Rome, je jeûne le samedi. Eh bien ! quand vous vous trouvez dans une église, suivez ses pratiques, si vous ne voulez scandaliser, ni être scandalisé. » Saint Augustin dit à ce propos : « Plus je réfléchis sur cet avis, plus je trouve que c'est pour moi comme un oracle du ciel. »

SAINT (ÎEOUGES

Georges est ainsi cTppoléde (teos^i\u'i veut dire {erre, et orr/e^ qui signifie cultiver, cultivant la terre, c'est-î\-dire sa chair. Saint Augustin au livre de la Trinité avance que la bonne terre est placée sur les hauteurs des montaj^nes, dans les collines tempérées et dans les plaines des champs. La première convient aux herbes verdoyantes, la seconde aux vignes, la troisième aux blés. De m^me saint Georges s'éleva en méprisant les choses basses, ce qui lui donna la verdeur de la pureté : il fut tempéré en discernement, aussi eut-il le vin de Tallégrcsse intérieure. Il fut plein d'humilité ce qui lui fit produire des fruits de bonnes ceuvres. Georcfes pourrait encore

432 L\ LÉGRNDE DORKE

venir àe germ% sacré, de ^^o/t, sable, sable sacré; or, Gcorpres fut comme le sable, lourd par la gravité de ses mœurs, menu par son humilité, et sec ou exempt de volupté charnelle. Georges viendrait de gerar, sacré, et gyotiy lutte, lutteur sacré, parce qu'il lutta contre le dragon et contre le bourreau. On pourrait encore le tirer de Gero^ qui veut dire pèlerin, gir, précieux *, et ysy conseiller ; car saint Georges fut pèlerin dans son mépris du monde, précieux (ou coupé) dans son martyre, et conseiller dans la prédication du royaume.

Sa légende est mise au nombre des pièces apocryphes dans les actes du concile de Nicée, parce que Thistoire de son martyre n'est point authentique : on lit, dans le calendrier de Bèdc, qu'il souffrit eu Perse dans la ville de Diaspolis, anciennement appelée Lidda, située près de Joppé. On dit ailleurs qu'il souffrit sous les emoereurs Dioclétien et Maximien : on voit

autre part que ce fut sous l'empire de Dioclétien, en présence de 70 rois de son empire ; d'autres enfin prétendent que ce fut sous le président Dacien, sous l'empire de Dioclétien et de Maxiinion.

Gcort^es**, tribun, né en Cappadoce, vint une fois à Siicha, ville de la province de Lv l)ie. A coté de cette cité était un élan^ i»rand comme une mer, dans le- (|uel se cachait un dray;^on pernicieux, qui souvent avait fait reculer h' peuple venu avec des armes pour II* tuer; il lui sul'Hsait d'ap[)rocher des murailles de la ville pour détruire tout le monde de son souffle. Les

' D'après les preinicrcs éditions, ce serait tranché, pvœcisus, ^OUr léiçonde sp compose d'une première vie de saint ^îeoiii^os (pic .1. de Voratrîne reconnaît apocryphe. La seconde lui paraît ineilloure. Papohroch a donné les actes de ce saint cl il les a longuement et savamment discutés. Tous les martyrologes s'accordent à attribuer au culte de saint Georges une grande importance. Fortunat (liv. Il, carm. xv) raconte les différents supplices que le saint eut à souffrir.

habitants se virent forcés de lui donner tous les jours <leux brebis, afin d'apaiser sa fureur ; autrement c'était comme s'il s'emparait des murs de la ville; il infectait l'air, en sorte que beaucoup len mouraient. Or, les brebis étant venues à manquer et ne pouvant être fournies en quantité suffisante, on décida dans un conseil qu'on donnerait une brebis et qu'on y ajouterait un homme. Tous les garçons et les filles étaient désignés par le sort, et il n'y avait d'exception pour personne. Or, comme il n'en restait presque plus, le sort vint à tomber sur la fille unique du roi, qui fut par conséquent destinée au monstre. Le roi tout contristé dit : « Prenez l'or, l'argent, la moitié de mon royaume, mais laissez-moi ma fille, et qu'elle ne meure pas de semblable mort. » Le peuple lui répondit avec fureur : « 0 Roi, c'est toi, qui as porté cet édit, et maintenant que tous nos enfants sont morts, tu veux sauver ta fille ? Si lu ne fais pour ta fille ce que tu as ordonné pour les autres, nous te brûlerons avec ta maison. » En entendant ces mots, le roi se mit à pleurer sa fille en disant : « Malheureux que je suis! i^ ma tendre fille, que faire de toi? que dire? je ne verrai donc jamais tes noces? » Et se tournant vers le peuple : « Je vous en prie, dit-il, accordez-moi huit jours de délai pour pleurer ma fille. » Le peuple y ayant consenti, revint en fureur au bout de huit jours, et il dit au roi : « Pourquoi perds-tu le peuple pour ta fille ? Voici que nous mourons tous du souffle du dragon. » Alors le roi, voyant qu'il ne pourrait délivrer sa fille, la fit revêtir d'habits royaux et l'embrassa avec larmes en disant : « Ah que je suis malheureux ! I. 29'

ma très douce fille, de ton sein j'espérais élever des enfants de race royale, et maintenant tu vas être dévorée par le dragon. Ah ! malheureux que je suis ! ma très douce fille, j'espérais inviter des princes à tes noces, orner ton palais de pierres précieuses, entendre les instruments et les tambours, et tu vas être dévorée par le dragon. » Il l'embrassa et la laissa partir en lui disant : « O ma fille, que ne suis-je mort avant toi pour te perdre ainsi ! » Alors elle se jeta aux pieds de son père pour lui demander sa bénédiction, et le père l'ayant bénie avec larmes, elle se dirigea vers le lac. Or, saint Georges passait par hasard par là : et la voyant pleurer, il lui demanda ce qu'elle avait. » Bon jeune homme, lui répondit-elle, vite, monte sur ton cheval ; fuis, si tu neveux mourir avec moi. » N'aie pas peur, lui dit Georges, mais dis-moi, ma fille, que vas-tu faire en présence de tout ce monde? » Je vois, lui dit la fille, que tu es un bon jeune homme ; ton cœur est généreux : mais pourquoi veux-tu mourir avec moi? vite, fuis! » Georges, lui dit : « Je ne m'en irai pas avant que tu ne m'aies expliqué ce que tu as. » Or, après qu'elle l'eut instruit totalement, Georges lui (lit : « Ma fille, ne crains point, car au nom de J.-C, je l'aiderai. » Elle lui dit : « Bon soldat ! mais hàte-toi de le sauver, n^ péris pas avec moi ! C'est assez de mourir seule; car tu ne pourrais me délivrer et nous pLTirions ciisomble. » Alors qu'ils parlaient ainsi, voici que le drai^^on s'approcha en levant la tôle au-dessus du lac. La jeune fille toute tremblante dit : « Fuis, mon seig^neur, fuis vite. <( A l'instant Georij^es moula sur sou cheval, et se fortifiant du signe de la

croix, il attaque avec audace le dragon qui avançait sur lui : il brandit sa lance avec vigueur, se recommande à Dieu, frappe le monstre avec force et l'abat par terre : « Jette, dit Georges à la fille du roi, jette la ceinture au cou du dragon ; ne crains rien, mon enfant. » Elle le fit et le dragon la suivait comme la chienne la plus douce. Ori comme elle le conduisait dans la ville, tout le peuple témoin de cela se mil à fuir par monts et par vaux en disant : « Malheur à nous, nous allons tous périr à Tinstant I » Alors saint (jîeorges leur fit signe en disant : « Ne craignez rien, le Seigneur m'a envoyé exprès vers vous afin ([ue j(î vousdélivre des malheurs que vous causait ce dragon : seulement, croyez en J.-C, et que chacun de vous reçoive le baptême, et je tuerai le monstre. » Alors le roi avec tout le peuple reçut le baptême, et saint Georges, ayant dégainé son épée, tua le dragon et ordonna de le porter hors de la ville. Quatre paires de boeufs le traînèrent hors de la cité dans unt» vasle plaine. Or, ce jour-là vingt mille hommes furent baj>tîsés, sans compter les enfants et les femmes.

Quant au roi, il fit balir en Thonneur de la bienheureuse Marie et de saint Georges une église d'une grandeur admirable. Sous l'autel, coule une fontaine dont l'eau guérit tous les malades : et le roi ollVit à saint Georges de l'argenl en quantité infinie ; mais le saint ne le voulut recevoir et le fit donner aux pauvres. Alors saint Geor^-es adressa au roi quatre avis fort succincts. Ce fut d'avoir soin des églises de Dieu, d'honorer les prêtres, d*écouter avec soin l'office divin et de n'oublier jamais les pauvres. Puis après avoir em-

bmssé le roi, il s'en alla. — Toutefois on lit en certains livres que, un dragon allait dévorer une jeune fille, Georges se munit d'une croix, attaqua le dragon et le tua. En ce temps-là, étaient empereurs Dioclétien et Maximien, et sous le président Dacien, il y eut une si violente persécution contre les chrétiens, que dans l'espace d'un mois, dix-sept mille d'entre eux reçurent la couronne du martyre. Au milieu des tourments, beaucoup de chrétiens faiblirent et sacrifièrent aux idoles. Saint Georges à cette vue fut touché au fond du cœur; il distribua tout ce qu'il possédait, quitta riiabit militaire, prit celui des chrétiens et s'élançant au milieu des martyrs, il s'écria : « Tous les dieux des gentils sont des démons ; mais c'est le Seigneur qui a fait les cieux ! » Le président lui dit en colère : « Qui t'a rendu si présomptueux d'oser appeler nos dieux des démons? Dis-moi; d'où es-tu et quel est ton nom? » Georges lui répondit : « Je m'appelle Georges, je suis d'une noble race de la Cappadocc ; j'ai vaincu la Palestine par la faveur de J.-C. : mais j'ai lont quitté pour servir plus librement le Dieu du ciel. » Comme le président ne le pouvait gagner, il ordonna de le suspendre au chevalet et de déchirer cliacun de ses membres avec des ongles de fer; il le fit briller avec des torches, et frotter avec du sel ses plaies et ses entrailles qui lui sortaient du corps. La nuit suivante, le Seigneur apparut au saint, environné d'une immense lumière et il le réconforta avec douceur. Cette bonne vision et ces paroles l'affermirent au point qu'il comptait ses tourments pour rien. Dacien voyant qu'il ne pouvait le vaincre par les tortu-

res, fit venir un magicien auquel il dit : « Les chrétiens, par leurs maléfices, se jouent des tourments et font peu de cas de sacrifier à nos dieux. » Le magicien lui répondit : « Si je ne réussis pas î\ surmonter leurs artifices, je veux perdre la tête. » Alors il composa ses maléfices, invoqua les noms de ses dieux, mêla du poison avec du vin et le donna à prendre à saint Georges. Le saint fit dessus le signe de la croix et but : mais il n'en ressentit aucun effet. Le magicien composa une dose plus forte, que le saint, après avoir fait le signe de la croix, but toute entière sans éprouver le moindre mal. A cette vue, le magicien se jeta aussitôt aux pieds de saint Georges, lui demanda pardon en pleurant d'une façon lamentable et sollicita la faveur d'être fait chrétien. Le juge le fit décapiter bientôt après. Le jour suivant, il fit étendre Georges sur une roue garnie tout autour d'épées tranchantes des deux côtés, mais à l'instant la roue se brisa et Georges fut trouvé complètement sain. Alors le juge irrité le fit jeter dans une chaudière pleine de plomb fondu. Le saint fit le signe de la croix, y entra, mais par la vertu de Dieu, il y était ranimé comme dans un bain. Dacien, à cette vue, pensa l'amollir par des caresses, puisqu'il ne pouvait le vaincre par ses menaces : « Mon fils Georges, lui dit-il, tu vois de quelle mansuétude sont nos dieux, puisqu'ils supportent tes blasphèmes si patiemment, néanmoins, ils sont disposés à user d'indulgence envers toi, si tu veux te convertir. Fais donc, mon très cher fils, ce à quoi je t'exhorte ; abandonne tes superstitions pour sacrifier à nos dieux, afin de recevoir d'eux et de nous de grands

honneurs. » Georges luî dit en souriant : « Pourquoi ne pas m'avoir parlé avec celte douceur avant de me tourmenter? Me voici prêt à faire ce à quoi tu m'engages. » Dacîen, trompé par cette concession, devient tout joie, fait annoncer par le crieur public qu'on ait ji s'assembler auprès de lui pour voir Georges, si longtemps rebelle, céder enfin et sacrifier. La cité toute entière s'embellit de joie. Au moment où Georges entrait dans le temple des idoles pour sacrifier, et quand tous les assistants étaient dans l'allégresse, il se mit à genoux et pria le Seigneur, pour son honneur et pour la conversion du peuple, de détruire tellement de fond en comble le temple avec ses idoles qu'il n'en restât absolument rien. A l'instant le feu du ciel descendit sur le temple, le brûla avec les dieux et leurs prêtres : la terre s'entr'ouvrit et engloutit tout ce qui en restait. C'est à cette occasion que saint Ambroise s'écrie dans la Préface du saint : « Georges très féal soldat de .!.-(]. confessa seul parmi les chrétiens, avec intrépidité, le Fils de Dieu, alors que la profession (|n'il faisait du christianisme élail protégée sous le voile du silence. 11 rernt de la i^nlce divine une si i-randt» conslance ([u'il mé|)risail les ordres d'un pouvoir tvrannique et (ju'il ne redoutait point les tourments de supplices innombrables. 0 noble et heureux guerrier du Seigneur! (jue la promesse flatteuse d'un royaume temporel ne séduisit pas, mais qui, en trom- [)ant le persécuteur, précipita dans l'abîme les simulacres des fausses divinités! » (Saint Ambroise.) Dacien, en apprenant c *la, se fit amener Georges auquel il dit : (( Quelle a été ta malice, o le plus méchant des

hommes, d'avoir commis un pareil crime? » Georges lui répondit : « 0 roi, n'en crois rien; mais viens avec moi et tu me verras encore une fois immoler. » « Je comprends la fourberie, lui dit Dacien; car tu veux me faire engloutir comme lu as fait du temple et de mes dieux. » Georges lui répliqua : « Dis-moi, misérable, tes dieux qui n'auront pu s'aider eux-mêmes, comment t'aideront-ils? » Alors le roi outré de colère dit à Alexandrie, son épouse : « Je suis vaincu et je mourrai, car je me vois surmonté par cet bomme. » Sa femme lui dit : « Bourreau et cruel tyran, ne t'ai-je pas dit trop souvent de ne pas inquiéter lescbréliens, parce que leur Dieu combattrait pour eux? Eb bien ! apprends que je veux me faire cbrétienne. » Le roi stupéfait dit : « Ab! quelle douleur! serais-tu aussi séduite? » Et il la fit suspendre par les cbeveux et battre très cruellement avec des fouets. Pendant son. supplice, elle dit à Georges : « Georges, lumière de vérité, où penses-tu que je parvienne, puisque je u'aî pas encore été régénérée par l'eau du baptême? » « N'apprébende rien, ma fille, lui répondit le saint, le sang que tu vas répandre te servira de baptême et sera ta couronne. » Alors elle rendit son âme au Seigneur en priant. C'est ce qu'atteste saint Ambroise en disant dans la préface : « C'est pourquoi la reine des Perses, qui avait été condamnée par la sentence de son cruel mari, quoiqu'elle n'eût pas reçu la grâce du baptême, mérita la palme d'un martyre glorieux : aussi ne pouvons-nous douter que la rosée de son sang ne lui ait ouvert les portes du ciel, et qu'elle n'ait mérité de posséder le royaume des cieux. » (Saint Ambr.)

400 l'A LKGENDE DOREE

Or, le jour suivant, saint Georii^es fut condamné à être traîné par toute la ville et à avoir la tête tranchée. Il pria alors le Sei^jneur de vouloir bien accorder suite à la prière de quiconque implorerait son secours; et une voix du ciel se fit entendre et lui dit qu'il serait fait comme il avait demandé. Son oraison achevée, il consomma son martyre en ayant la tête coupée, sous Dioclétien et Maximien qui régnèrent vers l'an de N.-S. 287. Or, comme Dacien revenait du lieu du supplice à son palais, le feu du ciel descendit sur lui et le consuma avec ses cardes. Grégoire de Tours raconte * que des personnes portant des reliques de saint Georges qui avaient été hébergées dans un oratoire, ne purent au matin mouvoir sa châsse en aucune manière, juscju^à ce qu'ils eussent laissé là une parcelle des reli(pies. — On lit dans Vllisloire dWnlioche^ que les chrétiens allant au siège de Jérusalem, un très beau jeune homme apparut à un prêtre et lui donna avis que saint Georges était le général des chrétiens, qu'ils eussent à [lorter avec eux ses reliques à Jérusalem où il serait lui-même avec eux. Et comme on assiégeait la ville et que la résistance des Sarrasins ne permettait pas de monter à l'assaut, saint Georges, revêtu d'habits blancs et armé d'une croix rouge, apparut et fit signe aux assiégeants de monter sans crainte après lui, et (ju'ils se rendraient maîtres de la phue. Animés par cette vision, les chrétiens furent vainqueurs et massacrèrent les Sarrasins.

' De (jlnvia martf/rum, cap r:î.

Marc veut dire sublime en commandement, certain, abaissé cl amer. Il fut sublime en commandement par la perfection de sa vie, car non seulement, il observa les commandements qui sont communs à tous, mais encore ceux qui sont sublimes, tels que les conseils. 11 fut certain en raison de la certitude de la doctrine dans son évaniçile, parce que celte certitude a pours^arant saint Pierre, son maître, de qui il Pavait appris. 11 fut abaissé, en raison de sa profonde humilité, qui lui fit, dit-on, se couper le pouce, afin de ne pas être trouvé capable d'être prêtre. Il fut amer en raison de l'amertume du tourment qu'il endura lorsqu'il fut traîné par la ville, et (ju'il rendit Tesprit au milieu des supplices. Ou bien Marc vient de Marco, qui est une masse, dont le même coup aplatit le fer, produit la mélodie, et affermit renclume. De même saint Marc, par Tunique doctrine deson évangile, dompte la perfidie des hérétiques, dilate la louange divine et affermit l'Eglise.

Marc, (fvangélisle, prêtre de la tribu de Lévi, fui, par le bapU^nie, le fils de saint Pierre, apôtre, dont il était le disciple en la parole <livine. Il alla à Rome avec ce saint. Comme celui-<ù y prêchait la bonne nouvelle, les fidèles de Rome prièrent saint Marc de vouloir écrire TEvangile, pour Tavoîr toujours présent à la mémoire. H le leur écrivit loyalement, tel cpi'il l'avait appris de la bouche de son maître saint Pierre, qui l'examina avec soin, et a[>rès avoir vu qu'il était plein de vérité, il l'approuva et le juijea digne d'être

* Ordérie Vital raconte (ffiaf. KccL, part. ï, liv. Il, c. xx) chacun des faits consignés dans la légende de saint Marc.

reçu par tous les fidèles*. Saint Pierre, considérant que Marc était constant dans la foi, le destina pour Aquilée, où après avoir prêché la parole de Dieu, il convertit des multitudes innombrables de gentils à J.-C. On dit que là aussi, il écrivit son évangile que Ton montre encore à présent dans l'église d' Aquilée, où on le garde avec grand respect. Enfin saint Marc conduisit à Rome, auprès de saint Pierre, un citoyen d'Aquilée, nommé Ermagoras, qu'il avait converti à la foi afin que Tapôtre le consacrât évêque d'Aquilée. Ermagoras, après avoir reçu la charge du pontificat, gouverna avec zèle cette église : il fut pris ensuite par les infidèles et reçut la couronne du martyre. Pour saint Marc, il fut envoyé par saint Pierre à Alexandrie, où il prêcha le premier la parole de Dieu**. A son entrée dans cette ville, au rapport de Philon, juif très disert, il se forma une assemblée immense qui reçut la foi et pratiqua la dévotion et la continence. Papias, évêque de Jérusalem, fait de lui le plus grand éloge en très beau langage ; et voici ce que Pierre Damien dit à son sujet : « Il jouit d'une si grande influence à Alexandrie, que tous ceux qui venaient en foule pour être instruits dans la foi, atteignirent bientôt au sommet de la perfection, par la pratique de la continence, et de toutes sortes de bonnes œuvres, en sorte que Ton eiU dit une communauté de moines. On devait ce résultat moins aux miracles extraordinaires de saint Marc et à Téloquence de ses

* Saint Jérôme, Vh\ iiiustr.yC. viii ; — (élément d'Alexandrie, dans Euai'he, 1. Il, c. xv.

*^ Kusèhft^ c. XVI ; Epiplian., Lï, c. vi ; saint Jér., ibid.

SAINT MARC, tVANCiÉLISTE 463

prédications, qu'à ses exemples éininents. » Le même Pierre Damien ajoute qu'après sa mort, son corps fut ramené en Italie, afin que la terre où il lui avait été donné d'écrire son Evangile, eûtThonneurde posséder ses dépouilles sacrées. « Tu es heureuse, ô Alexandrie, d'avoir été arrosée de son sang glorieux, comme toi, ô Italie, tu ne Tes pas moins de posséder un si rare trésor. »

On rapporte que saint Marc fut doué d'une si grande humilité qu'il se coupa le pouce afin que l'on ne songeât pas à l'ordonner prêtre*. Mais par une disposition de Dieu et par l'autorité de saint Pierre, il fut choisi pour évêque" d'Alexandrie. A son entrée dans cette ville, sa chaussure se rompit et se déchira subitement; il com[>rit intérieurement ce que cela signifiait, et dit : « Vraiment, le Seigneur a raccourci mon chemin, et Satan ne sera pas un obstacle pour moi, puisque le Seigneur m'a absous des œuvres de mort. » Or, Marc voyant un savetier qui cousait de vieilles chaussures, lui donna la sienne à raccommoder : mais en le faisant, l'ouvrier se blessa grièvement à la main gauche, et se mit à crier : « Unique Dieu. » En Tentendant, l'homme de Dieu dit : a Vraiment le Seigneur a rendu mon voyage heureux. » Alors il fit de la boue avec sa salive et de la terre, l'appliqua sur la main du savetier qui fut incontinent guéri. Cet homme, voyant le pouvoir extraordinaire de Marc, le fit entrer chez lui et lui demanda qui il était, et d'où il venait. Marc lui avoua être le serviteur du Seigneur Jésus.

* Isidore de Sév., Vies et morts illustres, ch. liv.

L'autre lui dit : « Je voudrais bien le voir. » Je te le montrerai, lui répondit saint Marc. » Il se mit alors à lui annoncer TEvan^ile de J.-C. et le baptisa avec tous ceux de sa maison. Les habitants de la ville ayant appris Tarrivée d'un Galiléen, qui méprisait les sacrifices de leurs dieux, lui tendirent des pièges. Saint Marc, en ayant été instruit, ordonna évéque Anianus, cet homme-là même qu'il avait guéri *, et partit pour la Pentapole, où il resta deux ans, après lesquels il revint à Alexandrie. Il y avait fait élever une église sur les rochers qui bordent la mer, dans un lieu appelé Bucculi**; il y trouva le nombre des chrétiens augmenté. Or, les prêtres des temp^es cherchèrent à le prendre; et le jour de Pâques, comme saint Marc célébrait la messe, ils s'assemblèrent tous au lieu où était le saint, lui attachèrent une corde au cou et le traînèrent par toute la ville en disant : « Traînons le buffle au Bucculi ***. » Sa chair et son sang étaient épars sur la terre et couvraient les pierres, ensuite il fut enfermé dans une prison où un ange le fortifia. Le Seigneur J.-C. lui-même daigna le visiter et lui dit pour le conforter : « La paix soit avec loi, Marc, mon évangéliste ; ne crains rien car je suis avec toi pour te délivrer. » Le matin arrivé, ils lui jettent encore une fois une corde au cou, et le traînent çà et là en criant : « Traînez le buffle au BmcnlL » Au milieu de ce supplice, Marc rendait grâces à Dieu en disant : « Je remets mon esprit entre vos mains. » Et en prononçant

* Actes de saint Marc.

** Probable ment : Ta ha Hoir.

*** A l'abattoir.

SAINT MARC, ÉVANGELISTE 465

ces mots, il expira. C'était sous Néron, vers l'an 57. Comme les païens le voulaient brûler, soudain, Tair se trouble, une grêle s'annonce, les tonnerres grondent, les éclairs brillent, tout le monde s'empresse de fuir, et le corps du saint reste intact. Les chrétiens le prirent et Tensevelirent dans l'église en toute révérence. Voici le portrait de saint Marc* : Il avait le nez long, les sourcils abaissés, les yeux beaux, le front un peu chauve, la J)arbc épaisse. Il était de belles manières, d'un âge moyen ; ses cheveux commençaient à blanchir, il était affectueux, plein de mesure et rempli de la grâce de Dieu. Saint Ambroise dit de lui : « Gomme le bienheureux Marc brillait par des miracles sans nombre, il arriva qu'un cordonnier auquel il avait donné sa chaussure à raccommoder, se perça la main gauche dans son travail, et en se faisant la blessure, il cria : « Un Dieu ! » Le serviteur de Dieu fut tout joyeux de l'entendre : il prit de la boue (ju'il fit avec sa salive, en oignit la main de l'ouvrier (ju'il guérit à l'instant et avec laquelle cet homme put continuer son travail. Comme le Sauveur il guérit aussi un aveugle-né. »

L'an de l'Incarnation du Seigneur 468, du temps de l'empereur Léon, des Vénitiens transportèrent le corps de saint Marc, d'Alexandrie à Venise, où fut élevée, en l'honneur du saint, une église d'une merveil-

• Un ms. de la Bibliothètiue de Saint-Victor, coté i8 et cité par Ducange donne en ces termes le portrait du saint : « La forme de saint Marc fu tele, lonc nés, sourciz yautis, biaus par îex, les cheveux cercelés, longe barbe, de très bêle com- 4)Osition de cors, de moien eaige » Gloss. V^ Eagium.

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